‹ Notice sur Philothée O'Neddy [pseud.]Chapitre 3 sur 10 · Don Carlos, iv · texte numérisé non relu

Don Carlos, iv

a La douce harmonie qui dort dans la lyre appartientelle à celui qui Ta achetée, et qui la possède tout sourd qu'il est? Il a acheté le droit de la mettre en pièces, mais non point Tart d'en tirer des sons divins, etc. »

On regrette seulement que dans la Nuit huitième (p. 80), il appuie sur cette situation avec des détails qui ne manquent pas seulement de pureté, mais de charme.

Quelques-uns de ses vers semblent exprimer l'amour heureux ; d'autres traduisent l'emportement de la passion mal satisfaite, la fougue des sens trompés, le tourment de désirs qu'il ne prétend apaiser que par l'amour :

Oh! J9 voudrais pouvoir m'aventurer dans l'ombre De mon passé *...

Cette note sombre est celle qui dans l'impression générale reste dominante. Comme poëte au moins, s'il se complaît dans des rêves de feu, ce ne sont que des rêves ; il tourne môme volontiers la volupté

i. Jonc ferai que renvoyer à ce fragment, qui se termine sur ces trois vers :

L'hymne de folle extase et de volupté sombre Que le rêve éternel de tes charmes sans nombre Fait chanter aux flot» de mon sang I

en cauchemar ; de sorte que l'amour semble n*être qu'un des chemins par où il arrive à la souffrance et au désespoir :

UIcus enim vivescit et inveterascit alendo^

Aussi bien il y va par tous les chemins. En pleine jeunesse» il ne fait pas le triste ; il est triste. Il Test de tout ce qui fait obstacle à sa passion ; il l'est peut-élre avant tout, sans le savoir, de la santé qui lui manque, sous cet air de force :

Tout le jour je suis pâle et je baisse un œil terne : En vain devant son Dfeu ma mère se prosterne, • Pour conjurer les maux qui me rendent vieillard.

Il Test du travail sans attrait auquel il est condamné :

Pleure : il faut te résoudre à languir dans les villes. Adieu l'enthousiasme : en des travaux serviles On t'ensevelira comme en un froid linceul.

Ahl pleure, mais tout bas, de peur que l'ironie.

1. Lucrèce, iv, 1065. — Des fureteurs à la façon de Sainte- Beuve pourront chercher çà et là, dans les vers du poète, rhistoire détaillée de sa passion ; mais je ne veux pas m*abandonner à cette curiosité. Je renvoie seulement au portrait qui fait la dernière strophe du fragment cinquième.

18 iNOTlCE.

De misère et d'orgueil n'accuse Ion génie, El point d^amis encore! il te faut pleurer seul.

En effet, il n'avait pas de confident ; il ne voulait pas en avoir. Enfin la poésie à son tour lui échappe : il sent «qu'il y a quelque chose là », mais il croit sentir aussi que ce qu'il a en lui ne peut aboutir; que son génie est comme entravé et ne vient pas à bout de prendre son vol. Il adore une Trinité, dit-il, « Liberté, Gloire, Amour », et ces trois dieux lui sont sourds également; pas un ne Ta mis au nombre de ses élus (Nuit dixième). 11 lui reste le suicide: heureusement ce n'a encore été là pour lui qu^un rêve de plus, qui du reste lui a inspiré quelquesuns de ses meilleurs vers :

Fils de la solitude, écoute!

Si le malheur, sbire cruel,

Sans cesse apparaît dans ta route.

iPour t^offrir un lâche duel ;

Si ta maladive pensée

Ne voit, dans l'avenir lancée,

Qu'un horizon tendu de noir ;

Si, consumé d'un amour sombre^

Ton sang réclame en vain dans l'dmbre

Le philtre endormeur de l'espoir;

Si ton mal secret et farouche De tes frères n'est pas compris;

Si tu n'aperçois sur lear bouche Que le sourire du mépris; Et si pour assoupir ton âme, Pour lui verser un doux cinname, Le destin, geôlier rigoureux, Ne Ca pas, dans ton insomnie, Jeté la lyre du génie, Hochet des grands cœurs malheureux :

Va, que la mort soit ton refuge !

