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éntre autres tribus, la nation neutre, peuple énergique qui maintenait sa libre neutralité entre les Iroquois et leurs adversaires. I se trouvait menacé par ces explosions subites des haines violentes qu'amène le moindre incident chez les peuples sauvages. Son intention était toujours de se diriger vers le nord et d'y atteindre la mer, mais la leur était de garder parmi eux le précieux auxiliaire qui avait et savait employer les armes à feu. Il essaya de calmer ces fougueuses passions qui le gènaient, d’être l'arbitre des différends, d'effacer des rivalités séculaires, œuvre surhumaine, à coup sûr, et qu'on peut lui reprocher d'avoir crue possible : mais sans cette tournure d'imagination qui le trompa, Champlain nous serait-il connu aujourd'hui, et ne faut-il pas viser à l'impossible pour faire tout ce qu'on peut ?
Après avoir passé près d’une année chez ces peuplades, après avoir bien observé leur pays, leurs besoins, leurs ressources, leurs mœurs, le 20 mai 1616, Champlain reprit la route des établissements français et revit, après quarante jours de marche, le saut Saint-Louis ; douze jours après, Québec. Il recevait à son tour son hôte Darontal, qu'il aimait moins pour les soins qu'il en avait reçus que pour l'admiration qu'il montrait de la façon de vivre des Français, que pour l'espérance qu'il concevait de faire de lui l'instrument de la civilisation des sauvages.
Avant de partir pour la France, Champlain fit couper du blé qu'il avait fait semer autour de Québec, pour emporter avec lui ce témoin de la fertilité de la terre. Il quitta Québec le 20 juillet et débarqua à Honfleur, le 10 septembre.
Ici comme partout ailleurs, j'ai suivi Ghamplain pas à pas. Mais a-t-il tout dit ? Selon le père Charlevoix, il s'enfuit secrétement de chez ses dangereux alliés, avec l’aide de quelques amis qu'il s'était faits parmi eux, et revint avec un récollet, le père Joseph, à Québec où tout le monde les croyait morts. Il expiait ainsi une double faute ; une condescendance trop grande, poussée jusqu’à rejoindre les sauvages qui n'avaient pas daigné l’attendre, lui avait Ôté le respect de ces peuples enclins à ne reconnaître la dignité qu’à la morgue, la force
qu'à ses abus ; un goût trop vif pour les aventures lui avait fait
: perdre un temps qu'il eût mieux employé en restant à Québec à pour consolider son établissement. On lui à reproché aussi L d'avoir en prenant parti contre les Iroquois, attiré contre la le jeune colsnie une haine qui devait lui être funeste. Tous ces | ni reproches sont fondés en fait, mais pour les apprécier il faut | s songer aux moyens dont disposait Champlain. Les grands ai seigneurs, vice-rois de la Nouvelle-France, dont il était le |
és lieutenant, ne lui donnaient guère que l'autorisation de faire ce qu'il pourrait ; les négociants qui lui fournissaient de
D l'argent, lui en fournissaient le moins possible, regardant ‘a comme perdu tout ce qui ne produisait pas un bénéfice immédiat, se souciant peu de la colonisation, et même la ” redoutant dès qu’elle tendait à devenir indépendante d'eux : il ne pouvait donc rien que par les sauvages, et comment eût-il # pu les gagner «ns servir en quelque chose leurs passions ? | rs . FREE 1e A Lui-même |; rtant semble s'être fait ce reproche et s'être ls corrigé de l'excès de sa hardiesse : ici en eflet finit avec la |
ll première partie de ses voyages la partie la plus originale de sa vie : les vingt années qui suivent vont nous montrer en lui un
à fonctionnaire bien plus correct.
ice i à Les Champlain, en arrivant en France, trouva en prison le prince de Condé, de qui il tenait ses pouvoirs; il n'avait plus de titre légal à tout risquer pour servir son pays. Le maréchal de Thémines, | blé â ; ï , RE POP | qui parmi les dépouilles du prince détenu s'était fait donner la (| ts vice-royauté de la Nouvelle-France, n'y voyait que l'avantage | de vendre le privilége du commerce des pelleteries , et il prétendait le vendre cinquante pour cent plus cher que ne l'avait 6 vendu Condé. Pour lui servir de prétexte, il lui fallait un lieu- | He tenant, et autant valait Champlain qu'un autre ; il prit Cham- | plain ; mais les marchands avaient peur que, s'ils payaient
ll Thémines, la cabale opposée venant à ressaisir le pouvoir ne les fit payer une seconde fois; ils auraient mieux aimé
he d’ailleurs ne rien payer du tout, et demandaient qu'il n'y eût
Le de commission ni pour le vice-roi, ni pour son lieutenant. e Pendant qu'ils plaidaient, Champlain retourna à Québec, et fit, Î rce
comme il le dit, le voyage de 1617, où il ne se passa rien.
