QUAND LE ROI PARDONNE
Après le licenciement de Tannée des princes, M. de Bonald vint se fixer dans la ville d^eidelberg , et s'y consacra avec autant d'assiduité que de tendresse à l'éducation de ses deux fils Henri et Victor, qu'il avoit em-
(1) Cic. Pro Marcello, v.
(2) Théorie du pouvoir.
menés avec lui et placés au collège de Saint- Charles de cette Université célèbre (1). La première fois qu'il entra avec eux dans l'église du Saint-Esprit de cette ville, ayant remarqué l'inscription qui étoit au haut du maître-autel, solatori deo : «Mes enfans, » leur dit-il, ces mots semblent s'appliquer » particulièrement aux émigrés....» Et en effet, ils alloient bientôt n'avoir plus d'autre consolateur que celui-là ! . . .
Peu de temps après son retour à Heidelberg, M. de Bonald retira ses enfans du collège de Saint- Charles pour les prendre avec lui dans son modeste logement, et veiller de plus près à leur éducation et aux progrès de leurs études. Quelquefois le noble instituteur daignoit prendre lui-même des leçons de ses élèves; et comme ses enfans avoient déjà fait au collège de Saint-Charles quelques progrès dans la langue allemande , qu'il avoit aussi commencé à apprendre de-
(1) Ils y eurent pour condisciples et pour amis un fils de M. le comte Ferrand, ministre d'Etat, jeune homme plein d'espérances et de vertu , qui mourut peu de temps après ; et M. le comte d'Argout , pair de France et ancien ministre , ainsi que MM. de Beaufort et de Bassompierre.
puis peu , il se faisoit expliquer par eux des passages qui Tembarrassoient; et il étoit touchant de voir le père de famille et le philosophe méditatif se mettre ainsi à l'étude sous la direction de ses enfans. Il travailloit avec zèle à former leur esprit et leur cœur ; et sa vigilance , qui étoit quelquefois celle d'une mère , qu'une cruelle séparation le forçoit de remplacer, sa patience , sa douceur et ses soins , ne se relâchoient pas un instant... Aidé d'un digne et pieux ecclésiastique français , M. l'abbé Gondrin, il voulut partager avec lui le soin si important de les préparer à leur première communion. Ah ! qui pourroit dire avec quelle pieuse tendresse et quelle effusion d'amour il les bénit tous deux à ses genoux le soir qui précéda ce saint jour ! O temps heureux de ce premier âge de la vie ! jours si purs et si doux dont on ne connoît le prix que lorsqu'ils ont fui pour jamais !!!
Si oblilus fiieiv lui... oblwioni detur dextera meaf... (1)