 Texemple du Rédempteur, ,

Ose à la fois être le juge, La victime et l'exécuteur.

Qu'importe si des fanatiques Interdisent les saints portiques  ton cadavre abandonné?] Qu'importe, si de mille outrages Par l'éloquence des faux sages Ton nom vulgaire est couronné?

Soud la tombe muette, oh 1 comme on dort tranquille, etc.

Il y a encore ici un ou deux mots qui portent la marque d^une certaine mode*, mais^ à ces motfi près, ce sont là, si je ne me trompe, des vers classiijues, qui pourraient soutenir, à toutes les époques, le voisinage de ce qu'il y a de mieux écrit.

Ce trait sur le Rcckmpteur, où la Passion devient simplement un suicide, le plus grand des suicides, doit paraître une étrange profanation à un vrai

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chrétien; mais il tient à un mysticisme de cette |

époque, qui travaillait sur la foi chrétienne à peu près comme le néoplatonisme alexandrin, au iv* siècle, faisait sur la philosophie hellénique.

Il n'est pas chrétien, il a rompu avec la vieille foi :

Il disait : Oh ! pourquoi le culte de ma mère N'est-il que jonglerie, imposture, chimère?

H s'en plaint donc, et dit qu'il voudrait l'être ; mais cette plainte n'est pas le lieu commun par lequel celui qui souffre soupire après les consolations de la foi.

Il voudrait l'être pour croire au diable, afin de se donner à lui et d'assouvir à la fois tous ses rêves : |

C'est là que je saurais, fort d'un génie étrange, Dan^ la création d'un bonheur sans mélange, Être plus artiste que Dieu!

Et dans cet emportement encore, il est sérieux et sincère ; c'est bien le jeune homme qui étant enfant fouillait avec une curiosité avide les secrets du Petit Albert.

Le vers par lequel j'ai terminé une citation : Sous la tombe muette, oh I comme on dort tranquille

n'est que le début d'une tirade que je ne transcrirai pas, parce qu'elle étonne, le goût, mais qui néanmoins est sentie. Au moment où celui qui parlait ainsi est mort après avoir tant souffert, physiquement et moralement, et où on l'a rendu à la terre, ces vers revenaient d'eux-mônïes à la pensée d'un poëte son ami.

Feu et Flamme n'a donc rien de vulgaire ; mais cette poésie, jetée à travers tant de bruits, s'y perdit sans être entendue. Outre la difficulté qu'il y. a toujours à faire lire même les plus beaux vers, Dondey était de ces esprits enfermés dans leur pensée, qui vont droit devant eux sans savoir si on les suit. Non pas qu'ils soient insouciants de la forme, bien au contraire; mais la forme qu'ils cherchent est celle dans laquelle ils ont plaisir eux-mêmes à contempler leur idée, non celle qui peut le mieux la dégager pour les autres et la leur rendre attrayante. Nous avons vu Dondey reconnaître que certaines excentricités peuvent être visibles ; il l'avouait en généra], mais ce sentiment du risible, il ne l'avait pas toujours dans le détail. Il écrivait hardiment :

AJon (ils, me dit sa voix pompeuse et fatuaire...

Il adressait sans hésiter à sa maîtresse des vers comme ceux-ci :

Hélas! autour de toi, ma jolie émeraude, Mon sens intuitif nuit et jour veille et rôde.

