En juillet
iU NOTICE SUR M. DAUNO0.
mie de Lyon\ <c Bonaparte s'est attribué un assez grand nombre d'autres couronnes : il faut laisser celle-ci à M. Daunou '. »
Les événements graves et les circonstances difficiles au milieu desquels M. Daunou se trouva jeté, le détournèrent pendant plusieurs années de la littérature. Il n'y fut ramené qu'après avoir pris place à rinstitut^ dans la classe des sciences morales et politiques. Outre quelques discours solennels dont on le chargea, il composa sur les travaux de sa classe un assez grand nombre de notices ou de rapports, qui furent lus aux séances publiques'. Dans une de ces notices j il parle en ces termes de l'école de Zenon : « Il suffit presque de savoir que Sénèque était stoïcien , pour prendre une haute idée de sa morale. Cette secte dure et sublime est du petit nombre de celles qui n'ont jamais paru méprisables : son nom rappelle de grands souvenirs; et ceux qui la jugent trop austère ne s'éloignent d'elle qu'avec respect*. » Plus loin il rend compte d'un mémoire de Mercier sur l'histoire ancienne, dans lequel la certitude historique, en ce qui concerne l'antiquité, est absolument rejetée , et tout travail d'après les
i. Tomel, p. 144.
2. L'impression du mémoire couronné a été empêchée par les événements de la révolution ; mais le manuscrit subsiste, et Ton doit désirer qu'il ne tarde pas à être mis sous presse.
3. Voy. Documents biographiques sur M. Daunou ^ par M. Taillandier, p. 124 et 203; et la note de M. Daunou au bas de la page 24 de sa Notice sur Ginguené.
4. Notice lue dans la séance publique du 15 germinal an X (5 avril 1802), p. 4,
historiens anciens sapé hardiment par la base. Quoiqu'il fût loin de partager cette opinion, il Fexpose sans la combattre; seulement il se contente d'ajouter avec intention : « Le mémoire que nous Tenons d'analyser n'a point empêché la classe de s'occuper, durant ce trimestre, de recherches historiques : tous les mémoires dont il nous reste à rendre compte appartiennent surtout à l'histoire*. » Il fit aussi un rapport sur les ouvrages d'histoire pour les prix décennaux; un autre sur la continuation du Recueil des historiens de France, et, comme secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, deux rapports par an sur les travaux des commissions de cette Académie. Enfin il rédigea cinq mémoires pour la collection des Mémoires de l'Institut. Le premier a pour objet les élections au scrutin, et fut lu vers le milieu de l'an viii (1800). Obtenir de bons choix , et vérifier avec précision le vœu réel des électeurs, telle est la double fin qu'on se propose dans tout système d'élection. L'auteur, s'attachant seulement au second point, recherche: i • les conditions qu'un mode de scrutin doit remplir; 2*" les modes de scrutin employés ou proposés jusqu'à ce jour; 3* les rectifications dont ces modes paraissent susceptibles. Ce sujet, très-étendu et trèscompliqué, est examiné sous toutes ses faces et dans toutes ses parties; le calcul vient souvent à l'aide ou à l'appui du raisonnement, et néanmoins la conclu-
i. Notice lue dans la séance publique du 15 germinal anx(5avriH802), p. 16.
lie NOTICE suiir m. daunou.
sion que Tauteur tire avec le plu» d^assiit^nce de toutes ses recherches, c'est que la simple eïpressiou du vœu général est une chose très-difficile à vérifier. M. Daunon lut ensuite à l'Institut^ le 22 brumaire an II (13 novembre 1800)> un mémoire sur la classification des livres enseignée dans plusieurs écoles*, et, le 2 floréal an x (22 avril i 802) , son Analyse savante et fidèle des opinions diverses sur V origine de V imprimerie. Dans le début de ce dernier ouvrage il s'exprime de la manière suivante : « Nous sommes trop près encore des premiers jours de Timprimerie pour mesurer son influence ; nous en sommes déjà trop loin pour connaître avec certitude les circonstances de son origine. Il est difficile de prévoir ses derniers bienfaits et de discerner ses premières tentatives*. » Il se livre ensuite à la discussion très-attentive et très-minutieuse des principaux écrits relatifs à son sujets et conclut en disant que l'imprimerie tabellaire, ou l'art d'imprimer avec des caractères gravés sur planche, connu en Chine dès le x* siècle > paraît avoir été appliqué par les Européens, au moins dès le commencement du xv% à l'impression des cartes et des images; qu'avant 1440j Gutenberg de Mayence conçut à Strasbourg ridée des types mobiles, mais que cette idée ne donna lieu, dans Strasbourg et ensuite dans Mayence, qu'à des essais pénibles, dispendieux et
4. Mémoires de l'Institut, Sciences morales et politiques ^ t.V, p. 41.
t. Àcadéiniê dés sciences morales et politiques ^ t. IV, p. 448.
