‹ Notices biographiques du GardChapitre 49 sur 68 · CLAUDE-FRANÇOIS RIVAROL · texte numérisé non relu

CLAUDE-FRANÇOIS RIVAROL

Un exemplaire de ses œuvres, sorti de sa bibliothèque de Fontbelle porte les traces de nombreux repentirs de l'auteur — expérimenté depuislors. Achaque feuillet de sa tragédie, en cinq actes, il a, de sa main, souligné humblement les passages à corriger. Ainsi le poète, devenu son propre critique, a patiemment recherché les répétitions des mêmes termes, les assemblages bizarres, les vers incompréhensibles. Nous avons compté dans ce travail : mon cœur, ton cœur, son cœur répété soixante-trois fois! Edithe, un des personnages, s'exprime en ces termes :

Oh, je ne vois que trop que votre cœur soupire ; Ce cœur, ce faible cœur ne peut se détacher. . . .

Rivarol a bâtonné encore ces membres de phrases : sévères, rigueurs, plutôt avant., flambeaux ténébreux., etc., ces vers :

Des flambeaux, loin de nous, brillent à nos regards; Le Ciel punira-t-il un feu qu'il a vu naître? Au sein des tristes nuits oit j'ai vécu dix ans. Prince, pour son bonheur faites If cotisent ir. Des morts et des mourants la plaine était semée.. . . etc.

Après l'œuvre tragique, François Rivarol donna sous le nom de Monsieur de Saint-Martin, sa comédie en un acte, le Poète Emprunteur., l'an VII, Son type était un rimeur boursouflé et ténébreux qui ne faisait rien imprimer et se contentait des applaudissements de ses coteries, où il ne cessait

de faire des dupes C'est encore sous les indications de

l'auteur que nous citons le vers suivant, lequel ne formule certainement pas une leçon de morale et d'humilité :

Qui ne se vante pas., ne fait jamais fortune.

A la veille de la Révolution, le vicomte de Rivarol, comme toute la noblesse française, menait une existence frivole et mondaine. Cependant les castes privilégiées sentaient appro-

cher l'heure du sacrifice. La nation osait faire entendre sa' grande voix : elle allait affirmer sa volonté virile et commander à son tour. Une lettre de François à son père, va nous apprendre quelle ligne de conduite suivait l'officier bagnolais qui avait alors trente ans : « J'abandonnai dès 178S cette philosophie aventurière dont Je fus entiché, conime tant d'autres, pour me livrer à l'étude de la politique, science aussi utile à l'homme que la philosophie lui est pernicieuse J'ai publié plusieurs opuscules de poésies fugitives, mais il pourrait se faire qu'un jour j'écrivisse des choses plus sérieuses. Depuis la Révolution les historiens de tous les peuples. Tacite, Machiavel, Montesquieu et tous les publicistes modernes, ont fait ma constante occupation. »

Fidèle à ses devoirs et à ses principes monarchiques, le capitaine montra beaucoup de zèle pour la défense de la royauté. Ses écrits dans les Actes des Apôtres le prouvent. On assure qu'il organisa une association destinée à empêcher les progrès de la Révolution qui venait d'éclater. La conspiration ' devint impuissante. Elle dut se dissoudre après la prise de la Bastille, mais Tardent royaliste en réunit bientôt quelques débris épars et en forma une nouvelle société connue sous le nom de Salon Français.

En 1790, Rivarol écrivit pour le Journal de la Ville et de la Cour; sa collaboration ne fut pas de longue durée, puisque abandonnant le style du pamphlétaire pour la plume du diplomate, il alla à Coblcntz d'où les chefs de l'émigration l'envoyèrent à Londres en mission auprès de Pitt.

Nous signalerons son passage à Bruxelles en 1791. Là il eut, avec un grand seigneur étranger, partisan delà Révolution française, un duel qui eut beaucoup de retentissement.

Rivarol, chargé d'une mission de Monsieur^ pour Marie- Antoinette était revenu à Paris. Il assista à la journée du 10 août 1792 qui fut la dernière du règne de Louis XVI. Lorsque, peu après, la loi ordonna la vente des biens des émigrés et peu avant les massacres de septembre, il partit de

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nouveau pour l'étranger, et continua son service dans les armées des princes coalisés avec les prussiens.

