‹ Notice sur M. DaunouChapitre 11 sur 70 · Ses articles sont.signfo Y, Ib. , p · texte numérisé non relu

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ptarrcB sur m. daunod. 71

de jomnuiUtteSy furent arrêtés par w& ordre et condamnés à la déportation. M« Daunou qui détestait les moyens TÎolents et qui Toulait arec la République le règne absolu de la Constitution et Tobservation des lois ) même à Tégard des partis taincus» blâma sévèrement la conduite du Directoire^ et s'indigna surtout contre la proposition faite au conseil des Cinq-Cents de bannir arbitrairement tous les anciens nobles. «Les projets du grand, du petit et du moyen ostracisme, dit^U, de l'organisation de l'arbitraire et de la déportation successive de quinie ou vingt classes de Français» à commencer^ ajoutent- il ironie quementy par les nobles , et à finir par les inventeurs mêmes de ce genre de proscription; tous ces projets n'étant pas très^i4)puyés ^ excitant au contnûre une indignation à peu près universelle^ nous croyons devoir supprimer ou ajourner les réflexions que nous avions annoncées» Nous ne comprenons pas encore comment des hommes qui ont donné tant de preuves de sagesse 9 de modération et d*un patriotisme éclairé > ont pu concevoir et proposer de pareilles idées. Il nous serait difficile de les discuta avec la tranquillité convenable. Nous sentons frop vivement combien ce système est horrible , pour pouvoir démontrer froidement qu'il est injuste et impolitique. » Ce langage était celui d'un ami sévère qui s'afflige *t Veut corriger, et non celui d'un mécontent qui dénigre et ne songe qu'à détruire. Le Directoire , au lieu de témoigner contre lui du ressentiment, le chargea coojointement avec Monge et Florent- Guy ot d'une mission aussi importante qu^honorable : ce

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fut d'aller à Rome organiser la République après les événements du 8 nivôse occasionnés par le meurtre du général Duphot. Les trois commissaires , nommés le 12 pluviôse an vi (31 janvier 1798), partirent cinq jours après munis d'une autorité souveraine ^ et emmenèrent avec eux pour secrétaire le citoyen Saint-Martin^ Tauteur d'une édition des Établissements de saint Louis.

Aussitôt qu'ils furent arrivés, ils informèrent sur les faits du 8 nivôse , puis organisèrent la république romaine sur le modèle de la république française. M. Daunou , en rédigeant les lois fondamentales de ce nouvel État, eut soin de rattacher aux institutions modernes les noms imposants de la liberté antique. Les assemblées primaires s'appelèrent les comices, et les assemblées communales les tribus ; le conseil des Anciens fut décoré du nom de Sénat; un tribunat prit la place du conseil des Cinq-Cents , et les cinq directeurs se transformèrent en autant de consuls. La plupart de ces dénominations, rapportées plus tard des rives du Tibre sur celles de la Seine, trouvèrent accès dans la Constitution de Tan vin*.

Malgré le zèle et les lumières de la commission , ces institutions improvisées ne surent procurer aux Romains ni Tordre ni la liberté ; et cette république mensongère, au lieu de recevoir ses consuls du libre choix du peuple , dut souvent se féliciter de les voir nommés et destitués par les agents du gouvernement

1. La commission rendit compte de ses actes au Directoire par une lettre du 22 ventôse (12 mai i 798). Moniteur j an VI, n<»193.

français. Néanmoins de grandes améliorations furent introduites dans ladministration du pays; et tandis que les autres républiques, enfantées de même par les armes françaises j avaient beaucoup à souffrir de la cupidité et de la corruption des généraux et des magistrats, la commission réprimant à Rome les malversations et les autres abus^ mi t de Tordre dans les finances et marqua tous ses actes au coin de la probité'.

Pendant son séjour à Rome, M. Daunou fut heureux d'empêcher la vente de la bibliothèque particulière du pape Pie VI, et d'enrichir des livres et des manuscrits les plus précieux qu'elle possédait, nonseulement la bibliothèque du Panthéon , dont il était l'administrateur, mais encore la Bibliothèque nationale , d'après les indications qui lui furent transmises par M. Van Praët.

Je ne dois pas oublier de dire que, tout sévère qu'il était dans ses principes, il eut, durant sa mission , l'occasion de se montrer , ce qu'il fut toute sa vie, indulgent et bon à legard des personnes mêmes qui ne les partageaient pas, et qu'il aima mieux désobéir formellement au Directoire que de poursuivre les émigrés français réfugiés dans les États romains.

