MARTIN ;JEAN-BAPTISTE
CURK
A'é à Bagnols le 3 août i jS'j Mort à Bagiiols le i5 août 1842
jpNVERS certains hommes d'élite, le ciel est parfois prodigue des faveurs refusées à tant de personnalités banales, médiocres, incomplètes. Ses privilégiés, qu'ils sortent des rangs obscurs des travailleurs, ou qu'ils appartiennent à la classe opulente et parfois titrée, semblent ne former, tous, qu'une même famille. Selon nous, ces privilégiés seraient ceux qui, l'esprit subtil et ouvert, regardent et qui voient ; ceux qui, prudents et discrets, parlent après réflexion -, ceux qui savent être toujours dignes, aimables et affectueux sans calcul intéressé.
L'abbé Martin dont nous allons raconter la vie, était du nombre de ces derniers. Issu d'une famille d'honnêtes artisans, il avait su développer si bien ses qualités innées qu'en le voyant on l'aurait cru sorti d'une lignée de nobles aïeux...
Mais n'avaient-ils pas, eux aussi, leur noblesse, ces humbles travailleurs, jaloux de l'honorabilité de leur nom ?... et, recevant les bienfaits d'une éducation chrétienne n'y avait-il pas lieu d'attendre le développement du germe des qualités, des vertus natives dans le cœur des enfants de ces ouvriers selon
Dieu ! c'est ce qu'il advint à Jean-Baptiste Martin. La nature lui avait donne une haute taille, élégante et gracieuse, une phj'sionomie ouverte, fine et délicate, en un mot les allures d'un gentilhomme : il était prédestiné à tenir un jour une place distinguée dans la plus haute société de son époque.
Son père, François-Jean et sa mère Françoise Souchon, habitaient la rue du Terrail, (aujourd'hui rue général Teste, n° 4). Ils avaient cinq enfants, quelques terres, moins productives que de nos jours et le modeste établi de patinier (i), suffisaient amplement aux besoins restreints d'une famille économe et laborieuse. Tandis qu'un des fils de la maison se vouait à continuer les traditions industrielles, et que les filles s'adonnaient aux soins intérieurs du ménage, deux des jeunes garçons, Jean-Baptiste et Gabriel, commençaient leurs études chez les Joséphites.
L'on sait déjà que cette corporation de prêtres enseignants avait à Bagnols un Collège en renom. Jean-Baptiste en suivit les cours et se fit particulièrement remarquer entre tous ses condisciples. Sa piété, sa douceur et la distinction de ses manières le posèrent auprès des maîtres, toujours heureux de grouper autour d'eux l'élite de la jeunesse studieuse du pays.
Les seigneurs de ce temps là distribuaient les faveurs et les grâces : ils aidaient de leur puissante protection les sujets recommandés à eux par leurs représentants locaux, quand ils ne les connaissaient point déjà personnellement. Jean-Baptiste aspirant à la prêtrise donnait de belles espérances : sa vocation ne surprit personne à Bagnols. On résolut de l'envoyer au collège de Bellay, où il continua ses études classiques. Peu à après, à cause même des liens qui, par l'agent du seigneur, unissaient le jeune bagnolais au prince de Conty, l'abbé Martin se rendit au collège de l'Isle-Adam.
(1) Les industriels exerçant ce métier étaient autrefois plus nombreux dans notre ville ; les chaussures fourrées, fabriquées à la mécaniinie cl les sabots élégants sont venus détrôner les patins.
JEAN-BAPTISl E MARTIN gy
L'Islc-Adam, alors petite ville de l'Isle de France, est actuellement un canton de l'arrondissement de Pontoise (Seine-et- Oise'. Là, depuis i(36o, S. A.S.Armand de Bourbon châtelain du lieu (i), avait attiré l'ordre des Joséphites de Lyon et cette fondation pieuse, de la part d'un prince du sang lequel était en même temps seigneur de Bagnols, dotait en la même année, ces deux villes de son domaine. Les collèges avaient entr'eux un lien commun ; c'étaient deux anneaux de cette chaîne formée, en France, par les établissements d'instruction publique et d'apostolat.
Selon leurs règles, les missionnaires devaient être au fnoins trois attachés à une localité : dans l'Isle de France comme en Languedoc ils desservaient la paroisse, tenaient un pensionnat déjeunes garçons dont le nombre des élèves dépassait rarement le chiffre de vingt.
