‹ Notices biographiques du GardChapitre 62 sur 68 · NOTAIRE · texte numérisé non relu

NOTAIRE

Né à Bagnols le 2j août i'/43 Mort à Bagnols h 26 juin iSoj

rNTOiNE Teste, né à Bagnols le 27 août 1748, fut, jdans le Midi, un des plus ardents patriotes de 178g. jPendant toute la période révolutionnaire son carac- ■tère méridional, énergique et bouillant s'accentua par les aspirations audacieuses d'un adepte des plus fervents de la réforme politique. Hàtons-nousde le dire cependant, au milieu de ses actes autoritaires, il ne nous a pas été possible de découvrir trace d'aucun fait incriminant notre compatriote. Que d'autres, comme lui, ont salué avec le même enthousiasme l'aurore de cette Révolution qui promettait au pa3^s le bonheur dans la liberté ! leur ferveur s'attiédit, celle de Teste persista dans la tourmente.

On dit que dès l'année 1783 le jeune notaire avait, dans des libelles chaleureux, attaqué l'intendant de la province du Languedoc. Une lettre de cachet fut lancée contre lui : il ne parvint à se dérober aux poursuites qu'en franchissant le Rhône, et qu'en se réfugiant à Avignon sous la protection du pape, alors souverain du Comtat.

Rendu à la liberté aux approches des crises révolutionnaires, Teste parut dans les assemblées électorales et y obtint

maintes fois les suffrages de ses concitoyens (i). Il assista, comme député de Bagnols, à l'assemblée de la sénéchaussée de Nîmes qui nomma en mars 1789, des députés aux Étatsgénéraux.

Nommé membre de la commission de cette assemblée il prit une part active à la rédaction des cahiers des doléances : sa réputation de légiste le posa au premier rang.

En 1790, Teste fut électeur, nommé par la commune, lors de la formation des assemblées administratives : en cette qualité il assista à l'élection de l'évêque du département , en mars 1791. Et pour dérouler ici, dès le début, la série des emplois qu'il a occupés, nous ajouterons qu'il fut élu administrateur du district du Pont-Saint-Esprit en juin et maire de Bagnols en décembre ; qu'il remplit ces dernières fonctions jusqu'au i3 novembre 1792, époque à laquelle l'Assemblée électorale, tenue à Uzès et dont il était membre, le nomma procureur général syndic du département; qu'il prit possession de cette magistrature le 28 novembre et la quitta le 6 nivôse an II (2): Telles ont été les principales missions remplies par notre actif compatriote.-

Nous l'avons dit : après le i3 décembre 1791, Teste, étant maire, exerça une grande influence dans la cité. Il s'adressa à l'assemblée nationale afin de fixer à Bagnols, le chef-lieu du district. En maintes occasions le Conseil vota des remerciements : « Au patriote éprouvé qui ne cesse de s'occuper du bien public et le prie de continuer ses bons offices au profit de la commune. » Nommé procureur général syndic du départe-

(1) V. Annales historiques de Bagnols de 1788 à 1805, par Léon Alègre.

(2) C'est à cette époque que fut enregistrée au département la loi du 14- frimaire qui établit le gouvernement révolutionnaire et qui supprima les fonctions de procureur général syndic. Depuis le 6 nivôse jusqu'au 28 pluviôse an II, Teste fut provisoirement administrateur membre du directoire du département, nommé par arrêté du représentant du peuple Boisset. (Man. Bibliothèque- Musée de Bagnols). — Extrait de l'attestation du citoyen Clat, archiviste du département du Gard — 26 vendémiaire an V.

ment du Gard en novembre 1792, Antoine Teste occupait cette place à l'époque de la Révolution du 3i mai, qui, à Paris, et dans plusieurs départements, assura le triomphe de Robespierre, tandis que dans le Gard, le parti des Girondins, occupé de fédéralisme, conserve quelque temps la prépondérance.

Teste, resté ferme dans le camp des montagnards, fut alors l'objet d'une courte disgrâce, mais le triomphe des montagnards ne tarda pas à lui rendre l'influence qui résultait de ses relations et de ses précédents.

