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les délits relatifs à Tinsurrectioii du 13 vendémiaire. Les membres du conseil des Cinq-Cents revinrent sur cette loi, les uns proposant de la rendre générale et sans exception, les autres de la restreindre, plusieurs même de la rapporter. M. Daunou déclara, dans la séance ànH fructidor (28 août 1796), qu'il ne voulait pas d'une amnistie incomplète ou énigmatique. Ce n'est pas être délivré, disait-il, de toute oppression que de haïr encore. D'ailleurs une révolution ne pouvait s'accomplir sans un enthousiasme bien voisin du fanatisme. C'était aux écarts de ce sentiment louable que le pardon devait être accordé. Un autre motif moral d'user de clémence, naissait de la difficulté de porter sur des délits révolutionnaires des jugements qui ne fussent pas sous quelques rapports révolutionnaires eux-mêmes. L'Assemblée ordonna l'impression de ce discours aussi généreux que sage; elle adjoignit l'auteur à la commission nommée pour le projet proposé, mais ajourna sa délibération.
La loi sur la presse donna lieu à des difficultés plus grandes encore; mais les questions les plus difficiles avaient toujours cet avantage pour M. Daunou, de mettre dans un plus grand jour la richesse de son talent et la loyauté de son caractère.
La presse, selon l'usage qu'on en fait, peut être considérée comme la plus précieuse ou comme la plus funeste des libertés publiques ; comme celle qui peut ou conquérir toutes les autres, ou toutes les compromettre. Alors elle exerçait une influence trèsfâcheuse pour le gouvernement. Les journaux roya-
^ NÛTIGÇ S\}^ M. DAUNOy.
listes et les jo^irnaux au^^rchiques sa réupissaient pqvir ^e reuyerser, ^t se servaient contre lui ^eaarmçs originaires, le dénig^^ement et la calomnie*, J^ hpmme» q^i le soutenaient, quelque recommanclalile^ que fqssent leurs titres^ à la considération publique, se voyaient chaque jour le sujet de leurs attîjtques , de leur^ meuaces et de leurs injures. Les journaux des républicaiu^ constitutionnels étaient de beaucoup les n^oins. nombreux et restaienUnsuffisants ^ défendre le pouvoir. Aprè^ ^ue les tentatives de quelques députés pour r^pripier les abus de la presse eurent é^é infructueuses, le Directoire se crut daqs la uécessit^ de demander lui-iuê^ue au cqnsei} çles Cinq-Cents des Ipis répressives pour le n^ême objet. Des coniçnissairest furent qoiumés, et le 5 fripafiire (25 novembre) M. Daunou, Tun d eux, présenta en leur nom un projet de loi précédé d'un y^pport ^nliniment remarquable, qui pjeint énergiquement ce qui se passaiit dans la presse en 1796.
€ L'honneur des citoyens, dit -il, e^i^posé saUB défense aux inévitçible^ trait^ dp la c2^1o^lnie; les prenuères autorités nationales, noq pas éclairées par une juste et libre ceusu^e, mais accablées chaque jour des plus audacieux outrages ; les lois elles-mêmes,
i . Parmi les journaux royalistes on distinguait : la Quotidienney le Précurseur^ V Eclair ^ le Véridique, le Postillon, le Gardien de la Constitution^ les Actes des Apôtres^ le Mes^ sçLger^ \a, Fey^Ule du Jour^ Paris f^m^nt l* année 1793; et parmi les journaux démagogiques : le Père Duchesn^^ CAmi de la Patrie, V Ami des Lois, l'Ami du Peuple, le Tri" bun du Peuple, VEclaireur du Peuple , V Orateur pkékéien, le J[oMrmi Çl^ kmmçs libres^^ h Se^tii^^Ue.
