‹ Notice sur M. NeckerChapitre 4 sur 12 · XXX NOTICE · texte numérisé non relu

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aussi distinguée : Oui^ répondoit-elle , je me rattache; et larrogance aristocratique de cette expression paroissoit étrange , dans un pays républicain où mademoiselle Cur^ chod avoit acquis, par son mérite , Testiffie et Tafifection générale.

Pendant que madame de V**^ avoit été absenté' de Paris^ la fortune et la considéra-^ tion de M. lïeckér s etoient accrues, et il devenoit nïanifeste que ses talens Tappe^ loient à une destinée brillante. Kambition ^ réveillant dans le cœur de madame de V**^ une affection qui nétoit qu^ssoupie, elle revint en France, persuadée qu^ellereprendroit sans peine son empire sur un homme qui lavoit aimée. Mais elle se trompDÎt ; plus lame de M. Neckerétoit sensible, plus elle étoit fière et délicate^ et après un pï^emier refus , il lui étoit devenu impossible d accepter un sentiment qui ne lui paroissoit pas étranger à tout autrè intérêt que celui du sentiment même.

M. Necker ne pût voir mademoiselle Curchod sans être frappé de sa beauté , et sans admiter en elle une âme élevée et un esprit distingué j cetoit d'ailleurs une séduction bien puissante, que l'idée d'embellir le sort de la femme qu il ëhoisissoit , de lui assurer une existence plus digne d'elle^ et

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d'offrir toutes less jouis^oces de . la fortune à une personne qui eu^toit entièreiBesiit dénuée; MademoiseUe, Gurchod partagea l^ieutôt lesepticnênt dé M, Neeker^^. accepta sa mam«,(Ge mariageacausa à madaime de V**;^ une peiée trèsrviTe , dont la trace ne s'effaça jamais enlijèrenàent de son coeur; mais l'on doit dire à. sa louange , comme à celle de madame Necker ^ que leur relation n'en fut point altérée. .

Ce fut en 1764 qu'eut lieu le mariage de M^ Necker. . Depuis cette époque jusqu'à la mort' de sa femme ^ trente aii^nëes se sont iéeoulées pendant lesquelles ces ^deux cponx -orit vécu dans l'union la plus Tertueuse et la plus passîoiinée dont l'histoire 5 et je dirois presque -les ouvrages de fiction, puissent offrit le imodèle^.

C'est une consolation bien rare pour un homme d'état, que de trouvw dans la conipagne de sa vie un être capable de s'associer à toutes ses pensées, d'adoucir toutes ses peines ^ de partager toutes ses . émotions- Cette consolation , M. Necker Ta méritée par une délicatesse de sentimens sans égale. Pendant trente ans , il n'a pas cessé un instant d'être occupé du bonheur de sa femme : il a constamment étudié ses vœux secrets , ses désirs les plus fugitifs ;

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et y en les satisfaisant , il a toujours eu soin de donner à ses actions lappareïice de sDrt propre vœu. Ainsi, sans avoir naturellement Içs mêmes goûts qu'elle , sans aimer, comineelle , exclusivement la conversation des gens de lettres, jamais il na troublé, jamais il n'a altéré un moment ses jouissances, en laissant voir qu'il ne partageoit pas avec le même intérêt , le genre de distraction qui lui étoit le plus agréable. Avec le besoin de lui tout confier, il lui a toujours caché les circonstances qui pouvoient lui causer de l'inquiétude ou de la tristesse.

Jamais il ne lui a fait répandre une larme j et il a dit souvent , que sa conduite envers sa femme étoit la seule portion de sa vie qui ne lui laissât aucun regret, ni dans le cœur, ni dans l'esprit.