Toutefois un trait qui honore ce républicain austère, c'est son refus obstiné de rentrer alors dans les fonctions publiques ; iUne voulut pas devenir l'instrument aveugle de toutes les proscriptions, de tout le régime de sang qui fut la conséquence de la chute des girondins. Dénoncé pour cette résistance, au terrible Comité de sûreté générale, il fut frappé d'une révocation officielle et se réfugia dans Tétat-major de l'armée des Alpes, d'où il ne revint qu'après le 9 thermidor (27 juillet 1794.)

En 1793, malgré tous les services rendus, malgré tout le bien qu'il faisait autour de lui, peut-être même à cause de ce bien. Teste se vit à Bagnols, (i), en butte aux attaques de certains de ses adversaires politiques. Signalé à Nîmes comme excitant des troubles dans son pays, pendant un séjour de courte durée qu'il y fit. Teste se défendit devant l'administration départementale par une lettre — 6 juillet, — dans laquelle on remarque les passages suivants :

«... Depuis mon arrivée je ne me suis mêlé ni d'affaires publiques ni d'affaires particulières ; j'ai été deux seules fois à la maison commune, le jour de mon arrivée pour dire aux officiers municipaux comment et pourquoi avaient cessé mes

(1) Nous avons en main plusieurs lettres signées par les plus grands noms aristocratiques de la ville de Bagnols. On écrivait à Teste comme à un ami dont entêtait habitué à recevoir des témoignages de bienveillance et de dévouement.

fonctions de procureur général syndic, (je le devais), et le dimanche suivant pour afficher les comptes de la municipalité de l'année 1792, pendant laquelle je fus maire...

« Je suis bien loin, je l'avoue, d'approuver les mesures qui ont été prises dans le département du Gard ; je les regarde comme extrêmes, mais c'est mon opinion personnelle, et le principe de cette opinion est l'amour de la paix.

« C'est par le même principe que je vais au club, quand je soupçonne qu'il peut y être fait quelque motion vive. J'y ai d'ailleurs deux de mes enfants, dont l'un âgé de 17 ans est président de la société, et l'autre âgé de i3 ans est un des secrétaires ; je dois les surveiller et je le fais : je ne porte dans ces assemblées que des paroles de paix et elles font un grand bien...

« Le seul mot de complot me fait fuir à cent lieues, tant j'abhorre les complots et tant je suis convaincu que c'est à des complots que sont dûs tous les malheurs de la patrie... »

Cependant les fédérés de passage le 10 juillet 1793 avaient pillé et saccagé sa maison (i). Victime d'un audacieux attentat, il a vainement, pendant longues années, demandé des indemnités à la commune et porté plainte en haut lieu. La réaction, omnipotente dans le Midi, faisait, à cette époque, échouer toutes ses légitimes réclamations (2).

Teste nommé commissaire par les représentants du peuple près de l'armée des Pyrénées-Orientales, organise les 4 et 5 septembre 1793 le i'^'" bataillon de la i'"^ classe du district de Pont-Saint-Esprit. Les chefs de chaque compagnie procédèrent à la nomination des officiers de l'état-major. Pour le grade de lieutenant-colonel commandant, le choix tomba sur son fils François-Antoine qui n'avait alors que 18 ans. A la suite de cette nomination flatteuse pour la famille du jeune bagnolais, s'élevèrent des querelles intestines, au sein même du batail-

(1) Annales histor. Loc. cil.

(2) V. ci-après la note A.

Ion. La correspondance échangée entre Antoine Teste et François jette un jour intéressant sur la situation complexe des divers éléments dont se composaient alors les armées de la République. C'est, d'ailleurs, dans l'intimité de ces lettres qu'on peut apprécier les qualités de l'excellent père et l'honorabilité du cito3^en. L'épisode se rattache à la vie du futur général, et vaut, par là, qu'on s'y arrête.

