‹ Notice sur Samuel Champlain [microforme]Chapitre 6 sur 10 · BAL · texte numérisé non relu

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créaient dés dificultés avec les sauvages. Imprudents et violents quelques-uns périrent dans des rixes. Champlain poursuivait en vain les meurtriers. Les chefs sauvages répondaient amicalement, mais en alléguant leur impuissance vraie ou supposée. Pouvait-on d'ailleurs compter sur cette amitié? I] essayait de la maintenir, tout en montrant de justes exigences ; il essayait de cimenter une paix solide entre ses amis et les Iroquois, et par suite de faire cesser le mauvais vouloir de ceux-ci contre la colonie; c'était là un rêve auquel il ne pouvait renoncer. Cependant les sauvages alliés de la France eux-mêmes ne vivaient pas toujours bien entre eux : ils formèrent même contre la colonie un complot qui ne fut prévenu que par la révélation d’un des leurs. Enfin un nouveau danger se montrait ; des navires espagnols venaient tenter la traite des pelleteries jusque dans ces pays que la France s'arrogeait, en vertu d’un droit de découvertc, que les indigènes auraient en vérité toute raison de rejeter, mais que les Européens reconnaissent entre eux.

Champlain usa plus de quatre années à lutter contre ces difficultés, se maintenant, avançant son fort mieux que ses défrichements, préparant ainsi, s'il ne la fondait pas encore, la colonie. Les Jésuites le secondaient par leur zèle, s’en allant hardiment un à un vivre avec les sauvages pour apprendre leur langue et les convertir au christianisme. Le 15 août 1624, il repassa en France avec sa famille, pour laquelle il paraît avoir redouté bien moins les dangers que les privations causées pr la négligence de la Compagnie. Il laissait à celui qui commandait en son absence l'habitation entourée de 26 toises de murailles de 14 pieds de haut, avec cinquante et une personnes, tant hommes que femmes, garçons et enfants. C'était à peine l'ébauche d'un fort, ce n’était même pas celle d’un village. Les commerçants rivaux continuaient cependant à se fatiguer en procès interminables. Lassé, le duc de Montmorency céda sa charge de vice-roi de la Nouvelle-France au duc de Ventadour, qui, par lettres du 15 février 1625, confirma à Champlain le titre de son lieutenant, en lui donnant à lui-même pour lieutenant son beau-frère Boullé. Dans son achat de cs titre de

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vice-roi, le noble duc était mû surtout par sa piété; il n'en recommandait pas moins à son lieutenant de soigneusement rechercher et reconnaître, faire fouiller, tirer, purger et affiner toutes sortes de mines d’or, d'argent, cuivre et autres métaux, ce qui a fait écrire par une main contemporaine cette note en marge de mon exemplaire : « Point d’or, point de piété » ni de religion, et cependant chacun se couvre de ce manteau. »

Champlain s'embarqua de nouveau à Dieppe, le 15 avril 1626, sur le vaisseau /a Catherine, du port de 250 tonneaux. Son équipage était encore composé en partie de matelots du culte réformé auxquels on voulait interdire, lorsqu'ils furent une fois dans le fleuve Saint-Laurent, le chant des psaumes et les prières en commun. Ils cédèrent sur le premier point, tinrent bon pour le second. « D'une mauvaise dette, l'on en tire ce que l'on peut, » dit Champlain. Plus tard, il trouvera plus justement mauvais que le ch°f anglais victorieux ne veuille permettre que les catholiques prient Dieu publiquement.

Il trouva la colonie souffrant du manque de vivres, le logement peu avancé; il n’y avait que vingt-quatre hommes en état de travailler. Pourtant il en détacha quelques-uns, et fit construire dans les prairies du cap Tourmente, un petit fort et une étable, pour loger et nourrir des bestiaux. On était dans un tel dénuement qu'une des barques s'étant brisée dans une de ses visites à ce petit établissement, il n’avait pas de quoi la raccommoder.

Cependant il était sur le point d’être entraîné par les sauvages amis dans une guerre avec les Iroquois ; il résistait, mais il avait à se plaindre de ses alliés eux-mêmes ; des meurtres étaient commis par eux et restaient impunis. Champlain allait bien les trouver, avec son ancienne audace, bien qu’il ne restât plus longtemps parmi eux ; il leur parlait avec fermeté; mais il ne pouvait pas rompre avec eux, il ne pouvait que se faire honneur d'une patience forcée. Il se consolait de tant de déboires en voyant les Jésuites opérer quelques conversions, surtout parmi les malades, mais elles duraient rarement jusqu’à la mort du converti : guéri ou mourant, celui-ci revenait à ses erreurs.

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