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singulièrement lents, et il compte comme un progrès d’avoir fait planter deux jardins à Québec. Il passa les beaux jours à parcourir le pays avec les Huïons, vivant de leur vie, partageant leurs dangers, bien plus grands pour lui, C’est ainsi qu’il passa avec eux, le premier des Européens, croit-il, après le garçon qu’il leur avait confié, l’un de ces terribles sauts du Canada, où les canots sont souvent renversés, et où les sauvages se fient à leur habileté de nageurs. Or Champlain ne savait pas nager. Il revint encore en France à l'été et débarqua à la Rochelle le 11 août.
Il repartit de Honfleur en mars 1613 , et arrivé à Québec le 7 mai, il reprit ses découvertes. Une circonstance nouvelle venait d'en accroître le champ et d'aviver son ardeur. Ce n’était pas encore pour elle-même qu’on étudiait l'Amérique ; on lui demandait encore un passage, par le nord, plus prompt et plus facile, vers les Indes et vers la Chine. (G'avait été une des pensées de Champlain ; or un de ses compagnons qu'il avait laissé passer un hiver chez les sauvages, Nicolas de Vignau, venait de lui assurer qu'il avait vu la mer au nord du Canada ; qu'un vaisseau anglais s'était perdu sur cette côte et que son équipage avait été massacré par les sauvages ; qu’enfin il ne fallait que dix-sept jours de marche pour aller du saut Saint- Louis à cette mer. Ces assertions coïncidaient avec les bruits répandus, mais mal éclaircis, dans un temps où les relations de peuple à peuple étaient lentes et confuses, des investigations des Anglais au nord du Labrador et des découvertes d'Hudson. A la prière de Champlain, George, marchand de la Rochelle, avait ramené Nicolas en France ; Nicolas confirma ses assertions et en donna même une déclaration par devant deux notaires de la ville. Sur ces affirmations répétées, Champlain partit le lundi 27 mai de l’île Sainte-Hélène, accompagné seulement de quatre français et d’un sauvage, ce qui était accepter de grandes fatigues personnelles dans un voyage où il fallait tout porter, vivres, armes, vêtements et jusqu'à ses canots quand on quittait la rivière. C’est ainsi qu'ils longèrent pendant deux lieues le saut Saint-Louis ; puis ils continuèrent de remonter, rencontrant des lacs de plus en plus nombreux, de
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plus en plus vastes, passant les sauts si fréquents, tantôt à force de rames et d’habileté, tantôt en les longeant par terre ; alors quelquefois l'épaisseur des bois rendait le passage difficile, impossible le transport des canots, il fallait les tirer par une corde pour leur faire remonter l’eau. Dans une de ces rencontres, Champlain entraîné par le sien, qui traversait un des bouillons, faillit périr. Heureusement il tomba entre deux rochers; mais la corde enroulée autour de sa main la lui coupait, lorsqu'un remous de l’eau lui renvoya le canot et le dégagea. Il rencontra alors quinze canots de sauvages ; il fit amitié avec eux et en reçut un nouveau guide, avec lequel il se dirigea vers le nord, toujours en remontant les rivières. C’est alors qu’il rencontra le saut des Ghaudières, le plus beau qu'il eût encore vu et qui forme une arcade sous laquelle on peut passer à pied sec. L'insuffisance de nourriture jointe à ces fatigues épuisait Champlain et les siens ; en outre, il commençait à se méfier de Nicolas, dont les avis sur la marche à suivre n'étaient jamais confirmés par les sauvages, lorsqu’enfin il . arriva à un chef sauvage, Nibachis, qui, s’émerveillant de le voir arrivé par des chemins si difficiles, l'admira, le reçut bien et le conduisit à huit lieues plus loin, à un autre chef, Tessouat. C'était auprès de ce chef que Nicolas de Vignaud avait passé l'hiver pendant lequel il prétendait avoir trouvé un chemin vers la mer du nord. Tessouat combattit le projet de Champlain, le déclara impraticable et convainquit Nicolas de mensonge. Celui-ci avait inventé tous ses récits pour se donner de l'importance et fut contraint de l'avouer. Champlain eut peine à le sauver de la colère des sauvages. Il ne lui restait plus qu'à nouer le plus qu'il pouvait amitié avec eux et à revenir, Pendant son voyage de retour, l'un des sauvages qui l'accompagnaient rêva que les ennemis l’attaquaient; il s'enfuit en jetant des cris de terreur, les siens le suivirent et entraînèrent même quelques français : Champlain éveillé vit ces gens en fuite, sans apercevoir aucun danger, On s’expliqua, et tout se passa en risée et en moquerie : symptôme caractéristique cependant des périls constants de cette vie. Champlain revint encore en France et débarqua à Saint-Malo le 26 août.