Le bataillon commandé par François Teste s'était très-honorablement conduit dans les combats multipliés livrés aux armées espagnoles. On n'en pouvait douter puisque, le 21 germinal an II, le maire de Bagnols, — L. Marsial, — écrivait aux citoyens composant ce 4"'"= bataillon, alors à Puycerda, une lettre élogieuse dans laquelle il signalait, comme s'étant distingués dans l'allaire du 28, les trois compagnies n°* i, 2, 3, et particulièrement Gensoul, Auzières , Lacroix, Rolland, Servol et les deux Tastevin. « Transportés de joie, dit-il, dans sa missive officielle, les sans-culottes de la commune m'ont chargé, dans la dernière décade, de transmettre à ces trois braves compagnies, le tribut de l'estime et de la reconnaissance qu'elles se sont acquises... »

Cependant soit que le bataillon eut emporté quelque chose des divisions locales, soit qu'y eussent germé dans la campagne des sentiments de basse jalousie, on ourdit une cabale contre Teste. Le commandant en second, Piollenc, plus âgé que François et qui avait promis d'être son mentor, aspirait à devenir chef de brigade, il gagna quelques amis intimes de Teste et obtint le renvoi de son jeune chef.

Lorsqu'il apprit la destitution de son fils, Antoine ressentit une douleur profonde de ce qu'il appelait : une grande injustice. Ses lettres renferment des conseils dictés par une sagesse prudente et par le patriotisme le plus éclairé. — « Mon ami, lui écrit-il le 20 prairial an II, sois toujours soumis aux lois, et cela se peut sans perdre l'honneur de vue. »

Le lendemain Teste s'adresse au général Doppet (i) il se

(1) Commandant la division de l'armée des Pyrénées-Orientales.

plaint de la mesure rigoureuse qui frappe son fils: non pour cause dCiiicij'isjJic ; il tlagelle celui qui Ta supplanté, il rappelle les nombreuses désertions qui ont eu lieu dans le 4"^^^ bataillon qu'il commandaitet que ses amis, malgré ses instances, préfèrent s'engager dans la marine, plutôt que de servir sous le commandement d'un nouveau chef, traître à la patrie. Teste raconte les persécutions auxquelles il a été en butte de la part des fédéralistes et, revenant à son fils François il ajoute :

« Sa destitution lui a percé Tàme et si, républicain comme tu l'es, tu es en même temps père, tu sentiras jusqu'à quel point mon cœur en est alfecté.

« Veuille donc l'entendre et l'examiner toi-même, et si tu crois que sa destitution soit conforme aux lois, si tu ne le trouves pas en état de reprendre le poste auquel le vœu de ses frères d'armes l'avait placé rends le moi arec son honneur, il servira utilement la République en m'aidant dans les travaux dont elle m'a chargé. »

Teste écrivit au Comité de salut public : la réponse se fit longtemps attendre. Pendant une série de décades anxieuses il console son fils accablé de tristesse, parce qu'il se regardait comme inactif; car le nouvel emploi d'adjoint provisoire attaché à l'état-major, ne suffisait pas à son ardente et vigoureuse organisation... « Mon ami, ajoute-t-il à ses condoléances paternelles, un républicain est de tous les temps et de tous les pays. Il est prêt à tous les événements ; il ne languit jamais, quelles que soient les circonstances. Il n'est triste que quand les allaires de la République vont mal, et encore ce sentiment de tristesse ne fait qu'accroître son courage. Il faut qu'il soit fort et contre les ennemis du dehors et contre ceux du dedans. Pars de là, va ton train, égaye-toi même dans l'oppression que tu soulTres; si tu as besoin d'assignats, mande-le moi, je vendrai s'il le faut mes meubles pour t'en procurer. Les sans-culottes sont toujours riches ; ne te mets en peine que du salut de la patrie. Vois le général, montre-lui ma lettre et reviens avec ton congé auprès de moi ; il n'est pas besoin

d'autre réquisition, toutes les fois que tu n'es que surnuméraire, sans grade et sans appointements... »

Le père était inconsolable : il écrivait lettres sur lettres ; enfin il reçut de Cambacérès la réponse suivante : — « 5 messidor an II. Je lis l'année dernière, citoyen, un acte de justice en provoquant ton retour à des fonctions dont les fédéralistes t'avaient éloigné. Aujourd'hui tu demandes d'appuyer auprès de Carnot une réclamation en faveur de ton fils : la fin de ta lettre sera ma réponse : ni tort, ni grâce ; c'est la devise d'un républicain et la loi dont les représentants du peuple ne s'écartent pas.

