‹ Notice sur M. NeckerChapitre 10 sur 12 · SUR M. NECKER. CCXV · texte numérisé non relu

SUR M. NECKER. CCXV

principes qui régissent la société humaine ; il avoit reconnu Tinsuffisance des motifs terrestres pour porter les hommes à la vertu 5 il avoit vu que les lois , que Topinion même; n'exercent qu'une influence extérieure , et que la religion seule agit immédiatement sur leS/Cœurs, Sans cesse occupé de ces grandes pensées ^ il les avoit approfondies dans sa retraite, et, après avoir montré àaxisV Administration des finances la connexion intime de la science dii gouvernement avec la morale , il voulut rendre un nouveau service à la patrie de son choix, en proclamant l'alliance indissoluble de la morale avec la religion.

Tels étoient les travaux de M. Necker, tandis que ses ennemis se plaisoient à le représenter comme dévoré de l'ambition du pouvoir.

Tant que la philosophie du dix-huitième siècle avoit eu à combattre l'intolérance et la superstition , elle avoit sans doute servi la cause de l'humanité^ mais, en ébran^ lant la religion, on avoit relâché tous les liens de la société , et l'on commençoit à sentir la nécessité de donner un nouvel appui à la morale. L'Académie françoise proposa donc un prix en faveur du meil'* leur catéchisme fondé sur les seuls prin-

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cipes du droit naturel. Les préceptes de ce catéchisme dévoient , aux termes du programme , être le résultat de Vanalyscy 'de la méthode, de Vart de diviser, de définir, de dés^elopper les idées et de les circonscrire. M. Necker, justement révolté de ces efforts mesquins , pour disséquer Fêtre vivant que Dieu a créé à son image , éprouva le besoin de if-éfuter une doctriife aride et superficielle, et il publia son livre sur \ Importance des opinions re^ ligieuses.

En lisant ce bel ouvrage , on voit que lauteur estun homme d'état qui s'adresse à des académiciens. La religion se présente à son esprit comme la base nécessaire de la société , encore plus que comme l'unique appui de l'âme contre la douleur, et l'on trouve dans ce livre des émotions moins intimes, moins chrétiennes que dans le cours de morale religieuse, que M. Necker a publié douze années plus tard. Souvent même on s'aperçoit que les épanchemens de son cœur sont gênés par l'idée du public auquel il s'adresse , et des chicanes de tout genre dont son livre alloit être l'objet. Cependant on admire la haute pensée qui la dicté 5 et l'on y reconnoît ce qui forme Je caractère distinctif de M. Necker, la graa^

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deur des vues jointe à une extrême délicatesse dans les nuances des sentimens. Mais, pour apprécier avec justice la valeur morale de cet ouvrage , il faut se reporter à une époque où croire en Dieu et oser le dire n*étoit pas une médiocre preuve de courage d'esprit; il faut se rappeler que M. Necker a attaqué l'incrédulité au faîte de sa puissance, lorsqu'elle sembloit être le génie des hommes les plus distingués , et qu'aucun résultat sinistre n'en avoit encore fait sentir le danger j bien supérieur en cela aux écrivains qui ne Font combattue qu'alors que les esprits en étoient à la fois effrayés et ennuyés.

Aussitôt après que M. de Galonné avoit été sacrifié à la juste irritation des notables et du public , tous les yeux s'étoient tom nés vers M. Necker ; mais ses ennemis n'eurent pas de peine à persuader au roi que sa dignité seroit compromise s'il rappeloit à la tête des affaires un homme qu'il venoit d'exiler. M. de Montmorin fit de vains efforts pour triompher des préjugés qu'on avoit eu soin d'entretenir dans l'esprit de Louis xvi. D'un autre côté , le roi répugnoit à nommer l'archevêque de Toulouse , quoique vivement protégé par la reine ; et , pour échapper à celje alter-