Ch. Âsselineau ayant écrit que dans ces bizarreries O^Neddy singeait et outrait les allures des chefs de son groupe, ce reproche fut très-sensible à Dondey. Il ne reconnaissait pas ces chefs, et prétendait bien avoir toujours vécu avec eux « comme

se sentant en pleine république ». li n'était pas

de ceux qui se bornent à écouter; il parlait, et parlait très-bien; il avait, comme il dit encore, « le verbe passablement péremptoire d. Il se défend surtout d'avoir jamais copié personne : « Il a la présomption de croire que dans ce 93 de notre révolution littéraire, sa carmagnole était bien à lui. )) Je suis persuadé pour mon compte qu'en effet il n'a point fait de vers d'après celui-ci ou celui-là (si ce n'est pourtant d'après Victor Hugo, comme tout le monde), mais il se trompait s'il croyait n'avoir pas subi l'influence générale de l'école.

Il avait envoyé son livre aux maîtres : parmi les réponses qu'il a reçues, il avait conservé celles de Chateaubriand et de Béranger. Je donnerai celle de Chateaubriand, parce qu'elle est courte et qu'elle a ce tour fier et superbe, cette démarche de grand

seigneur (dans les lettres comme dans le monde) qui met son style si à part de tous :

« Je youdraiS) monsieur, n'avoir lu que votre lettre, bien que vous m'y donniez des éloges que je ne crois nullement mérités; elle est pleine d'esprit, de noblesse et de verve; mais, monsieur, j'ai le malheur et la faiblesse d'être chrétien ; je ne suis point frappé de la grandeur de cette Babel que vous célébrez. J'ai dit la vérité à la puissance; j'ose la dire au talent en m'adressant à vous. Ne profanez point les dons que vous avez reçus de la nature; conservez votre génie ardent et passionné sans en altérer les acceots; il sera plus original quand il voudra moins l'être. Laissez le jargon gaulois à ceux qui sont obligés de cacher leur pauvreté sous les vieilles casaques de nos pères : ce déguisement pourrait empêcher la gloire de vous reconnaître.

« Recevez, monsieur, à la fois, mes excuses et mes remerclments les plus sincères. Pardonnez-moi, JQ vous prie, ma religion, mes cheveux gris et ma franchise. Celle-ci est de la Bretagne, ma patrie ; les autres sont du temps. René a pris des années, et il prêche ses enfants. Paris, 12 novembre 4833. »

Je ne vois pas que la manière de Dondey eût rien, au 3ens où Tentend Ghateaubriaad , de gaulois; mais la phrase : u Ce déguisement pourrait empêcher la gloire de vous reconnaître », est bien heureusement trouvée. On n*en imagine pas de plus

flatteuse, et elle faisait passer un reproche trèsfranc et môme très-vif, car le mot de jargon y est. Le (( génie ardent et passionné » à qui s*adressait la leçon était averti et excité tout ensemble par une telle parole tombant de si haut ^

La lettre de Déranger est moins brillante, mais elle est excellente ; elle lui fait beaucoup d*honneur« et elle en fait aussi à Dondey, par le soin et la conscience avec laquelle il s'applique à le préserver des excès qui pourraient compromettre son talent, en rassurant sur le ton. le plus sincère a qu'on ne prend pas cette peine avec ceux qui ne font pas espérer beaucoup »,

Après Feu et Flamme, Dondey n'a plus fait de livre : il a seulement écrit dans les journaux quelques pages de prose, savoir des romans-feuilletons et des feuilletons de théâtre.

Pour les vers, ce qu'il a imprimé se réduit à quatre sonnets insérés dans des journaux littéraires

en 1839 et 1841 ; plus une pièce d'environ deux cents vers, intitulée: Une Fièvre de r époque, qui fut publiée en 1841 dans le Voleur. Il a aussi placé

1 . A la fin de la lettre, comme ce les autres, qui compread « sft religion », est dégagé!

environ deux cent cinquante vers dans ses romans^ Parmi ces vers, qui n'ont reçu qu'une publicité si incomplète, je choisirai d'une part un sonnet, de l'autre quelques fragments de Ja pièce : Une Fièvre de Pèpoque, parce qu'ils contiennent l'expression douloureuse d'un sentiment dont il a porté le poids toute sa vie,^la conscience d'un talent qui ne peut se faire reconnaître.

Voici le sonnet :

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