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bonnes mœurs, leur esprit, leurs talents, furent invitées et pressées de se charger à Bagnols de l'enseignement qu'elles avaient professé avec tant de succès. C'est à leur dévouement au bien public qu'est due la restauration de l'institution la plus complète qu'il soit possible pour les personnes de leur sexe.
« Connaissance approfondie de la religion -, — langue française par principes, histoire, géographie, tous les genres de travaux manuels pour ce qui est de la simple école; et pour le pensionnat, addition de tous les arts, de tous les talents agréables ou qui peuvent devenir utiles aux personnes dont les familles éprouveraient des revers de fortune.
« Le sous-préfet, dans sa tournée de cette année a été à portée ds se convaincre par lui-même, de toutes ces vérités et sans doute, il se rappellera l'approbation qu^il a bien voulu donner aux dames institutrices.
« Lorsque ces écoles, tout à la fois pensionnat pour les filles n'étaient tenues que par les Ursulines de Bagnols, elles recevaient de la ville une gratification annuelle de 200 francs ; mais ces religieuses avaient une maison vaste (i; et des emplacements commodes qui ne coûtaient rien -, des propriétés et un assez fort revenu, tandis que les dames Marron et Faudet qui ont encore plus de droit aux encouragements, sont obligées de supporter de très gros loyers, ne possédant absolument rien dans la commune. »
Pendant cette séance plusieurs membres parlèrent sur le même objet et l'on conclut à allouer aux dames Marron la somme annuelle de quatre ceuls francs^ à la condition « d'instruire gratuitement dix enfants du sexe, de pauvres familles de la commune, à la désignation du maire, de leur apprendre les travaux manuels et de faire chaque dimanche le catéchisme et des instructions sur la religion à ces mêmes enfants. »
Pendant toute la durée du premier Empire la maison pros-
(1) Rue du Ruisseau, au Couvent, no ti.
pcra. Le gouvernement devait avoir de la sollicitude pour les écoles qui formaient des filles et des sœurs résignées, alors que dans les prytanées et les lycées de ce temps là on enseignait le métier des armes aux jeunes recrues, appelées non sans une émotion profonde du nom de « chair à canon. »
Les générations se succédèrent et les locaux devenus insuffisants, l'école fut installée Place de Saint-Jean, à côté de l'église (i)lcs institutrices s'efforçaient à répondre à la confiance des familles : un personnel intelligent secondait à souhait les deux zélées directrices. De toute part, de l'Hérault, de \'aucluse, de TArdèche, les élèves arrivaient pour suivre les cours supérieurs; des jeunes personnes appartenant aux familles les plus distinguées se groupaient à Bagnols; tant notre ville, par ses écoles bien dirigées, avaient étendu au loin la réputation des enseignants.
A la Restauration (i8i5), des établissements destinés à l'éducation des jeunes filles s'élevèrent dans tous les centres populeux du Midi : la multiplicité des écoles éloigna nos pensionnaires et la maison des dames Marron allait se voir réduite aux seules élèves de la ville. Si nous avons la preuve de cette diminution dans le nombre de jeunes filles de l'école, nous trouvons dans une délibération du Conseil municipal, à la date du 20 décembre i(Si6, l'éclatant témoignage d'estime et de sympathie respectueuse pour les chères institutrices, sœur Marron et sœur Faudet. Ces dames obtinrent un supplément de 270 francs.
Il fut convenu qu'avec le chiffre total de 670 francs elles recevraient gratuitement 2 5 élèves auxquelles on enseignerait à lire, à écrire, les travaux manuels analogues à leur sexe, et on leur donnerait l'instruction que reçoivent les élèves payantes de la seconde classe.
Le Conseil demande en outre que les institutrices accueillent toutes les filles de la ville de quelque condition qu'elles soient
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qui se disposeraient à faire leur première communion ; et veut qu'on leur donne l'instruction que comporte cet acte religieux. Pendant trente années le pensionnat Saint-Maur accrut le nombre de ses élèves, et s'il prit encore une plus grande extension, ce fut à l'arrivée de jeunes et intelligentes sœurs lesquelles augmentèrent la somme de connaissances spéciales du personnel enseignant. Les vénérables directrices allaient bientôt se séparer ici-bas. La mort enleva la Mère Marron le 2 novembre 1S34 et le 3 novembre 1840 Madame Faudet rendit son âme à Dieu. Ces deux bienfaitrices insignes emportaient les regrets de la population entière : trois générations de mères et de filles reconnaissantes pleurèrent sur leur tombe.
Pourquoi n'ajouterions-nous pas ici qu'en 1841, le pensionnat Saint-Maur fut dirigé par Madame Bichat, religieuse d'une rare distinction (i . La nouvelle supérieure trouvant les locaux insuffisants jeta les yeux sur l'ancien couvent des Ghanoinesses de Saint-Bernard de Valsauve, rue Poulagière n° 12; là, les élèves auraient de l'espace, de l'air, du soleil, une vaste maison et une chapelle -, l'acquisition eut lieu en février i84[.
La Communauté installée continue son œuvre méritoire et de plus en plus appréciée. Madame Bichat mourut le 23 mai 1874. A la date de ce jour, depuis six ans, le Pensionnat est dirigé par Madame Sainte-Julie : c'est le nom intime que donnent encore, malgré son nouveau titre, à la digne sœur qui, arrivée depuis 1827, est chérie et vénérée par toutes les personnes qui la connaissent.
Les soins assidus et les travaux persévérants du groupe d'institutrices dont nous avons parlé à propos de Madame Marron n'ont point été infructueux : de nombreuses familles où se trouvent des mères chrétiennes et des filles pieuses, instruites, distinguées, le témoignent suffisamment. Parmi les
(I) La sœur Bichat était coiisiae germaine du célèbre médecin de ce nom, mort à Paris en 1802.
élèves des Dames Marron nous citons avec quelque licrté des jeunes bagnolaises qui leur font honneur :
Dans i ordre de Saint-AIaur,
Madame Alexandrine Lacroix, supérieure à Toulon ;
— Joséphine Baille, — à Nîmes ;
— Sophie Barque, — à la Canourgue
(Lozère) ; A la Msitation^ sœur Joséphine Vernet, supérieure à Avignon ; A la Trappe^ — Pauline Degan, révérende mère de Bon-
neval (Aveyron) ; Aux Missions étrangères^ Élisa Bousquet, à Singapour (Inde);
— — Fanny Baldy, à Ping-Ling (Chine) \
— — Marie Borelly, à Yokohama (Japon).
Les familles Boyer et Lignon-Roux comptent les derniers parents survivants à la sœur Marron.