Dondey a écrit en note
u Cette pièce et la suivante, sur la demande de feu de Branges, un de mes camarades de la comptabilité, furent communiquées en 1841 ou 1842, pour être mises en musique, à M. E. Norblin, violoncelliste de l'Opéra. Résultat nul. Le virtuose
charme de la dévotion dans le cœur tout neuf d'un premier communiant. Il s'excuse de ce retour aux illusions de la première adolescence; mais si le son des cloches a ému le vieux Faust, comment ces souvenirs, encore si voisins, pourraient-ils ne pas toucher sa jeunesse?
Mon midi n'est-il pas tout près de mon matin?
Il avait alors vingt-huit ans. Mais au moment où il essaye de retrouver l'impression de sa piété d'au-
eut l'air d'essayer pour la première, mais, quant à la seconde, il la déclara tout d'abord antimusicale. » Voici cette seconde pièce, intitulée : Bons conseils :
Émules de Don Juan, seigneurs et cavaliers, Dont l'âme aux voluptés sans remords s'évertue, Du commandeur de marbre entendez la statue De son pas large et lourd monter les escaliers.
Disciples du vieux Faust, écoliers, bacheliers, Qui penchez sur maint tome une face abattue, Dans les doctes bazars où la lettre vous tue, Entendez Méphisto rire au creux des piliers.
Émules de Don Juan, à votre dernier jour, k Contre le commandeur voulez-vous la victoire
Disciples du vieux Faust, à l'heure expiatoire, Voulez-vous repousser Méphisto sans retour?
Glorifiez la Muse et soyez de sa cour ; Venez parfois rêver près de son oratoire. Et ne prenez jamais le ton blasphématoire Envers la Liberté, 16 Génie et l'Amour!
NOTJCK. 51
trefois, son imagination s'élance plus loin ; elle s'envole, au delà de son passé, vers le passé de l'humanité :
Thébaïdes, couvents, cléricales retraites,
Silencieux reclus, pâles anachorètes,
Hommes et monuments de zèle et de salut,
Chairs et granits toujours vainqueurs de Belzébut,
Virginales maisons,, voûtes contemplatives,
Clos, vallons de moutiers aux chastes perspectives,
Épouses de l'Agneau, mystères et candeurs,
Sanctuaires de grâce, humilités, grandeurs,
Qui de l'immonde aspect de nos terrestres fanges
Consolez le regard de la reine des anges :
Ah! c'est vous seuls, retraits et cœurs d'élection,
C'est vous seuls qui pourriez dans la création,
Avec intelligence et sympathie entendre
Le récit simple et grand, humble et fier, grave et tendre,
De ce que je donnai, de ce que je reçus,
En fait de saint amour, au banquet de Jésus1!
Cette pureté est maintenant bien loin de lui, et il n'en retrouve plus rien dans son cœur. 11 avoue même, et on est surpris par cette chute, que s'il se plaît à développer ces souvenirs, c'est parce que cette piété si tendre n'était que l'essai d'une autre tendresse : en voyant de quelle ardeur il embrassait son dieu, celle qu'il aime aujourd'hui sera touchée et comprendra ce qu'il a en lui de puissance d'aimer.
Tout cela est bien voisin, par l'esprit comme par le temps, de Volupté- de Sainte-Beuve (183/|).
Il s'abandonne cependant peu à pea à la mémoire des événements et des émoiions de cette sainte journée, et il s'enivre insensiblement de ces pensées jusqu'à se reprocher de s'être laissé gagner depuis à l'esprit d'examen et de doute. Puis, tout à coup, il se reprend :
Jeune homme, en es-tu là?
et il termine par l'acte de foi, non plus de l'enfant, mais de l'homme :
Allons, relève-toi de cette lâcheté; Arrache de ton luth cette corde amollie.
Pour ta soif d'idéal et de divinité 'N'as-tu pas le Grand Tout dans son infinité? Et s'il faut un olympe, un ciel à la manie,
Il en est un qu'admet l'austère Vérité :
C'est celui des grands dieux nommés Vertu, Génie,
Art, Gloire, Honneur, Amour, Justice et Liberté!
Le cahier se termine par une imitation de la ballade de Lènorc, de Bïtrger, qui a été, dit une note, ébauchée en 1820, puis reprise et complétée douze ou quinze ans après; mais cela ne peut se citer par morceaux.
Une Mosaïque, composée de fragments intitulés, « Fragment indien, Fragment égyptien, etc. », est la partie de ces poésies qui me touche le moins : ce ne sont guère que des études et des reflets. On y remarque un n Fragment cabalistique d'après Cyrano », c'est-à-dire d'après une tirade de la première scène du Pédant joué1.
La Mosaïque se termine par ce distique sans titre :
Que, trouvant clos pour moi les sentiers des sommets, Je tombe esclave, soit. Officieux, jamais!
Quelquefois, très-rarement, Dondey a pris son thème en dehors de lui, dans l'histoire du présent ou du passé. Les Sonnets contiennent plusieurs morceaux de ce genre, comme celui qui est intitulé : Lamartine, députe des Chambres de Louis-Philippe. Plusieurs se rapportent aux grands souvenirs de la Révolution : celui-là condamne Marat avec dégoût; celui-ci honore les girondins. Il y en a deux sur Danton ; j'en vais citer un :
Danton, quel nom! quel bruit! quel retentissement! Il vous emplit le cœur de tocsin, de tonnerre;
1. Il suffit, pour faire reconnaître la tirade, de citer ce dernier vers :
Si j'ordonne, si je défends, c'est en Destin!
