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Daunou, dans Taillandier, page

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tice , des artisans de crimes , enrôlés pour Tassassinat, avaient ouvert les prisons au commencement de septembre, non plus, comme on le voit dans l'histoire, pour délivrer les détenus, non plus pour armer les bras des condamnés contre un ennemi victorieux et menaçant, mais pour égorger avec calme des hommes et des femmes sans défense, dénoncés par la haine et la cupidité , arrêtés par l'arbitraire , écroués sans indication de délit, victimes et non coupables des calamités du jour. Que les temps étaient changés depuis les beaux moments de la Constituante ! que de nobles efforts perdus ! que de douces illusions détruites ! Tout espoir de conciliation entre l'ancien et le nouveau régime était évanoui ; la sagesse et l'équité, impuissantes à les unir, avaient cédé la place à la violence, et la seule voie qui fût ouverte pour eux était désormais celle de l'extermination.

M. Daunou , ami sincère et vertueux de la révolution, l'aurait voulue pacifique, équitable, généreuse, riche de tous les biens et pure de tous les excès. Persuadé qu'employer la violence et Tinjustice pour la rendre triomphante , c'était accroître les dangers, il pensait qu'elle ne devait avoir pour armes que la rai* son, le patriotisme et les lois. On put dès lors prévoir que sa voix serait perdue dans une assemblée qui fonderait sa force sur le despotisme et la terreur. Les hommes de bien n'étaient là que pour entretenir secrètement par leur exemple le culte de la justice au fond des cœurs, comme aussi pour soulever, par les proscriptions qui devaimt les atteindre, Topinion

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publique en leur faveur, et réveiller Ténergie de leur» collègues contre leurs bourreaux.

La Convention saisit d*une main féroce le gouvernail de VÉtat , et fit éclater aussitôt sa colère contre la royauté. Elle oublia qu'avec ses rois la France s'était formée , étendue , illustrée ; que le pays avait partagé leurs bons et leurs mauvais jours, qu'enfin il avait vécu en commun avec eux depuis plus de douze siècles* Elle ne craignit pas d'imputer à l'autorité royale non^seulement les souffrances et les dangers du moment , mais encore les malheurs et les crimes du passé. Elle la crut inconciliable avec le bonheur du peuple , et cette opinion s'empara des esprits les plus élevés comme des âmes les plus abjectes. En même temps on se laissait séduire par l'éclat des républiques de l'antiquité et par le spectacle attrayant > quelquefois sublime , que dans leur lointain elles présentent à nos yeux. M. Daunou lui-même, au souvenir d'Athènes et de Rome, et sous l'impression des écrits du philosophe Genevois > abjura les idées monar<;hiques. Dans un homme d'un tel caractère et d'une telle constance , cette abjuration devait survivre à l'exaltation qui l'avait produite. M. Daunou n'en revint pas , sans toutefois s'opposer dans la suite au vœu du plus grand nombre > et sans invoquer jamais la contrainte ou les troubles au secours de ses convictions.

Alors , le roi , dépouillé le 20 juin 1 789 du pouvoir absolu par le serment du jeu de paume ; de la force publique le 14 juillet suivant par la prise de la Bastille ; de ses gardes du corps et de sa résidence

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habituelle à Versailles par les attentats du 5 octobre de la même année ; de sa liberté le 21 juin 1791 par son arrestation à Varennes ; de sa garde constitutionnelle le 29 mai 1792 par décret de TÂssemblée législative ; de son inviolabilité le 20 juin par l'invasion des Tuileries ; le roi ^ expulsé de son trône et de son palais le 10 août par Tinsurreciion de la populace , était tombée de sacrifices en sacrifices, dans les mains sanglantes de la commune de Paris , qui le tenait prisonnier au Temple et qui n'avait plus rien autre chose à lui ôter que la vie. Depuis longtemps il n'était plus possible de lui rendre une part quelconque de son autorité : la Convention , Teût-elle voulu , n'aurait pas eu la force de le faire j mais elle n'en avait pas du tout la pensée. Dès sa première séance, le 21 septembre , elle décréta par acclamation l'abolition de la royauté et la fondation de la république. Le vote de M. Daunou dans le procès de Louis XVI est l'un des actes les plus honorables de sa vie ; mais, pour en apprécier tout le mérite , il est nécessaire de se rappeler les principales circonstances de ce grand et funeste événement.

Le parti de la Montagne , se confondant avec la commune ^ voulait , par une simple déUbération de l'assemblée!, envoyer le roi à la mort, tant pour assouvir sa haine que pour donner son dernier gage à la révolution ; il ne s'agissait pas d'un jugement , mais d'une mesure de salut public et de frapper soudain un grand coup d'État. L'autre parti , plus humain ou moins résolu , avait horreur ou peur d'envoyer Louis XV! à l'échafaud, et désirait trouver,

dans les longueurs et la complication des procédures, les moyens de préserver le pays du ré^ gicide. Le 3 décembre, Tancien maire Pétion demanda que le roi fût jugé, et qu'il le fût par la Convention nationale. M. Daunou, qui vota pour là première proposition et contre la seconde, exposa les motifs de ses votes dans un écrit intitulé : Opinion de P. C. F. Daunou, sur le jugement de Louis Capèt.