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native , il fit offrir le ministère d'abord à M. de la Millière qui le refusa , et ensuite à M. de Fourqueux , vieux magistrat , que la foiblesse de sa santé et celle de son intelligence rendoient également incapable d'occupçr une telle place. Je ne puis mieux retracer ce qui se passa dans cette circonstance , qu'en transcrivant ici des notes de M. de Montmorin, citées dans les Mémoires de Marmontel. (*)

« Lorsque le roi me chargea de sa lettre « pour M. de Fourqueux ( dit le comte de i< Montmorin), je crus devoir lui repré- « senter que je trouvois le fardeau des «finances trop au-dessus des forces de ce « bon magistrat. Le roi parut sentir que (t mes inquiétudes étoient fondées. — Mais , « qui donc prendre? me dit-il. Je lui ré- « pondis qu'il m etoit impossible de ne pas « être étonné de cette question , tandis qu'il « existoit un homme qui réunissoit sur i< lui les vœux de tout le public ; que dans « tous les temps il étoit nécessaire de ne pas te contrarier Fopinion publique , en choi- « sissant un administrateur des finances ; « mais que dans les circonstances critiqués « oii il se trouvoit , il ne suffisoit pas de ne

(*) Mémoires de Marmontel , tome III , page 332.

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rt pas la contrarier , et qu il étoit indispenw sable de la suivre. J'ajoutai que tant que « M. Necker existeroit , il étoit impossible M qu il y eût un autre ministre des finances , « parce que le public verroit toujours avec « humeur et avec chagrin cette place oc- « cupëe par un autre que lui. Le roi conc( vint des talens de M, Necker, mais il w m'objecta les défauts de son caractère , et (( je reconnus facilement les impressions c< qu'avoit données de lui M. de Maurepas « dans l'origine , et que MM. de Vergennes, «< de Galonné, de Miromesnil et de Bre- « teuil; avoient gravées plus profondément.

« Je ne connoissois pas personnellement « M. Necker ; je n'avois que des doutes à H opposer à ce que le roi me disoit de son K caractère , de sa hauteur , et de son esi< prit de domination. U y a apparence que « si je l'eusse connu alors , j'eusse décidé c( son rappel. J'aurois peut-être dû insister « davantage , même ne le connoissant pas ; c< mais j'arrivois à peine dans le ministère ; « il n'y avoit pas six semaines que j'y étois c( entré , et d'ailleurs un peu de timidité , « pas assez d'énergie , m'empêcha d'être « aussi pressant que j'aurois pu l'être. Que w de maux j'aurois évités à la France ! que a de chagrins j'aurois épargnés au roi !

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M Qu auroit-il dit 5 ajoute Marmontel, s'il fc avoit prévu que pour avoir manqué le •e moment de changer nos funestes desti- « nées 5 il seroit massacre lui-même par un, H peuple rendu féroce ^et que trois mois « après sa mort le roi périroit sur un écha- M faud ! » .

Après le court et insignifiant ministère de M. de Fourqueux , M. de Montmorin renouvela , de concert avec M. de Lamoignon y ses instances auprès de Louis xvi, pour qu'il rappelât M. Necker; mais le baron de Breteuil réussit à faire repousser ce conseil salutaire.

« Les affaires , dit M. de Montmorin ^ « étoient dans une stagnation absolue : le « crédit achevoit de se détruire de jour en JK jour ; les moyens factices et dispendieux « que M. de Calonne avoit employés pour « soutenir la bourse , venant à manquer twit « à coup, produisoient une baisse journa- « lière et considérable dans les effets ; le « trésor royal étoit vide 5 on voyoit jcomme €< très-prochaine la suspension des payece mens ; on n'imaginoit d autre ressource « quun emprunt, et il étoit impossible de « le tenter dans un moment de détresse H aussi désespérant. L'humeur gagnoit dans i( l'assemblée des notables , l'esprit en de-*

