‹ Notices biographiques du GardChapitre 41 sur 68 · BÉNÉDICTIN · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTIN

Né à Bagnols le 3o décembre ijSS Mort à Bagnols le 3o octobre iSii

E 10 décembre 1861 dans la modeste mansarde d'une (maison de peu d'apparence s'éteignait à Uzès (i), le )dernier rejeton d'une des familles les plus distinguées 'de Bagnols M. Côme de Pinière de Clavin, âgé de 63 ans. Nous étions venu, peu de mois auparavant, le visiter; et si nous voulions connaître ce bagnolais de noble race c'était afin d'obtenir de lui quelques détails sur sa famille et, particulièrement, sur le blason qu'elle avait dû lui léguer... hélas ! le pauvre homme se confondit en excuses, il ne connaissait ni ses ancêtres ni leurs armes distinctives. — « Mon père m'a raconté, nous dit-il, qu'un jour les nobles de Bagnols durent apporter sur la place leurs vieux parchemins et que Ton brûla tous les titres féodaux (2;. » L'auto-da-fé eut lieu, il est vrai, au mois de brumaire de l'an II : ainsi le jeune Clavin, (qui n'en était pas plus malheureux pour cela;, grandit dans l'ignorance

(1) Rue Entre-ies-Tours, no 227.

(2) V. Annales Jmf, de Bar/nols, il^R à 1805. Art. Acies^ féodmix.

lyO NOTICES BIOGRAPHIQUES

de l'art héraldique et de son application à l'histoire de ses aïeux (i).

C'était cependant une ancienne et grande famille que celle des Pinière de Clavin... il nous serait difficile d'en chercher l'origine: les Pinière ou Pugnières figurent déjà en i63o '2', mais ce n'a été que plus tard que le nom de Clavin est joint au nom patron3miquc 3;.

Les vieux registres de la mairie de Bagnols mentionnent vers 1787 : — Ch. Ant. Pinière de Clavin aine, ancien capitaine de cavalerie ; — J.-Bapt. Pinière, sieur de Clavin, ancien capitaine de chasseurs à cheval au régiment des A'osges ; — Louis-Joseph de Pinière, ancien capitaine de cavalerie ; et Marc-Antoine Pinière de Clai'in, dont nous parlerons plus longuement.

Dans nos Annales historiques, figurent ces différents personnages que leur haute position mettait en relief. Comme plusieurs de leur caste, ils adoptèrent franchement les principes de la Révolution de 1780. En voici la preuve : une lettre adressée au cit03'en Ant. Teste, commissaire national, l'an II de la République. Cette missive de Jean-Baptiste, dit Sept-Pons^ avait évidemment pour but de sauver sa tête, et nous savons, à n'en point douter, que grâce à Bertrand, l'accusateur public, alors tout puissant, il évita l'elfet d'une condamnation prononcée à cause des troubles de juillet i7q3. Pour nous, la lettre de Pinière a de plus tout l'intérêt d'une page d'histoire (4^

« — Lisez-moi, je vous prie, mon cher concitoyen, puisque je ne puis vous parler, il est sage d'étayer l'estime de nos amis par la connaissance de nos vertus ; le moyen que j'emploie,

(1) Côme de Clavin avail été garde-général des fnrr-is. Il était lils de Anloine- Côme-Bernard Pinière de Clavin et de Marie-Rosalie de Belgaric.

(2) Époque où leur maison fut incendiée. — V. Bagnols en 1787, L. A.

(3) Une terre avec grange au S.-E. de Bagnols porte le nom de la Clarine (M. Cavène).

(4) Jean-Baptiste Pinière de Clavin mourut à Bagnols le 15 frimaire an VIII (5 décembre 1799),

DE PINIKRE DE CLAVIN IJl

mon cher Teste, est sans préjudice au plaisir de vous embrasser ou chez vous ou chez moi ; j'ose dire que je mérite cette marque de votre amitié par les sentiments avec lesquels je vous embrasse fraternellement : — Pinière-Clavin.

« — J'ai prêché la Constitution dès "son principe et j'ai prouvé ma foi par des œuvres.

« — En payant mes impositions des premiers, en faisant un don patriotique de i5oo francs sans consulter mon revenu; en contribuant aux prix de iioo francs aux divers recrutements qui se sont faits ; en donnant une haute paye à un volontaire destiné à défendre les frontières de la République ; en prêtant tous les serments exigés par la loi pour être réputé bon citoyen ; en obéissant à tous les décrets concernant toutes déclarations demandées par iceux, concernant grains, foins, fer, étain, plomb et fournitures de sacs, etc., etc. ; en faisant don à la société populaire de deux peupliers d'Italie choisis dans une allée d'agrément pour décorer les deux pilastres delà porte du club ; en faisant monter la garde à prix d'argent quoique la loi m'en dispensât par mon âge et mes infirmités •, j'ai même, pour l'exemple, essayé de la monter en personne ; mon état y mit des obstacles invincibles.