Pour combattre le principe de l'inviolabilité royale posé dans la constitution, il alléguait que Louis XVI n'était plus roi depuis que sa déchéance avait été prononcée , et que par conséquent rien n'empêchait , dans sa nouvelle condition, réduite à celle d'un simple particulier , de le traduire en jugement pour ses tlélits personnels de la même manière que tous les autres citoyens. La commission s'était servie d'un autre argument. Elle avait distingué deux personnes dans Louis XVI, le monarque et l'homme. Ses actes de roi souscrits par les ministres devaient seuls être couverts par la responsabilité ministérielle, tandis qu'il restait personnellement responsable de ceux qu'il avait faits en son particulier.

Il est certain que l'ex-roi était devenu un grand embarras pour la naissante république, et que le gouvernement ne pouvait ni le relâcher, ni le garder plus longtemps en prison ; l'animosité populaire demandait impérieusement une prompte décision sur le sort du malheureux prisonnier. La meilleure raison que M. Daunou avait sans doute de consentir au jugement de Louis XVI, ne lui parut pas bonne à

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dire : c^était que la Convention n'avait pas la liberté de faire autrement.

Mais il combattait avec énergie la transformation du Corps législatif en cour judiciaire. Il se plaignait, d'une part , de la responsabilité enlevée aux jurés et aux juges, et de l'autre, du droit de récusation ravi à l'accusé. Il déclarait monstrueux que les mêmes hommes, les représentants de la nation, fussent chargés cumulativement de faire l'instruction, l'accusation, le jugement, la loi pénale et l'application de la peine. Enfin il conjurait l'Assemblée de respecter les formes et les garanties de la justice , hors desquelles il n'y a pas de jugement j il n'y a que guerre et vengeance.

La Convention , qui professait le principe de la souveraineté du peuple, et qui prétendait représenter le peuple en personne , se considéra comme nantie de tous les pouvoirs , et, conformément à la motion de Pétion , s'empressa de se déclarer compétente.

Le roi fut traduit à la barre le 6 décembre , et le procès s'engagea. Pendant sa durée, les pétitions, les députations de toute espèce, les déclamations des Montagnards, les parades les plus révoltantes et tous les moyens les plus iniques furent mis en usage pour soulever l'opinion contre le roi déchu , et pour maîtriser l'Assemblée autant par le fanatisme que par la crainte *.

i. Ainsi, par exemple, l'un des plus grands crimes reprochés à Louis XVI était cette journée du iO août, dans laquelle il avait été assailli par la populace , et obligé , pour sauver ses jours et ceux de sa famille, d'abandonner son palais et d'aller chercher un refuge au milieu de TAssem-

ia NOTIGB sua M. DAUNOU.

M é Daunou , dans un second écrit j intitulé Con^ stdérattons sur le procès de Louis XF/, ne craignit pas de lutter contre un entraînement dont le principe était faux et dont les suites ne pouvaient qu'être funestes. S'eCforçant de rappeler l'Assemblée à la modération ainsi qu'à l'humanité , et de la tenir en garde contre la précipitation et l'injustice : « Que l'enthousiasme soit quelquefois accusateur, disait-il, du moins ne faut-il jamais qu^il soit juge^ et il est affreux qu'il prononce des arrêts de mort. De tels arrêts outragent la nature : ils ne peuvent honorer que le crime lui-même qui les subirait. Je me défie de l'enthousiasme, lors même qu'il s'allie à des vertus douces ou qu'il provoque des actions généreuses ; mais l'enthousiasme qui condamne est toujours férocité , et ce n'est qu'à Téquité froide , à la raison tranquille et calculante qu'est réservé le droit de punir. » Puis s'élevant avec une vertueuse indignation contre les prétendues raisons de haute politique mises en avant par ses collègues : « Il ne faut point

blée législative. Il n'avait pas fait tirer un seul coup de fuçil pour sa défense , et néanmoins on lui imputa la mort et les blessures auxquelles s'étaient exposés volontairement une multitude de gens sans aveu, qu'on décora des noms de défenseurs du peuple et de sauveurs de la patrie. Des veuves et des orphelins de ces honteux combattants se présentaient à la barre ; les blessés eux-mêmes du 10 août venaient défiler dans l'enceinte de l'Assemblée ou traverser la salle, portés sur des litières; leurs femmes et leurs enfants les accompagnaient : tous demandaient la mort du tyran. Comment douter après cela que Louis XYI ne fût l'assassin, et que les assaillants, au contraire, ne fussent les victimes? (Voir le Moniteur du 1" Janvier i793.)

appeler^ s'écriait-il » hauiBur de la révolution ce qui ne serait que la région des vautours ; restons dans l'atmosphère de Thumanité et de la justice. »