Lorsqu'il abandonna son beau soleil du Midi, Jean-Baptiste n'avait que vingt ans. Les documents biographiques recueillis à l'Lsle-Adam même, nous disent qu'il continua, au collège de cette ville, ses études classiques, mais que bientôt menacé d'une maladie de poitrine, il se vit forcé de venir dans son pays natal. L'air de Bagnols le rétablit entièrement. L'abbé retourna à l'Isle-Adam, il y fit ses études et il demeura peu après chargé d'une classe comme professeur de belles-lettres.
C'est à la date du 21 septembre 1783 que les registres des actes religieux sont signés par lui ; mais ce ne fut Jamais à titre de vicaire. Assurément l'abbé Martin n'était alors exclusivement voué qu'à ses fonctions de professeur.
Vers 1789 l'abbé Auzias (2), curé de l'Isle-Adam donna sa démission. La congrégation des Joséphites présente M. J. A. Martin, ecclésiastique pieux, instruit et d'une douceur prover-
(1) Les princes de Bourbon-Conty ont possédé jusqu'à la Révolution le château de risle-Adam et le château de Stroz^ situé à 5 kilom. de cette ville.
(2) Sans doute encore un nom méridional. — Ce ne serait point étonnnant, car la communauté qui desservait l'Isle-Adam, dépendant des Joséphites de Lyon, se l'ecrutait dans le Midi.
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bialc. Mgr TÉvcque de Beauvais, agréa notre compatriote et le nomma curé le 8 octobre: le 25 du môme mois, Tabbé Martin, qui avait à peine vingt-neuf ans, était installé. Ses condisciples applaudirent à cette nomination laquelle semblait moins une faveur qu'un acte de justice. C'est alors que parurent ces rimes élogieuses adressées aux prêtres établis à TIsle-Adam :
Quant au Doucet Monsieur Martin^ Nous tenons ici pour certain (2u'il sera curé de votre isle :
NommCy-Ia : bourgs l'illag^e ou ville Nous ne ferons pas de procès. Mais nous répondrons du succès (i). »
Pendant quatre ans, le vertueux curé remplit les fonctions de son saint ministère avec un zèle, un dévouement et une piété remarquables : il sut conquérir l'estime et raiVcction de tous ses paroissiens : ceux-ci lui en donnèrent maintes ibis la preuve.
Le 20 novembre 1793 l'abbé Martin cessa de signer les actes religieux dans les registres de la Paroisse : nous approchions des plus mauvais jours et le vénérable pasteur, en se séparant de son troupeau bien aimé, allait subir une rude épreuve ; mais son courage et sa résignation devaient triompher de tous les obstacles.
Au moment où les églises étaient fermées et les prêtres forcés de fuir la tourmente révolutionnaire, le curé fut dénoncé au comité de salut public par le citoyen Emmanuel Gohier, d'Armenon, juge de paix de l'Isle-Adam et l'un des administrateurs du district de Pontoise. Des ordres furent donnés pour saisir ce bon pasteur, présenté aux juges comme un criminel et les agents aveugles du pouvoir se portaient déjà autour de la maison curiale, lorsque la population
(1) Ces vers semblent écrits par un po(Mo de l'école do l'abbé Alary. — V. sa biograpliie, T. I. p. 7.
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entière accourt en foule et se prépare à délivrer le pasteur chéri. Des huées menaçantes accueillirent la maréchaussée. — « Nous défendons notre père, nous ne le laisserons pas emmener» criait de toute part lafoule s^anpathique. Letumulte était à son comble. La force armée envahit le presbytère et l'abbé Martin, afin de se dérober à ses perquisitions n'eut que le temps de se blottir dans un placard de la salle à manger, en ayant toutefois la présence d'esprit d'en enlever la clef. Les soldats parcoururent toutes les pièces du logis, pendant que leur chef courroucé stationnait dans la pièce ou s'était caché le prêtre incriminé. Il s'appu^'a même, dit-on, machinalement contre la porte du placard...