« Lorsque je verrai Carnot, je l'engagerai à s'occuper le plus promptement possible de l'alTaire qui te concerne. Salut et fraternité. » « Cambacérès. »

Neuf jours plus tard, en transmettant de Nice, cette lettre à son fils, Teste, alors attaché aux fournitures de Tarmée d'Italie, lui donnait avis qu'il allait prochainement obtenir à Grenoble une agence qui devait le fixer dans cette ville.

Antoine Teste pressait de son mieux la solution de l'affaire de l'ex-commandant : sous forme d'observations, il adressa au représentant du Comité de salut public un nouveau mémoire, il se demandait : — si cette mesure inique n'était pas due au S3^stème du Cromwel Robespierre et de ses complices,

— La loi veut que les volontaires nomment leurs officiers... Nul ne peut les changer arbitrairement, même sous prétexte d'incapacité : il n'y a que la forfaiture, prouvée et jugée, ou le défaut de certificat de civisme qui puisse opérer la destitution d'un chef.

— Les pouvoirs de l'adjudant général Quenin portaient sur Y épuration du bataillon... il a violé la loi en agissant comme il l'a fait...

— Le civisme, la bravoure, la prudence et la force de corps et d'âme constituent aujourd'hui la première capacité d'un militaire républicain.

2q2 NOTICES BIOGRAPHIQUES

— Le jeune Teste a ces qualités ; il y ajoute l'aptitude pour acquérir toutes les autres...

— A l'époque du lo prairial jour de l'examen, il y avait à peine deux mois que le bataillon avait reçu des armes, et depuis qu'il était armé, il n'avait été réuni qu'en marche et il était resté presque toujours épars dans divers cantonnements.

— Enfin la réponse de François Teste, si elle ne montre pas un chef de toute capacité, montre du moins un homme qui peut le devenir ; elle montre un citoyen de bonne foi, sans prévention et sans prétention autre que celle de dire la vérité.

« Le réclamant répétera sans cesse que ce n'est pas l'ambition ni le désir de commander qui l'animent, mais bien le respect dû aux lois, l'attachement aux intérêts de la patrie et l'envie de la servir et de la voir servir par des hommes qui en soient dignes... »

Le Comité de salut public tenait à avoir des renseignements plus précis sur les faits qui précédèrent et suivirent la destitution de François Teste ; celui-ci adressa un mémoire détaillé : voici le résumé de cette pièce authentique ; elle est du 20 thermidor.

— Pendant une absence d'un mois (i), motivée par une mission du conseil d'administration, la caisse avait été dilapidée et l'adjudant-major G... un des chefs royalistes du Comtat, était allé dénoncer Teste à l'adjudant général Quenin alors à Toulouse. Ce fonctionnaire sollicita du représentant du peuple d'Artigeote, un arrêté pour être chargé de l'examen des officiers de la Montagne : l'examen oral que le jeune commandant subit le premier l'étonna et parut le satisfaire. Quenin circonvenu par les fédéralistes, et ne pouvant obtenir la démission de Teste, de bon gré, voulut passer une grande revue. Sur le terrain, il commanda des manœuvres nouvelles, inconnues

(1) Le conseil d'administration du bataillon de la Montagne, département du Gard, par délibération du 8 ventôse an II, envoie Teste à Bagnols et le charge d'acheter des cuirs et de faire confectionner des souliers, attendu que les soldats vont presque tous nu-pieds.

