Taillandier, p. 52 et
IfOTICB SUR M. DAUnOU. 99
oppoMT , omnme jadis Scipion Nasîca et Gicéron , l'audace de la rertci.
M. Dauûou a donc eu raison de flétrir à la tribune et dans ses écrits le régime et les hommes de la terreur. Il est peu de gouvernements qui aient fait plus de mal en moins d'années ^ et moins de bien arec autant de ressources. Malgré les cinq milliards en fonds de terre mis à sa disposition , il n'a su avoir ni finances , ni commerce , ni industrie; je ne parle pas de sa justice et de sa police ^ auitquelles rien de (M>mparable n'exista jamais dans l'inquisition. Quant à la législation 9 si l'on excepte la loi des poids et mesures , dont le projet appartient d'ailleurs à TAssemblée constituante , il n'a laissé de remarquables que des lois de démence, de colère et de proscription : teU les, par exemple, que les lois relatives aux suspects, aux émigrés , aux prêtres , au maximum ^ aux accapareurs^ et beaucoup d'autres, toutes dignes des temps barbares 4 Les calamités nées de ses fiiutes étaWt nécessairement effroyables ; néanmoins il lui suffisait pour se disculper devant la nation de les imputer effrontément aux menées de ses adversaires.
Mais un tort non moins grand peut-être que M, Daunou avait à lui reprocher , c'est d'avoir fait prendre en aversion aux peuples la liberté et la république; de leur avoir donné à croire qu'elles avaient besoin , pour s'établir, de se fonder sur le mépris de tous les droits de l'homme , et non sur le respect de sa personne, de ses biens , de son talent, de son industrie , sans lequel il ne peut y avoir de félicité sociale; enfin d avoir légué à tous les régimes
suivants l'exemple funeste de violer^ au nom de la liberté , les constitutions politiques aussi bien que les garanties individuelles. Non, tant que dans Tordre social les gouvernants seront faits pour le peuple et non le peuple pour les gouvernants ; tant que dans Tordre moral le bien et le mal ne seront pas confondus f les noms de Marat j Danton et Robespierre j chers seulement à la tyrannie , ne figureront dans l'histoire que pour en souiller les pages , et ne passeront à la postérité que notés d'infamie , et couverts des malédictions de tous ceux qui chériront , comme M. Daunou , leur patrie et la liberté.
M. Daunou , dans sa prison , voyait enlever inopinément d'auprès de lui des infortunés , que Ton traduisait j sans aucune notification préalable , au tribunal révolutionnaire, pour être non pas interrogés, mais insultés par leurs juges, et, le moment d'après , conduits à la mort avec une foule de complices supposés qu'ils n'avaient jamais vus \ Il était donc à Port-Libre , et s'attendait à chaque instant à subir le même sort avec les autres prisonniers, lorsqu'un petit billet, transmis dans un pain à l'un d'eux. Mercier, Tauteur du Tableau de Paris ^ leur apprit soudain Theureuse nouvelle que Robespierre était renversé. Aussitôt la joie et l'espoir reluirent dans leur prison. Ils se croyaient délivrés ; mais ils se trompaient , la liberté ne leur fut pas immédiatement rendue : il leur fallut la réclamer avec force pour l'obtenir, et M. Daunou rédigea, au nom des
i. Daunou dans Taillandier, p. 52.
soixante-treize députés détenus , une requête adressée tant à la Convention qu'à tous leurs concitoyens. Ils y justifiaient la protestation qui les avait fait proscrire, et réfutaient Taccusation de fédéralisme ou de royalisme indignement lancée contre eux. Ensuite , se portant accusateurs à leur tour ^ ils reprochaient au régime de la terreur, qu'ils qualifient hardiment de contre-révolutionnaire, d'avoir fait rétrograder la révolution , à travers des torrents de sang, bien avant 1789, et d'avoir voulu, après la destruction de l'ancienne tyrannie, en fonder une nouvelle sur les tumultes et le mensonge. Enfin ils demandaient qu'on brisât leurs fers S
Les auteurs du 9 thermidor n'en étaient pas moins partisans déclarés des proscriptions du 31 mai ; ils avaient même célébré le dernier jour de l'an II, en transférant avec pompe au Panthéon les restes de l'atroce Marat. Aussi accueillirent-ils d'abord assez froidement leur pétition , se contentant d'ordonner, le 1 3 octobre , qu'elle serait l'objet d'un rapport particulier. Le 20 et le 22 du même mois, plusieurs députés réclamèrent soit le rapport promis , soit la délivrance de leurs collègues ; et le 23 , les détenus obtinrent l'autorisation d'être transférés chez eux pour y rétablir leur santé. Ce fut seulement le 8 décembre, sur le rapport de Merlin de Douai , et d'après la motion faite la veille par Pierre Guérin, qu'on décréta leur rappel dans le sein de la Convention. Ce décret fut couvert d'applaudissements , et , dès le