Au milieu même de l'agitation permanente, en France et dans la capitale surtout, Rivarol trouvait le moyen de revenir à Paris de temps à autres. Il échappait chaque fois aux recherches des agents secrets. Cependant un jour la police l'ayant découvert, il fut incarcéré et il demeura vingt-deux mois en prison. A sa sortie, nous lui voyons reprendre la route d'Allemagne, se dirigeant vers Blankembourg, où le prétendant le nomma colonel et chevalier de Saint-Louis. (1797).

Il se trouvait de nouveau à Paris le 18 brumaire, pendant cette journée mémorable où le général Bonaparte expulsa, par la force, le conseil des Cinq-Cents du lieu de leur séance. Les investigations minutieuses de la police aboutirent à la découverte d'agents voués aux intérêts des princes émigrés. Rivarol qui était de ce nombre, fut jeté en prison. Il y resta pendant deux ans.

A sa sortie, il fit de vains ellorts pour obtenir du ministre la levée de l'interdit qui frappait son frère exilé. Les omnipotents demeurèrent inflexibles et Antoine mourait à Berlin en iSoi, alors qu'il disait à ses amis : « J'ai empêché François de venir me joindre pour avoir à Paris un patron qui tâchât de me faire sortir de l'enfer. «

Peu après la date du 21 germinal an ÎX, Rivarol fut interné dans le département du Gard : on lui assigna, comme on disait alors, Bagnols pour prison fi;. Cette mesure de surveillance émanant de la police impériale dura jusqu'à la chute de Napoléon. En 181 2 il se rend à Paris, il y est découvert et retenu en prison pendant quelques mois. En i8i3,il quitte de nouveau la France et n'y revient que sous la Restauration. Enfin sa fidélité mise à tant d'épreuves fut récompensée ; le 10 mai 18 16 le roi Louis XVIII le nommait maréchal de camp.

(1) Où, le 9 mai 1808, il se maria, en secondes noces, avec Mademoiselle Camille de Sibert de Cornilloii.

Avant d'être promu à ce nouveau grade, il eut, dans le département du Gard, à s'entendre avec les hauts fonctionnaires civils et militaires, afin de recruter des volontaires zélés pour suivre le duc d'Angoulème qui soulevait les ardentes populations de la contrée. Que de brevets d'officiers ou de chevaliers du Lys n'a-t-il pas signés et fait accepter alors par les royalistes enthousiastes ?

Rivarol habitait en 1814 la ville de Nîmes. On sait que le gouvernement avait créé, sous le nom de cours prévôtales, une justice politique exceptionnelle, ayant mission de juger, dans les départements, les crimes et délits portant atteinte à la la sûreté publique. Le général François de Rivarol fut nommé prévôt, c'est-à-dire président de la cour. Ses assesseurs, désignés par le ministre de la justice, étaient pris parmi les juges des tribunaux de première instance. La cour pouvait se porter d'un endroit à l'autre du département. Elle jugeait en dernier ressort et sans recours en cassation, sur une instruction à peine ébauchée ? Nous comprendrions difficilement qu'avec sa nature ouverte et loyale, Rivarol eut accepté des fonctions aussi délicates, si nous ne l'avions vu, en méridional passionné, sacrifier au fanatisme politique ou religieux les plus nobles sentiments de son excellent cœur(i).

C'est à Nîmes que Rivarol eut un duel avec M. d'x\rgout, préfet du Gard. On raconte qu'au théâtre, à la suite d'une discussion qu'il mena fort loin avec ce haut fonctionnaire, les deux contradicteurs sortirent et allèrent dans une rue écartée, à la lueur d'un réverbère, échanger une passe à l'épée. Le préfet fut légèrement blessé à l'épaule \ Rivarol quitta Nîmes (2).

De 1817 à 1822, libre et désabusé de toutes les intrigues

(1) Les Cours prévôtales, comme toutes lesjuridictions passagères, et souvent, locales, ne durèrent pas deux ans ; la loi cessa d'être exécutoire après la session de 1817.

(2) Les feuilles officielles du département n'ont rien dit de cette aventure : nous ne connaissons ce fait que par la tradition : un vieux souvenir d'enfance.

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