‹ Notice sur M. DaunouChapitre 60 sur 70 · PRONONCÉ A L'ÉCOLE DES CHARTES · texte numérisé non relu

PRONONCÉ A L'ÉCOLE DES CHARTES

la postérité que les moines ne méritaient pas tous d'être relégués dans la classe des citoyens inutiles. Le décret de l'Assemblée nationale qui abolit la congrégation de Saint-Maur^vec tous les autres ordres religieux^ et qui mit fin à ses travaux , fut particulièrement funeste chez nous à Tétude de la diplomatique. Depuis cette époque elle y fut en effet de plus en plus abandonnée; les corps savants conçurent même la crainte que l'histoire de notre pays pendant l'ancien et le moyen âge ne fût bientôt déshéritée entièrement des secours auxquels, durant un siècle et demi, elle avait dû tous ses progrès.

Enfin le gouvernement, sur les instances de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres , songea aux moyens de ranimer des études jadis si florissantes, et fonda, vers le commencement de Tannée 1821 , un nouvel établissement d'instruction publique sous le nom d'École des chartes. Cette institution unique, destinée à remplacer celles de même genre qui jadis s'étaient formées naturellement dans les congrégations de Saint- Vanne et de Saint-Maur, dont les principaux monastères étaient, pour ainsi dire, autant d'écoles des chartes, eut à peine produit une douzaine d'élèves, qu'elle se vit enlever la plus grande partie des fonds nécessaires à, son entretien; ses cours privés d'encouragement devinrent aussitôt déserts. Tombée dans le délaissement, elle menaçait de s'éteindre dans l'oubli , lorsque le besoin tous les jours de plus en plus pressant de ses services se fit de nouveau sentir, et força, en quelque sorte, le gouvernement de la remettre en activité. L'ordon-

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nanee du roi du 1 1 novtembfe 1 829 ^ qui Ta rappelée à la vie, paraît lui assurer un heureux avenir; le sort des élèves est amélioré, plusieui^ carrières ho* norables leur sont ouvertes , et je ne pende pas qu'elle ait à craindre, sous le régime actuel, que lé modeste prix mis à son travail lui soit encore une fois ravi.

Les études auxquelles vous êtes appelés, mes» sieurs, ne se présentent pas à vos yeux sous dés dehors bien séduisants ; cependant à peine y aurez^ vous fait quelques progrès qu'elles vous paraîtront moins ingrates , et plus lard vous les trouverez attachantes et susceptibles du plus grand intérêt. La carrière de l'érudition réserve à ceux qui s'y enga* gent des surprises et des jouissances aussi vives qu'on peut en trouver dans celle des lettres et des beaux-arts. La découverte d'une pièce inédite, l'intelligence d'un passage Ou d'un fait qui n'avait pas encore été compris ou expliqué, et le plaisir, en consultant les restes écrits d'une civilisation qui n'est plus, de rencontrer ce qu'où n'a vu nulle part dans les histoires, dans les mémoires ni dans les dissertations qu'on a lus, ont un charme qu'on ne conçoit bien qu'après l'avoir éprouvé. Toutes nos recherches d'ailleurs se rattachent à Thistoire, et l'histoire a hérité seule de tout l'intérêt que le public portait jadis à des compositions d'une autre espèce, aux Compositions théologiques et ascétiques, par exemple, qui sont à peu près abandonnées de tout le monde aujourd'hui. Mais quoique le genre bis-* torique soit de nos Jours en grand honneur, nous

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devons avouer que les sièeles de Térudition sont passés. Actuellement ou s'attache moins à savoir beaucoup ou bien^ qu'à connaître les faits principaux pour en tirer des généralités et des systèmes* Cette méthode est peu scientifique i et ceux qui la suivent manquent en général d'une solide instruction ; ils font beaucoup moins de frais de mémoire que de frais de sentiment, d'esprit et d'imagination | ils raisonnent beaucoup plus qu'ils ne prouvent; ils endoctrinent beaucoup plus qu'ils n'éclairent^ et procurent^ en somme ^ assez peu d'agrément. Cependant leur langage sententieux et leur style figuré plaisent un moment à la multitude ; on les traite d'esprits profonds , parce qu'ils sont subtils , et le titre de savants leur est décerné sans examen. Les écoles I qui) dans le siècle dernier^ se distinguaient par des qualités et des défauts à peu près pareils ^ sont bien déchues de leur ancienne réputation ; celles qui leur ont succédé et dont un de nos savants les plus recommandables combattait , il n'y a pas long« temps, au Collège de France» les doctrines exclusives et les prétentions exagérées^ n'obtiendront pas sans doute un sort plus heureux. Tels auteurs que les or>^ ganes habituels de l'opinion publique nous présen*tent comme des rivaux ou de dignes successeurs de Montesquieu, n atteindront pas, je le crains, à la hauteur de Mably, dont la génération actuelle ne veut déjà plus. Il n en sera pas de même de l'abbé Dubos , que l'immortel auteur de Y Esprit des lois a si cruellement, et, j'ose le dire, si injustement maltraité : le savant abbé survivra. Il est même par*

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