Les cris, les menaces, le tumulte, durèrent encore pendant quelques heures, cependant les gens d'armes, après des recherches infructueuses, durent se retirer. La foule, réunie pour défendre son bon curé, comme on appelait déjà l'abbé Martin, poursuivit les soldats jusqu'à Mériel. Son exaspération était menaçante et sinistre. Aux nombreux paroissiens de l'Isle- Adam s'étaient groupés des villageois, des campagnards armés de leurs instruments de travail : ensemble ils pourchassèrent vigoureusement la maréchaussée.
Délivré de la présence des perquisiteurs acharnés, l'abbé Martin sortit de sa cachette, quitta la maison curiale sous les habits d'un ouvrier maçon et alla demander une retraite hospitalière c\iQZ un ami. Le bon curé en comptait beaucoup à risle-Adam, car, dans ce pays peuplé de gens paisibles, il n'aurait pu désigner qu'un très petit nombre d'adversaires.
Malgré les dangers qui le menaçaient à toute heure, la vie du bon prêtre était active et dévouée. En prévision des graves événements auxquels on semblait s'attendre, l'abbé Martin venait de confier en des mains sûres, ses objets les plus précieux et ne conservait sur lui que le strict nécessaire. Il advint qu'une humble femme compatissante, osa mettre à la disposition de son vénéré pasteur une petite chambre dans une maison isolée. C'est là, lorsqu'il n'était pas appelé au lit
d'un malade ou dans la demeure d'un nécessiteux auquel il apportait des secours de toute nature, c'est là, disons-nous, qu'il rentrait le soir et qu'il prenait son modeste repas. Le soin de préparer sa nourriture lui était dévolu; il fallait, de la part de la personne charitable qui l'avait reçu, ne point donner l'éveil au dehors, par des achats surabondants de vivres : aussi la frugalité la plus complète était-elle de rigueur : il devint urgent de s'imposer de cruelles privations.
On parlait à cette époque de tant de malheurs inouïs, de tant de débordements et de crimes que l'imagination en restait frappée de terreur. En nous racontant les émotions de ces longues journées d'angoisses, le bon curé souriait cependant au souvenir d'un épisode de nature à dérider le front à bon droit assombri.
« Un soir, disait-il, à la nuit close, je rentrai dans ma chambrette, j'obtins du feu en battant du briquet sur la boîte à amadou et j'allais allumer la chandelle de suif, lorsque un spectacle étrange se présente à mes regards. Au foyer, à l'àtre même, j'aperçois une tète à laquelle adhérait encore une longue chevelure ; elle m'apparut sanglante, horrible ; l'allumette enflammée me tomba des mains. J'étais mourant de stupeur ! évidemment un crime avait été commis. A genoux, je prie Dieu pour la victime et pour ses bourreaux: un silence lugubre me glace d'elïroi. Mais bientôt je reprends courage, et je répète l'opération, longue alors, afin d'obtenir du feu et un mode d'éclairage... Qu'avais-je vu ? — une tête en bois, coloriée, servant à monter les perruques de l'époque... la bonne femme hospitalière, faisant feu de tout bois, avait découvert et sacrifié cette tête peinte. » Cet épisode nous égayait par son contraste avec les récits navrants de ces temps orageux ; car ils étaient rares, hélas ! les éclaircis de franche gaieté.
Cependant, l'abbé Martin chercha à mettre fin aune existence aussi pénible, aussi périlleuse, même pour ses bienfaiteurs. Entouré de gens malheureux et ne pouvant faire tout le bien que son cœur désirait, il résolut de sortir de sa retraite et de
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se constituer prisonnier. Sous ses habits de maçon, il revêt sa robe de prêtre, se fait raser les cheveux à la tonsure et se dirige sur Pontoise... là, se présentant au Procureur de la commune, il enlève sa blouse et l'on peut le reconnaître comme prêtre : peu d'instants après le ci-devant curé de l'Isle-Adam était incarcéré. Il resta en prison pendant quatorze mois, ainsi que le confirme un acte du temps.
Durant sa longue captivité, le digne pasteur montra une grande fermeté de caractère : on l'entendit un jour adresser avec mépris ces paroles à son dénonciateur : « Tu as beau faire, misérable, quand bien même tu me ferais couper la tête, je serais encore plus grand que toi ! » il faisait allusion à la différence de leur taille réciproque.