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t< venoît mauvais , et déjà on commençoit c< à y murmurer les états-généraux. Dans c< ces circonstances , il étoit urgent d'avoir « un homme qui dominât l'opinion. M. de « Lamoignon et moi^ nous nous commu- « niquâmes nos idées , et nous convînmes « que le seul homme sur qui l'on pût fonce der quelque espérance étoit M. Necken « Mais je lui parlai des obstacles que j'avois «, déjà trouvés dans l'esprit du roi , et je « lui annonçai que ces obstacles devien- « droient encore plus insurmontables par « la présence du baron de Breteuil. Nous i< conférâmes avec celui-ci , essayant de le a convertir, mais inutilement* Enfin , après « une longue séance , nous nous décidâmes « à monter chez le roi , et lorsque tous les « trois nous fûmes entrés en ma;tière sur le « changement qu'exigeoit le ministère des c( finances , je parlai avec force de la néces- « site de rappeler celui que demandoit la i< voix publique. Le roi me répondit ( à la ce vérité avec l'air de la plus profonde dou-* il leur ) : Eh bien ! il n'y a qu'à le rappeler. t< Mais alors le baron de Breteuil s'éleva « avec une extrême chaleur contre cette i( résolution à moitié arrachée ; il repréi< senta l'inconséquence qu'il y auroit à rapi< peler , pour le mettre à la tête de l'ad-

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« ministration ^ un homme qui ëtoît à peine « arrivé au lieu qu'on lui avoit prescrit w pour son exil j combien une pareille conx( duite auroit de foiblesse ; quelle force «elle donneroit à celui qui, placé ainsi i( par l'opinion , n'en auroit d'obligation i< qu'à elle et à lui-même. Il s'étendit lon-r i( guement et fortement sur l'abus que « M. Necker ne manqueroit pas de faire « d'une semblable position. Il peignit son « caractère sous les couleurs les plus pro- « près à faire impression sur un roi natur « rellement jaloux de son autorité , et qui (( avoit un pressentiment confus qu'on voui< loit la lui arracher , nâais qui la croyoit « encore entière dans ses mains , et qui « vouloit la conserver. Il y àvoit des rai- « sons fort spécieuses dans ce que venoît « de dire le baron de Breteuil ; mais elles « l'auroient été moins , qu elles auroient en- K core produit l'effet qu'elles obtinrent sur « le roi 5 qui n'avoit cédé à mon avis qu'avec « une extrême i-épugnance, et pfeut-être (r uniquement parce qu'il nous croyoit tous « les trois d'accord. L'archevêque de Tou- K louse fut donc proposé et accepté sans <( résistance. Cependant le roi nous dit « qu'il passoit pour un cai'actère inquiet « et ambitieux, et que peut-être nous

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« nous repentirions de lui avoir indiqué ce « choix.»

Au lieu de mettre à profit une époque dpcisive pour faire un nouveau pacte avec l'opinion , Farchevêque de Toulouse irrita la France par la légèreté de ses principes et l'inconséquence de son administration.

L'exil des parlemens , l'appareil imprudent des lits de justice, et la ridicule invention d'une cour plénière , compromirent gravement l'autorité royale. Le ministre, flot^tant entre la cour et les philosophes, s'engagea dans une lutte de popularité contre les parlemens, et ses tentatives furent dirigées avec tant de maladresse, que les parlemens se virent souteniis par l'opinion nationale, daps leur résistance aux réformes que cette même opinion demandoit le plus vivement. 11 établit dans tous les pays d'élections des assemblées provinciales, où le nombre des députés du tiers devoit égaler celui des députés des deux autres ordres réunis j il supprima la corvée j il voulut rendre égale la répartition de l'impôt territorial j il abolit les tribunaux d^excepti on ; il accorda la liberté de conscience aux protestans ; et cependant , loin qu'on lui sut gré de ces concessions, le mécontentement faisoit chaque jour de nouveaux progrès.