J. Daunou dans Taillandier, p. 55-57.
42 HOTICS SUl M. DAUNOU.
lendraiain f le Tieîllard Dussauh à leur tète ^ iU ireprirent leurs anciennes places dans TAssemblée , en déclarant au milieu de Fémotion et de l'enthousiasme général, qu'ils a\ai^it oublié leurs malheurs et déposé tous leurs ressentiments.
La détention de M. Daunou dans les maisons d'arrêt a\ait duré deux ans et yingt jours ; sayoir environ vingt -deux mois avant le 9 thermidor (27 juillet 4794) et quatre-vingt-huit jours après.
Malgré sa modestie et sa vie retirée ^ ses eoilé^ueft avaient su bientôt apprécier son talent et son cauractère; aussi ^ dès qu'il fut rendu à ses fonctions^ s'empressèrent-ils de lui témoigner l'estime et la confiance qu'il leur avait inspirée. Alors commença , pour lui ; le rôle important dans lequel il parut sur la scène publique , et , pour le pays , l'une des phases les plus belles et les plus heureuses de sa régénération.
Il est souvent nécessaire de dépasser le but pour pouvoir s'y maintenir; mais la terreur, au lieu de l'atteindre, avait marché dans le sens inverse, et égaré le char de la révolution au milieu des précipi* ces, La tâche de M. Daunou et des républicains mo* dérés fut de le ramener dans la bonne voie, et de l'empêcher de verser soit à gauche dans l'anarchie^ soit à droite dans la royauté. Le parti royaUste, toujours puissant en France, s'était plutôt renforcé qu'affaibli sous la sanglante tyrannie des Montagnards, malgré les persécutions ou, pour mieux dire, à cause des persécutions qu'il avait souffertes. La réaction produite par la chute de Robespierre était
trèë-vite à Paris et dans tous les départements , et quoiqu'elle se fît d'abord faiblement sentir dans la Convention, elle y pénétrait chaque jour^ etFAssemblée avait beau s'en défendre , elle suivait le mouvement malgré elle , mais d'aussi loin que possible. Obligée de revenir sur le passé de plusieurs de ses membres les plus démocrates, elle inquiéta leur parti et le souleva bientôt contre elle. Alors les faubourgs Saint- Antoine et Saint ^Marceau s'insurgèrent et l'assaillirent. Ils furent mémo un instant mattres de la salle des séances^ et voulaient faire un nouveau 2 juin, lorsque les sections conduites par de coura^ geai dépdtés de la majorité les chassèrent et sauvèrent la Convention. La société des Jacobins fut enfin dissoute, et leur salle fermée; les faubourgs furent réduits et désarmés ; cinquante-neuf représentants, qui s'étaient déclarés en faveur de Tinsur»reetion , furent ou déportés ou arrêtés j six autres plus compromis, condamnés par une commission militaire, subirent la peine de mort.
Après ces événeiîfients, qui devaient être décisifs, et qui rendirent célèbres la journée du 12 germinal et celles des 4", 2 et 4 prairial an III, l'Assemblée, débarrassée des Jacobins, revint aux vrais principes de gouvernement ; le système de la modération prévalut, et la majorité fut aussi ferme qu'unie à le défendre. C'est de cette époque surtout, le 23 mai 1 795, que date le second âge de la Convention nationale, qui fut un temps, non-seulement de réparation, mais encore de création et de progrès pour la société. Plus la voix de la sagesse et de la justice se
44 NOTICE SUR M. DAtJNOU.
faisait écouter ^ plus celle de M. Daunou gagnait d'empire, et plus son autorité devenait imposante.