Après que M, Desèze eut présenté , le 26 décembre , la défense du roi , qui parut pour la seconde fois à la barre de la Convention , les débats s'ouvrirent sur la manière de rédiger et de poser les questions à résoudre. M. Daunou , dans la vue de détourner ou de retarder la catastrophe que tout le monde prévoyait , présenta le 1 4 janvier i 793 , à la délibération de TÂssemblée, deux, longues séries de demandes : d'abord pour le cas où il serait simplement pris à regard de Louis XVI une mesure de sûreté générale ; ensuite pour le cas où la Convention persisterait à vouloir mettre ce prince en jugement. Ces demandes y qui tendaient soit à ralentir la marche de la procédure, soit à la soumettre aux règles observées dans les tribunaux , furent , dans la même séance» promptement écartées ^ ou du moins réduites à trois principales , sur lesquelles la Convention devait prononcer comme cour judiciaire.

Alors la plupart des juges se firent de nouveau accusateurs, et non contents de déclarer avant le jugement l'accusé coupable, ils se livrèrent contre lui, sans égard pour le malheur comme sans respect pour la justice dont ils s'étaient constitués les ministres , aux invectives les plus cruelles et les plus indécentes. M. Daunou , révolté d'une telle barbarie, s'efforça, en publiant le Complément de son opinion sur Vaffaire du ci-devant roi, de rappeler l'Assemblée sinon à des sentiments plus humains, du moins à des

formes convenables aux fonctions extraordinaires qu'elle avait usurpées.

Il lui reprochait hardiment d'avoir perdu l'attitude d'une cour de juges et d'avoir empreint ses décrets du ressentiment qui accuse , plutôt que de l'impartialité qui se recueille, d'avoir confondu dans une seule demande : Louis Capet esl-il coupable? les trois questions toujours adressées au jury dans les causes criminelles; de vouloir, en violant la règle du silence et du recueillement observée dans leur vote par les jurés , exposer les consciences , par l'appel nominal et le vote public de la tribune , au danger de la terreur, de la faiblesse et de l'entraînement; enfin de n'exiger, pour condamner Louis XVI, déjà privé du droit de récusation , que la simple majorité des suffrages, tandis que, dans les autres procès, la loi exige une majorité plus forte pour la condamnation des accusés. Puis , au nom du salut de la république et des plus chers intérêts de la patrie , il adjurait l'Assemblée de répudier les attributions de juge qui ne pouvaient lui appartenir , qui terniraient sa gloire dans la postérité, et de se contenter de prendre des mesures de sûreté générale à l'égard du monarque déchu.

Le courage , la raison , l'éloquence , impuissants à servir la cause de la justice, pouvaient seulement en compromettre les défenseurs. La Convention poursuivit impitoyablement son œuvre. Le 1 5 janvier 1 793, Louis Capet fut déclaré coupable presque à l'unanimité, moins sans doute, de la part dé beaucoup de membres , par une conviction intime , que

dans Tespoir ^ après cette satisfaction donnée prudemment à Tayeugle exigence de la multitude , de pouvoir y résister ensuite avec plus de succès.

Aussitôt la proposition de Tappel au peuple ayant été mise en délibération , M. Daunou la rejeta sans hésiter et pour plusieurs motifs. D'abord il était persuadé qu'une foule de ses collègues inclineraient plus facilement à la rigueur quand viendrait le moment de délibérer sur la peine , s'ils s'étaient auparavant ménagé derrière la volonté populaire un repos pour leur conscience en même temps qu'un abri pour leur lâcheté. Ensuite il savait assez par l'histoire, que dans les révolutions le peuple est toujours moins enclin à la clémence qu'à la cruauté ; de sorte que renvoyer la question à la multitude, c'était probablement réserver à Louis XVI le pire destin.

Enfin, aux yeux de M. Daunou , qui se promettait de proposer contre ce prince moins un châtiment que des moyens de sûreté , l'appel au peuple n'était nullement nécessaire. « Comme une simple mesure de sûreté générale à prendre sur un individu n'a pas besoin de la ratification du peuple, je dis non. » Tels furent les termes dans lesquels il exprima son vote.

La majorité de l'Assemblée , sans penser de même que M. Daunou , vota comme lui.

