‹ Notices biographiques du GardChapitre 35 sur 68 · MICHEL · texte numérisé non relu

MICHEL

et lorsque le nombre était au complet , on leur disait :

Li des escu Soun léù gagna Alléluia.

Mais, vont nous demander nos jeunes compatriotes : qu'était jadis la chapelle des ladres ? — le voici : « C'était le lieu où les lépreux venaient entendre la messe : et savez-vous bien ce que l'on nommait la lèpre ? un mal que l'on appelait poétiquement le Jils aillé de la mort, et qui, depuis le moyen-âge, époque où il ravageait certains pays de l'Europe, a disparu devant les progrès de la civilisation. Cette allection cutanée rendait le malade un objet d'horreur. Le malheureux qui en était atteint se trouvait condamné au séquestre par les juges et livré aux prêtres. Ceux-ci venaient s'en emparer, revêtus de surplis, d'étoles et précédés de la croix. Ils l'emmenaient à l'église en chantant les versets destinés aux enterrements. Arrivés devant l'autel, on lui ôtait ses habits pour le recouvrir d'une robe noire, et il entendait la messe des morts entre deux tréteaux ; enfin, sous les aspersions d'eau bénite, on le conduisait au lazaret, ou, à défaut de cet établissement, on lui assignait pour demeure une cabane dans un lieu isolé, avec défense d'entrer dans une église, dans un moulin, dans les lieux où on cuisait le pain, de se laver les mains dans les fontaines et les ruisseaux, il ne pouvait toucher aux denrées ou aux objets qui lui étaient nécessaires qu'avec une baguette. Il ne devait jamais quitter la robe qui servait à le désigner de loin et, dans sa marche on l'obligeait d'avoir à la main une crécelle i) dont le bruit révélait sa présence et mettait en fuite ceux qui auraient pu l'approcher... Il est difficile d'imaginer un sort plus affreux !

Non loin de la ville, nous avons, vers l'Ancise et la Garaud,

(1) L'instrument de bois appelé crécelle se nomme à Ragnols une Ténébro, parce qu'il sert aux jeunes clercs pour avertir les fidèles que les offices du Vendredi-saint vont commencer : la ténébro, remplace la campano.

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le quavùev di Malaii/io^o, de la Maladrerie: là, se trouve encore la chapelle citée plus haut. Il est certain que le logis des lépreux a été démoli et que la chapelle des ladres, seule, est restée.

A une époque plus rapprochée de nous, en 1 525, nous trouvons un document intéressant : c'est une vente à Antoine Chambonet et Adrienne Chaussine, mariés, /é/7rt'/LV, originaires du diocèse de Viviers, de la permission d'habiter, pendant toute leur vie dans la maison de la Lèpre delà ville de Bagnols, et d'y vivre avec les autres lépreux des quêtes et revenus de la dite Maladrerie. Cette vente fut faite aux susnommés par les syndics de la ville, moyennant la somme de vingt livres, à condition de ne point entrer dans d'autres possessions que dans celles de la dite maison et de donner à la fin de leurs jours tous leurs biens meubles.

Cinq ans plus tard, en i53o, on relate la fondation d'une messe à perpétuité en faveur des Carmes de Bagnols, par Pierre Duc et Adrienne Mathon, sa femme, lépreux, de la léproserie de la ville de Bagnols, pour être dite le samedi de chaque semaine dans la chapelle de la léproserie. Pierre Barruel, hôte (i), était dans cet acte un des témoins.

Et enfin en 1541, sans doute à l'extinction du dernier des lépreux, il fut fait un inventaire des meubles trouvés dans la maladrerie des ladres à la requête des consuls de Bagnols. Vous le voyez : ces titres et la tradition rappellent et la terrible maladie des temps anciens et la pieuse fondation de nos aïeux.

Mais revenons à notre compatriote.

Le jeune Michel, cité partout comme le modèle des braves enfants, était recherché dans les fomilles de la bourgeoisie, où il devenait le compagnon de jeux des petits garçons de son âge. Pendant qu'à l'imitation de nos armées victorieuses qui alors parcouraient l'Europe, la troupe bruyante des gamins des Peyrières et du Roc, livrait bataille aux enfants de

(1) Remar(|uons un Ijarruel, tenant à Bagnols une hôtellerie.

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