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Ce phénomène bizarre s'expliqpie, si Ton réfléchit que les mesures politiques ont bien moins d'importance par elles-mêmes que par l'esprit qui préside à leur conception. Les réformes proposées par l'archevêque de Toulouse étoient sans doute favorables à la liberté j mais elles n'étoient , dans l'intention de ce ministre , quun moyen d'acheter l'enregistrement d'un emprunt considérable , et de retarder indéfiniment la convocation des états-généraux ; et dès lors l'effet de ces mesures étoit manqué dans l'opinion. Ce ne sont jamais que des idées simples qui servent d'étendard à l'esprit public ; la France vouloit alors M. Necker et les états-généraux , et tout ce qui éloignoit Tobjet de ses vœux ne servoit qu'à l'irriter. Les cours souveraines s'étoient déclarées incompétentes pour consentir les subsides; elles avoient fait la demande formelle des états-généraux. Le Dauphiné venoit de rétablir ses états provinciaux à Romans , et de décider par avance la question du doublement du tiers et du vote par tête. De toutes parts des milliers de voix réclamoient l'émancipation du peuple françois. Il fallut enfin céder à des vœux si fortement prononcés, et un arrêt du conseil, du 8 août 1788, promit solen-

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nellemeot la convocation des états-généraux 9 et en fixa Tépoque au mois de mai de Tannée suivante.

Sous le rapport financier, Fadministratien de ràrchevêque de Sens n'offre guère qu'une contre-épreuve de celle de son prédécesseur. Il adopta les mêmes plans que M. de Galonné , et commit les mêmes fautes.

Bientôt l'argent vint à manquer pour les dépenses les plus urgentes*, tout nouvel inlpot étoit impossible, et la ressource du crédit n'existoit plus. M. de Brienne crut se tirer d'affaire, en ordonnant, par l'arrêt du conseil du i6 août, que les deux cin^ quièmes des rentes sur l'Hôtel-de-Ville et plusieurs autres dépénsçs publiqijes, sèroient payés en papier-monnoiè : mais cette banqueroute acheva de révolter les esprits, et , pour échapper à llndignation générale., le ministre se vit forcé d'appeler lui-même IVJ. Neckèr à son secours. Il lui fit donc demander s'il vouloit se charger, sous ses ordres, de la direction du départemenl; des finances. Une telle proposition n'étoit pas admissible, et le refus de M. Wecker contraignit enfin l'archevêque à se reti- • rer. Il sortit de place avec des revenus ecclésiastiques dont l'énormité , comparée à la détresse de l'état, offroit un contraste au

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fnoins fort inconvenant; et, cependant, le chapeau de cardinal fut la récompense de sa désastreuse administration; comme si la cour eût pris plaisir à ne pas laisser échapper une occasion d^insulter à îopinion publique.

Ici commence le second ministère de M. Necker, et la tache qui m'est imposée approche de sa fin. M, Necker a écrit Thi^toirë de cette portion de sa vie politique, soit dans l'ouvrage intitulé de V Administration de M. Necker, par lui-même; soit dans cehii qni^ pour titre : De ia RéiH>lutionfranr ^oise. Ma mère en a reproduit les circonfitanoesles plus importantes dans ses Consi- -dératitms •sur les principaux éi^nemens de lu Résolution. Que pourroîs-je ajouter à dé tds tableaux ? Ce ministère forme la première phaBe* de la grande révolutiott politique et sociale qui semble destinée à s'accomplir dans le monde entier. Les^émiemens îquis'y rattachent sont connus de quiconque tL^est pas étrariger à la marche de labtre Isièèïe. Je dois donc me boriifer à les retracer 'sofaïmàirémentypoornepaslaisser une trop •grande' lacune dans le récit de la vie de M. Necker. C'est aux actes mêmes de sa seconde administration ; c'est à ses Mémoires, il ses Discours à l'assemblée constituante^

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que je renvoie ceux qui voudront connpître en détail les efforts inouïs qu'il a faits pour maintenir l'ordre en fondant la liberté.