Restait la troisième question, et c'était la plus importante, puisqu'elle avait pour objet la désignation de la peine. Elle fut mise aux voix le lendemain i 6 par appel nominal , et chaque député fut

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obligé de venir à son tour répondre tout haut à la tribune. Cette forme de délibérer, qui devait, comme on avait soin de le dire bien haut, faire reconnaître au peuple ses amis et ses ennemis, portait la plus forte atteinte à la liberté des suffrages. En effet, les tribunes publiques^ occupées à dessmn par la lie des révolutionnaires, accompagnaient de féroces applaudissements les sentences de mort, tandis qu'elles couvraient de vociférations menaçantes les arrêts moins inhumains. Elles donnaient, pour ainsi dire, à la Convention, transformée en cour de justice, un ;air de ressemblance avec ces lugubres tribunaux de septembre, érigés quelques mois auparavant aux portes des prisons. Malheur alors aux députés indé* cîs ou faibles ! malheur, malheur à l'accusé ! L'horrible aspect de ces êtres hideux dont Thaleine exlialait et présageait le crime ; la stupeur répandue sur un côté de l'Assemblée et la fureur dominant sur l'autre; l'hostilité flagrante des partis qui se mesuraient des yeux et se proscrivaient les uns les autres au fond de l'âme ; l'attente sinistre de la salle et le grand silence au moment solennel, tout se réunissait pour intimider et déconcerter les juges , pour vaincre les derniers scrupules de la consdence, pervertir les dispositions généreuses et pour incliner à la sévérité les votes destinés à l'indulgence. On pressentait d'ailleurs qu'il ne s'agissait pas du sort d'un seul homme et que le roi n'était pas uniquement mis en cause dans ce grand procès , mais que sa condamnation serait suivie d'une multitude d'autres et con* duirait, de proscriptions en proscriptions, d'abord à

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la perte de ses partisans, et bientôt après à celle de ses ennemis et de ses jnges eux-mêmes.

Les Girondins^ si admirables quand ils parlaient, manquèrent de résolution dans leurs conseils et de constance dans leur conduite. La crainte de fortifier Taccusation de royalisme, portée bien injustement contre eux , leur fit imprudemment abandonner Louis XVI, dont la cause était presque devenue la leur ^ et dont la perte^ en les laissant en face des Jacobins, devait les exposer directement à leurs premiers coups. Us votèrent la mort.

Le tour de la députation du Pas-de-Calais étant venu, on appela M. Daunou à la tribune. 11 y monta d'un air triste, mais assuré, et sembla prononcer moins la condamnation du roi que celle de la Con* vention nationale par ces paroles aussi mesurées qu'énergiques :

« Les formes judiciaires n'étant pas suivies ^ dit-il d'une voix ferme , ce n'est point par un jugement criminel que la Convention a voulu prononcer. Je ne lirai donc pas les pages sanglantes de notre code, puisque vous avez écarté toutes celles où l'humanité avait tracé les formes protectrices de l'innocence ; je ne prononce donc pas comme juge. Or, il n'est pas de la nature d'une mesure d'administration de s'étendre à la peine capitale. Cette peine serait-elle utile? L'expérience des peuples qui ont fait mourir leur roi prouve le contraire. Je vote donc pour la déportation et la réclusion provisoire jusqu'à la paix. >i

Républicain non moins sincère que les Girondins, il montra plus de courage qu'eux, et voulut, au péril

de ses jours, sauver le roi, quoiqu'il n'entendît en aucune façon sauver la royauté.

La peine de mort sans condition ayant été décrétée à la majorité de 26 voix sur 721 votants, il ne restait plus à Louis XYI qu'une bien faible chance de salut. On la tenta le 1 8, en proposant à TAssemblée de surseoir à Texécution. Mais Tallien se hâta de demander, au nom même de l'humanité qu'il profanait, le rejet immédiat de tout sursis. Cette demande, le motif invoqué sans pudeur à l'appui , et l'intention manifestée de profiter de la lassitude générale, après une longue séance, pour mettre brusquement fin à tous les débats , excitèrent une assez vive opposition sur les bancs du côté droit. Husieurs députés indignés réclamèrent contre la proposition de Tallien la question préalable. M, Daunou était du nombre. Montant à la tribune, qu'il abordait pour la première fois dans une discussion : « J'appuie, dit-il, la question préalable sur la proposition de Tallien. On vous a parlé d'humanité, mais on en a réclamé les droits d'une manière dérisoire. Il ne faut pas décréter en sommeillant Mes plus chers intérêts de la patrie. Je déclare que ce ne sera ni par la lassitude ni par la terreur qu'on parviendra à entraîner la Convention nationale à statuer, dans la précipitation d'une délibération irréfléchie, sur une question à laquelle la vie d'un homme et le salut public sont également attachés.... Les véritables amis du peuple sont à mes yeux ceux qui veulent prendre toutes

i . Il était près de dix heures du soir.

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les mesures nécessaires pour que le çang du peuple ne coule pas , pour que la source de ses larmes soit tarie , que son opinion soit ramenée aux véritables principes de la morale, de la justice et de la raison\.. »

Ce langage fut peu compris de la majorité : celui de Robespierre, qu'elle entendit ensuite, lui plut davantage^ et le scrutin allait avoir lieu lorsque le côté droit quitta la salle en tumulte et fit lever la séance. On alla donc aux voix le lendemain; M. Daunou se prononça pour le sursis , qui fut rejeté par une majorité de 34 voix, et deux jours après, sur Tancienne place Louis XV, le plus grand crime de la révolution fut consommé.