L'abbé Martin dut sortir de prison vers le commencement de l'année ij^S, puisque sa signature reparait au registre à la date du i5 avril. Nous ne pouvons préciser l'époque exacte de la réouverture de l'église de l'Isle-Adam, mais ce qu'il nous est permis d'affirmer, c'est que, depuis sa rentrée dans le presbytère, le curé ne cessa de travailler efficacement au bonheur de ses paroissiens ; qu'il releva le Collège, où il forma des élèves distingués et qu'il déploya le plus grand zèle pour réparer les désastres causés à son église complètement dévastée dans les mauvais jours de la Révolution.
Pendant toute la durée de l'Empire l'abbé Martin, bien que profondément attaché à ses opinions royalistes, se montra trèsrévérencieux pour le pouvoir ci'alors. Une grande famille, les Regnault de Saint-Jean-d'Angely (i), était à cette époque,
(1) Né à Saint-Fargeau en 1700, liegnaiill de Saiiit-Jcan-d'Angely, fils d'un sub-délégué de l'intendance l'esla, sous la Uépuhlique, incarcéré comme appartenant au parti monarchique constitutionnel. Employé plus tard à l'armée d'Italie, il se lia avec Bonaparte, contribua à la révolution du 18 brumaire, devint conseiller d'État, comte de l'Empire, procureur général de la haute-cour.
Regnault prévoyait la chute de Napoléon^ mais n'en fut pas moins fidèle à l'empereur. Sous la Restauration^ il se relira de la scène politique, et partit Pour l'Amérique d'où il revint le 10 mars, eu 181!), pour mourir peu de jours après. Il était membre de l'Institut depuis 1801,
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à cinq kilomètres de l'Isle-Adam, dans Tancienne abbaN^e du Val. La demeure des amis de Bonaparte était ouverte au vénérable pasteur, qui prenait part aux joies intimes de la famille et à toutes les réunions d'apparat. Le comte Regnault témoignait un profond respect pour son cher curé : nous rappelerons plus bas une preuve touchante de Tintérèt qu'il portait au frère de notre compatriote.
L'abbé Martin avait à cœur de remplir un devoir sacré : prouver sa reconnaissance et celle de ses paroissiens envers la race illustre des Conty. Ce fut à l'époque même de la toute puissance de Napoléon P'' qu'il conçut le projet de reconstruire le mausolée du prince Louis-François de Bourbon. Il lui fallut du courage et de l'énergie -, mais il se sentait soutenu par l'opinion publique. La chapelle sépulcrale fut donc restaurée aux frais de ses paroissiens fidèles : et à la satisfaction générale on vit, aux parois de l'église, l'ancienne litre funèbre, représentant les armes d'un prince du sang royal resplendir d'un nouvel éclat (i).
Malgré ce témoignage non équivoque des opinions politiques manifestées par le bon curé, celui-ci, sous la Restauration et à cause, sans doute, de ses relations avec les hauts titulaires de l'Empire fut dénoncé comme impérialiste. Le sous-préfet de Pontoise le manda auprès de lui, mais le curé, se sentant au dessus de toute calomnie trouva un prétexte suffisant pour sauvegarder sa dignité. Il proposa d'inaugurer solennellement le buste de Louis X\"III, dit le Désiré. La cérémonie eut lieu, avec pompe, dans l'église, le 3o juin icSiG, en présence du même sous-préfet de Pontoise auprès duquel le curé venait d'être dénoncé.
Nous avons sous les yeux l'allocution remarquable prononcée à cette occasion par l'abbé Martin : cette pièce présente le
(1) Louis-Fi'ançois de Conti, né en 1717 et. morl en I77G. fut transféré à l'Isle-Adam. Le médaillon en marbre qui ornait jadis le tombeau a été retrouvé depuis )ieu d'années et leplacé par les soins de l'abbé Grimol, curé.
