La nomination de M. DaunoU est du 13 août
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au Collège de France. A la Chambre, il avait été nommé membre de plusieurs commissions et président de celle qui devait examiner la demande d'accusation contre le dernier ministère. Ramené devant ses commettants par sa réintégration dans ses fonctions d'archiviste 9 il obtint de nouveau leurs suffrages dans le mois d'octobre , et fut encore appelé par ses collègues à diverses commissions importantes*. Les discours qu'il prononça le 31 janvier et le 26 février 1831 , sur l'organisation du régime municipal , et sur l'amendement de la Chambre des pairs relatif au nombre de voix nécessaire pour la condamnation dans les jurys, se distinguent par une étude approfondie de ces questions et par des renseigne- J
ments historiques très-intéressants , que personne j
mieux que lui ne pouvait fournir à ses collègues. |
Aux élections générales du mois de juillet de la même année, ayant été porté simultanément à la députation par le collège de Brest et par celui du huitième arrondissement de Paris , il opta pour le premier, et prit encore une grande part aux travaux et même aux débats de la Chambre pendant la première session. Je rappellerai seulement le discours qu'il prononça sur la pairie le V^ octobre 1831 , et le rapport qu'il fît le 23 décembre suivant sur le projet de ^ loi relatif à l'instruction primaire. Après avoir com-
i . Telles que les eommissions relatives aux pensions à accorder à titre de récompenses nationales (séance du 10 novembre); aux cours d'assises et au jury (3 décembre); à l'instruction publique (3 février i83i); au conseil d'État {
(8 février}.
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battu rhérédité de la pairie, il demandait que les pairs fussent nommés à vie par le roi sur des listes de trois candidats présentées par des collèges électoraux particuliers. Des réminiscences de la constitua tion de Tan m sont faciles à saisir en plusieurs passages, et fournissent une nouvelle preuve de la constance de ses opinions ^ Quant aux écoles primaires , il les voulait indépendantes de l'Université avec la liberté entière de l'enseignement , qui devait être surveillé et non dirigé par le pouvoir. Ce fut aussi dans cette année que le roi le nomma officier de la Légion d'honneur.
Depuis, il ne reparut pas à la tribune ; et , lorsque la Chambre fut renouvelée en 1834, ne se croyant plus capable , à cause de son âge et de l'approche des infirmités, de remplir tous les devoirs de député , il résolut de renoncer au titre et remercia les électeurs de Brest , qui se faisaient un honneur de lui conserver la candidature. Toutes les tentatives pour le rappeler à des fonctions qu'il avait définitivement abdiquées furent désormais inutiles. En 1837, les électeurs du huitième arrondissement de Paris le pressèrent donc en vain de changer de résolution. Sollicité de nouveau par eux, en 1839 , il resta pa-
i. En 1818, il s'était déclaré pour une pairie héréditaire {Garantie individuelle y p, 202), mais il raisonnait dans le système de la légitimité, et supposait l'existence non d'une Chambre des pairs seulement, mais d'une pairie véritable. En 1831, il considérait, en quelque sorte, la Chambre des pairs comme un milieu entre le conseil des Anciens de la constitution de l'an ui, et la pairie de la charte de Louis XVni.
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reillemeût inébranlable, et leur répondit par k lettre suivante :
(r Messieurs, je suis très^-reconnaissant de la bien^ veillance dont vous continuez de m'honofer, mais je ne dois ni demander ni accepter des fonctions qu'il ne me serait plus possible de remplir avec Tassiduité qu'elles exigent. Vos suffrages auront , à tous égards, un plus heureux résultat , s'ils se portent sur mon confrère à llnstitut, M. David, célèbre artiste, excellent citoyen, à l'élection duquel applaudirait la France entière. Il vous appartient par ses sentiments patriotiques, par la loyauté de son caractère , et par les rapports de son art avec les industries qui distinguent si honorablement le huitième arrondissement de la capitale. A tous ces titres , ce choix sera digne de vous; en joignant mon suffrage aux vôtres , je répondrai , autant qu^il est encore en mon pouvoir, à la confiance dont vous avez bien voulu m' offrir un nouveau témoignage. Je suis, etc., votre dévoué concitoyen, Daunou. »
Dans un autre ordre de fonctions, il avait été nommé, en juillet 1834, membre de Tun des comités institués par M. Guizot au ministère de Tinstruction publique pour la publication des documents inédits de l'histoire de France; et dans le mois de janvier 1 838 , le conseil municipal de la ville de Soissons Tavait choisi pour Tun des juges du prix de douze mille francs à décerner à la meilleure histoire de cette ville. Enfin, le 16 mars de la même année, il fut élu secrétaire perpétuel de rAcadémie des Inscriptions en remplacement de feu M. de Sacy , ce