notice; sui^ |i. dâunou. «a
qoQ pas discutées avec décence et franchise , maU insultées, blasphémées ayec le frénétique accent de la sédition; le dépravateur sentiment de la yengeance allumé, entretenu, exalté dans toutes Içs âmes ; l'anarchie provoquant saqs détour la réyolte et les brigandages révolutionnaires ; une autre ans^** cbie s'exh2\lant en imprécations contre la république, et redemandant a grands cris la royauté et l^s priyiléges ; toutes deux s'aocordant à propager les doctrines les plus prochainement éversives de Tordre social, et préparant surtout par de trop ef(îcftces moyens 1^^ i*uine du gouvernement représentatif : tels sont les affligeants désordres, dont le progrès > de plus en plus rapide, pxcite aujourd'hui les alarmes des amis de la constitution.— Citoyens, poursuit-il, si vous ne voulez pas considérer combien la diffapiation impunie a découragé ps^rtout d'bomnqes éminemment utiles > combien elle en a condamné à la retraite, à l'obscurité, à la misanthropie oisive, dai* gne^ au moins tenir quelque compte de ceux dont elle a préparé la proscription et l'assassinat. Ce sont des calomniateurs qui ont dressé l'échafaud des Bailly, des Vergniaud, de tant d'autres martyrs illustres de l^ liberté; c'est en des libelles trop absurdes, disait-on, pour mériter l'attention la plus légère, qu'il fallait mépriser, et dont un législateur devait ignorer jusqu'à Texistence; c'est dans ces libelles que depuis on a puisé , copié littéralement d^s actes d'accusation et des jugements homicides, La fable du fédéraUsme était grossière» insensée, stupic^e ; çet^e fabl^ a égprgé vingt mille Français, ruiné
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leurs familles , plongé la patrie dans un déluge de sang et d'horreurs. »Plus loin, faisant réflexion aux dispositions morales qu'engendre dans les écrivains rhabitude de la médisance et de la calomnie : « On s'accoutume, dit-il, à n'apercevoir dans ceux qu'on outrage chaque jour, que des hommes irrévocablement sacrifiés ; on ne croit plus exister avec eux dans le même cercle de relations humaines ; on les a relégués hors de toutes les lois de la nature. Que dis-je? On a besoin d'espérer leur perte pour sa propre sécurité.... Et vous souffririez, législateurs, qu'une profession si pervertissante fût encouragée par la protection ou le silence des lois ; qu'elle y fût, comme elle a commencé de l'être, l'ordinaire occupation des plus jeunes écrivains, le complément de leur éducation littéraire et Tappren lissage de leur vie politique ! Et vous verriez sans effroi croître et s'élever, pour le service des factions et pour le déchirement de la patrie, des générations d'hommes publics dépravés de si bonne heure par ces habitudes de malveillance, de perfidie et de cruauté ! » Puis il s'élève contre ces feuilles éphémères, dont la multititude, loin d'être un symptôme des progrès de l'esprit humain, y serait plutôt un obstacle, par cela seul qu'elle ravit à de plus utiles travaux un plus grand nombre de talents ; il se plaint de ces libelles qui se disent politiques et ne sont que révolutionnaires, et demande quelle influence peuvent avoir tous ces produits de la presse, sinon d'électriser les passions insociales, de préparer les mouvements séditieux, de provoquer des explosions désastreuses.
Cependant; comme les peines portées dans le projet de loi contre les délits des écrivains politiques étaient extrêmement douces, le rapporteur, pour les justifier, dit que les journalistes sont la plupart des jeunes gens, et qu'on ne peut guère croire qu'ils calomnient par cupidité. « Mais, ajoute-t-il, les habitudes d'irritation et de fanatisme qu'on leur fait prendre; mais les idées exaltées de courage, d'habileté, de puissance qu'on leur fait attacher à leur profession ; mais l'émulation funeste que l'on excite entre eux ; mais la peur d'être appelés faibles s'ils ne sont pas sans retenue ; mais le besoin de remplir chaque jour leur tâche, même dans la disette des événements,, dans la sécheresse de la pensée, dans la fatigue et Tépuisement ^e l'imagination ; mais enfin cette triste nécessité d'écrire avec vitesse , écueil à la fois de l'honnêteté et du talent : voilà plus de circon^ stances qu'il n'en faut pour inviter à considérer beaucoup moins l'atrocité de la calomnie, que le malheur de ceux qu'on lui a donnés pour organes. » Ce rapport, vraiment admirable de style, non moins que de fermeté, de noblesse, déraison, de patriotisme, produisit une vive impression sur l'assemblée, et obtii\]t, comme il le méritait, une très-grande célébrité. Le rapporteur avait habilement mis de son côté le bon sens, la morale, l'utilité publique, l'intérêt de la révolution et celui de la patrie; mais il avait contre lui la presse industrielle, qui ne manqua pas de crier qu'on attentait à sa liberté, et la presse l'emporta. Les deux premières parties du projet , l'une défendant d'annoncer dans les rues aucun
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journal autrement que par son titre ^ et l'autre ordonnant la création d'un journal officiel, furent seules approuvéee par le conseil des Cinq*Cents* La troisième partie» qui parut aux uns insuffisante à réprimer les excès de la presse, aux autres oppressiye de la liberté, fut renvoyée à la commission. Ensuite le représentant Chassey ayant proposé un projet sur la même matière, le conseil, à la demande de M. Daunouy ordonna l'impression de ce nouveau projet et Tadjonction de l'auteur aux commissaires déjà nommés.