11 avait été nommé Tun des secrétaires de la Convention, le l'*^ nivôse an III (24 décembre 1794), c'est-à-dire douze jours après son rappel ; et c'était lui qui préparait le compte rendu des séances pour la feuille que son collègue Mercier publiait sous le titre d'Annales patriotiques et littéraires* Il avait aussi repris son ancienne place dans le comité d'Instruction publique et rédigeait de fréquents rapports au nom de ce comité. Je citerai celui du 8 pluviôse (27 janvier 4795), concernant Timprimerie nationale et l'envoi des actes législatifs ; celui du 22 germinal (1 1 avril) , sur les réclamations des comédiens français transférés de la rue de la Loi (rue Richelieu) au faubourg Saint-Germain (à l'Odéon) ; celui du jour suivant , pour l'impression et la distribution de trois mille exemplaires , aux frais de l'État, de l'ouvrage posthume de Condorcet sur les progrès de l'esprit humain ; celui du 27 du même mois (1 6 avril), relatif aux gratifications à distribuer tant aux savants qu'aux artistes qui faisaient le plus d'honneur à la patrie par leurs travaux. Une somme de 1 03 500 francs fut , conformément aux conclusions du rapporteur , ajoutée aux 258 000 déjà consacrés à cet objet et partagée entre quarantehuit nouveaux gratifiés \ Le 2 et le 7 floréal (21 et
1. Ils sont divisés en trois classes, selon que la gratification s'élève à 3000, 2000 ou 1500 francs. On dislingue dans la première • Tabbé Barthélémy, Brunck, Parmentier, Paucton, l'acteur Préville, Sédaine, le peintre Vien, le
26 avril), il fit également approuver par T Assemblée, d'abord un nouveau mode pour l'admission des suppléants à la Convention ; ensuite la suppression de l'école normale, dont les cours , dit-il, avaient plus offert un enseignement direct des sciences, qu'une exposition des méthodes à suivre dans renseignement. C'était par ces travaux utiles qu'il préludait aux actes de législation les plus importants dont il allait être chargé.
On était sorti depuis longtemps de la constitution monarchique de 1794 , et l'on n'était jamais entré dans l'impraticable constitution républicaine de 1 793 ; de sorte que la France , placée hors de tout régime constitutionnel, n'avait pas encore d'autre gouvernement que le gouvernement révolutionnaire. Mais lé 9 thermidor ayant désorganisé le despotisme, l'autorité manquait de centre, et le pouvoir exécutif s'était disséminé dans une foule de commissions. Les inconvénients d'un pareil système, qui menaçaient l'Etat de ruine, étaient surtout frappants avant que le parti modéré eût renversé la crête de la Montagne, et fût resté maître absolu de la Convention.
Dès le 4 floréal (23 avril) , une commission de onze membres fut chargée de préparer les lois organiques de la constitution de 1 793, et le 1 5 du même mois (4 mai), M. Daunou, membre et rapporteur de
grammairien de Wailly. Dans la seconde : Gail , Millin , Silvestre de Sacy, Schweighaeuser. Dans la troisième : le bibliographe Lièble, Robert de Vaugondy, l'organiste Séjan, le peintre Vanloo.
46 NOTfCe ^UE M. DAUNOU.
cette comoaifision S fit nn rapport sur les «aoyea» 4e donner plus d'intensité au gouvernement. D'après ce rapport, le pouvoir exécutif devait être provisoirement exercé par les comités de salut public et de sûreté générale , malgré tous les dangers que pouvait offrir upe semblable mesure, « Mais , dit le rapporteur , tel est le malheur attaché aux institutions de ce genre, qu'après qu'il a été dangereux (k les créer, il devient quelquefois imprudent de les abolir, et que l'on a souvent beôoin d'elles pour réparer le mal qu'elles ont fait. » Et plus loin : « Quan4 tout ce qui a été comprimé sans mesure est prêt à réagir aussi sans limite,.... il n'en faut pas douter, c'est bien plus contre la licence des factions que contre les excès du pouvoir que vous avez à vous prémunir. » Il annonce au surplus la prochaine présentation de la constitution qui doit mettre fin à ce provisoire fâcheux mais nécessaire.
