HOMME DE LETTRES
Né à Bagnols le 3 juin 1814 Mort à Paris le 20 juin icS-j^S
D'oii peirin o de la meirino^ S'en tiro sempre une racino.
E proverbe Languedocien nous revient à la mémoire en prenant la plume pour esquisser la figure sympathique de notre compatriote et ami que la mort nous a subitement enlevé. Cet ami avait été tenu en baptême par Joseph-Alexis Courbassier, un officier de santé transplanté du Dauphiné en Languedoc, où il exerçait la médecine avec une sagacité égale au bonheur qui l'a suivi longtemps (i). Adolphe Mathon naquit le 3 juin 1814: il était fils de Joseph-Alexis, de Connaux et de Louise, Rose, Gense, de Bagnols (2), Alexis vint se fixer dans le pays de sa compagne afin de se livrer, sur un marché plus fréquenté, au commerce de la laine. C'était un homme probe, réservé, prudent en
(1) Sa marraine était Catherine Villard. veuve Alexis Brun.
(2) Les Gensoul, dits Gense, en Languedoc, descendaient tous de la l)ranche venue des Alpes.
La maison Gen,se, Grande rue, no 23.
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allaircs, ponctuel, serviable et pieux. Rose Gensoul, douée d'une voix angélique, avait une belle et noble intelligence ; ce l'ut, en un mot, le type de la mère chrétienne.
Adolphe fut mis au collège, il y figurait comme un élève studieux. Mais ce qui le distinguait parmi ses condisciples c'était un remarquable talent de raconter certaines histoires dramatiques, émouvantes. Ses jeunes amis le trouvaient d'une faconde intarissable, aussi était-il recherché parmi les groupes isolés dont il se faisait le narrateur fécond. Maintes fois, depuis ces temps heureux de notre enfance, nous nous sommes dit : « l'épine piquait déjà sous la jeune tige. » Mathon était prédestiné pour le théâtre, pour nouer et dénouer les intrigues de comédie, pour faire mouvoir à propos et mettre en relief les acteurs de ses drames sanglants... Heureusement (et l'art n'y a rien perdu), celui qui au milieu de nous jetait l'épouvante par ses récits lugubres, s'est borné, plus tard, à écrire des compositions théâtrales plus en harmonie avec son tempérament et avec son esprit d'imitation : il écrivit des vaudevilles : mais, n'anticipons pas.
Lorsque Mathon dut se décider à entrer dans une carrière, il demanda conseil aux parents de sa mère. Son parrain facilita ses rapports avec M. Joseph Gensoul, de Lyon, qui était alors dans tout l'éclat de sa prospérité. Sa réputation de médecin célèbre s'étendait au loin. Cousin de l'opérateur lyonnais, Adolphe opta pour la médecine ; il alla suivre les cours de la faculté et fut bientôt admis, comme élève, à assister aux leçons pratiques del'HÔtel-Dieu ; peu après, le jeune étudiant, encourageant son ami Victor Gensoul, à venir le joindre, détermina la vocation de cet autre parent du major des hôpitaux.
Ses études médicales durèrent près de trois ans : sa famille aurait voulu le fixer à Lyon; mais comment attacher pendant longtemps, un jeune homme ami des plaisirs et des distractions ; comment fixer quelqu'un qui est partout excepté chez lui ?... Adolphe faisait, il est vrai, des apparitions fréquentes aux cours de médecine, à l'amphithéâtre, mais il pénétrait plus