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Ces fréquentes traversées n'étaient pas motivées seulement par l'impossibilité de poursuivre les découvertes pendant l'hiver. Quelque peu de secours que Champlain reçüt des compagnies de commerce, il dépendait d’elles ; or, indifférentes à la colonisation, occupées seulement de la traite des pelleteries, elles étaient à chaque campagne prêtes à se dissoudre. IL espérait trouver plus d'appui dans les princes. Il s'était fait donner successivement le titre de lieutenant par le comte de Soissons et par le prince de Condé, etils’efforçait de former sous les auspices de ces grands seigneurs des compagnies plus solides et dont les intérêts constants secondassent ses vues. Des marchands de Saint-Malo, de Rouen et de la Rochelle s’entendaient alors pour en former une ; mais les Rochelais se trouvèrent en retard, et on se passa d'eux. De là un grand procès qui ne se termina jamais, mais aussi d’autres inconvénients. Pleins de respect pour les priviléges qui leur étaient avantageux, les Rochelais en avaient beaucoup moins pour ceux qui leur étaient nuisibles, et pendant qu’on plaidait ils allaient chercher des pelleteries sur des navires bien armés. Il y eût eu raison de se saisir des Rochelais, dit Champlain, mais ils se fussent bien battus. Ajoutez que les peuples leur étaient favorables, tout monopole se payant aux dépens des producteurs.
Quoiqu'il en soit, Champlain partit de nouveau de Honfleur le 2h avril 1615, et arriva à Tadoussac le 25 mai. Cettefois ilemmenaitavec luiquatre religieux récollets. Il remonta de suite jusqu’à Québec et bientôt jusqu'au Saut, lieu de son rendez-vous avec les sauvages, qui l'attendaient avec impatience comme un important auxiliaire contre les Iroquois : ce qui était pour lui le moyen, était pour eux le but. En attendant, laissant le Saint- Laurent pour remonter les afluents qui lui viennent du nord, il parcourut le pays des grands lacs ; il observa le pays et les mœurs des différentes tribus des Algonquins et des Hurons, en découvrit plusieurs qui lui étaient inconnues, les Nipisierini, les Cheveux-relevés, les Entouhonorons, etc. Il arriva le 17 août à Cahiagué, le principal village des sauvages ; leurs préparatifs de guerre n’étaient pas encore achevés, et on ne se mit en marche pour aller chercher les Iroquois que le 1° septembre.