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qui lui fit aussitôt résigner la direction du Journal des Savants. Depuis le commencement de 1 829, il était membre de la commission des impressions gratuites à rimprimerie royal6\
S'il accepta, en novembre 1 839 , des mains dd M* Yillemain , ministre de l'instruction publique , la dignité de pair de France, ce fut moins parce qu'il était personnellement flatté de cet honneur, que par la crainte de déposséder l'Académie des Inscriptions et Bdles^Lettres d'une marque de distinction qu'il supposait accordée au secrétaire perpétuel^ et que M. de Sacy avait reçue*. Mais quoiqu'il ait assisté quelquefois aux discussions delà Chambre des pairs, sa carrière législative s'est, à vrai dire, terminée en 1 834. Il se retira de la scène politique tel qu'il y était entré , avec les mêmes principes et le même drapeau, après avoir donné l'exemple d'un patriotisme et d'une probité à toute épreuve, et contraint ses adversaires mêmes à convenir que nul n'avait traité les affaires de son pays avec plus de conscience et de dignité»
Il me reste, avant de parler de ses travaux purement littéraires, à présenter quelques extraits de ses écrits, qui achèveront de faire connaître ses doctrines politiques , constamment confir-
1. En décembre i830, il fut nommé par le garde des sceaux membre de la commission chargée d'examiner dMm" portantes Questions relatives à Texistence et aux travaux de Vimprimerie royale.
2. Mais M. de Sacy était déjà pair de France lorsqu'il fut nommé secrétaire perpétuel.
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mées par ses actions, je pourrais dire par ses habitudes.
Quoiqu'il professât les opinions les plus libérales, et qu'il fût toujours attaché au parti populaire , il ne faudrait pas s'imaginer qu'il fît consister le souverain bien pour une nation dans la jouissance de la liberté publique; loin de là il préférait de beaucoup à cette liberté les institutions propres à garantir à chaque citoyen la sûreté de sa personne et de ses propriétés. « Dans les républiques , dit-il , on s'était beaucoup plus occupé de la part que chacun aurait aux délibérations et résolutions politiques, que de la sûreté des personnes et des propriétés ^ que du libre exercice de l'industrie et de Tindépendance des opinions. Tout y était sacrifié à des intérêts généraux, qu'on envisageait comme distincts de tous les intérêts particuliers , et qui fort souvent, en effet, se conciliaient fort mal avec eux. On aspirait à une sorte de grandeur nationale compatible avec le malaise domestique de la plupart des citoyens*. » Et ailleurs : « Les Italiens du moyen âge n'avaient à peu près aucune idée des garanties individuelles, dans lesquelles la véritable liberté consiste. A peine avaient-ils songé à pourvoir à la sûreté des personnes et des propriétés : bien moins encore aspiraient-ils à la liberté de l'industrie, des opinions et des consciences. L'exercice des droits de cité, la part que chaque citoyen devait avoir aux élections et délibérations publiques, voilà presque
i. Garanties individuelles y 1819, p. 132 et 133.
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Tunique sens qu'ils attachaient au mot liberté; et s'il fallait indiquer la cause la plus générale de tous leurs désastres avant et après 1492, nous serions fort enclins à la trouver dans cette erreur*. » Il ne porte pas un jugement plus favorable sur le gouvernement athénien, lorsqu^il dit : « Comment approuver ou excuser un système politique oii Ton condamne Socrate, où l'on exile Aristide , Thucydide et Xénophon; où l'on rappelle Alcibiade; où les réso* lutions les plus sérieuses se prennent et se révoquent avec une égale légèreté ; où il suffit dé flatter les passions de la multitude pour diriger les délibérations ; où l'intrigue et la corruption s'introduisent jusque dans les rangs les moins élevés ; où toutes les ambitions hardies et toutes les volontés opiniâtres sont sûres de l'emporter sur les vertus modestes et sur les conseils de la sagesse*? »
S'il ne nomme que le gouvernement d'Athènes, il ne frappe pas moins de sa réprobation tous ceux qui peuvent y ressembler. Il va même jusqu'à faire bon marché de la liberté politique, en prétendant qu' « une société où Ton parviendrait à mettre les gouvernés à l'abri de toute oppression , serait déjà si heureuse, qu'on pourrait bien abandonner aux gouvernants le soin de la rendre de plus en plus prospère*. » Mais il ne se dissimule pas que les garanties individuelles ne suffisent point aux ambitieux,
i. Journal des Savants^ 4818, p. 476.