Maigj'en se livrant à cette belljeet iinporétante lecture , Ton ne doit pas jjerdre de vue les obstacles ^ans noraJ?jre jion^M.Necker étoit entouré , les concessions dé tout genre qu^il étoit obligp jig. fçiire , tjtntôt à l'opinion de ses collègues, tantôt à la force des circonstances , tantôt à la volonté royale ou à l'aveugle opiniâtreté des classés privilégiées ,. tantôt enfin à l'i^ei^périepce arrpgante de Tûssemblée constituante^ Mon assoçiiftion aux mesures dû conseil est l'expression dont M. Necker lui-w^ême s'est servi /pour désigner '|ce' période de sa carrière publique j et en éfcÇet', î^^^ été associé à la marché du go^^verpsaiient qu'il ne l'a dirigée. Jàttiais' il n^ été le inaj(trie du terrain , jamaiis il n'a'!f>ti faire triçmpher ses idées politiques; .et &i i'on veut les étudier, ces idéfes , les sfeille^ dbnt l'adoption sincère puisse as^priçr à la iFraùce • le calme avec la libesté^ c'est dans les ouvrages qu'il a composëà depuis sa retraite qu'il faut, en aller cherph^cjr.le dé^pôt.

Le 26 août 1788, M. Necker fut appelé au conseil avec le titre de Directeur-général des finances f titre auquel, après l'ouveir-

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ture des ëtats-gënëraux , on substitua celtâ de Premier ministre des finances. Cette nomination fi|t reçue dans toute la France avec des transports d enthousiasme (*). Les hommes animés de sentimens patriotiques y voyoient Taccomplissement de leurs généreuses espérances ; les créanciers de letat , la sécurité de leur fortune ; les citoyens de

('*'] Si je publiois le recueil immense des lettres de félicitations que reçut M. Necker à sa rentrée au ministère , on Terroit peut-être , avec surprise ^ d^iXih quels termiesde respecte^ d'admiration lui écrivoient alors des personnes qui l'ont .attaqué depuis avec une insolence servile. Mais M. Necker a toujours dédaigné ce genre de vengeance > et sa famille doit imiter son exemple. Entre lefiT adresses dqs corps constitués, j'en choisis, une seule, celle des états de Dauphiné :

« La nation étoit dans les alarmes 5 elle touchoit à sa 'a mine ^ lorsqù^un roi juste vous rappelle ^ cet événea ment A^j^^ seul une grande révolution. Au deuil prête fond qui régnoit daiis tout le royaume , ont succédé a la joie et les acclamations universelles. Les trois ordres « de la prchrlnce de Dauphiné reçoivent la ré<^ompense ' M de' leuV sespectueusâ fermeté , .en vou& voyant re- (4 prendre l'administration des finances que , pour le « bonheur des François , vous n'auriez jamais dû quitter. « Le passé nous apprend assez ce que nous devons espérer .«de ravenir.r Vous avez toujours, pris pour guide î'opi* ce nion publique ) c'est d'elle seule que vous attendez les « éloges qui vous son't dus : jouissez , monsieur , de votre u gloire ; jamais un ministre ne fut honoré comme vous « rétes aujourd'hiXi du témoignage flatteur de l'estime tt et de la reconnoissance des trois ordres d'une pro- « yince. >»

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tontes les classes , la garantie de l'ordre et de la justice. M. Necker seul ne partageoit pas l'allëgresse générale; il pressentoit des dangers dont aucune prudence humaine ne pourroit triompher, et ce fut avec une véritable tristesse qu'il reprit en main le timon des affaires. « Ah I s'écria-t-il en recevant c< le message du roi , que ne nfi'a-t-on donné H ces quinze mois de Tarchevéque de Sens!

ce maintenant , il est trop tard. »

La première entrevue de M. Necker avec le roi eut lieu dans le cabinet de la reine , . et en sa présence; car Louis xvi éprouvoit de l'embarras à recevoir celui qu'il venoit d'exiler d'une façon si arbitraire. M. Necker ne parla au roi que de dévouement et de respect, et reprit auprès de lui la même attitude qu'il avoit eue à une autre époque. Mais il s'aperçut dès lors que la disposition de la reiAe à .son égard étoit entièrement changée , et , ce jour-là même , ma mère étant allée faire sa cour à Versailles, et s'y étant trouvée avec la nièce du cardinal de Loménie,'la différence marquée de leur réception montra clairement combien la reine préféroit le ministre renvoyé, à celui que les vœux de la France venoient de mettre à sa place.