jusqu'alors et qu'il avait composées de sa tête ; il embrouilla tellement Tofficier supérieur que celui-ci avoua que son bataillon n'avait jamais exécuté de tels ordres... Quenin se retira sans examiner aucun officier et cependant son fameux rapport en signalait neuf comme incapables... »

Teste François qu'un supérieur sévère et malveillant venait d'intimider ainsi, avait alors dix-huit ans : il était commandant du bataillon depuis huit mois. Ses camarades, à la tête desquels figuraient' Arvieux, Begrand et Dejoux, protestèrent contre l'injustice de la destitution de leur intrépide commandant si brave, si généreux... Ils quittèrent le bataillon pour aller s'embarquer i'i\

Nous avons sous les yeux une lettre du 2 thermidor an II, de la République une et indivisible, lettre écrite par Antoine Teste à son fils : elle porte en tète ces mots : Paix aux Peuples, Guerre aux Tyrans.

... « Il ne faut pas que les ennemis de la patrie et des patriotes l'emportent sur nous en courage, en santé, ni en aucun autre mo3^en. Notre courage les tue^ notre santé fait dessécher la leur, notre patience les désole ; ils calculent criminellement sur de vils intérêts, et nous, quand il est question de servir la patrie et de nous soumettre aux lois, nous sacrifions corps et biens et nous sommes toujours contents, toujours joyeux. Parle courrier de demain, sans faute, ta mère t'enverra un assignat de 400 francs pour t'aider à faire ton nouvel uniforme. Nous ne te laisserons manquer de rien. Après tout, ce que nous avons est à la patrie et à toi... »

François ne fut point réintégré dans son grade de commandant, mais demeura attaché à l'état-major.

Après le i3 vendémiaire an IV — 3 octobre 1795 — Antoine quitta l'armée d'Italie. A cet agent de la commission de commerce et d'approvisionnement on allait oifrir un poste mieux en rapport avec ses aptitudes d'homme de loi ; il fut question

(1) Nous possédons tous les litres, letlres et rapports cités ici.

de le nommer accusateur public dans le département de Vaucluse : Teste refusa.

Le i3 nivôse an IV (2 janvier 1796), le ministre Merlin lui écrivait :

— Vous dites, citoyen, que vous ne pouvez remplir les fonctions d'accusateur public que le président du tribunal criminel du département de Vaucluse a demandées pour vous. Cette place exige un patriote énergique et courageux -, vos sacrifices à la patrie pouvaient attirer les regards de vos concit03^ens. Mais chaque état exige des connaissances particulières et chaque individu est libre de choisir la carrière dans laquelle il veut marcher. Salut et fraternité. « Merlin. »

Sur son refus catégorique, Testefut nommé commissaire du pouvoir exécutif près les tribunaux criminels et civils du département de A'aucluse à Garpentras. C'est à la date du 17 nivôse an IV (5 janvier 179(3 , qu'il reçut du ministère la lettre suivante :

« En acceptant la place à laquelle vous avez été nommé, citoyen, vous avez donné une nouvelle preuve de votre dévouement à la chose publique. Lorsque dans le département du Gard toutes les lois protectrices des personnes et des propriétés so-nt violées envers vous, il est beau de vous voir remplir l'honorable mais pénible emploi de suivre et de surveiller leur exécution dans celui de Vaucluse : Croyez que la patrie saura vous en tenir compte et que les attentats que vous me dénoncez ne resteront point impunis ; vous en avez déjà de surs garants dans le zèle et l'activité du commissaire du gouvernement qui est sur les lieux. Je ne négligerai de mon côté, aucune des mesures que la loi met à ma disposition et vous devez tout espérer de ce concours de volonté et d'action. Salut et fraternité. « Géninieu. »

La vie d'Antoine Teste, incessamment enfiévrée par les passions politiques, anxieuses au milieu des mécomptes, nous dit ce que fut l'existence de bien des malheureux, qui, moins

prudents et moins sages que lui, s'aventuraient follement dans les manifestations des partis extrêmes. Les temps dans lesquels s'agitait notre compatriote n'offraient aucune garantie de stabilité : aussi Teste ne demeura-t-il que peu de mois à ce nouveau poste sans subir de nouvelles persécutions. Il fut dénoncé et poursuivi comme dHentcur de papiers qui intéressaient la sûreté publique, et il n'échappa à cette calomnie qu'en pro.uvant qu'il n'avait retenu que la copie de ses propres lettres (i).