La discussion fut demandée et reprise à l'occasion d'un passage des Actes des apôtres^ journal royaliste, dans lequel Bonaparte , outragé d'une manière révoltante, était mis en parallèle avec Sanson, Texéculeur des hautes œuvres : c'était le 48 pluviôse (6 février 4797), et, cinq jours après, (m publiait aux flambeaux, dans tout Paris, la glorieuse prise de Mantoue, qui (couronnait si dignement les mer^ veilleuses campagnes de l'armée d'Italie. Mais, à la wite de débats (rè»-vifs, les diflérents projets furent encore renvoyés à la commission. Puis un quatriàsie, dont M. Siméon était l'autrar, fut inutil^pfient discuté; le conseil n'easut adopter aueun, et tous finirent par tomber dans l'oubli.
M. Daunou, après avoir été nommé, le 1"^ germinal an V (21 mars), l'un des quatre secrétaires du conseil des Cînq-Cents , fut désigné par le sort dans le premier tiers des anciens, membres de la Convention dont les f<mctioiis devaient expirer au mois de prairial. 11 sortit donc à ocAte épo<)ue du
NOTMX SUR M. DAUIfOU. «7
CcHrps législatif^ et oomine sa modération arait déplu à ses eommellant»^ il resta près d'un an sans être réélu. Il n'aTait brigué les suffrages de personne, et rien au monde n'était capable de faire céder s^ conTictions à des considérations personnelles ; mais quelle qu'ait été la cause de son exclusion , on peut être assuré qu'il ne s'écarta point de la ligne politique qu'il avait suivie ; et que , si les électeurs de son département le reportèrent plus tard à la députation, ce furent eux qui revinrent à lui, et non lui qui changea.
Retiré un moment de la scène publique, il put se livr^ sans partage à l'étude des lettres. Dès le mois de novembre 1795, il avait été appelé à l'Institut, qui lui devait en partie sa création et que le zèle persévérant de M. Lakanal était parvenn à faire organiser. Il y prit sa place dans la classe des sciences morales et politiques, et fut un des douze commissaires chargés par le corps de rédiger un règlement commun aux trois classes. Le 15 germinal an iv (4 avril 1796) , l'Institut réuni tint dans la salle des antiques du Louvre sa première séance solennelle, à laquelle assistèrent les cinq directeurs en grand CMtume, les ministre», les ambassadeurs étrangers et l'éKte de la société parisienne. Après le discours d'ouverture prononcé par Letourneur, président du Directoire, et la réponse de Dussaulx, président de rinstitut, M. DauDou, au nom de ses confrères,, expliqua le genre de travail attribué à chaque classe, et définit la mission du corps tout entier , dont il se plut à proclamer F indépendance. « Ceux qui ont le
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droit, dit-il, de lui demander des travaux n'auraient pas le pouvoir de lui commander des opinions ; et comme il ne possède aucun moyen de s'ériger en rival de l'autorité , il ne deviendrait pas non plus l'esclave ou l'instrument d'une tyrannie. » Il parcourt ensuite les différentes parties de son sujet; mais, après avoir parlé en académicien , il conclut en bon patriote. «Aujourd'hui, citoyens, s'écriet-il , la paix la plus pressante à consommer est la paix intérieure de la République. Ah! s'il est une influence digne des arts et conforme à leur caractère, c'est de ramener au sein de l'État la concorde et la douce fraternité ; de détourner l'attention nationale vers les méditations des sciences, vers les chefs-d'œuvre du génie ; de substituer aux rivalités des partis l'émulation des talents, et à tant d inquiétudes aveugles et meurtrières la civique activité de^ industries réparatrices*.... »
Dans deux autres circonstances, le dernier jour
1 . Après le discours de M. Daunou , il fut rendu compte par M. Lacépède des travaux de la première classe de j'Institut; par M. Lebreton, de ceux de la seconde, et par M. Fontanes, de ceux de la troisième. Ensuite Colin d'Harleville lut une allégorie en vers sur la formation de l'Institut national, et Fourcroy, Cabauis, Lacépède et Prony firent des lectures sur différents sujets scientifiques. Puis Monvel lut pour Andrieux des vers sur le procès du Sénat de Gapoue; Lebreton, une notice sur la vie de Raynal ; Grégoire, un mémoire sur les lettres; Guvier, un mémoire sur les différentes races d'éléphants ; Dussaulx , la relation d'un voyage aux Pyrénées ; Lebrun , une ode sur l'enthousiasme. Enfin la séance fut terminée par les expériences de Fourcroy sur les explosions du muriate suroxygëné de potasse.
