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sauvages. Il connaissait tous leurs défauts, leur penchant au vol, leur méfiance, leurs caprices, leurs attaques subites et perfides ; il avait été un jour des dix français qui, avertis par un cri soudain d’une attaque de ces gens, s'étaient lancés, avec Poutrincourt, presque nus, à la rencontre de plus de trois cents d’entre eux, et les avaient mis en fuite; son jugement sur eux est même plus sévère que celui que suggèrent ses récits; et pourtant il se livrait souvent à eux avec une confiance audacieuse. C’est presque avec leur aide seule qu'il visite le pays entrc la rivière de Pentagouet et celle de Kinikebi. Il revint en France en 1607. Dans ce aps de temps avait eu lieu l’expédition de Poutrincourt et de son fils Biencourt qu'accompagna Lescarbot : au rapport de celui-ci, le soin avec lequel les armateurs rochelais Georges et Maquin avaient approvisionné leur navire et le bon vin de la Rochelle furent le meilleur préservatif du scorbut.
Champlain retrouva en France Demons toujours fidèle à ses projets, mais aux prises avec deux genres de difficultés, les réclamations des commerçants auxquels son privilége interdisait le commerce des pelleteries et les prétentions des jésuites, auxiliaires danslesquels il craignait de trouver des maîtres. Champlain essaya en vain de les concilier, et d'assurer par là à Demons les secours pécuniaires que M"° de Guercheville donnait à ces religieux. Il réussit mieux à persuader à Demons que c'était sur les bords du Saint-Laurent qu’il devait fonder un établissement. Dès son premier voyage il avait remarqué un endroit situé à cent trente lieues marines de l'embouchure dù fleuve, où celui-ci se rétrécissait, et que pour cette raison les indigènes appelaient Québec (1); il le jugeait plus favorable à son dessein que Tadoussac situé trente lieues plus bas, et qui était alors le principal point commercial, et il était résolu de’ bâtir un fort sur la rive septentrionale. L'expérience a montré
(4) Les sauvages donnaient à cet endr. ît le nom de Québec ou Quélibec, qui dans les langues algonquine ct abenaquine signifie rétrécissement. parceque le fleuve s'y rétrécit jusqu’à n'avoir plus qu'un mille de large, au lieu qu'immédiatement au-dessous de l'île d'Oréans c’est-à-dire à dix lieues au-dessous il a encore quatre ou cinq lieues. (Charlevoir, Fastes chronologiques, année 1608.)
que Champlain avait bien choisi et Québec est resté la capitale du Canada, Il partit de France le 13 avril 1608, cette fois comme lieutenant de Demons, et le 3 juillet il commença les constructions de son magasin pour les vivres. Le 4°° octobre il faisait semer du blé, le 24 planter des vignes. Il voulait assurer à sa colonie le moyen de vivre au moins sans le secours éloigné de la métropole ; mais les compagnies secondaient peu, craignaient peut-être cette sorte d'indépendance.
Elles étaient elles-mêmes fortement attaquées au nom du bien public par tous les commerçants qui n’en faisaient pas partie, et Demons vit sa commission supprimée. Champlain signale fort bien les inconvénients de cette instabilité : de la sorte, dit-il, qui plus y aura mis, plus y aura perdu; et il pense que ceux-mêmes qui réclament, travaillent moins à leur bien qu'à leur ruine ; cependant nul n’a mieux vu et mieux montré les mauvais effets du privilége, qui, en sacrifiant aux intérêts des compagnies tout à la fois ceux des sauvages et ceux des colons, prépare la double hostilité de ces divers habitants du pays. « L'on empêche, dit-il ailleurs, les auires vaisseaux de « venir traiter avec eux, encore que l’on leur fit le meilleur trai- « tement qu'il fût possible, et ainsi sommes-nous aimés d'eux en « récompense du bien que nous leur faisons... l’on n’a noint « d’ennemis plus grands que ces sauvages... Ge n'était le « moyen de donner de l'affection d'aller peupler un pays qui « ne peut jouir du bénéfice du pays à sa volonté : au moins « leur devaient-ils faire valoir les castors à un prix raison- « nable. » Mais quand le privilége a-t-il eu cette générosité prudente ? Demons essaya de poursuivre son entreprise sous le régime du droit commun. La commission du roi lui assurait du moins des terres et l'autorité. Ils en avaient besoin, lui et ses lieutenants. Une conspiration se forma contre Champlain, parmi les travailleurs même qu’il employait : il fut obligé d’en faire pendre un, précisément un homme qu'il avait sauvé, tout percé de flèches des sauvages, dans l'attaque dont j'ai parlé contre les gens de Poutrincourt.