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En marche on pêchait et on chassait : par maladresse ou par accident, un sauvage fut blessé d’un coup d’arquebuse, ce qui faillit armer les indigènes contre les européens, mais des présents, la composition, apaisèrent le blessé et les siens. La guerre commençait par la capture de prisonniers isolés, entre autres des femmes, que les vainqueurs traitaient avec leur cruauté accoutumée, malgré les observations de Champlain, chef impuissant, mal obéi même en matière de guerre. Le 10 octobre une grande rencontre eut lieu ; l'attaque se fit contre ses ordres. Du reste les chefs indigènes n'obtenaient pas plus d'obéissance. La discipline manquait complètement à ces armées sauvages, inférieures en cela aux Iroquois, leurs ennemis. Il en résulta que Champlain fut obligé de payer davantage de sa personne ; aussi fut-il blessé de deux coups de flèche à la jambe et au genou, et ne put-il porter ses guerriers à rien faire de décisif : ils remettaient, attendant cinq cents nouveaux auxiliaires qui ne vinrent point et ils se décidèrent à la retraite le 17 octobre. Ils emportaient les blessés à dos d'hommes, les mettant dans des paniers, liés et comme emmaillotés ; Champlain qui dut subir quelques jours ce mode de transport le regarde comme un véritable supplice. La retraite se fit du moins en assez bon ordre pour décourager les ennemis de toute poursuite,
Champlain avait besoin pour rejoindre Québec des canots des sauvages; ils les lui avaient promis; mais personne ne voulut donner le sien; enfin on en trouva quatre, mais personne pour les conduire ; quatre hommes s'oflrirent pourtant, mais alors les propriétaires des canots les réclamèrent. Champlain s’aperçut qu’on voulait le garder comme aide et comme conseil et il se résigna à passer l'hiver avec eux. Un des chefs, Darontal le reçut dans sa cabane. Il vécut de leur vie, il prit part à leurs chasses ; mais ils ne chassaient que pour atteindre une proie ; Champlain, obéissant à des instincts de voyageur, poursuivait des objets de curiosité. La poursuite d'un gros oiseau inconnu pour lui, au corps jaune, aux ailes bleues, à la tête rouge, l’attira assez loin dans les bois pour lui faire perdre de vue ses compagnons. Il voulut retourner, il ne les trouva pas ; la nuit
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le surprit et il la passa au pied d’un arbre. Le lendemain, il erra encore jusqu'à trois heures du soir, arriva auprès d'un étang, y tua quelques oiseaux qu'il fit cuire et y passa la nuit, Trois jours de suite, il erra ainsi, vivant de sa chasse, ne sachant plus où se diriger, n'espérant qu’en Dieu. Il n'avait plus que huit ou dix charges de poudre. I prit alors la résolution de suivre un ruisseau qui devait le conduire et le conduisit à une rivière, qu'il reconnut , qu'il remonta et il retrouva ses compagnons, inquiets eux-mêmes, occupés à le chercher, et déjà décidés à ne plus retourner vers les Fra‘ais, qui sans doute les accuseraient de sa mort,
Le récit de cet épisode dans Champlair: a gardé l'accent de cette fermeté résignée qui le soutint äans l’action : il donne une haute idée de sa force et de sa résolution ; mais il n’émeut pas comme des scènes moins réelles et moins vraies nous émeuvent dans des romans ; rien ne montre mieux que l'imagination à besoin d'être avertie et sollicitée.
Du 4 au 23 décembre, Champlain erra avec les sauvages à travers les neiges et sur les glacés, portant des fardeaux moindres que les leurs, mais en portant aussi. Revenu le 23 janvier au village de Darontal, il le quitta le 14 janvier avec Yroquet, chef Algonquin. Il employa ainsi l'hiver à étudier la vie intérieure des sauvages, que l'été et la guerre ne lui avaient qu'imparfaitement laissé voir. Il nourrissait le dessein de les gagner à la civilisation et au christianisme ; d’en faire le corps d'une nation. où un petit groupe d'Européens eût apporté une vie nouvelle. Un certain enthousiasme romanesque s’entrevoit derrière les détails si positifs auxquels il se complaît. La beauté poétique paraît en effet étrangère à ses descriptions ; elles ont une exactitude de procès-verbal : il ne peint pas les arbres, mais il en nomme, il en compte les essences : il compte les cours d’eau, les rivières, les ruisseaux, les étangs : il dit où vient l'herbe et où il n’en vient pas ; où l'herbe seule peut venir et où elle peut faire place à la culture. Ce n’est jamais un tableau, la couleur manque ; c’est un modèle de topographie. Ses courses s’étendirent assez loin, car descendant au midi du lac Huron, la mer douce, comme il l'appelle, il y remarqua
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