La Convention, après avoir immolé Louis XVI, non par audace, comme on l'a dit, non pour défier insolemment les rois , mais par peur et pour céder bassement à la plus vile populace, commença seulement, au bout de quatre mois de session, à s'occuper de l'acte constitutionnel, qui aurait dû être le premier et le principal de ses travaux. Elle avait à convertir à l'usage de la république la constitution royale de 1 791 , ou plutôt à fabriquer une constitution toute nouvelle; car celle^qui, deux ans auparavant, avait comblé les vœux de la nation ne valait plus rien aujourd'hui, ou ne paraissait convenir tout au plus qu'à des aristocrates.

M. Daunou , qui faisait partie du comité d'instruction publique, et qui désirait ardemment l'orga-

i . Moniteur de 4793 , n» 22,

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nisation d'un gouvernement régulier^ se mit sérieusement à la besogne, et publia deux écrits intitulés^ Tun : Essai sur la constitution; Y sMire : Vues rapides sur l organisation de la république française j dans lesquels il traitait la question avec autant de profondeur que de sagesse, et proposait un projet pour la résoudre. D'autres projets en assez grand nombre ayant été présentés à TAssemblée sur le même sujet, 11 prit la parole le 26 avril pour tracer un plan de délibération, et engager ses collègues à travailler avec courage sans se laisser efiErayer par les circonstances. Il lit ensuite paraître un troisième écrit ayant pour titre : Observations sur la manière de discuter la con^ stitution.

Mais le moment de rien édifier n'était pas encore venu, et la Convention, au lieu de constituer le pays, ne s'apprêtait qu'à le désoler. Environnée d'embarras de tous genres, elle les aggravait et les multipliait chaque jour par de nouvelles fautes. Lorsqu'elle eut attiré sur la France toutes les armes de l'Europe, et soulevé contre son propre gouvernement les populations de la Vendée, de la Bretagne, et les villes de Lyon, Marseille et Bordeaux, elle se vit obligée de garnir de soldats, comme d'une ceinture de fer, les frontières de la république, puis de tourner contre les insurgés toutes les forcfô qui n'étaient pas employées contre les ennemis. Mais ce n'était pas assez à la révolution de mettre en même temps quatorze armées sur pied pour se défendre, il lui fallait encore un auxiliaire d'une autre espèce, et le tribunal révolutionnaire fut créé. Il eut poUf but

de rendre le pouvoir formidable en punissant de mort la résistance, l'hésitation, les murmures, la plainte et là pensée même.

Cepei^dant les Girondins, qui voulaient tempérer par la justice et la modération l'emploi des mesures énergiques, qui jouissaient d'une part considérable dans le gouvernement, et dont la parole exerçait une grande influence, étaient devenus pour la Montagne des rivaux insupportables. Gomme elle n'entendait plus partager désormais la domination avec personne, leur ruine fut résolue, et tout fut mis . en usage pour la consommer. D'abord on employa contre eux le moyen habituel : la calomnie. On les accusa du haut de la tribune et dans les journaux d'être des royalistes, des fédéralistes, des traîtres, des ennemis de la république et du peuple. Ges accusations, dont quelques-unes étaient incompatibles, n'avaient pas le moindre fondement; mais elles n'en avaient pas besoin; Elles furent, comme toujours, accueillies avidement par la multitude, et portèrent leurs d^estables fruits avant que la vérité, qui marche avec lenteur et suit d'ordinaire le convdi des victimes, n'eût eu le temps de se dégager des entraves du mensonge. Ensuite on recourut à la violence, et Ton tenta, le 40 mars, de frapper les Girondins dans le sein même de TAssemblée. Enfin, ce complot n'ayant pas réussi, il ne resta plus que la grande et souveraine ressource de l'insurrection. On s'en servit, et l'on fit deux journées qui sont fameuses dans l'histoire des attentats de la révolution, et dont je dirai quelques mots, parce

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qu'elles occasionnèrent plus tard Tarrestation de M. Daunou.

La Convention, après avoir échappé avec peine aux insurgés du 31 mai, fut assaillie de nouveau et investie, le 2 juin 1793, par une armée de sansculottes à la solde de la commune de Paris et sous les ordres d'Henriot, ci-devant domestique^ devenu subitement un personnage par ses forfaits au milieu des assassins de septembre. Marat et Robespierre dirigeaient le mouvement, et ne prenaient pas la peine de se déguiser. L'Assemblée, ne sachant faire mieux, quand elle se voit cernée, met son président à sa tète, et s'avance en masse, dans le plus grand appareil possible, pour imposer aux insurgés. ]!tfais ceux-ci ne veulent pas la laisser sortir, et c'est en vain qu'elle leur demande humblement passage pour la majesté nationale; elle est refoulée sans respect de toutes les issues. Confuse, elle rentre dans la salle des séances, et sourde à la voix généreuse de Lanjuinais , qui faisait appel à son courage, elle cède honteusement à la peur, obéit sans résistance aux injonctions de la populace, et décrète dans sa lâcheté l'arrestation de ses membres les plus illustres. Heureusement, et par une juste vicissitude des choses humaines , en détruisant Tinviolabilité de Vergniaud, Guadet, Gensonné, Lanjuinais, Louvet, Barbaroux, elle détruisit en même temps celle de Robespierre , Saint- Just, Couthon et de tous leurs complices; et la Montagne prépara contre elle-même la catastrophe du 9 thermidor par le coup dont elle frappa, le 2 juin, la Gironde. Qu'il me soit permis d'observer,