NOTICE SUR M. DAUNOU. 4f7
ifnprôductifs ^ tant que les lettres ne furent que sculptées sur le bois ou sur le métal; que tout livre imprimé avant 1 457 Ta été ou par des planches de bois eu par des caractères de fonte tels que les nôtres^ caractères inventés vraisemblablement par Gutenberg ou par Faust > perfectionnés sans nul dûutè par Schœffer, et employés pour la première fois par Schœfifer , Faust et Gutenberg à Timpression de la Bible sans date (dite aux quarante*deux lignes), de six cent trente-sept ou six cent quarante feuillets ^ Mais ce sont là, comme l'auteur a soin d'en avertir y de simples conjectures et non des faits démontrés.
Dans un quatrième mémoire qu'il écrivit en 1 8i 2, tt qu'on n'a imprimé qu'après sa mort^ il examine si les anciens philosophes ont considéré le Destin comme Une force aveugle ou comme une puissance intelligente, et finit par se prononcer pour la dernière opinion. Son cinquième mémoire^ composé environ un an plus tard et resté inédit, a pour but de prouver, contre l'assertion de son confrère M. Petit-Radel, que le nom de Roxolani désigne un ancien peuple voisin du Palus -Méotide (mer d'Azof), et n'a jamais été appliqué aux Russes; d'où il conclut qu'on ne doit pas s'en servir pour désigner ces derniers, si l'on ne veut accréditer une fausse éty* mologle et une erreur grave en histoire.
Je ne parlerai du discours qu'il prononça le 2 mai
1. Deu^ exemplaires de cette Bible sont à la Bibliothèque du roi, et un troisième à celle de l'Institut. làid.
1833, "dans la séance publique des cinq Académies, sur le rétablissement de TAcadémie des sciences morales et politiques, dont il fut nommé membre, que pour rappeler que, dès Tannée 1819^ il s'était formé à Paris une société des sciences morales et politiques, divisée en sections, et qu'il avait été placé dans la section législative avec MM. de Broglie, Lanjuinais, Guizot, Benjamin Constant, Grégoire et Etienne ^ Longtemps auparavant, dans le mois de floréal an ix , il avait été à l'Institut nommé un des quatre commissaires de sa classe, chargés^ de composer, avec les huit commissaires des deux autres classes, le dictionnaire de la langue française. La commission générale des douze membres, qui devait être présidée par le président même de Tlnstitut en exercice, choisit pour vice-président M. Daunou. Malheureusement la nouvelle organisation que Unstitut tarda peu à subir ne permit point à la commission du dictionnaire, exclusivement prise désormais dans l'Académie française, de conserver un collaborateur si utile et si profondément versé dans la grammaire et la littérature de notre langue*.
En i 828, à la mort de l'ancien bénédictin D^ Brial, il fut nommé, ainsi que M. Naudet, par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, pour continuer le Recueil des historiens de France. Cinq ans après, le tome XIX de ce grand ouvrage fut livré au public ; le tome XX parut en 1840.
i. Moniteur universel^ 4819, 25 avril, p. 500. 2. Moniteur universel^ an ix, 26 floréal, p. 985; et procès-verbaux de rinstitut du mois de floréal.
Mais ses travaux académiques les plus remarquables sont y à mon avis, ses morceaux d'histoire littéraire. En 1807, la classe d'histoire et de littérature, à la demande du gouvernement^ reprit la publication de VHisioire littéraire de la Fraiice, et nomma pour ce travail quatre commissaires^ qui furent MM. Ginguené, de Sainte-Croix, Brial et Pastoret, auxquels elle adjoignit son secrétaire perpétuel. M. de Sainte- Croix étant mort peu de temps après sa nomination, elle le remplaça par M. Daunou*.
Les articles de M. Daunou sont si nombreux que je ne puis même en donner ici la nomenclature. Plusieurs sont remarquables par l'étendue, tous le sont par le mérite. En me bornant à ceux qui présentent le plus d'intérêt, je citerai, pour le xii* siècle, les articles de S Bernard, Pierre le Vénérable, Othon de Frisingue, Etienne de Fougères, Maurice de Sully; et, pour le xiii% d'abord son discours sur l'état des lettres pendant ce siècle, ensuite les articles de Geoffroy de Villehardouin , Simon de Montfort, Philippe Auguste , l'abbé de Cîteaux Arnaud, plus tard archevêque de Narbonne, Guillaume le Breton, Louis VIII, Jacques de Vitri, Alexandre de Halès, Guillaume d'Auvergne, Vincent de Beauvais, Estienne Boilesve, Guillaume de Rubruquis, Louis IX, Guillaume de Puy-Laurent, S. Thomas d'Aquin, Albert le Grand et Roger Bacon.
Tout le monde, après avoir lu ces articles, avouera facilement que l'ouvrage commencé par D. Rivet,