« — Le premier mobile qui gouverne les hommes, l'intérêt, n'a pas été le mien. Envers la Constitution, j'accepte cependant avec plaisir le don qu'elle m'a fait de 800 francs de rente par la suppression de la dime, gabel'e et autres charges.

« — Sans renoncer aux récompenses de l'éternité, j'expose le tableau de mon civisme envers la classe indigente de mes concit03'ens, et je dis que j'ai secouru des pauvres par le pain que je les ai autorisés à prendre chez les boulangers, en une quantité déterminée par jour; que j'en ai vêtu plusieurs autres, que j'ai fourni paille, paillasse, couvertures, chemises et autres nipes aux nécessiteux ; que les directrices de la maison de charité, miséricorde et le cit03'en curé ne m'ont jamais réclamé en vain ; que les pauvres honteux m'ont vu aller à leurs secours et que j'ai donné à ceux qui m'ont croisé, en

ville, me demandant pour les pauvres honteux et cela, sans traiter avec mes moyens ; enfin ceux composantma maison, avec moi, ne refusons jamais aux mendiants qui vont dans les rues. Celui là serait vraiment républicain, qui montrerait son civisme, en désignant ce qu^il faut faire de plus pour acquérir cette inappréciable qualité, j'irai au devant de C2 grand homme. » Ce noble vieillard dut s'éteindre en paix avec sa conscience, laissant ses compatriotes dans les transes et l'anxiété la plus cruelle : il mourut le i3 frimaire an VIII.

Né le 3o décembre lySo, Marc- Antoine, frère du précédent, était moine bénédictin (de Cluny) ; il habita pendant de longues années Pont-Saint-Esprit, où il a laissé une œuvre digne d'être mentionnée : un manuscrit (i) dont le titre fera comprendre l'importance.

— Mémoire historique et chronologique du prieuré et de la ville de Saint-Saturnin-du-Port, à présent du Pont-Saint-Esprit — 1780 jusqu'en 1784, et puis 1790.

Il a pour épigraphe ces deux vers :

— Qiie si la vérité nous déplaît ou nous pique, C'est quand de nos travers elle fait la critique.

Dans la préface (plan de cet ouvrage) l'auteur rappelle le mémoire de dom Jean-Baptiste Lanteaume, écrit en i7'3i (2): il ajoute, avec beaucoup de modestie que « religieux prêtre et chantre (3) de ce monastère, il se contentera de faire, pour ainsi dire, une simple relation des faits les plus intéressants, comme par exemple la fondation du prieuré et de son accrois-

(1) Le précieux volume, relié, in- i" de 400 pages, appartient à M. Prosper Deleuze, de Ponl-Saint-Espril, qui, comme les curieux auxquels il consent à le communiquer, le tient pour une œuvre de mérite. Nous désirerions (|ue ce travail d'histoire locale fut livré à l'impression.

(2) Ce mémoire n'a qu'environ 4.0 pages; il en existe une copie à la Biblioth. de Dagnols (Fond., L. A.).

(o) Le chantre du monastère de Saint-Pierre était un religieux chargé de diriger les chœur.s.

DE PIXIERE DE CEAVIX lyj

sèment, de celle du Pont et de ses dépendances, de l'établissement des autres corps séculiers et réguliers de la ville, des actes passés par le prieuré avec nos rois et les comtes de Toulouse nos anciens souverains, ainsi qu'avec les seigneurs voisins et les habitants du Saint-Esprit réunis en corps de communauté... »

Son mémoire est donc « un inventaire raisonné et chronologique des principaux titres du prieuré avec un précis de certains faits qui, quoique étrangers, intéressent le monastère de Saint Pierre. »

Pendant les guerres de religion du xv!*^ siècle les archives ont été dispersées ou en partie brûlées ; mais depuis, les prieurs ont racheté, à grands frais, les titres épars et c'est d'après ces documents précieux que dom Pinière écrivit.

Le volume a plus de 400 pages in-4° -, il est accompagné du plan de l'église de Saint-Saturnin en iSo/, et de celle de Saint-Pierre en 1784.

Dans son mémoire, l'auteur cite chacun des prieurs réguliers, il entre dans des détails intéressants sur les abus de la co?7îmande et sur les convoitises, les dilapidations et le relâchement des prieurs commandataires, lesquels, n'étaient point religieux. Il signale ceux qui se sont rendus recommandables dans l'église en y occupant des sièges considérables, l'un entr'autres (Julien de la Rovère), étant même monté sur la chaire de Saint- Pierre (i).