M. Necker, en rentrant au contrôle gé-

nëral, trouva le trésor ëpuisë, lès impositions de tout genre consommées par anticipation 5 et tous les effets publics dépréciés. Il y àvoit à peiiie cinq cent mille francs en caisse, soit en argent, soit en valeurs, et cependant il fallôit trouver plusieurs inillions dans là semaine, pour faire face à des dépensés urgentes , dont le retardement poiivôit compromètti-é la sûreté de Fêtât.

Le nom seul de M. Necker fit rehaitre la confiance , comme par magie ; les fonds renioûlèjrerit de trente pour cent en un JOÛÏ-; fktrêï dtl fcobseildù 16 août, qui a voit répandu la côbstérnatiob parmi torts les créâiicïérs de Fëtaf , fût annulé de fait , et peii'â^è jôîirs à^rès, ïè i4 septembre, il fut forméliéÂi'ènt VéVdqué.

' C?es preniïêrô Wi'bis du second min istère ie M. Necker sobt peut-être Fépoque de sa carrière pilMiquè oiï il à ïaît preuve de la plus rare liabîleté , babïïété d'autant plus méritoire , ^ù'eïle e'tôït moins récompensée paries éloges 4^ Topittlon ; car Vàtténtion publique , ùnitjueméfnt dirigée alors vers la convocation 'âé^.etàts-généraux, ne tenoit compte au ininistre que dés efforts qui tendoient ïmmédîafem^t à ce but.

J'invoquerai ici un témoignage qui ne sera pas suspect 5 car le^livre d'où je le tire

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contient du reste d'indécentes personnalités contre M. Necker, (*)

(( Nombre de payemens étoient arriérés « et ne pouvoient être long-temps retardés; « la plupart des contributions étoient con^ « sommées par des anticipations auxquels a les on avoit donné la plus 6X£«ssive ex^ i< tension ; la création dies billets d'^état cau- « soit le plus grand efiVoi ] toutes les spé- « culations^ toutes les entreprises étoient ♦(c suspendues et paralysées*, le /commerce (( étoit en stagnation ; la ban(|ueroute de <( l'état sembloit inévitable , et cependant « fut évitée sans coups de force ^ sans con*- (c trainte , sans impj&ts ^ isans asnprunts , « sans ces billets d'état si eôr^yans , si fu* if nestes , dont il n^e fut fait aucun usage y « et -qui mèocie ne parurent point ; ii fut « pourvu à tousSâs besoins^ tous les expé- « diens ^ tous les revineipens y ioutes les ares^ « sources de banque djta:is ilesqueb excelloit (c M. Necker ^ iuremt mis en œ\mre ; nomu breide moyens de idétail furent employ és^ « foibles séparément , forts ,par leur réu- (c hion ;< et ce fut un ^and acte de sagesse ^

(^) Particularités et observations sur les ministres des finances de France les plus o^lèbi^esi depuis 1660 jusqu'en I79I.

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f< de n'admettre dans ce moment aucune « grande disposition qui eût trouvé des obr< stades insurmontables dans la foiblesse w et le discrédit du gouvernement, dans la H force des personnes intéressées à la con- « tradiction , et dans le défaut de lumières « des corps dont la sanction étoit nécessaire ce pour de telles dispositions ; ces corps If voyoient et déploroient les maux de Téw tat, etn'admettoient aucun remède douce loureux, mais efficace. *

(( n n est aucun temps de l'administra- H tion de M. Necker où il ait montré aua tant de courage , d'adresse , de sagacité , u de talent ; ses industrieuses et justes comte binaisons , et le succès qu'elles ont ob- « tenu , tiennent du prodige , et cependant (c ce n'est point l'époque de son administraw tion qui a été l'objet principal des éloges (c de ses partisans , parce que les hommes a sont plus touchés , plus reconnoissans du « bien qu'on leur fait que des maux qu'on « leur évite, lors même que le service est u plus grand. »