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véritable cachet de son époque : elle rappelle : « La fidélité des habitants de l'Isle-Adam, d'une ville unique entre toutes les villes de France disait-il, où, pendant que la Convention se disant nationale, par un trait de barbarie et de terreur inouï jusqu'alors faisait jeter aux vents les restes de nos rois, Tlsle- Adam seul, eut le courage, au milieu du vertige général, de défendre et de conserver, sans profanation, les cendres précieuses d'un prince issu du sang des Bourbons. »
« Pendant la plus grande prospérité de l'usurpateur, ajoute, le curé, quel motif, je vous le demande, pou\ait alors exciter le conseil de fabrique, la commune entière au rétablissement de ce mausolée ? ce n'était pas assurément le désir de gagner les bonnes grâces du plus soupçonneux des tyrans : nous ne pouvions par ce moyen, nous attirer que sa haine et sa vengeance. »
L'éloge du roi retentit en termes pompeux, et la fidélité du pasteur, autant que celle du troupeau, furent exaltées au point d'effacer entièrement chez l'autorité civile tout soupçon de tiédeur. Le curé termina sa péroraison par un parallèle saisissant, mais peu prophétique entre « le règne de la révolution terminée, c'est-à-dire le temps des séditions, des crimes et des noirceurs ; et la Restauration commencée, c'est-à-dire le règne de la paix, de la bonne foi, des bienfaits : la Révolution, temps de dénonciations, de haines et d'injustices et la Restauration, règne de Tamitié, de la concorde et de l'équité... «
Le bon curé de l'Lsle-Adam sentait approcher la vieillesse, le besoin de repos et les sentiments de tendre affection f,our sa famille (i;, le rapprochèrent de son pays natal. Il donna sa démission le 20 août 1827, et vint se fixer à Bagnols où il tut nommé aumônier de la Maison de charité, et directeur de tous les ordres religieux de la ville et des prêtres du canton.
(I) Le curé de l'Isle-Adam avait encore à Hagiiols une six'iu-, le lils de son frère cadet et ses deux lilles, Mesdemoiselles Félicie et Maria Martin, pour lesquels il avait conservé le plus profond attachement.
Nous nous rappelons encore ce digne et vénérable vieillard : malgré la lourde charge de son ministère, malgré les phases pénibles qu'il avait su traverser, sa haute taille ne fut courbée ni par Tàge ni par les intirmités; il était doux et affectueux, bienveillant pour les enfants comme pour les hommes mûris par les années. Son costume, moitié religieux, moitié civil, semblait traduire et résumer toute sa personne : un mélange de piété qui n'avait rien d'austère et de courtoisie, d'urbanité répandant autour de lui un parfum exquis de bonne compagnie.
L'abbé Martin s'éteignit à Bagnols le i5 août 1S42, il avait 86 ans, son éloge funèbre est dans ces quelques mots : « Sa vie ne fut qu'une chaîne non interrompue de bonnes œuvres ; il a laissé de précieux souvenirs à l'Isle-Adam, paroisse qu'il a dirigée et édifiée pendant de longues années ; son nom y est encore prononcé avec respect et amour. »
Un de ses successeurs a bien voulu nous fournir quelques détails biographiques sur notre vénérable compatriote, voici ce qu'ajoute M. le curé actuel de l'Isle-Adam (i) :
« ... M. Martin s'est toujours fait remarquer par sa ^'ie sacerdotale, la fermeté de son caractère, la sagesse de son administration et son grand savoir qui rendait son commerce très-agréable (2).
« ... Ce bon pasteur a déployé un grand zèle et a laissé partout les traces d'une bonne et sévère administration.
<f Je ne puis donc qu'applaudir à la bonne pensée que vous avez de perpétuer le souvenir de votre éminent compatriote, qui a passé au milieu de nous en faisant le bien ; et comment laisser dans l'oubli son nom lorsque, après un demi siècle, tous ceux qui l'ont connu en parlent encore avec vénération...
(1) M. J.-B. Grimot, curé, correspondant du Ministère poui' les Iruvaux liisloriques et meml)re de plusieurs sociétés savantes.
(2) Nous savons qu'en dehors de ses travaux théoloiiiqucs, Fabbé Marliu donnait la préférence à l'élude des sciences naturelles.
(( Les belles qualités qui distinguaient le bon pasteur de rislc-Adam le faisaient rechercher de nos illustres châtelains; du reste, ses relations étaient aussi nombreuses qu'honorables.
« Je suis curé de TIsle-Adam depuis trente ans, et le troisième successeur de M. Martin, je ne l'ai pas connu personnellement, mais il m'a été facile d'entendre et de recueillir les mille échos du nom, des vertus et des œuvres de mon vénéré prédécesseur : je puis bien répéter de lui : defunctiis adhiic loquiliir.
« Il est mort, et l'on en parle encore 1 »