Lorsque M. Necker se maria , j'ai lieu de croire que son désir étoit de quitter Je commerce, après y avoir consacré encore un petit nombre d'années , et de se livrer ensuite uniquement à l'étude des lettres et aux plaisirs de la vie sociale ; mais l'influence de sa femme changea la direction de ses pensées. Il y a des hommes qui ont besoin qu'on leur donne le secret de leurs propres forces j et de grands talens sont peut-être restés enfouis , faute d'une im-

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pulsion qui les rëvélàt à ceux mêmes qui les ayoient reçus de la nature. Madame Necker crut voir que des occupations littéraires ne suffiroient point au boctheur de son mari , que de grands travaux politiques pouyoient seuls occuper toutes ses facultés 5 et que les jouissances de la gloire étoient nécessaires à un homme qui mettoit si peu de prix à celles de la fortune.

Dès lors toutes ses pensées se dirigèrent vers ce but , et guidée soit par le désir de faire connoître son époux, soit par une louable ambition qui lattiroit elle-naême vers tous les genres de supériorité , et surtout de supériorité intellectuelle , elle s'occupa de réunir autour d^elle ces écrivains , ces philosophes qui ne disposoient point du pouvoir, qui , parfois même le combattoient , mais dont les jugemens servoient de guide k Fopinion du public.

La maison de njiadame Necker devint bientôt le centre de tout ce que la France littéraire offroit de plus brillant. Les bornes de cette notice m'interdisent de faire le tableau de cette réunion de gens illustres , dont la Correspondance de Grimm , les Mélanges de madame Necker , et tous les Mémoires du temps peuvent donner l'idée.

Il me suffira de rappeler ici les noms des

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hommes les plus distingues qui dchmposoient sa sociélë habituelle : Buffon, Thomas, Saint-Lambert, Suard, Marmontel^ Sàurin, Duclos, Diderot, d'Alembert, Rulhière , Laharpe , Guibert , Grimm , Meïster, Fabbé Raytial , labbé Arnaud, -Fabbé Delille, l'abbé Morellet , le maréchal de Beauvau, le marquisde Chastellux, leduc d'Ayeu, M. Dubucq, le comte de Creutifc ^ le marquis de Caraccioli , labbé Galiani , s'attiroient mutuellement dans une maison ou se trouYoient rassemblées la plupart des richesses intellectuelles du dix-htiitième siècle. Mais on se tromperoit fort si Fon croyoit que la couTersation de ees^ hommes supérieurs fût un plaisir sans mélanjgë ; bien loin de là , il falloir en acheter la jouissance par un travail continuel, par une teiisteti desprit non interrompue. Que d^àmourspropres à ménager ! que de Jirétèntions de tout genre à concilier ! Une lecture étoft une affaire d*état qu'il falloit préparer de loirgue main , et où une distraction de la pdrf des auditeurs, une critique trop franche, un applaudissement trop peu redoublé, suffisoient pour faire naître des haines implacables. Madame Necker sappliquoit sans relâche à cette espèce d administration littéraire et sociale j tous les instans de sa \îe

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ëtoient emplis par quelque occupation ; son attention se portoit sur tous les détails. tJn jour qu elle avoit égaré les tablettes oii elle écrivoit tous les matins la destination de chacune de ses heures , M. Necker les retrouva, et y lut en riant ces mots : Relouer plus fort M. Thomas sur le chant de la JFrance^ dans son poème de Pierre-le- Grand. Madame Necker a dit d'elle-même :

J'emploie trop exactement mon loisir, pour pouvoir en jouir à mon aise.

Je possède une 'collection nombreuse de lettres adressées à mes parens par les hommes les plus marquans du dix -huitième siècle , depuis la fin du règne de Louis xv jusqu'à la révolution. Ma mère avoit eu un instant Tidée d'en imprimer le recueil , Uifeiis elle y a renoncé , et \e dois y renoncer comme elle. J'aurois trouvé sans doute une vive satisfaction à rendre* publics les éloges prodigués à Tadmiriistration et aux écrits de M. Necker, par des juges émineris dont l'autorité ne pourroit être contestée ; mais plusieurs motifs m'ont retenu. D^une part je doute qu'il soit permis d'imprimer, sans y avoir été formellement autorisé , les lettres des personnes mêmes dont le nom appartient déjà à l'histoire ; €;t d'ailleurs j'ai eu de la répugnance à mettre au jour tout ce

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