On pense ouïr gronder un écho du cratère...
Un grand bois néméen... quel plein rugissement!
Hélas! fut-il toujours lion? L'affreux moment De septembre, qui vit le lion populaire Se transformer en tigre à force de colère, Ne l'a-t-il pas vu, lui, tigre pareillement?
Doit-on le condamner? — Ciel! pourrait-on l'absoudre? — « La Patrie en danger » voulait des coups de foudre; Courbez donc un Titan sous le niveau commun! —
Pourtant l'Ame du sage, incertaine et troublée. Dans l'histoire, à côté du colossal tribun, Voit Némésis trop nue et Thémis trop voilée.
Enfin le sonnet, Les Triumvirs, pourrait être intitulé : « Mon dernier mot » .
Terrible trinité : le maigre Robespierre
Entre le beau Saint-Just et l'infirme Couthon;
Trois hommes? non, trois sphinx, de fer, d'airain, de pierre,
Dévorant léopards, lions, même Danton!
0 problème! allier à la grandeur austère De vertus qu'envieraient l'un et l'autre Caton Un fanatisme noir qui fait trembler la terre, Et qu'au fond de l'Érèbe applaudit Alecton!
Mais ne tolérons pas que de la bourgeoisie
L'hypocrite sagesse informe et sentencie
Contre ces hauts Nemrods, ces chasseurs de Tarquins.
Cela ne sied qu'aux fils de la démocratie : Arrière donc, arrière, ô bourgeois publicains! A nous seuls de juger ces grands républicains!
Une Èlcgie épique célèbre le retour de Sainte- Hélène. L'auteur s'y livre avec la même complaisance que Victor Hugo, ou plutôt que la France elle-même, à cette gloire néfaste, tandis qu'il garde pour Louis-Philippe toutes ses sévérités et ses mépris. C'est à la même date qu'un autre poëte écrivait, sous l'inspiration des mêmes sentiments, ces très-beaux vers :
De quoi t'avisais-tu, toi qui pris pour devise
La paix partout, la paix toujours, De réveiller ce nom, qui, si bas qu'on le dise, Fait frémir les drapeaux et gronder les tambours ? 1
1. Ces vers sont d'au esprit des plus distingués et à peu près inconnu, M. Antoine Roullion, né en 1800, mort en 1873. Il est l'auteur d'un livre anonyme qui a pour titre : Dialcgue romain. La promesse du Consulat, Paris, H. Fournier. 1837.
C'est un tableau politique et moral de la Rome de Claude, sous le règne d'Agrippine, tableau très-soigneusement étudié, trop soigneusement peut-être, avec une curiosité qui finit par fatiguer l'attention , mais où il y a toujours beaucoup de pénétration et de finesse, et; par endroits, une imagihation grande et forte. J'en ai quelquefois cité des pages dans mes levons; mais tant qu'a vécu l'écrivain, il ne m'était pas permis de trahir son anonyme.
Cependant YÈlègie épique est suivie d'une Élégie . héroïque en l'honneur du prince de Joinville, qui ramenait les restes de Napoléon. On craignait que les Anglais, qui nous l'avaient rendu, ne se repentissent de leur présent; car il semblait que la guerre fût près d'éclater entre la France et l'Angleterre, au sujet des affaires d'Orient. La flotte anglaise pouvait arrêter le vaisseau qui rapportait le corps de l'empereur. On disait qu'à cette menace le prince avait déclaré qu'il se ferait sauter plutôt que de se laisser prendre. Dondey touché chanta le jeune capitaine de vaisseau, tout en continuant d'accabler le roi :
Que partout on oppose, avec rire et colère, Le fier honneur du fils à la honte du père.
Et plus loin :
Si bien que je surprends mon cœur républicain En admiration pour le fils de Tarquin.
Ceux qui voudraient protester contre ce dernier mot peuvent s'en dispenser : le poëte Ta fait luimême. Sous l'Empire, il a mis au bas de son poëme cette note en vers :
Sainte Vierge! appeler Tarquin ce bon Philippe I Faut-il qu'à cet excès la rime s'émancipe? lit puis que signifie (oh! quel remords plus tard!) L'anathème aux Tarquins lorsqu'on chante César?
Une troisième élégie, Élégie artistique, inspirée par la Nuit de Michel-Ange, est pleine d'une colère de poëte. La grandeur poétique et artistique de l'Italie du xvr siècle y est opposée au prosaïsme mesquin de l'époque dont Lamartine disait : La France s'ennuie. Il y avait jadis les chefs-d'œuvre, les tournois, les faits d'armes. Aujourd'hui,
Chaque antichambre auguste est pleine de bélîtres Rivalisant de croix, de crachats et de titres;
aujourd'hui,
Nombre de bas coquins Mènent entre deux eaux des tournois de requins.
Ce sont à peu près toutes les pièces où Dondey regarde au dehors : en général, sa poésie n'exprime que lui-même, et lui-même, c'est toujours l'amour, à deux ou trois pièces près, où l'amour s'effaçant un moment, il ne reste que le sentiment désolant de je ne sais quelle difficulté d'être. Nous l'avons déjà trouvé dans Feu et Flamme et dans la pièce imprimée, Une fièvre de l'époque; nous le retrouvons dans ces deux sonnets :