L'on se rappelle l'activité que Mi Necker avVDÎt déployée dans sa première administration : chaque jour il étoit à la recherche d'un abus à réformer , d'une économie à introduire , d'une institution nouvelle à éla^

SUR M. NECKER, CCXXxiîj '

blir. H vît^ en reprenant le maniement des affaires , que le bien de Fétat lui traçoit désormais une marche différente^ et qu'il devoit contenir ladministration des finances dans une sorte de silence et d'obscurité , pour concentrer toutes ses forces vers la grande entreprise dont alloit dépendre le sort de la France. Il s'occupa donc , avant tout 9 d'assurer la composition sage et la réunion paisible des états-généraux , persuadé que tous les abus de l'administration tomberoient à la fois sous leur main puissante.

w Ce fut en louvoyant , dit M. Necker , « en usant de tous les ménagemens, de (( toutes les ressources circonscrites dans « un petit cercle , que je parvins à conduire, « sans brisure et sans échouement , le frêle « vaisseau de l'état jusqu'à l'ouverture des a états^généraux, terme que je considérois ce alors comme le premier signal du port a de sauvement. Mais l'assemblée natio- « nale ayant éloigné à grande distance « l'époque oii elle vouloit s'occuper des (( finances , je me trouvai dans la nécessité u de continuer la manœuvre dun naviga- (c teur en péril , bien plus long-temps enw core que je ne l'avois d'abord présumé 5 « et véritablement j'ai passé près de depx

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« ans dans les sollicitudes , toujours ocre cupë d'éviter de grands dangers , et de rc prévenir un éclat dont les conséquences (c ne pouvoient être calculées* »

Il faut mettre au premier rang des difficultés que M. Necker eut à surmonter dans son second ministère ^ la disette qui vint, affliger la France , dans Fhiver de 178^ à 1789 , et qui se prolongea bien avant dans l'été suivant. Une gréie affreuse avoit ravagé les récoltes de plusieurs provinces ^ et surtout de celles qui fournissent ordinal*rement à la consommation de Paris* Des besoins se faisoient sentir en mésae t^mps dans les pays étrangers , et Texportation y dont k libeMé illimitée avoit été proclaiMée par farc^Levéque de Sens^ éievoit rapidement le prix des grains. Le premier som de M. Necker fut de se faire rendre compte de Tétat des récoltes, et, ayant aci|uis la triste certitude tpie les ressources de la France étaient à peine suffisantes pour ses propres besoins , il défendit rexportadon par un arrêt du ccmseildu 7 septemibre 1 788. D'autres arrêts du ^K)nseil , rendus dans le courant du mois de novembre, accordèrent des primes d'importation , d'abord sur les grains d'Amérique , et ensuite sur ceux d« la Baltique et de la Méditerranée. L'ex-*

I SUR M. NECKEB. CCXXXV

trême rigueur de Thiver amena de nouveaux dangers. La difficulté des transports rendit râpprbvisionnement des marches dispendieux outre mesure , et la nécessité d'employer des moyens extraordinaires; pour remplacer les moulins à eau arrêtés par les glaces , accrut la xronsommation des grains. A mesure que la cherté augmentoit, les négocians , effrayés de leffervescence du peuple , se refusoient à faire venir des blés étrangers pour leur propre compte 5 bientôt ils ne voulurent plus même être employés comme simples commissionnaires j et Tadministration se vit obligée de suppléer à Taction du commerce. L'Amérique, les côtes de la Méditerranée, FAngleterrë , la Hollande et Dantzîck , furent mis à contribution pour les besoins d« la - France; M. Necker suîvoit de sa propre main cette importante cotrespondance, et lorsqu'il étoît nécessaire d^obtenir de Tétrafager des pérmissiotfs particulières d'extractîott 5 ses sollicitations instantes étoient presque toujours couronnées parle succès.