Le dessein de Champlain paraît avoir été de fonder sa colonie en groupant les sauvages autour d’un petit noyau d’Européens,
et en les gagnant par ses bienfaits et par les lumières du christianisme. La misère où l'hiver plonge ces peuples lui fournit une première occasion de se les attacher en les nourrissant. Soit qu’il comptât sur leur reconnaissance, soit qu’il n’en crût que son audace, il reprit dès le retour du printemps ses investigations. Le 18 mai 1609, il visita les bords du fleuve au dessus de Québec. Il rencontra dans ses courses des sauvages Algonquins et Ochateguins, qui, depuis son séjour auprès d'eux, espéraient trouver en lui un appui contre leurs ennemis mortels, les Iroquois. Il le leur promit ; sur leur demande, il fit tirer devant eux des mousquets et des arquebuses, qui les étonnèrent et les effrayèrent; double bénéfice. Il les mena à Québec, où il avait prié Pont-Gravé de le rejoindre pour donner une meilleure idée de ses forces, et repartit le 1° juin pour aller assister les sauvages. Il parcourut avec eux les bords des trois rivières, traversa le Saint-Laurent au lac Saint-Pierre et remonta la rivière des Iroquois, appelée depuis rivière Richelieu et rivière Sorel. Les sauts de cette rivière se trouvant infranchissables aux chaloupes, les compagnons européens de Champlain n’osèrent le suivre ; deux d’entre eux seulement se déclarèrent prêts à l'accompagner. Avec ces deux hommes, il n’hésita pas à se faire l’allié des sauvages et à les conduire au combat. Ils rencontrèrent les Iroquois le 29 juin à dix heures du soir, passèrent la nuit en présence et engagèrent le combat le lendemain au lever du soleil. Champlain encouragea ses alliés en leur racontant un songe où ils voyaient , lui un effet de l'imagination, eux un présage assuré; il plaça ses deux compagnons aux ailes, à l'abri des coups; mais lui-même marcha en tête, à découvert, chargea son arquebuse de quatre balles et du premier coup abattit deux des chefs Iroquois. Ce coup jeta l’épouvante parmi les Iroquois surpris et livra la victoire à leurs adversaires, Cette affaire avait eu lieu près d'un lac, auquel Champlain donna son nom qu’il a conservé, Il fut alors témoin des cruautés des sauvages envers leurs prisonniers et leur fit des remontrances impuissantes qui ne troublèrent pourtant pas l’amitié naissante, il reçut même d'eux en présent une tête d'Iroquois avec une paire de leurs armes. Il partit
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pour la France en septembre 1609 et la quitta de nouveau le mars 4610. Etant tombé malade, il se fit remettre à terre, mais il reprit sa route le 8 avril.
Il retrouva les Algonquins en guerre avec les Iroquois et leur porta de nouveaux secours. Ses alliés indisciplinés lui obéirent mal, le laissèrent même sans guide avec quatre européens, retardés qu'ils étaient par le poids de leurs armures, par un sol marécageux où ils enfonçaient dans l’eau jusqu'aux genoux, par le tourment inaccoutumé des mousquites (sic); puis renvoyèrent en toute hâte l’un des leurs le chercher pour arrêter leur défaite commencée. Champlain dès qu'il eut rejoint ses sauvages, les ramena à l'attaque des barricades faites avec de gros arbres entassés qui couvraient leurs ennemis. Il y fut blessé d’une flèche qui lui traversa l'oreille et lui entra dans le cou ; la pointe était une pierre bien aiguë : tout autre était l'effet des balles, aussi terrifiait-il les Iroquois ; ils résistaient cependant ; admirable courage après tout, opposé à de tels engins ; mais des français étaient à quelque distance, occupés à la traite des pelleteries. Attirés par le bruit des arquebuses, aninés par l'odeur de la poudre, ils prirent parti pour Champlain et achevèrent la défaite de ses ennemis. Du reste, politesse pour politesse ; Champlain arrêta ses sauvages dans leur attaque, pour que les nouveaux venus trouvassent encore quelques flèches à recevoir, quelques balles à placer, et eussent leur part du plaisir. Les sauvages se donnèrent, eux, celui d’écorcher les têtes de leurs ennemis ; on n’avait pas encore appris le-mot sca/per. Touchant enseignement mutuel ! Cham-
* plain sauva pourtant un prisonnier Iroquois de la mort et des
tourments hideux qui devaient l’amener. Les vainqueurs le lui donnèrent. Ce prisonnier s’échappa. Champlain emmena au contraire en France avec lui un jeune Huron, tandis qu’il laissait parmi les Hurons un jeune français déjà acclimaté au Canada et désireux de bien connaître ces peuples.
En 1611, Champlain ramena de France le sauvage qu’il y avait emmené et l'échangea, à vrai dire, contre le français qui était à peu près resté en Ôtage. Ce fut cependant un nouveau titre à leur confiance, Les développements de la colonie étaient