de Tan v (21 septembre 1797) et le 10 vendémiaire an VI (V octobre 1797) M. Daunou, eut encore une mission publique à remplir. Dans la première , à l'occasion de Fanniversaire de la fondation de la République , il rendit compte , à la tête d'une députation de llnstitut au conseil des Cinq-Cents , des travaux des trois classes pendant Tannée qui finissait. Dans la seconde , qui se présenta quinze jours plus tard, il prononça au nom du même corps le panégyrique de Hoche à la fête funèbre célébrée au milieu du Champ de Mars à la mémoire de ce jeune et illustre général. Dans ces discours, qui se distinguent l'un et l'autre par des beautés de style, comme par la chaleur des sentiments républicains, l'orateur se livre avec un égal emportement à son animosité contre les royalistes et contre les hommes de la Terreur, et les accuse non-seulement des malheurs de la France, mais encore de la dépravation de lalittérature*. M. Daunou, en sortant du Corps législatif, fut nommé par le Directoire, le 17 floréal an v (6 mai 1797), administrateur en chef de la bibliothèque du
1. Mme de Staël écrivit à M. Daunou au sujet de Téloge funèbre de Hoche, la lettre suirante : «Quoique je n'aie pas rhonneur de vous connaître personnellement, Monsieur ^ je crois qu'il m'est permis de vous transmettre un hommage de plus. J'ai admiré dans votre éloge du général Hoche et le talent et le caractère de l'écrivain ; ce discours m'a paru plus qu'un écrit , j'ai cru y démêler une action courageuse, et c'est au sentiment qui l'a inspirée que j'ai besoin dem'unir. Vous devez être au-dessus de toutes les louanges, mais une profonde estime n'est jamais un hommage importun. Necker Stâel de Holstein. >» Taillandier, p. 93,
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Panthéon, à la place de Tabbé Lemoanier, qui venait de mourir. Aussitôt il résigna la chaire de grammaire générale qu'il occupait^ depuis le 6 ventôse an lY (25 février 1 796), aux écoles centrales du département de la Seine \ Il eût été difficile de lui conférer des fonctions plus conformes à ses goûts studieux qu« celles de bibliothécaire ; car non-seulement il aimait les livres pour les lire , mais c'était encore pour lui un travail plein de charmes, que d'en faire le catalogue et de les ranger.
Pendant l'année qu'il passa hors des affaires publiques, il concourut à la rédaction de plusieurs journaux, tels que le Journal des Savants*^ que plusieurs membres de l'Institut essayaient de rétablir; la Clef du cabinet des souverains, le Conservateur^ et la Sentinelle, publiée pat Louvet. C'est dans le Con-' servateur qu'il a consigné son opposition énergique aux proscriptions du 18 fructidor. Lorsque les élections de l'an v eurent donné la prépondérance au parti favorable à la royauté dans le Corps législatif, la majorité du Directoire, prévoyant que les élections suivantes amèneraient la chute du gouvernement, s'unit à la minorité des conseils pour violer la Constitution et maintenir la République, Soutenue par l'armée, elle frappa ses adversaires d'un grand coup d'État, Les deux directeurs Carnot et Barthélémy, cinquante-deux représentants, plusieurs administrateurs et généraux , avec un très-grand nombre
i . Taillandier, p. 85.