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S NOTICES BIOGRAPHIQUES

puissants de la terre... le prince président songeait à rétablir la grande auniônerie de France et voulait appeler à la dignité de premier aumônier de sa maison, Monseigneur Menjaud : Téveque déclina modestement cet honneur qu'il n'accepta qu'à Ia condition de ne point quitter son diocèse lorrain. La nomination fut signée le 3i décembre i852.

Dans cette haute position de confiance, Monseigneur Menjaud pouvait rendre et rendait en effet des services signalés. On ignore que Taumônerie recevait, par an, plus de vingt mille pétitions de toute nature et que l'évèque de Nancy, (pendant les six années de son administration), a fait obtenir au département de la Meurthe, seul, plus de 100,000 francs.

Les relations de Monseigneur Menjaud avec la Cour furent honorables et bienveillantes. Il se pliait péniblement aux exigences de sa position, mais ses goûts particuliers le portaient de préférence à la vie simple et laborieuse au sein de ses diocésains chéris.

Il assiste, à Nancy, à l'inauguration de la statue du général Drouot : Drouot surnommé le sa^e de l'armée : il signale au ministre des cultes son vicaire général, Monsieur l'abbé Delalle, bientôt nommé à l'évèché de Rhodez.

Pourquoi ne mentionnons-nous pas une ceuvre modeste en apparence, l'œuvre des soldats, fondée en 1849 par l'abbé Charlet, chanoine de la cathédrale. Plus de cent trente Jeunes militaires recevaient avec la coopération des frères des écoles chrétiennes, les éléments de lecture, d'écriture et de calcul. De charitables membres de la Faculté des lettres leur faisaient des conférences sur la morale et sur l'histoire.

Monseigneur Menjaud participa, comme premier aumônier, à plus d'une solennité mémorable : il assista au mariage de l'empereur et à la bénédiction nuptiale : il prit part au Concile ; il rétablit la liturgie romaine dans le diocèse de Nancy et de Toul. Il se rendit à Rome alin de solliciter la bulle apostolique pour consacrer la nouvelle grande aumônerie de Napoléon III (1857). La réception que lui fit la cour pontificale était due à

sa personne et à sa mission. L'évêque retourna en France comblé d'égards et de faveurs : le pape l'avait nommé comte Romain, prélat assistant au trône pontifical, et avait rétabli en faveur des chanoines de la cathédrale de Nancy, une décoration particulière portée avant 1789 dans l'église primatiale ii).

L'abbé Blanc raconte dans son excellent livre plusieurs traits peu connus de la vie intime du prélat. Il rappelle ce que disait Monseigneur d'Orléans dans l'oraison funèbre du samt évèque : « Ame aflcctueuse et bonne, cœur sjmipathique et dévoué. Monseigneur Menjaud ne savait pas haif, il ne sut jamais qu'aimer, n L'appréciation de l'homme et du prêtre est toute dans cette phrase.

Pendant que le choléra faisait de nombreuses victimes dailt? plusieurs localités de son diocèse, l'évèque de Nancy déploya un courage et un dévouement admirables. On le vit, malgré une forte répugnance instinctive, malgré le délabrement de sa santé, accompagné de l'abbé Delalle, parcourir les salles de l'hôpital Saint-Charles et adresser aux malades réunis des paroles de consolation et d'encouragement.

Nous ne pouvons rapporter le nombre considérable des églises bâties ou restaurées pendant l'épiscopat de Monseigneur Menjaud. L'évèque avait voulu même, pour donner une direction harmonique et un caractère d'uniformité à toutes ces constructions nouvelles, établir une commission spéciale d'hommes compétents, atin d'en diriger les travaux d'après les règles de l'art catholique.

Ce ne fut pas seulement dans le département de la Meurthe que Monseigneur Menjaud répandit ses bienfaits, il songea à l'église de son village : il oflVit lui-même 10,000 francs. Bientôt, sous le patronage du Père Brydayne, il sollicita des dons et des offrandes du Gouvernement et de quelques uns

(1) Le chapitre de Nancy était chapitre noble cl le roi de Franco en était chanoine d'honneur.

de ses pieux diocésains (i). Monseigneur Sibour, admirateur de Brydayne, s'associa à l'œuvre et à la suite d'un discours prêché à Notre-Dame-de-Paris par le P. Lacordaire, l'archevêque écrivit à Monseigneur Menjaud une lettre sympathique.