Bientôt en effet la commission des Ouze , con<vaincue de l'impossibilité de tirer parti de la constitution de 17^3, dut s'occuper, au lieu de perdre son temps à l'améliorer, d'en composer une autire à la place. Après deux mois de travail, elle présenta, le 5 messidor (23 juin 1795), le projet de la nouvelle
1. La commission des Onze se composait, dans l'origine, des députés Cambacérès, Merlin de Douai, Sieyes, Thibaudeau, La Réveillère-Lépeaux, Lesage (d'Eure-et-Loir), Boissy d'Anglas, Creuzé-Latouche , Jjouwt (du Loiret), Berlier et Daunou. Les trois premier^ furent remplaeés, te 47 floréal (6 mai), par Lanjuinais, Durand de Maillane et Baudin (des Ardennes).
NOTICE SUR H. DAUHOU. 47
constitution dite de Tan HI , dont M. Daunou ayatt été nommé le rapporteur , et qui fut aecuetUie par les plus vifs applaudiss^Dfients. La discussion dura cinquante jours, depuis le 16 messidor (4 juillet) jusqu'au 5 fructidor (22 août), et fut soutenue par lui avec b^ucoup de zèle et de succès. Sans désir de paraître , mais sans crainte de se montrer dans l'occasion, il-sut toujours parler à propos, et commander l'attention de eon auditoire , autant par la clarté et la simplicité que par la sincérité et le bon sens de son langage. Il aurait peut-être exercé moins d^influence sur la multitude, qui n'entend guère l'orateur que quand il crie ; mais il faisait impression sur une assemblée mûrie par l'expérience, et devenue enfin moins sensible à la voix de la passion qu'à celle de la sagesse. Ses discours écrits sont toutefois de beaucoup supérieurs à ses improvisations, et forment même souvent des morceaux de littérature très-remarquables. Si l'art y paraît quelquefois, ils n'en portent pas moins l'empreinte constante de la conviction et de l'amour du bien public.
Cette sage constitution de Tan III, qui donna naissance au gouvernement du Directoire, fut en grande partie l'ouvrage de M. Daunou. Le pouvoir législatif était réparti entre deux conseils, celui des Cinq- Cents et celui des Anciens, l'Assemblée nationale , unique jusque4à, restant ainsi divisée désormais en deux corps distincts. Le conseil des Cinq-Cents, dont les membres devaient être âgés de trente ans accomplis , avait seul l'initiative des lois ; celui des Anciens, moitié moins nombreux, c'est-irdire ecmi*
4g NOTICE SUR M. DAUNOU.
posé de deux cent cinquante membres âgés de quarante ans au moins^ en votait l'adoption ou le rejet. Le pouvoir exécutif s'exerçait hors des conseils , par une commission de cinq membres, appelée Directoire. Les cinq directeurs avaient, chacun à leur tour, la présidence, la signature et les sceaux, pendant trois mois. Ils étaient élus pour cinq ans par le conseil des Anciens , sur une liste de cinquante candidats, que lui présentait l'autre conseil; ils se renouvelaient tous les ans par cinquième, et nommaient directement les ministres , les généraux et les autres fonctionnaires de FÉtat. Enfin les membres des conseils étaient élus par les assemblées électorales, et celles-ci par les assemblées primaires. Il y avait par conséquent deux degrés d'élection ; mais tous les Français âgés de 21 ans faisaient partie des assemblées primaires , lorsqu'ils payaient une contribution directe de la valeur de trois journées de travail.