Ayant été nommé de nouveau député, le 24 germinal (13 avril 1798), par le collège électoral du Pas-de-Calais et dans le même temps par celui du Gard, il revint d'Italie, après avoir visité Naples, et rentra au conseil des Cinq-Cents, où il opta pour

i. Thiers, Histoire de la Révolution,

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la députatioa de son département. Il reprit aussi à la bibliothèque du Pantbéon ses douces et modestes fonctions, qu'il conserva jusqu'à la fin de 1 804.

Il était à peine rentré au Corps législatif^ que ses collègues lui donnaient, le 2 fructidor^ une marque éclatante d'estime en l'élevant à la présidence. Ils témoignaient particulièrement, en lui décernant cet honneur , qu'ils ne lui savaient pas mauvais gré de son opposition au coup d'État de l'année précédente. D'un autre côté, toutefois, ils le mettaient dans une situation un peu délicate. La fête du 18 fructidor approchait, et M. Daunou, qui s'était déclaré contre les événements pour lesquels on l'avait instituée, allait se trouver chargé, comme président, de prononcer un discours en mémoire des actes mêmes qu'il avait flétris. Mais il se tira fort habilement de ce pas difficile , sans rétracter ni déguiser son opinion. Il célébra dans le 18 fructidor la chute du parti royaliste et non les mesures qui l'avaient procurée : (c Mesures audacieuses , dit^l , qui sauvent les États ou les écrasent, qui raniment les constitutions ou les renversent, et qui, employées contre des périls imminents, sont encore elles-mêmes de grands périls. »

Quinze jours après *, Bitaubé vint à la barre du conseil des Cinq-Cents rendre compte des travaux de rinstitut pendant l'an vi. M- Daunou, dont la présidence n'était pas expirée, lui répondit par un discours dans lequel on retrouve, plus peut-être

i. Le deuxième complémentaire, 18 septembre 1798.

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qu'en aucun autre des siens , des tfaces du langage mis en usage depuis plusieurs années \ Il faut en convenir, ce langage emphatique et déclamatoire, beaucoup plus riche de grands mots que de grandes pensées , et beaucoup plus propre à surprendre le peuple qu'à l'éclairer, constitue trop souvent le genre oratoire de la révolution , et n'est peut-être pas encore assez proscrit de la tribune et des journaux des gouvernements représentatifs, où il n'offense pas moins les institutions que le bon goût-

Le surlendemain , M. Daunou félicita les députés du tribunal de cassation qui s'étaient aussi rendus à la barre pour faire l'exposé de leurs travaux. Enfin, le l**" vendémiaire an vu (22 septembre 1798), il prononça le discours d'usage en mémoire de la fondation de la République. Il commence par exalter le gouvernement républicain comme le meilleur pour la France, non-seulement en théorie, mais encore d'après l'expérience décisive de six années, pendant lesquelles ce gouvernement a mis une nation affaiblie, ruinée, divisée par la guerre civile, en état de tenir tête à la ligue des rois et de résister à des épreuves terribles, auxquelles aurait succombé la plus solide monarchie. Il fait ensuite un brillant tableau de l'état actuel de la France, et, après avoir déclaré l'urgence de perfectionner le système de l'éducation nationale, objet constant de ses pensées :

1 . C'est dans ce discours qu'on rencontre , à la suite de pensées très-justes et très-bien exprimées , cette assertion un peu exclusive , détenue fameuse , qu'iï n'y a de génie que dam une âme républicaine.

« Puisse, dit-il en finissant, puisse ce jour fortuné, sûr présage de nos triomphes nouveaux , si les rois en exigent, laisser dans les cœurs de tous les Français de profonds sentiments de vénération , d'amour et de dévouement pour la République ! »

M. Dàunou prit d'ailleurs assez rarement la parole pendant cette législature. Nous le voyons seulement monter à la tribune pour offrir et recommander à l'Assemblée les œuvres de Tacite, traduites par Dotteville , et V Abrégé de Vhistoire de la Grice , publié par le libraire Bernard ^ Un autre jour, pour combattre la proposition faite par Jourdan et dirigée contre le Directoire, de déclarer Ja patrie en danger et de prendre des mesures de salut public *; et enfin pour présenter deux projets relatifs aux dépenses du ministère des relations extérieures '. Il avait été nommé, le 1 3 vendémiaire an vu (4 octobre 1 798), membre du conseil d'instruction publique qui venait d'être créé par le ministre de l'intérieur François de Neuf château.

La révolution du 18 brumaire, en livrant la Constitution de l'an m et le gouvernement aux mains glorieuses du général Bonaparte, détruisit la carrière politique de M. Daunou. Personne dans le Corps législatif ne jouissait de plus de considération parles qualités réunies delà capacité, de la probité

i. Le 29 brumaire et le 19 venlôse an tu (19 novembre 1798 et 9 mars i 799).

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