Nous rappellerons encore les encouragements qu'il donna au Corps enseignant de sa ville épiscopale, lorsqu'en 1859, on posa la première pierre du nouveau palais. L'évêque prononça une allocution de laquelle nous voulons citer seulement la première phrase, quoique ce ne soit là qu'une pensée bien connue : « On l'a dit : Messieurs, il y a deux siècles et demi : peu de science conduit à l'athéisme, beaucoup de science rapproche de Dieu ...»

Pendant la dernière année de son épiscopat en Lorraine, après avoir élevé sur la montagne de Sion-Vaudemont un monument à la Vierge Immaculée, Monseigneur Menjaud éprouva une déception bien cruelle : le palais épiscopal, propriété de l'État, fut converti en hôtel de préfecture et l'évêque de Nanc}^ se vit obligé de se retirer dans un autre local moins digne de la haute position qu'il occupait. L'empereur ayant connaissance des mécomptes du premier aumônier voulut lui offrir (afin d'adoucir l'amertume dont il venait d'être abreuvé:, le titre d'Archerêquc de Bourges : 3o juillet i85(). Alors Monseigneur Menjaud quitta la ville de Nancy qu'il avait habitée pendant vingt-cinq ans et adressa à ses diocésains les adieux les plus touchants.

Avant d'abandonner sa chère Lorraine, il voulut distribuer d'abondantes aumônes aux pauvres et aux établissements charitables de Nancy. Le secrétaire de l'évêché fut chargé de

(1) l ne belle église roniane s'élev;ià Cliiischm sur l'emiilacement. de l'ancien cimetière ; l'archilecle fut M. Laval. — 1851-1855.

On y remarque de belles orgues sortant de la maison Cuvilliei- à Nancy; les vitraux sont également d'un artiste lorrain ; les ))eintures de l'abside, de l'abbé Sublet, peintre lyonnais.

remettre, de sa part, mille francs à chacune des maisons qu'il n'avait cessé de patronner.

Archevêque de Bourges, il arriva à Paris vers la tin octobre 1859 : Le cardinal Morlot lui remit le Palliiim de la part du Pape (r), comme une marque de distinction bien méritée. Le 17 novembre, il faisait son entrée solennelle dans sa nouvelle ville épiscopale, au milieu d'une multitude empressée et déjà sympathique. Le prélat ne tarda pas à entreprendre des travaux d'administration. Une des œuvres auxquelles il voulut d'abord attacher son nom fut la restauration de l'ancienne abbaye de Cheial-Benoit, devenu depuis un collège libre dirigé par des prêtres choisis dans les rangs du clergé du Berry.

Mais la santé de Monseigneur Menjaud allait s'alïaiblissant de jour en jour : il se vit forcé de suspendre ses visites pastorales dans le département du Cher et de l'Indre qui composaient son diocèse, et d'aller demander l'hospitalité du repos, au couvent des dames du Sacré-Cœur, à Chatellerault (Vienne), à peu de distance, et dont Madame Félicie Menjaud sa nièce, était supérieure : « je viens mourir chez toi », lui dit Monseigneur en entrant dans la communauté. Les soins affectueux de sa nièce pendant son séjour dans cette pieuse maison, rendirent un peu de calme à ses souffrances.

La maladie de l'archevêque empirait ; les médecins lui conseillèrent les eaux de Vichy, où il trouva l'empereur. Pendant vingt jours, malgré les soins les plus attentifs de son médecin, il n'obtint aucun soulagement à ses maux. Monseigneur Menjaud dut demander un coadjuteur ; il obtint M. l'abbé de Latour-d'Auvergne-Lauraguais. Ce fut là un événement heureux qui vint apporter un adoucissement momentané à toutes ses douleurs ph3^siques. Bientôt ses nombreux amis

(1) Le Pallium est une pièce d'étolfe blanche entourant les épaules, avec des pendants tombant devant et derrière et couverte de soie noire et de 4 croix rouges. Le pape envoie le pallium aux prélats comme marque de leur dignité. L'usage commença au ive siècle.