à la hoate de la Convention, que, si, plusieurs années après, au 19 brumaire, le conseil des Cinq- Cents fut forcé par le vainqueur de l'Italie , il le fut du moins par des mains glorieuses, et qu'il se laissa détruire plutôt que de violer la constitution, quoiqu'il l'eût pu faire sans attenter de ses propres mains à la vie d'aucun de ses membres.

Ce fut de la ruine de la Gironde que naquit le régime de la terreur. En vain soixante-treize députés, parmi lesquels on pouvait d'avance être sûr de retrouver M. Daunou, s'empressèrent de protester contre les deux journées , et particulièrement contre l'arrestation de leurs collègues; leur voix impuissante n'eut d'autre effet que de les exposer plus tard au sort des illustres proscrits. M. Daunou et quatre autres membres de la députation du Pas-de-Calais furent même à cette occasion désavoués, dès le 18 juin, par les patriotes d'Arras, dont les délégués déclarèrent, à la barre de la Convention , que ces cinq députés avaient perdu la confiance de leurs concitoyens.

Le parti vainqueur, afin de se rendre favorable l'opinion publique, se hâta de reprendre le travail delà constitution, et le poursuivit avec une trèsgrande célérité. Un projet tout nouveau fut rédigé en quelques jours, et présenté le 1 juin à l'Assemblée. C'était de la démagogie la plus pure et la plus impraticable, bonne seulement à flatterie peuple, et plus tard, en germinal et prairial 1795 , à le soulever encore. Aussi fut-il combattu par M. Daunou, dans ses Remarques sur le plan proposé par le co-

mité de salut public. La loi constitutionnelle n'en fut pas moins décrétée le 24 juin avec toutes les dispositions qui la rendaient impossible dans la pratique. Les membres de la Convention furent même les premiers à reconnaître combien elle était inapplicable , au moins dans les circonstances actuelles; car ils n'eurent rien de plus pressé, après l'avoir fait accepter et jurer par la nation entière , que d'en suspendre l'exécution , et de renforcer, non pas la liberté du pays^ mais le comité de salut public, ce qui n'était pas du tout la même chose. Depuis il ne fut donné aucune vigueur à ce code extravagant, qui mourut ainsi le jour même de sa naissance.

M. Daunou, ayant été chargé, avec deux autres commissaires , de faire des expériences sur le télégraphe que Claude Chappe avait inventé, transmit, le 42 juillet, du parc de Saint-Fargeau , au-dessus de Ménilmontant, à M. Lakanal , son collègue , placé à Saint-Martin du Tertre , la dépêche télégraphique suivante : h Daunou arrive ici. Il annonce que la Convention nationale vient d'autoriser son comité de sûreté générale à apposer les scellés sur les papiers des députés'. » Effectivement le décret avait été rendu le jour même, et l'avis que M. Daunou s'empressa d'en donner à ses collègues n'était pas moins une attention délicate qu'un heureux à-propos.

Au reste , cette mesure ne concernait aucun des trois commissaires ; mais peu de mois après elle de-

i . Rapport de Lakanal à la Convention, dans le Moniteur du 29 juillet 1793.

vait être suivie d'une autre plus rigoureuse, dans laquelle M. Daunou se verrait enveloppé. En atten* danty quoique le moment ne fût pas favorable pour des travaux de législation générale ^ il n'en mit pas moias de zèle à la préparation de la loi proposée sur l'instruction publique. Le projet posthume de Lepelletier de Saint-Fargeau , adopté par Robespierre, et lu par lui dans la séance du 13 juillet, était empreint de toute l'exagération de l'époque. Il obligeait, sans exception, les enfants, depuis cinq ans jusqu'à douze, à recevoir, aux frais de la république, une éducation commune et pareille pour tous. C'était enlever de force les enfants à leurs parents, et détruire les bienfaits de l'éducation domestique et privée. M. Daunou, persuadé que l'éducation dans le sein de la famille était plus morale et plus libérale que l'éducation publique, donnait la préférence au premier système, sans toutefois exclure le second; car il voulait que les parents fussent libres de suivre l'un ou l'autre , ou tous les deux à la fois* Mais , sans craindre d'irriter contre lui son dangereux adversaire, il combattit cette prétention outrée de s'emparer du caractère et de l'esprit des enfants pour les façonner dans le même moule , et s'éleva contre toute espèce d'entraves mises soit au développement de leurs facultés , que la nature créait fort diverses, soit à la liberté des méthodes , qu'on ferait bien d'abandonner à la sagacité des instituteurs. L'écrit dans lequel il exposa ses vues , intitulé : Essai sur r instruction publique, était le fruit d'études et de méditations suivies. Déjà, en effet, en 1789 et 1790,

il avait publié sur l'éducation quatre lettres dans le Journal encyclopédique de Bouillon*, et de plus un plan développé à part. Le plan, agréé par l'Oratoire, avait été disposé par l'auteur en articles de loi , et présenté sous cette forme à l'Assemblée constituante. Plus tard nous retrouverons M. Daunou soumettant lui-même et faisant adopter enfin à la Convention un projet pour l'organisation de l'instruction publique.

