‹ Notices biographiques du GardChapitre 25 sur 68 · MARTIN (GABRIEL-LOUIS · texte numérisé non relu

MARTIN (GABRIEL-LOUIS

PRÉSIDENT DU TRIBUNAL d'oRANGE

AV à Bagnols le 22 février ijôo ]\Ior! à Oraii'^d le /'-''' octobre i83'j

,E 3o septembre 1790, Louis-Gabriel Martin, de (Bagnols, était reçu licencié en droit de l'Université )d' Avignon à la suite d'un examen passé devant les 'docteurs Antoine de Teste, Levieux de Laverne et Dubois de Cochet. Son diplôme sur parchemin lui fut délivré au nom du pape Pie VI, alors souverain du Comtat. Honoré de ce titre, que devint notre compatriote ?... Il avait commencé à étudier la procédure et la législation dans l'étude de M'= Antoine Teste, notaire ; ce dernier dut le recommander à ses collègues et amis d'Uzès et le jeune avocat entra au barreau de cette ville. Il y débuta, nous a-t-on assuré, d'une manière brillante.

Gabriel Martin était déjà en renom dans la contrée : il acheta une étude d'avoué et se préoccupa avec une nouvelle ardeur des intérêts de ses nombreux clients.

Pendant ce temps là, l'abbé Martin, son frère, avait repris ses honorables fonctions de curé à l'Isle-Adam : Gabriel voulut venir le visiter. Peut-être avait-il rêvé quelque bonne fortune à la faveur des belles connaissances de son frère. Le voilà à

Paris, au conimenccment de 1808. Un accident grave le força à se faire admettre à Thôpital Beaujon : il s'était cassé la jambe. Peu de temps après nous le trouvons chez son frère à risle-Adam, et assez ingambe pour hasarder une visite aux châtelains de l'abbaye du Val.

Gabriel Martin était un homme lettré, instruit, causeur spirituel et élégant; dans sa première visite sa conversation variée effleura l'histoire, les sciences et la politique, celle-ci surtout au point de vue de l'importance comparée des différents partis de l'arrondissement, chose que Martin connaissait en détail. Le brillant narrateur plut au comte Regnault et à tel point qu'à peu de jours de là le Procureur général de la haute cour proposa au bon curé de l'Isle-Adam un poste au tribunal d'Uzès pour son frère l'avoué.

M. le Président Gide venait d'être nommé juge à la cour d'appel de Nimes : il y avait une vacance à combler. L'avoué Martin, après avoir édifié le ministre sur sa position personnelle dans le pays, retourna à Uzès, où il ne tarda pas à recevoir sa nomination.

Un décret impérial du 12 juillet 1808, nomme M. Gabriel, Louis, Martin, juge suppléant au tribunal de première instance séant à Uzès (i) à la place de juge et président du mênie tribunal. Il prêta serment le 27 août et fut installé le 3o du même mois.

Nous n'avons point à rapporter ici les différentes phases de sa vie de magistrat. Martin sut tenir la balance d'une main ferme : cependant Thémis n'eut point toutes ses aspirations intimes : qu'il nous soit permis de soulever le pan de la robe de l'homme de loi, nous découvrons son frac de touriste, ses souliers ferrés et nous savons qu'à la suite d'une audience solennelle, il est prêt à se dérider par des occupations moins abstraites.

(1) Sa nominalioii comme juge siipjilr;mt dalc du T) prairiiil an Mil. L( (iéci'ol, iii(li(|iie qu'il éliiil (iroué h eeito épixjue.

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Gabriel Martin se plaisait à visiter les bords du Gardon et les vertes prairies de Fontaine d'Eure; il étudiait, dit-on, les restes informes du temple druidique lorsqu'un décret du lo juin 1811 le nomma président du tribunal d'Orange. Le magistrat vint se tixer dans cette ville antique et s'y accommoda bientôt une existence entièrement conforme à ses goûts préférés.

Célibataire obstiné, les soins de sa famille ne lui laissèrent nullepréoccupation gênante, mais aussi, il n'en ressentit aucune joie secrète. Entaché d'inditférence et d'égoïsme sous ce rapport, il pouvait dire ironiquement avec le poète :

Je ne suis pas de ceux qui tirent vanité Des embarras chaivjiants de la paternité.

à d'autres les soucis et parfois les angoisses : la vie n'a qu'un temps ! ^)

Cependant, quand l'heure dernière approcha, Gabriel Martin fit de salutaires réflexions ; il articula même des regrets superflus... on le vit seul, livré à des mains mercenaires... ses amis, ses connaissances du monde regrettèrent son conimerce aimable et loyal, mais nous ignorons si quelque cœur dévoué a battu plus vivement pour lui quand, repentant et résigné, il a rendu son àme à Dieu.

Le Président Martin, chevalier de la Légion d'honneur, mourut le 20 juin iS'iy.

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