‹ Notices biographiques du GardChapitre 17 sur 68 · NOTICES 15I0GRAPHIQUES · texte numérisé non relu

NOTICES 15I0GRAPHIQUES

norablcs sympathies. Il fut toujours le premier à ouvrir sa bourse aux journalistes malheureux, aux patriotes persécutés, aux nationalités opprimées. Magalon signait en 1847 1^^ pétition en faveur de la réforme électorale, réforme qui, à ses yeux, comportait des limites, car, il le disait souvent : « on ne doit voter que si on sait lire et écrire. »

Pendant plusieurs années Tancien journaliste lit partie du Conseil municipal^ où il apportait une exactitude parfaite et où il savait faire prévaloir les avis les plus sages et les plus utiles au pays.

Le choix de Tadministration supérieure tomba sur lui pour les fonctions d'administrateur à la commission des hospices de la ville de Bagnols. Magalon, demandant toujours des améliorations, a rempli pendant plus de dix ans ce mandat gratuit. Mais la fonction dans laquelle il semblait le plus à Taise, c'est celle de membre du bureau d'administration du Collège. Là, le lauréat de iSoq, le contemporain ou l'ami de tant d'élèves distingués* ou déjà célèbres, aimait à s'occuper avec bienveillance de ses jeunes successeurs, qu'il ne manquait jamais de venir couronner aux jours de distribution des prix.

Les années tempéraient son ardeur juvénile ; mais il restait le même homme. Aussi en 1848 fut-il désigné comme maire de Bagnols. La haute fonction de magistrat était plus lourde à sa santé délabrée qu'elle ne l'était à la verdeur de son patriotisme. Magalon fut homme de conciliation et d'indulgence, il déposa son écharpe et se retira après avoir administré la ville pendant six mois.

Nous l'avons connu depuis i835 cet homme de bien et cet ami tout à la fois bon et sévère, que l'on trouvait toujours affectueux et serviable, malgré certaines formes de bourru bienfaisant. Avec quelle modestie touchante ne parlait-il pas de ses anciens succès ! avec quelle simplicité sa nature délicate et légèrement sensuelle ne s'accomodait-ellc pas d'une vie calme et retirée.

MA GALON yy

Il traduisait en vers français les Odes d'Horace et ce poète de prédilection le charmait par sa douce philosophie i^i ,

Une maladie longue et cruelle vint dompter ce fier athlète des idées progressistes : il lutta pendant huit ans contre ses infirmités. Une cécité complète semblait devoir l'assombrir ; mais entouré de soins incessants, objet des plus tendres sollicitudes, il put dans l'affaiblissement graduel de sa constitution, répondre jusqu'au bout, avec une douceur résignée à la pieuse affection de sa famille et de ses amis. Il mourut le i*^'" juin 18(37.

Magalon rappelait Rivarol par la tournure de son esprit railleur, et par son insouciance native des choses de la vie : c'est lui qui disait de Bagnols avec quelque amertume :

« Ici comme dans toutes les petites villes de province il n'y a qu'une émulation, un vœu, un but. Ce n'est pas d'être savant, ce n'est pas d'être considéré, et bien moins encore d'être aimable, c'est d'être riche : qui dit riche, dit tout...

c( Ici on a d'insipides loisirs dont on ne sait comment user. Les eaux du tieuve de la vie y coulent avec pesanteur : nul événement ne marque les journées, tout s'embarrasse, tout se mêle : on entreprend avec mollesse, on exécute avec tiédeur, on sème sur un sol inculte des graines qu'on a mal choisies, et la conséquence est de recueillir des fruits sans suc et sans saveur...

« Il y a bien, d'espace en espace, quelques esprits plus remuants qui tendent à monter et à croître, mais dégrossis seulement à moitié, et encore un peu couverts de rouille, ils sont comme les vieilles épées qui, rarement tirées du fourreau, percent et blessent sans briller (2). »

Ce tableau de Bagnols, que nous avons beaucoup écourté,

(1) Magalon a laissé un manuscrit précieux que possède aujourd'hui la Bibliothèque-Musée ; ce sont ses Poésies. L'épigraphe porte une partie d'un vers de Virgile : Meminisse Juvabit. Ces pièces fugitives ont été composées depuis 181 4 jusqu'à 1850.

(2) Album pittoresque du Gard, p. 29.

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est loin d'être liatteur, même pour Tépoque où il a été tracé, — 1842, — Le critique aurait pu envisager sous un autre aspect le calme salutaire de la vie des petites villes, où il n'est défendu à personne de savoir se suffire à soi-même, par des travaux préférés, dans les moments qu'il appelle des loisirs insipides.

Si le journaliste de i83o vivait actuellement au milieu de nous, aurait-il lieu d'être rassuré sur ses compatriotes ? les jeunes gens surtout donnent-ils à leurs loisirs un meilleur emploi ? ont-ils déserté les cafés ? boivent-ils , fument-ils moins ? hélas ! non, même on les entend soutenir que cette existence mollement tramée sans profit pour eux, ni pour le public est exemplaire... grand bien leur fasse !

NOTES

(A, p. (j9). — Dans la prison, son ami Barginet, de Grenol)!o, lui écrit pour l'assurer qu'il accélère ses démarches en sa faveur. Il raconte que MM. Jay et Jouy (auteurs de VErmite en province) vont pul)lier un ouvi'age intitulé : Consolations de Sainte-Pélagie, a Votre affaire, dit-il, y est racontée avec soin. Je n'ai pas besoin de vous dire que la plume de Jouy peut produire quelque chose de parfait. J'ai fourni sur vous une note biographique... vous êtes le sujet de la o-ravure. Vous devez sentir que cet ouvrage fera du ])ruit et qu'on ne pourra résister à cette accumulation de plaintes. »

Barginet finit ses jours k Lyon, où il dirigeait encore, en 1835, le Journal du Commerce.

(B, p. 73). — Dès 1833, Magalon s'était lié d'amitié avec M. Victor Duruy, alors ao'régé de l'Université et professeur au Collège royal de Reims. 11 le revit à Paris lorsqu'il devint professeur d'histoire des enfants du roi. L'on a trouvé dans la volumineuse correspondance du journaliste des lettres fort intéressantes : celui qui est devenu plus tard ministre de l'instruction publique^ écrit la relation d'un voyage fait avec Michelet à La Rochelle, à Blois, à Tours, à Poitiers, à (Jahors, à Pau et dans les Pyrénées.

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