De retour en France en 1618, il trouva les associés encore en procès : en vain leur représentait-il que si on ne prenait possession du C?nada, en y envoyant des hommes pour le défricher et le défendre, on mettrait tout en péril; ils lui représentaient, eux, qu'ils mettraient leur argent en grand péril s'ils le donnaient à qui que ce fût au milieu d’une pareille instabilité ; et on ajournait et on plaidait. Enfin, en janvier 1619, les associés dressèrent un état des personnes qu'ils devaient envoyer au Canada, et des choses qu’ils leur fourniraient. Il y avait quatre-vingts personnes ; on leur promettait quarante mousquets et quatre arquebuses : quant à l’état du lieutenant du vice-roi, qu’on en juge par un seul article : on lui garantit, entre autres objets de luxe pour sa table, trentesix assiettes d’étain et autant d’écuelles. N'y avait-il pas de quoi tenter l'ambition ? Ce n’est pas là toutefois ce qui déplaît à Champlain; mais c'est qu'il y eût parmi les associés des gens de la religion prétendue réformée ; puis il y avait souvent matière à procès avec les Rochelais ; or ce n'était pas chose agréable à suivre qu'un procès à La Rochelle. Qu'on en juge : « Et ne pouvait-on avoir aucune raison ni justice en l’enclos de « leur ville : car quand on allait pour faire quelque exploit de « justice, le maire disait : je crois ne vous faire pas peu de « faveur et de courtoisie, en vous cons: nt de ne faire point « de bruit et de vous retirer au plus tôt. Que si le peuple sçait « que veniez en ce lieu pour exécuter les commandements « de Messieurs du Conseil, vous courez fortune d'être noyés « dans le port de la Chaisne, à quoy je ne pourrais remédier. » ; Il est vrai que, par compensation, on pouvait avoir affaire avec | les Basques, qui puisaient dans leur voisinage de l'Espagne la
\ mèêrne confiance que les Rochelais dans leurs murailles et dans f les marais qui les environnaient ?
| Champlain trouvait pourtant des adversaires aussi fâcheux - et plus directs dans la compagnie privilégiée, dont le siége était à Rouen. Elle voulait bien le laisser faire ses découvertes, mais elle voulait qu'à l'habitation même tout pouvoir appartint à son facteur. Et Champlain, les lettres du roi à la main,
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suivant le Conseil du roi de Paris à Tours, obtenait arrêt confirmatif de ses droits. Cependant la vice-royauté passait de Thémines à Condé, de Gondé à Montmorency ; mais Champlain restait le lieutenant inamovible du vice-roi, quel qu’il fût. Tout cela ne faisait qu'accroître son désir de revoir les sauvages et le Canada. Il partit sans attendre même que ses dernières lett-” : du roi lui fussent expédiées. Elles sont datées du 7 mai 4620, et en mai 1620 il naviguait déjà sur le Saint-Laurent.
Cette fois, il partait avec la pensée d’un long séjour, car il emmenait avec lui sa famille. Il ne nous la fait pas connaître. Nous savons seulement que sa femme était la sœur d’un de ses compagnons au Canada, Boullé. Lescarbot parle d’un Boullet, capitaine du régiment de Pontrineourt; peut-être était-ce le même ?
‘ Bier: des sujets de contrariété attendaient Champlain au Canada ; négligée en son absence , l'habitation était désolée et ruinée ; les négociants auxquels était interdit le commerce des pelleteries ne l’en faisaient pas moins, Bretons, Basques, Rochelais, Rochelais surtout, prêts, lorsqu'on les surprenait , à combattre ou à fuir, selon l'état de leurs forces ; ce qui menaçait de devenir pire, c'est que dans leur besoin de gagner les sauvages, ils leur donnaient en paiement de leurs pelleteries, aes armes à feu, avec poudre, plomb et mèches : les négociants de la Compagnie, de leur côté, s’occupaient beaucoup plus de réprimer les tentatives de leurs concurrents, et d'assurer leur monopole, que de favoriser la colonisation : ils niaient ou méconnaissaient l'autorité de Champlain; ils l'approvisionnaient irrégulièrement et mal ; lui refusaient également des munitions et des hommes. Les hommes même qu'ils lui donnaient le secondaient mal : il lui eût fallu des gens prêts, comme lui, à tous les travaux, alternativement soldats et laboureurs; il cherchait dans la culture dusol son indépendance de la compagnie ; mais ceux auxquels il donnait des terres ne les labouraient pas, et il fut obligé de renvoyer en Europe plusieurs :amilles qui pendant deux ans n'avaient fait que se donner du bon temps et s'enivrer avec ceux qui leur en donnaient le moyen. Outre les inconvénients de cette paresse, ces fainéants lui