Sa vigilance n'étoit pas moins active dans rintérieur; il formoit des entrepôts de grains et de farines dans les lieux les plus favorablement situés; il ordonnoit au directoire des vivres de la guerre de faire

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des distributions aux villes qui en avoient le besoin le plus urgent, et qui étoient à portée .des magasins de cette administra-* tion ^ il accordoit des secours d'argent aux gënëralités ravagées par la grêle., afin de procurer aux cultivateurs les moyens d'acheter de nouvelles semences 5 il faisoit des avances aux villes qui se chargeoient d'as^ surer leur propre subsistance, ainsi qu'aux boulangers et fariniers de Paris , de Versailles , et des autres grandes villes où la disette pouvoit entraîner les conséquences les plus désastreuses.

Les achats de grains , soit en France , soit à l'étranger , se sont élevés successivement à plus de 70 i;nillions , et, dans l'état de dénuement où étoit alors le trésor royal , ce fut un prodige de crédit que de rassembler une telle somme. La disette , dans un grand pays, est un de ces malheurs devant lesquels la prudence humaine doit reconnoître la foiblesse de ses ressources , et il est toujours facile de critiquer, après le danger, l'administration la plus éclairée.

Mais , s'il faut juger celle de M. Necker par les expressions de reconnoissance qui lui furent adressées de tous les points du royaume , il sera difficile de lui refuser les plus grands éloges. L'on ne doit pas oublier

SUR M. WECKER. CCXXXvij

d'ailleurs , combien deven oient plus grandes les difficultés inséparables de la disette , lorsque tous les liens de Tordre politique étoient relâchés, lorsque Tautorité sans force rencontroit des résistances , non^seulement dans les provinces , mais dans les municipalités , et jusque dans les plus petits villages ; lorsque enfin toutes les passions populaires étoient exaltées, et que le moindre retard dans Tapprovisionnement dWe grande ville pouvoit entraîner les scènes les plus tragiques. Je reviendrai sur ce sujet, en racontant les événemens de Tannée 1789.

Les circonstances relatives à Touverture des états-généraux sont trop connues pour que je m'arrête à lei discuter, et tnon opinion auroît peu d'intérêt sur une question historique de cette importance. D'ailleurs , je Tavoue , j'aurois presque honte aujourd'hui de répondre aux attaques qui ont été dirigées à cet égard contre M. Necker.

Deux religions politiques divisent le mon- ' de : les uns persistent à ne voir dans la i^évolution Françoise qu'une révolte qu'il eût été facile de réprimer par la force; pourrois-je espérer de convaincre ceux dont les indestructibles préjugés résistent à Tévidence des faits ? D'autres , et ce sont

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tous les hommes qui ont suivi les progrès de leur siècle , saveut que rien n arrête la marche toute-puissante de l'esprit humain ; seroit-il nécessaire de justifier à leurs yeux la convocation des états-généraux? Respect pour la morale , déférence pour l'opinion^ yoilà ce qui faisoit la force dp M. Necker 5 .voilà par quels secrets il avpit relevé le crédit de l'état ^ et l'on ose setonner qu'un tel ministre n'ait p^s conseillé ^ Louis xvi de trahir sa promesse , et de repousser les vœux légitimes de la Fmuce !

Dès les preaiière^ coiifér,enQ€|S que M. Necker avoit eues avec 1^ rçi ,.il.lui avoit déclaré qu'il ne pourvoit lui être ijtile que dans la li^ne de l'opinion publique ejt de la liberté , inafs que 3^ ^'^ intentions du roi étoient de nature à exi^r la vp]|Q^té despotique d'un Richelieu , il le sppplijç^it de choisir un ^.ixtre niinistre..l/puis ^cytavoit approuvé ce langage, et ^on^uido^tj^ justice de dire .que jamais^ du naoins dans jses çQtretiens avec M. Neqkw , il^n'admit comme possible de rétra^cl^r ;la CQuyçcation des étftt5-généraux-

La réunion de ces assemblées patiçnales tombées eu désuétude depuis près de deux siècles 5 présQutoit nécessairement plusieurs questions délicates à résoudre j mais la pl\is

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