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jugèrent la situation désespérée : M. l'abbé Lamblin eut le courage de l'avouer à Tilkistre malade.

L'archevêque revêtu de ses ornements pontificaux, reçut les derniers sacrements des mains de son coadjuteur : il adressa des adieux touchants aux membres du clergé qui l'assistaient à son heure suprême. Mais la maladie empirait et la crise était imminente. On approcha du saint prêtre son crucifix, sa relique de la vraie croix et son scapulaire ; il les baisa avec respect et amour; il sembla se recueillir sous la dernière absolution. Le coadjuteur qui avait sollicité auparavant pour l'archevêque la bénédiction apostolique du saint père, demande à son tour au prélat mourant ses dernières bénédictions et par un mouvement de sa main défaillante, Monseigneur Menjaud bénit en ce moment, son clergé, ses séminaires, son diocèse de Bourges, son ancien clergé de Nanc}^ et sa famille absente (i). Enfin, après une courte et douce agonie, il s'endormit paisiblement le mardi lo décembre i8'5i, à deux heures du matin, dans la soixante-et-onzièmc année de son âge et la vingt-troisième de sa prélature.

Les obsèques furent un vrai triomphe : cette éclatante manifestation glorifia le saint prêtre et l'homme de cœur. Monseigneur le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux présida la cérémonie ; plusieurs évêques, chanoines et chapelains suivaient le corps ; les coins du poêle étaient tenus par le général, le président de la cour et les préfets du Cher et de l'Indre.., Dans la métropole, le corps descendu du char fut déposé sur le catafalque dressé à l'entrée du chœur. Ce catafalque, envoyé de Paris, par le garde-meuble de la couronne, était celui qui avait servi aux obsèques du roi Jérôme.

Après la messe, Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, qui prononça l'oraison funèbre, se laissant aller à son émotion et aux élans de son cœur, remua tout son auditoire et s'éleva

(1) Il n'y avait en ce moment à Kourges que M. Pierre Menjaud, sous-lieulenanl au -ie régiment des voltigeurs de la garde.

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jusqu'à la plus haute éloquence. Le corps fut descendu dans le caveau des archevêques de Bourges et déposé dans cette crypte antique.

Le 19 décembre suivant, MonseigneurDarboy faisait célébrer à Notre-Dame-de-Paris un service funèbre pour l'illustre prélat du Berry.

Tel est le récit de la vie de ce pontife aimé, estimé, vénéré de tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître. Quoique sorti des rangs des travailleurs modestes, il ne fut Jamais enorgueilli par les honneurs et les grandeurs du monde. C'est donc à bon droit qu'on peut adresser à Fabbé Menjaud ce que disait Massillon : « les plus hautes places sont toujours au dessous des grandes âmes, rien ne les enfle ni les éblouit, parce que rien n'est plus haut qu'elles. »

Monseigneur Menjaud a laissé par testament des legs aux églises et communautés de Bourges : il n'a point oublié Chusclan, Cornillon et Aramon ; il a, de plus, assigné la somme de 5,000 fr, pour les pauvres de Nancy (i).

Anues de V archevêque de Bourp^es :

D'azur au Jehovah d'argent, au chef de gueules chargé de trois étoiles d'argent. — • Devise : Beatiis quem elegisti et assiimpsisti.

{{) Les portraits de Monseigneur Menjaud, peints par Léon Alégré, figurent nu Musée de Bagnols et dans la sacristie de réalise de Ghusclan.

Inscription sur le tombeau de Monseigneur Menjaud

A la mémoire

de

Monseigneur illustrissime et révérendissime

Alexis-Basile MENJAUD,

Patriarche, archevêque de Bourges,

Primat des Aquitains, comte romain.

Prélat assistant au Trône pontifical.

Premier aumônier de l'empereur Napoléon 111,

Chanoine honoraire

du premier ordre du chapitre impérial de Saint-Denis,

Chevalier du Saint Sépulcre

et de Saint-Jean-de-Jérusalem,

Commandeur

de l'ordre impérial de la Légion d'honneur, etc., etc.

Miséricordieux pour tous, Il se repose de ses travaux. Ses œuvres lui survlrent.

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