Il continuait ainsi , au bruit de l'orage qui grondait sur sa tète, à travailler pour sa patrie à des lois de bienfaisance et d'avenir^ lorsque ^ le 3 octobre, sur la proposition du sanguinaire Amar^ qui s'était approprié le rôle de délateur public, la Convention , après avoir préalablement défendu à toute personne présente de sortir de la salle ou des tribunes, et s'être ainsi transformée en geôlc; rendit un décret d'accusation contre quarante-six de ses membres, parmi lesquels se trouvaient rappelés les Girondins , puis un décret d'arrestation contre les soixante-treize députés signataires des protestations du 6 et du 19 juin. A la demande de Thuriot, on fit l'appel des décrétés , et ceux qui siégeaient à la séance, obligés de sortir parla barre, furent sur -le-^ champ saisis pour être enfermés dans des maisons d'arrêt, M. Daunou était absent , mais il ne songea pas à fuir, et fut arrêté chez lui dans l'hôtel garni de la rue Saint-Honoré qu'il habitait. L'acte pour

i. M. Taillandier (p. 43-22) en a fait une analyse intéressante.

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lequel il était poursuivi» n'était punissable , ni même qualifié de délit par aucune loi j mais qu'avait-on besoin de la loi pour punir, dans un temps où les actes étaient jugés moins souvent d'après la législation actuelle, que d'après une législation faite après coup, à laquelle on donnait tous les effets de la rétroactivité? dans un temps, d'ailleurs, où la loi des suspects , telle qu'elle avait été décrétée le 17 septembre par la Convention, puis interprétée par la comnaune de Paris, déclarait en état d'arrestation quiconque fréquentait les ci-devant nobles , les prêtres , les aristocrates et les modérés , et quiconque s'intéressait à leur sort ou n'avait rien fait pour la république? en un mot, dans un temps où la fortune et la vie de chaque citoyen étaient à la merci, non plus d'un roi despote, mais d'une multitude de tyrans démagogues, plus absolus et plus atroces mille fois que ne le fut jamais le plus mauvais monarque ?

D'abord M. Daunou fut mis en prison à la Force, qu'il habita plus de neuf mois , jusqu'au 1 4 juillet 1794; ensuite on le transféra successivement aux Madelonnettes , aux Bénédictins anglais , à l'hôtel des Fermes, enfin à Port-Royal , alors singulièrement nommé Port-Libre. En dépeignant le régime de ces prisons dans quelques pages écrites au moment de sa délivrance, il nous révèle ce qu'il a dû lui-même y souffrir. Les prisonniers politiques, confondus avec les malfaiteurs , étaient privés de meubles, d'aliments, de secours, de la lumière du soleil et de celle des lampes, et, ce qui leur était le

3^ NOTIOf: $(JR M. 9AUN0U.

plus pénible, des visites et des nouyelles de leurs parents et de leurs amis ^ enfin de la connaissance même des événements publics. Entassés dans des cachots étroits et infects, ils manquaient de tout ce qui rend la vie supportable y et se voyaient envi^ ronnés de tout ce qui la rend dégoûtante* Les transférait-on d'une prison dans une autr^^ c'était avec Tappareil des supplices et au milieu des insultes de la populace; et^ lorsqu'ils arrivaient dans leurs nouvelles demeures , ils n'y trouvaient les premières nuits ni Ut, ni paille pour se reposer. Cependant des hommes qui leur semblaient des compagnons d'infortune et dont ils étaient portés à plaindre le sort, vivdent avec eux seulement pour les espionner, et pour dénoncer leurs paroles , leurs larmes, leur silence; tandis qu'au dehors les journaux jacobins soufflaient la haine et la vengeance contre l'innocence et le malheur des prisonniers véritables. « Telles ont été les prisons de Robespierre, continue M. Daunou ; ceux qui en ont habité d'autres que moi , trouveront qu'il manque des traits à ce tableau : je n'ai dit que ce que j'ai vu. Aucune loi

n'avait établi cet affreux r^ime; les comités

avaient en général commandé d'être bari>are, ils avaient décrété la férocité en prineipe, et abandonné aux municipaux les formes et les procédés de cette tyrannie minutieuse. »

Ce que M. Daunou ne dit pas , mais ce que plusieurs personnages qui furent enfermés avec lui se sont plu à (Consigner dans leurs mémoires , c'est le courage et la tranquillité d'âme qu'il montra dans