Certes il était bien difficile de faire une constitution plus raisonnable avec les idées qui régnaient alors, et dans les circonstances où l'État se trouvait placé. Les diverses parties en paraissaient d'ailleurs combinées avec une habileté remarquable, et se prêtaient les unes aux autres un solide appui. On y trouvait réunies toutes les garanties nécessaires pour la liberté individuelle, et toutes les précautions désirables tant contre les écarts du peuple que contre les entreprises du pouvoir. Bref, elle aurait pu convenir à la France si la France avait été républicaine, et le pays capable de se charger lui-même
de son gouvernement. Par malheur cette constitution était beaucoup trop en ayance sur le pays , et Ton devait être persuadé, après six années d'expérience, que plus le pouvoir serait dans les mains du peuple, plus le peuple serait mal gouverné.
Néanmoins la constitution aurait sans doute eu plus de durée , si le Directoire avait été plus uni. Mais l'accord, déjà difficile à subsister entre cinq gouvernants qui se seraient choisis eux-mêmes, ne pouvait se maintenir longtemps entre les cinq directeurs que les chances seules du scrutin avaient associés. Ausgf fut-il constamment partagé en deux partis, l'un de deax membres et l'autre de trois, et tenu dans un état continuel de faiblesse par cette division intestine. Les législateurs, préoccupés de la crainte d'un roi ou d'un tyran, s'ils investissaient un seul citoyen du pouvoir exécutif, ne surent pas éviter un autre écueil non moins redoutable. Ils auraient dû prévoir que les premiers magistrats de la république, réduits chacun à la cinquième part de l'autorité suprême, ne resteraient pas les premiers personnages de l'État; que de grands capitaines, sortis des guerres interminables et gigantesques dans lesquelles la nation était engagée, s'élèveraient au-dessus d'eux , et les domineraient, sinon par les armes de leurs soldats triomphants , au moins par la gloire , plus puissante que les lois ; qu'ayant de leur côté le peuple, toujours entraîné non par le bien mais par l'éclat, ils détruiraient aisément le Directoire en se mettant d'intelligence avec Tune des deux factions qui le divisaient, et que la république
50 NQTICE $U^ M. DAU^OU.
serait tôt ou tard «feaversée avec la constitution, Ce fût en effet ce qui arriva quatre ans après au 1 8 bru* maire. M. Daunou^ pressentant le danger et frappé des inconvénients de disperser le pouvoir exécutif en trop de mains, ?tvait voulu le concentrer dans celles de deux consuls biennaux; mais ses avis^ quelque autorité qu'ils eussent d'ailleurs, ne fure^t pas alors écoutés.
Pendant la discuss^pn px^me de la loi constitutionnelle, il reçut de ses collègues, le 1 6 thermidor (3 ?ioût), con^me un témoignage éclatant d^ leur ^tin^e, ^hon^eur de les présider duraat la seconde quinzaine du mois, et n'en coptipua pas moins, tout en dirigeant les débats, de remplir assidûment son rôle de rapporteuy. Le 23 thermidor , il prononça, en qpalilé de président de 1?^ Convention, le discours pour l'anniversaire de la journée du 1 ftpût. Après avoir dit que les fêtes pationales eif^citent aui^ gran- 4^s actions, en faisant revivye les gtçmds souvenirs, il expose l'état actuel de la France, qu'il fait précéder d'une esquisse rapide des tçmps antérieurs. Tout en s'élevant avec forxje contre le régime monarchique, qu'il yeprçsent^ comme le honteux système de la grandeur d'un seul et de 1^ npllilé de tous, il se plaint que, pour préparer la chute du trône, on se soit beaucoup trop élanpé au delà des limites de la libe^rté. Ensuite il porte un jugemept sévère sur Robespierre et sur le décemvirat , et les accable de sçs malédictions les plps flétrissantes. Puis il fait entendre ces éloqpeptes paroles, qui rappellent les plus grands orateurs de la révolution : « Cppjme si
