‹ Notices biographiques du GardChapitre 34 sur 68 · INSTITUTEUR · texte numérisé non relu

INSTITUTEUR

Né a Bagnols le 3'^'^^ jour complémentaire du moisdefructido7^ an 17 (ig septembre l'jgS)

Mort à Bagnols le z'^'' aj'ril 1880

Il y a dans le monde certaines individualités humbles, modestes, nous dirons mêmes microscopiques dont l'influence réelle n'est remarquée que par un petit nombre d'observateurs. Puisqu'il se présente ici une de ces rares personnalités, pourquoi n'en parlerions-nous pas et n'en ferions-nous point ressortir toute la valeur ': voudrions-nous encourir le reproche d'oublier notre épigraphe : cuique siinm^ à chacun le sien ! Dans la couronne tressée en l'honneur de Bagnols faut-il ne choisir que les fleurs d'apparat et dédaigner les violettes, les myosotis et le réséda s3'mbolique r — non.

Michel était le fils d'un honnête courtier appartenant, lui-même, à une famille fort honorablement apparentée : seulement, faute de fonds nécessaires au commerce, il servait d'intermédiaire aux négociants en vin de la contrée, et il entreprenait ces interminables voyages par eau, qui consistaient à faire voiturer de l'Ardoise à la Râpée de Paris, les fûts entassés sur de grandes barques du Rhône, et les passer par

les canaux de la Bourgogne, la Marne et la Seine. Le voyage durait alors trois mois ; aujourd'hui, il dure trois jours.

Le jeune Michel, avec ses allures candides, fut la perle des enfants de chœur. Il y avait peu à faire, pour lui, à la maison, aussi passait-il son temps à l'église : cela dura des années et des années ; près de soixante-et-dix ans ! bien entendu que pendant cette période presque séculaire, ses fonctions ont maintes fois varié.

Michel a été, disions-nous, c<7/7é/(7/zé, à l'imitation des jeunes clercs (de l'école fondée ici en lyiS^ qui se destinaient à l'état ecclésiastique. Il fallait lui entendre raconter et décrire les usages de l'église pendant son jeune temps. Ces belles processions matinîiles des rogations, délices des enfants, pour les quels on préparait ce jour là, un déjeuner copieux composé d'œufs durs, colorés au campèche et de quelques friandises, selon la gâterie ou la vanité des parents.

Une des processions les plus singulières : (mais celle-là, disait M. Michel, n'a été faite que deux fois depuis le retour de l'abbé Berthoud à Bagnols), c'est celle dont le souvenir datait d'avant la Révolution.

Il existait ici une fondation de dix écus par an, au profit des capélané, lesquels étaient tenus d'aller processionnellement et tous en corps, à la chapelle des ladres entendre la messe le lundi de Pâques et d'y chanter : O Jilii et Jiliœ. Mais les malins et il y en a toujours eu quelques-uns dans les Barri de la ville), avaient composé la parodie de ce chant joyeux. Ainsi, lorsque tous les jeunes clercs ne s'étaient pas rendus à l'office, les gamins, c'est-à-dire les manœiij^res de ce temps là, chantaient à cœur joie :

Li des e»cus, Saran perdu, Se vénoun pas, Alléluia.

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