Le manuscrit de D. P. de Glavin fournit des renseignements précieux sur les premières franchises communales, sur les mœurs du temps, sur l'influence des religieux bénédictins de la région : le récit de la construction entreprise par les habitants avec l'appui de Jean de Thyanges y trouvait naturellement sa place. Mais les annales mêmes de l'œuvre collective des maisons, église, pont et hôpitaux du Saint-Esprit y sont comme jalonnés ainsi que l'histoire de la paroisse, laquelle a

(1) Le pape Juies II.

bien son intérêt dans les siècles passés. Tout y est relaté dans un style simple, sobre et précis. En toute occasion sa parole est énergique, franche et correcte ; la vérité, il ne saurait la dissimuler sans mentir à l'épigraphe de son livre. On a donc sous les yeux l'exposé des événements des temps reculés, présentés en vive lumière(i}. Voici du reste ce que nous écrit au sujet de dom Pinière, notre ami, M. Louis Bruguier-Roure, que ses études archéologiques placent déjà au nombre des érudits de la contrée.

— ... « S'il est vrai que la grande école historique du siècle dernier, devant laquelle s'inclinent les historiens niodernes a laissé parmi les ruines du célèbre monastère de Pont-Saint- Esprit un monument qui honore un enfant de Bagnols, il est juste aussi de dire que l'auteur du Mémoire historique et chronologique du prieuré et de la ville de Saint-Saturnin-du- Port, avait profité des précédentes recherches faites sur le même objet par un collaborateur des D. D. Vie. et ^'aissette. D. Pinière de Clavin fut le continuateur de D. de Lanteaume, il fit plus toutefois, car il a jeté dans le même moule des faits dont n'avait pas parlé le précédent historiographe. lia présenté les événements dans des récits moins dictatiques peut-être, qui sentent souvent l'écrivain aux idées préconçues, le pamphlétaire môme; en même temps, disons-le, il a pris grand soin de ne laisser rien perdre, dans le souvenir du passé, de ce qui pouvait intéresser l'avenir. A ce titre, il mérite notre reconnaissance. Son manuscrit est très précieux en raison de la destruction des archives du monastère de Saint-Pierre, dont tous les documents sont analysés et rappelés en marge du

(I) Nous avons remarque dans ce manuscrit quelques pages consacrées à élucider la manière dont les anciens comptaient les jours de l'année : kalendes, ide et none, etc., etc., etc. Par les explications données il est très facile de ••eporter au calendrier actuel (depuis 1582) le texte latin qui souvent embarrasse le lecteur. — Lorsque dom Pinière s'appuie sur l'histoire afin de rattacher les faits locaux aux grands événements du royaume, il cite souvent VHist. de France, de Valli.

DE PINIERE DE CLAVIN lyD

volume sous le numéro et le titre de la liasse qui les renferfermait.

i< Le stvlc est généralement conforme aux traditions de l'école bénédictine ; mais on y rencontre parfois, trop souvent même, des incorrections de langage qui déparent un ensemble très satisfaisant, en dehors des réserves faites plus haut... «

Il est en effet regrettable qu'un pareil document historique reste ignoré du public et que les budgets municipaux ne puissent venir en aide aux lettrés jaloux de donner de la publicité à des travaux reconnus sérieux.

Après la fermeture des couvents et la dispersion des religieux, il nous est difficile de suivre le bénédictin pendant la Révolution et le temps de la Terreur. Nous savons seulement que le 4 septembre 17Q2, voulant se conformer à la loi du 26 août, relative à la déportation des ecclésiastiques non assermentés, il se présenta devant la municipalité de Bagnols, afin de déclarer qu'il entendait se rendre à Aigues-Mortes et s'y embarquer pour Barcelone : il déposa alors un passeport en signant sa demande.

Le voyage s'effectua, puisque le 5 messidor an A'I, l'exbénédictin rentrait dans son pa3's natal, en vertu de la loi du 7 fructidor : et se résignait à rester sous la surveillance de l'administration locale.

On dit que dom Pinière vécut dans la retraite à Bagnols, jusqu'au jour où la mort vint le surprendre. Il avait, pendant les dernières années de sa vie, habité rue Poulagière ([), une maison visitée chaque jour par son vieux compagnon d'exil, le vénérable père Borrelly, jésuite de Lyon. Les deux amis charmaient leur solitude sous les ombrages des acacias séculaires d'un jardin clos et silencieux. Si, près d'un siècle s'est écoulé sans qu'aucun bruit se soit fait autour de l'historien du Pont-Saint-Esprit, s'il a fallu qu'un jeune chercheur en-

(I) La maison CoUoii, n'^ 20.

thousiaste (i), révélât aux bagnolais l'œuvre d'un de leur compatriotes, c'est parce que le nom de Pinière de Glavin ne devait point rester dans l'oubli ; car le chroniqueur pieux n'avait pas écrit seulement pour la gloire de ce bas monde.

(1) M. Louis r>ruguier-Roure.

RACLET jean-baptiste;

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