NOTiOS SUE M. DAUirO^. 3S

SU prîâoa. U rayftit transformée, àTaide de quelques livrée^ eo uu cabinet d'étude, et sans se préoccuper de }a i»art suspendue sur sa tête, il se livrait, sans craiojte et plein d'ardeur, à la lecture des auteurs anciesa. Déjà aucun de ses moments n'était perdu pour h ti^ayail ; il pensait peut4b*e alors ce que pous Tavous entendu dire dans sa laborieuse vieillesse : qu'on n'a pas de temps à perdre , lorsqu'il en reste si peu à vivre. Cieérwi et Tacite , compagnons de sa captivité , étaient ses auteurs de prédilection ; il ne les quittait pas un instant. Avec eux il oubliait len grilles qui le retanaknt enfermé , et il se serait cru heureux , si ces grands hommes en parlant de leur patrie n*avaient ramené sous ses yeux l'image de la sienne, sanglante et défigurée.

La France, en effet, n'avait pas moins i craindre des conseils de ses représentants que des armes de tes ennemis. Le 10 octobre, peu de jours après Tarrestation des soixante-treize députés, la Convention avait proclamé le gouvernement révolutionnaire, e'est-à-dire suspendu le régime constitutionnel , et investi du pouvmr absolu douze tyrans féroces , qu'elle n'avait pas eu de peine à trouver dans son propre sein. Ils composaient ce comité d'abominable mémmre qui s'appela de saluï- publie , et qui méritait de porter un tout autre nom. Avec eux le gouvernement ftit réduit au désespoir : aussi toutes hs mesures devaient être extrêmes pour sembler suffisantes , et tous les moyens étaient légitimes , pourvu qu'ils fussent efficaces. La délation , mise à Tordre du jour, jetait les citoyens dans un état de

guerre perpétuelle les uns avec les autres , et les réduisait souvent à l'alternative d'être délateurs ou suspects. L'appel au bon sens était une attaque à la république , et les autels érigés à la raison prouvaient seulement qu'on l'avait reléguée dans les cieux. Les vertus civiques éclataient dans les paroles ^ mais les vices régnaient dans les choses. Le peuple se levait au nom de la liberté et de la patrie, et se reposait dans le crime, tout fier d'un, pouvoir exercé contre lui bien plus encore que par lui. Pour se détruire, les hommes et les partis s'occupaient sans relâche à se calomnier : car la calomnie, dans les convulsions sociales, est mère do la proscription. D'abord , c'était Louis XVI qui causait tout le mal; Louis XVI calomnié fut immolé ; mais le mal et le mécontentement ne firent que croître. Ensuite la Montagne calomnia la Gironde, et la Gironde périt. Plus tard , la partie la moins exaltée de la Montagne fut elle-même calomniée et subit le même sort. Alors, suivant les paroles prophétiques de Vergniaud, la Révolution, comme Saturne, dévorait ses enfants. Rien n'était à couvert, rien ne fut épargné. On cherchait la noblesse , la gloire , la science , la vertu , non pour leur rendre hommage , mais pour les conduire toutes ensemble et d'un pas précipité au supplice. Ce fut quand le comité de salut public, qui envoyait si promptement à l'échafaud généraux, constituants , Girondins et Montagnards, se vit menacé dans ses membres , que pour échapper à sa ruine, il cessa d'être un instrument docile entre les mains de Robespierre , et lança enfin ses foudres

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contre ce monstfe aux journées libératrices du 8 et du 9 lliermidor. Mais^ pendant deux épouvantables années^ les comités qui moissonnèrent autant qu'ils ont pu, suivant l'expression de M. Daunou*, la fleur et Tespérance de la nation, organisèrent les supplices mieux encore que la victoire. La reine Marie- Antoinette fut sacrifiée le 1 6 octobre 1 793 , dans le temps même que les commissaires de la Convention nationale commandaient dans la ville de Lyon les démolitions et les massacres. Le 29 du même mois, Barnave fut exécuté, et deux jours après, vingtdeux Girondins montèrent ensemble à Téchafaud. Madame Roland y monta de même le 9 novembre ; le vertueux Bailli, le H ; le général Bouchard, le 1 6, pendant que Carrier noyait dans les flots de la Loire les prêtres et les Vendéens sans prendre la peine de les faire juger. En 1794, Danton, Camille Desmoulins , Héraut de Séchelles et leurs amis eurent leur tour le 5 avril. Tbouret succomba le 22 , le même jour que le magnanime Malesherbes ; Lavoisier périt le 8 mai, et deux jours après Madame Elisabeth rejoignait au ciel son auguste frère. D'autres victimes illustres et sans nombre tombaient en même temps' sous le couteau révolutionnaire à Paris et dans les principales villes de la république.

Ces horreurs vers lesquelles je n'ai pu m'empêcher de reporter les regards, parce que M. Daunou en a souffert, et surtout parce qu'il les a décrites et jugées , gardons-nous bien de croire , je ne dis pas

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