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Mais un triomphe bien plus doux au cœur de l'écrivain catholique, que les plus grands éloges, et que cette famée de gloire humaine dont il voit aujourd'hui le néant, c'étoit devoir par ses écrits ramené à la foi catholique le prince Russe Mestcherki dont nous avons rapporté la lettre , et d'y avoir ramené surtout un de ses plus intimes amis, un homme distingué en Allemagne et en Europe, par son esprit, son noble caractère et le rang qu'il occupe dans la diplomatie. On lira avec un touchant intérêt la lettre que Fauteur de cette Notice recevoit, le i5 décembre 1840, de M. le comte de Senft, aujourd'hui ambassadeur d'Autriche à La Haye :
« Vous avez rendu justice à mes sentimens, » en me regardant comme appartenant de » cœur à la famille de celui dont je pleure » avec vous la perte. . . . C'est à lui que je dois, » après Dieu, le bonheur d'être catholique. » Il me donna en hiver 1818, son admirable » ouvrage, ses Recherches philosophiques, et » l'étude que j'en fis, surtout du chapitre de i> r Origine du langage, détermina ma con-
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» viction,et me fit passer de l'incrédulité phi- » losophique à la foi chrétienne. C'est au » souvenir de ce bienfait, sans doute, que je » suis redevable de l'indulgente bonté et du » constant intérêt dont M. de Bonald m'a m honoré depuis l'époque que je viens d'in- » diquer. Jamais je n'oublierai le charme de » ses entretiens;... et ses lettres étoient toutes » semées de traits de lumière que je conserve » précieusement. >»
Hélas ! cette grande lumière et ce Newton de la science politique, comme l'appeloit un illustre étranger, alloit disparoître de l'horizon politique après l'avoir long-temps éclairé.... Mais peut-être l'avenir rendra-t-il à ses lumineux et nobles écrits toute l'autorité que le présent et ses tristes passions semblent leur ôter chaque jour !
Il s'est éteint presque subitement, à la suite d'une attaque d'asthme suffoquant, dans la nuit du 23 novembre 1840, au moment où le mariage de son petit-fils (1) alloit combler ses vœux.... Il n'a pu bénir lui-même sur la
(1) Avec mademoiselle de Saint-Maurice, petitefille du marquis de Saint-Maurice , intime ami de M. le vicomte de Bonald et ancien député de la noblesse de Montpellier aux Etats-généraux.
terre cette union qu'il avoit vivement désirée, mais il la bénit sans doute de la demeure qu'il a obtenue dans un monde meilleur, de celui qui couronne dans ses élus ses propres dons,
lorsqu'ils en ont fait un si noble usage Et
le courageux et infatigable athlète, qui consacra sa vie entière et jusqu'à son dernier soupir à la défense de la vérité et de Tunité, qu'il voit à présent face à face, peut bien sans doute sucrier, dans les ineffables accens de l'hymne sans fin dont les nôtres ici-bas ne sont qu'un foible écho : o vera semper unitas ! O UN A SEMPER VERITAS (l) ! ! !
(1) Hymne pour la Sainte-Trinité , du Bréviaire de Paris.
M. de Bonald a dit dans ses Pensées, que « dans les temps de révolution, ce qu'il y a » de plus difficile n'est pas de faire son de- » voir, mais de le connoitre. » L'auteur de cette maxime a prouvé qu'elle ne pouvoit lui être appliquable ; et dans sa conduite privée et publique, il a toujours montré qu'il savoit connoître son devoir aussi bien que le remplir— Il étoit sévère, et Ton pourroit dire même inexorable , dans ses principes ; mais on ne fut jamais plus indulgent pour les personnes et plus calme dans ses jugemens. // possédoit son aine en paix, dans toute la vérité de cette belle expression des livres saints ; aussi, s'il a eu et s'il a encore de violens et implacables ennemis de ses principes, il n'en
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a jamais eu de sa personne, et il ne pouvoit en avoir. Il a eu au contraire la gloire d'avoir pour amis tous les amis de la religion, de la justice et de Tordre , et même beaucoup de ceux qui ne partageoient pas du tout ses principes politiques. Le général Foy et lui avoient l'un pour l'autre une bienveillance réciproque; et quoique siégeant dans des rangs bien opposés, M. de Bonald rendoit toute justice à l'élévation de l'esprit et à la noblesse de sentimens de son collègue, qui, à son tour, professoit pour lui la plus haute estime.
