‹ Notices biographiques du GardChapitre 43 sur 68 · COMMANDANT · texte numérisé non relu

COMMANDANT

N'a à Co'.inaiix le 12 avril ijSS Mort à Connaiix le 6 août 1840

AXS le petit village de Connaux qui nous a fourni déjà plusieurs hommes distingués, vivait encore en 1S40 un vieillard de 85 ans nommé le commandant Rey. La génération d'alors savait qu'il avait fait les guerres de la République et de l'Empire et connaissait sa vie aventureuse et tourmentée, mais ce dont on parlait surtout c'était de ses occupations favorites : le commandant était, comme tourneur sur bois ou métaux, un artiste hors ligne. Il produisait de véritables chefs-d'œuvre : son atelier, remarquablement installé et fourni d'un outillage aussi complet que précieux, faisait l'admiration des visiteurs.

L'estime publique entourait ce vieux soldat qui, après une Jeunesse quelque peu vagabonde à travers les mers lointaines, avait versé généreusement son sang pour la France, et se rendait encore utile au pays, à l'administration duquel il prêtait son concours soit comme maire, soit comme conseil de la commune. ^L Rey coulait des jours paisibles avec son vieil

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ami Basile Gcnsoul i""- : Celui-ci, empruntant les ciseaux, les gouges et le maillet du commandant, exécutait ces bas-reliefs, plus que naïfs, qui se voient encore à la porte de l'église paroissiale ou sur la vasque de la fontaine à l'entrée méridionale du village.

En bon campagnard, François Rey avait passé les premiers vingt ans de sa vie à Connaux. Sa famille y vivait dans un bien de cent mille livres 2'.

Le futur commandant s'était lié avec la jeunesse de Bagnols et des environs. Il avait l'esprit vif, exalté, romanesque, original. On parlait beaucoup autour de lui des Gensoul, des Bompard, des Charrier-Moissard, des Gentil -, il n'en fallait pas davantage pour enflammer son imagination. François avait deux passions dominantes : la musique et la niécanique. Son cher violon le captivait pendant une partie de la journée ; le reste était employé à manier le rabot, la gouge, l'équerre et la lime; il partageait l'engouement de son époque. M. de Vogue, le châtelain de Tresques, ouvrait au jeune Rey son atelier de menuiserie et lui offrait son bel outillage de tourneur. On sait qu'à l'imitation de l'infortuné Louis XVI, les nobles et quelques bourgeois de province utilisaient leur loisir en cultivant un état manuel. Le roi avait mis cet usage à la mode alors que Jean-Jacques Rousseau faisait apprendre un métier à son Emile. Toujours est-il que, l'esprit d'imitation gagnant de proche en proche, notre villageois de Connaux installa chez lui un atelier pour son usage personnel.

Cependant rien ne devait fixer François Rey dans son village. Un jour il se mit en tête de partir pour l'Amérique : il avait alors vingt-cinq ans. Du projet à l'exécution, il ne prit pas le temps de réfléchir aux chances de cette expédition lointaine. Il vendit une partie de ses propriétés, il en employa le prix à

(1) On se souvient que Basile Gensoul était peintre de mérite... et qu"il mourut maire de Connaux.

(2) Valérien Rey était fils de Jean Rey et de Marie-Magdeleine Granet.

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