ARCHÉOLOGUE
iVé â Saint- Victor-Lacoste le 2j novembre l'j'jS. Mort à U'ès le 20 avril 1(^24.
X homme intelligent, actif, laborieux, d'humeur inégale et mobile, vint habiter Bagnols vers l'époque où finissaient les temps désastreux de la Terreur : c'était Valérien Martin, né à Saint-Victor- Lacoste. Il avait été succesivement officier de santé, puis instituteur à Uzcs. La municipalité bagnolaise venait de le mettre à la tête d'une école primaire. Il resta en fonctions pendant quelques années, bien qu'il semble n'avoir pas eu, pour l'enseignement, toute l'aptitude désirable. C'est sans doute son insuffisance révélée par son peu de succès qui le décida à quitter Bagnols. Il se rendit à Nîmes et se mit à la recherche d'un emploi dans l'administration des contributions directes: disons, tout de suite, qu'en 18 14 on lui confia le secrétariat de la sous-préfecture d'Uzès, et que, quelque temps après, il acheta une étude d'avoué : il mourut dans cette charge le 20 avril 1824 (i).
Valérien, si changeant dans ses entreprises, était membre correspondant de l'académie de Nîmes. Les mémoires de
(1) Uni. lut. de Nîmes, par Michel Nicolas, T. III, p. 257.
il-1 NOTICES BIOGRAPHIQUES
cette compagnie contiennent plusieurs articles signés : Martin de Bagnols. E\idemment, nous devions adopter comme compatriote, l'érudit qui, ajoutant à son nom celui de notre ville, publiait un travail considérable sur l'état de l'agriculture dans le deuxième arrondissement du Gard (i), — • une dissertation tendant à déterminer le point précis où l'armée d'Annibal passa le Rhône {2), — une analyse des articles entomologiques de Valmont de Bomare et, enlin une brochure : l'Ami des cJiamps^ traitant particulièrement de la culture du mûrier.
Les sciences et, entr'autres, l'agriculture ontprogressé depuis le commencement du siècle ; attachons-nous de préférence à celui des travaux de Martin qui traite d'un point archéologique si souvent discuté , puisque on connaît plus de quarante mémoires sur le passage d'Annibal. Il semble que notre compatriote, né sur le sol foulé par les Carthaginois, il y a près de 2000 ans, a eu comme une sorte de vue rétrospective des événements de cette époque reculée, et que ses patientes recherches dans les livres anciens lui ont fait découvrir la vérité cherchée par tant de commentateurs.
La pensée du lecteur suit avec intérêt les investigations de l'historien au bord du Rhône, vers la cité de Roquemaure : il est là, étudiant, compulsant, mesurant les journées de marche d'Annibal : il interprète à sa manière le texte de Polybe et de Tite-Live.
On n'attend pas de nous un long résumé sur le travail de celui qui s'était fait notre concitoyen : il nous suffira de dire que son érudition est aussi manifeste que sa sagacité, dans les preuves qu'il échafaude pour arriver à conclure. La question du passage du général Carthaginois avait été traitée si souvent et l'a été, depuis, tant de fois encore, qu'il est juste de revendiquer
(if Kolicp (lff< iravmix de 'CAnuUmio du Gard, 1^1 1, If-^ pari., ]>. Gli-lOO. (2) Id. ^nK-itail., p. li?.-l(JO.
l'honneur que peut avoir eu l'un des enfants de la contrée, en précisant le point où le fleuve a été franchi.
Selon Valérien Martin, au sortir d'Ucetia, Annibal dirigea son armée vers Connaux et, en laissant à sa gauche les marais des bords de Tave, il alla, avec une partie de ses troupes, s'emparer du plateau, (oppidum ou refuge des populations arécomiques), appelé vulgairement : le camp de César. (( De là, dit-il, il était facile à Annibal d'apercevoir le camp des Volces, placé sur les bords opposés du Rhône, et, embrassant alors dans la vaste plaine toutes les positions d'un seul regard, il résolut d'opérer le passage de ses éléphants et de ses troupes à l'Ardoise même, dont l'accès était plus facile et moins dangereux. En ellet, au dessous de ce point le général trouvait les plaines marécageuses de Roquemaure, au dessus, vers Chusclan, il avait à traverser la Cèze et le fleuve... Autre preuve enfin, l'Ardoise est le point précis qui divise en deux parties égales la distance de la mer à l'embouchure de l'Isère dans le Rhône. »
L'archéologue cherche de nouvelles lumières à l'appui de son hypothèse dans les circonstances du passage d'Hannon,le lieutenant d' Annibal. Selon lui, ce général aurait remonté vers le nord et, par la route de Carsan^ serait allé traverser le Rhône à Pont-Saint-Esprit, pour venir se Joindre à Annibal sur l'autre rive.
Tel est le résumé de ce mémoire qui valut h son auteur l'approbation de l'académie du Gard ii).
Martin a laissé deux filles, l'une mariée à M. Balmelle,
(1) Valérien Martin a tort de supposer le passage des Carthaginois par la route de Carsan, dont il traduit, à tort encore, l'étimologie par Castra-Stativa, au lieu de tirer ce nom du celtique Carn, Cairn, montagne^ lieu élevé (le Garn, Carnoulés, etc., etc.). Selon l'itinéraire de Martin^ Hannon aurait dû aller prendre l'ancienne voie vers l'oppidum de la Roque ou à Saint-Michel^ dans la région de VIeuze (d'Euzet). Il est plus admissible que les troupes suivirent le tracé fort ancien, utilisé plus tard par les Romains et aujourd'hui par nous, tracé qui, T. II 8
r r4 NOTICES biographiques
chirurgien, l'autre à un instituteur, aujourd'hui directeur des postes à Saint-Martin-de-Crau ,Bouches-du-Rhône}.
venant de fîemoulins, traversait les bourgades de Cavillargues, Tre^ques, Bagnoîs et se dirigeait vers le Rhône, à Pont-Saint-Esprit.
A propos du passage d'Annihal, nous sommes jaloux de mentionner le savant mémoire de M. Quarré de Verneuil, capitaine d'état-major, que son alliance avec la famille d'Alayrac de Chazelles-Gliusclan, nous a donné pour compatriote. L'officier archéologue dont les études portent plus spécialement sur le passage des Alpes, pense qu'Annibal traversa le Rhône à la hauteur de l'Ardoise (1).
Pour nous, désireux de perpétuer le souvenir des événements mémorables, nous avons déjà émis le vœu d'élever un monument commémoratif du passage (le l'illustre carthaginois. Et lorsque les tiavaux des chemins de fer, entre Roquemaure et Bagnols seront achevés, nous proposerons à la Société française d'Archéologie, à l'Académie de Nîmes, à la Société littéraire d'Alais et à tous ceux (jui s'intéressent à notre histoire locale, d'entreprendre cette œuvre. Le monument, posé au carrefour des chemins, serait visible par les voies ferrées et par les routes qui l'avoisinent. Donc, à bientôt la réalisation de ce projet... et l'inauguration du monument : les descendants de Valérien Martin et M. de Verneuil, lui-même, assisteront assurément à cette fêle commémorative.
(1) Kluilcs hisl. et viilit. xur h pitssage du Rhône et des Mpes jiar Annibal. — Paris, Diiniaiiie, 1S7:!