Il s'intéressoit vivement aux succès des jeunes écrivains, lorsqu'ils consacroient leurs talens à la cause de la religion et des bonnes doctrines littéraires. C'est ainsi qu'il applaudit avec chaleur aux premiers succès de deux de nos poètes les plus fameux, et l'aurore et l'éclat de leur célébrité naissante lui parurent bien plus dignes d'envie que la vogue qu'ils eurent plus tard.
La chute d'un écrivain célèbre , et depuis tristement fameux , en qui les hommes religieux , bien plus que la religion elle-même , vouloient voir un nouvel Athanase, ne le surprit point La pénétration de son esprit
SUR M. DE DONALD. toi
lui faisoit entrevoir déjà avec effroi la profondeur de l'abîme où il se précipitait j et il lui avoit dit un jour à lui-même (i) : « Si je » n'étois convaincu de votre piété, je croirois )> voir en vous l'étoffe d'un Luther et d'un » Calvin... » Et il s'y seroit trouvé plus que cela , si la Providence n'avoit brisé à l'instant une influence qui se tournoit contre l'Eglise , et frappé iïaridité la main qui s'étoit levée contre une mère !...
C'étoit la même pénétration qui lui faisoit écrire , en 1802 , que le réveil de l'Espagne seroit un jour le réveil du lion... Et, certes , l'Europe vit l'accomplissement frappant de cette prophétie six ans après , lorsque l'Espagne se leva tout entière pour repousser l'invasion de Bonaparte. Mais ce que l'auteur de la Législation primitive ne prévoyoit pas, c'est que trente ans plus tard , ce réveil du
lion seroit le réveil du tigre ! Et cette
expression est assez justifiée, je pense, par les horribles massacres qui ont fait frémir l'Europe depuis peu, et qui ont porté une si grave atteinte à la dignité du caractère espagnol î
(1) Et bien avant la révolution de juillet.
L'ambition étoit un sentiment qui lui étoit inconnu (1); sa devise étoit : Prodesse, ison prjeesse , et ceux qui ont vécu dans son intimité peuvent rendre témoignage à ce que nous disons.
Son désintéressement est assez public , assurément , quelques ridicules fables que l'esprit de parti ou la malignité jalouse aient imaginées; et après avoir rejeté plusieurs occasions de faire sa fortune sous l'empire , élevé sous la restauration bien moins haut que son mérite , il est resté volontairement à la seconde révolution avec le modeste patrimoine dont il n'avoit sauvé que quelques débris du nau-
(1) M. de Fontanes écrivoit à M. de Bonald , le 17 août 1806, après une audience de l'Empereur : « A l'audience , on est venu à moi avec l'air de la plus excessive bienveillance : « que m. de bonald » vienne a paris ; à 200 lieues , il est difficile de se » bien entendre. » Voilà les propres mots de celui qui peut tout. J'ai répété ce que j'avois déjà dit de votre situation, des devoirs respectables qui vous enchaînoient dans vos montagnes ; on m'a répondu par ces mots : « qu'il vienne ! » Et cependant M. de Bonald n'alla à Paris que quatre ans après, et lorsqu'après deux ans de nomination à la place de conseiller de l'Université , il se fut décidé à l'accepter !
Voyez à la fin de la Notice la lettre de M. de Fontanes.
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frage de la première. Jamais on n'a pu mieux appliquer qu'à lui cette parole de Fauteur de toute vérité, que les enfans du siècle sont