Abandonnant alors Vaucluse et Carpentras, il fut élu membre de l'administration centrale du département du Gard. Il était question même de le porter à Tun des deux conseils législatifs, lorsque le directoire, qui le redoutait, parvint à l'en écarter par la découverte d'un complot vrai ou supposé dans lequel Teste se trouvait compromis.

Un mandat d'arrêt fut lancé contre lui, l'administration présidée par Cazalis délibéra et arrêta que le cit03^en Teste serait gardé à vue dans le département et au lieu où il habite, par un ou plusieurs gendarmes à ce commis par le juge de paix. Une affiche contenant l'extrait du procès-verbal de la séance du 2() ventôse an VI, — rS mars 1798, — fut apposée : l'administration prolestait à sa manière et montrait combien elle tenait à être assurée de la pureté de tous ses membres.

Teste étant reconnu innocent, on lui offrit, par une sorte de compensation, l'emploi de commissaire cà Malte : il refusa.

Lors de la Révolution du 18 brumaire an VHI — q novembre 1700 — au moment où le général Bonaparte dispersait le conseil des Cinq cents^ Teste, président de l'administration cantonale de Bagnols, manifestait ouvertement son opposition : un tel acte d'indépendance lui valut uue nouvelle destitution,

(1) V. Nouvelle Biographie rjénérule publiée par Firniiu Didot frères sous la direction de M. le docl. Hoelfer, T. XXXXV, article signé M. l). j., Madier de Montjau. Ce sont ces liasses de papiers laissés à llagnols clicz un parent éloigné de la famille Teste et (jue nous avons eu la bonne fortune d'acheter chez Rasarie, buraliste^ Grande lue.

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qui fut la dernière. Le patriote militant allait dctinitivement renoncer à toute espèce d'emploi : son étude fut rouverte et, en homme de loi consommé, il y exerça le notariat jusqu'en 1807, année où il mourut à Tàge de 63 ans. Antoine Teste, marié à Elisabeth Boyer, laissait trois fils.

NOTE

(A, p. 288). — Teste a écrit maintes fois aux ministres de l'Iiitériem' et de la Justice. Ayant reçu ordre de s'éloigner de Bagnols, il partit le 26 pluviôse an m — li février 1795 — el alla demeurer à Avignon. De là il adressa le 28 fructidor an IV — 13 septembre 1796 — une lettre au ministre de la Justice, soit au sujet du pillage de sa maison, soit pour se réhabiliter dans l'esprit de ce haut fonctionnaire .

... « Je puis prouver, pièces en mains, que je n'ai jamais fait le mal ni omis de faire le bien. Je suis droit, calme, franc et plulût rude que flagorneur. Ma franchise peut paraître un défaut aux yeux de certaines gens, aux miens c'est une vertu.

« Ne croyez pas du reste, citoyen min.islre, (jue j'aye mis de l'entêtement à rester à Avignon, il y allait de ma vie si je me fusse rendu dans la commune de l5agnols. C'est bien là le cas de force majeure qui excuse celui qu'elle contraint. . .

« Pour la sûreté publique^ il n'y a rien que je ne sacrifie, mais que la protection des lois ne me soit pas refusée et que justice me soit faite... Privé de mes biens, réduit d'une aisance très honnête à la nécessité de travailler pour vivre et de travailler plus que mes forces me le permettent, que le gouvernement m'indiijue où il veut que je réside et je m'y traînerai. L'ostracisme est glorieux ipiand on souffre pour avoir bien servi sa patrie. « Salut et fraternité.

« TESTE, Place du Palais, 14. »

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