1^ sort 4e h Fraqpe, çlH-il eût été (J'épfouyer en înême temps ^i^fl^e^ce (Je ces deux principes iu- Yçntés pfir 4e« aectf» religieuses | taudis que le géoie du crime démoralisç^it les âmes , creusait les tombeau}^, y eutassail ^ue g^^ératiou vivapte, éteigaait d^ns des {(pt^ de saug les talents et les vertus ; le génie de la liberté et de la yiçtwre répandait sur tous les points de nos frontières des bataillons de héros, repoussait les soldi^ts de» rois jusqu'au pied des trônes ébrjtplés, et cachait en quelque sorte, derrière un voile de g}oirp, les calamités intérieures de la patrie*. » C'est encore da^s le même discours que se trpuve c^ passage vraiment digne des temps antiques : « Puisse-trcUp, citoyens, dit-il en unissant, puisse-t-elle cette fête de l^^ liberté, être aussi le prélude de 1^ pacifîcs^tion générale de l'Europe et de la concorde de tpus Ips Français I Que les flambeauif de la venge^npe viennent s'y éteindre, et que l'impartiale et douée équité, poursuivant le crime et p9.rdonnant à l'erreur, enchaîne à jamais les passions farouches.... Ce n'est pas le seul perment d'être justes, c'pst encore celui d'être humains et frères que nous devons prononcer aujourd'hui, pour décorer, pour conserver éternellement à la répu- |]|]ique le palais qui a vq s'écrouler le trône de
i. Au commencement de 1848, M. de Chateaubriand, en . parlant contre la loi de recrutement discutée à la Chambre des Pairs, dit : « Que serions-nous aujourd'hui, messieurs, sans le courage de notre armée? Elle a étendu le voile de sa gloire sur le tableau hideux de la révolution. » C'est la même pensée et la même image, peut-être un peu affaiblie.
soixante rois , qui a vu tomber de cette tribune un monstre plus horrible qu'eux, qui ne verra désormais d'autre toute puissance que celle de la vertu , d'autre sceptre que celui des lois. »
Ce discours, quoique applaudi de toutes les parties de la salle, ne fut pas confirmé dans tous les points par les événements.
Lorsque l'acte constitutionnel fut achevé, la Convention, moins scrupuleuse, mais plus prudente que les constituants, qui s'étaient bien mal à propos interdit l'entrée de l'Assemblée législative, ordonna* que les deux tiers de ses membres fussent réélus à la législature suivante. Mais afin de légitimer cet acte de pouvoir, elle le soumit, en même temps que la constitution , à l'approbation des assemblées primaires. M. Daunou, qui jugeait la mesure indispensable pour arrêter la réaction et déconcerter les menées tant des Jacobins que des royalistes , s'en montra l'un des plus chauds partisans , et se vit exposé, pour cette raison > à des attaques très-vives de la part des journaux. Il n'en fut pas moins nommé dans le même temps' membre du comité de salut public avec Cambacérès, La Réveillère-Lépeaux et Berlier.
Quoique la Convention nationale dût arriver avant deux mois au terme de ses travaux et de sa mission, il lui restait encore d'importantes lois à rendre et de rudes épreuves à surmonter. M. Daunou ne lui fit
i. Décrets du 5 et du 13 fructidor, 22 et 30 août 4795. 2. Le !5 fructidor, i" septembre 1795.
défaut en aucune manière. Chargé de présenter un mode définitif de scrutin pour les assemblées pri« maires, il proposa, entre autres mesures, d'ouvrir, trois mois avant les élections , un registre sur lequel chaque candidat viendrait se désigner lui-même au suflfrage de ses concitoyens , et s'inscrire pour les fonctions municipales, judiciaires ou autres, qui devenaient Tobjet de son ambition.
« Il est dans les mœurs monarchiques, disait son rapport *, de briguer en secret les places, et de faire profession de n'en désirer aucune. Il doit être dans les mœurs républicaines d'offrir avec franchise à la patrie les services que l'on se croit capable de lui rendre, et d'abhorrer l'art des intrigues ténébreuses. » Son projet de décret fut ensuite adopté par l'Assemblée*.
Les jours suivants, au milieu de questions de moindre importance qu'il fît décider par la Convention, telles que l'institution d'un jury des prises dans les quatre grands ports de la république, et l'interprétation du décret rendu contre les rebelles de Toulon, il dut prêter l'attention la plus sérieuse aux mouvements séditieux qui menaçaient la capitale et qui aboutirent à la grande insurrection du 13 vendémiaire®.
Dans le rapport sur la situation de Paris, qu'il présenta le 21 fructidor (7 septembre), il fut le premier à dénoncer, au nom des comités réunis de
i. Du 16 fructidor (2 septembre).