GÉNÉRAL DE DIVISION
Né à Bagnols le ig novembre ^77^ Mort à Angoulême le 8 décembre 1862
,AissoNS à l'histoire impartiale le soin de résoudre cette [question brûlante : les grandes guerres de l'Empire |ont-elles été préjudiciables aux intérêts de la France ? « Nos armées victorieuses auraient-elles, à tort, répandu dans l'Europe entière les principes du droit moderne et reculé les limites du progrès de Thumanité ? »
Notre humble voix ose se prononcer : elle approuve le prosélytisme, mais non pas celui qui se pratique à main armée : « l'on ne tire pas des coups de fusils aux idées, a-t-on dit, » donc, plus de guerre de conquête et de dynastie.
Cependant lorsque une rupture est imminente et nécessaire, il y a lieu d'exalter les exploits des héros, qui s'y trouvent engagés. Le soldat défend le sol, protège la famille ; le chef couvre le citoyen, et, par sa tactique prudente, atténue les horreurs d'une guerre fatale.
Nous songions à l'épopée Napoléonienne, un jour, en admirant à Paris, l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile et en lisant, inscrit sur un cartouche de marbre, le nom du général Teste, notre compatriote.
Le gigantesque monument nous apparaissait rayonnant de
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gloire, éblouissant, mais il nous semblait aussi, voir, à la base, jonchés sur le sol, des monceaux de vaillants soldats, morts pour la patrie... Tristes conséquences de ces éternelles collisions de peuple à peuple, lorsque l'ambition et la volonté d'un seul homme les poussent à se mettre en marche.
Teste, François, fils d'Antoine, le notaire dont nous venons de parler, naquit à Bagnols le iq novembre 1776. Il fit ses études au collège des Joséphites et prit goût à l'enseignement puisque nous le trouvons déjà, en 1792, professeur de 6^^ au Collège d'où les congréganistes avaient été expulsés (i).
Le jeune patriote de dix-sept ans n'exerça pas longtemps ses fonctions pédagogiques, car au mois d'août de cette même année il était enrôlé dans la garde nationale soldée du district de Pont-Saint-Esprit. Il fit partie de l'expédition contre le camp de Jalès, où il gagna ses galons de sergent, le i"" avril 1793(2).
Sa bravoure venait de se manifester d'une façon éclatante dans une attaque contre les rebelles : François Teste qui n'avait pas atteint sa dix-huitième année inspirait déjà à ses compatriotes une confiance telle que ceux-ci le nommèrent lieutenant-colonel, commandant le i"" bataillon de réquisition du district, devenu le 4'""^ bataillon de la Montagne. Teste partit avec ses réquisitionnaires pour l'armée des Pyrénées- Orientales, et alla faire les campagnes de 171)3 et 1704.
En racontant la vie de son père Antoine, nous avons narré les différents incidents qui se rattachent au bataillon de nos compatriotes -, nous avons parlé des tracasseries suscitées au commandant par des compétiteurs jaloux, injustes, exaspérés. François Teste était rentré dans son pays, vers le 3o
(1) Ce n'était là qu'une organisation provisoire. Chaque professeur avait OOOnivres^rle traitement : c'étaient les citoyens Jean-Charles Faguel (gendre de Rivarol), rhétorique el''seconde ; François-Joseph Cochet, 3"ic et in^^ ; Louis Millet, 5"ic ; Fi'ançois Teste, (jme et Louis Cliabei-|, 7"ie. —V. Annales historiques (le Bagnols, par L. A.
(2) Camp de royalistes fédérés, dans TArdéche. —y.Ânn. hist. Loc. cit.
LE GENERAL TESTE 2C)q
thermidor an II, et avait été autorisé à résider chez son père.
Suspendu de ses fonctions le 3o mai 1704 par le représentant du peuple Artigeote, Teste ne vit lever cette suspension que deux ans après, (17 mars 1706), et attendit encore pendant plus de deux années sa réintégration. (11 septembre 1798). Placé enfin comme chef de bataillon à la suite de la 40'"'^ demi-brigade de ligne, il occupa titulairement un emploi de son grade à la 87"'"-% le 23 novembre 1798, et suivit ce corps aux armées du Rhin et d'IIelvétie.
Aide de camp du général de division Chabran (i) commandant une division de l'armée de réserve, le 22 novembre 1799, il remplit pendant deux mois les fonctions de chef d'état-major de cette division qui s'empara par surprise du fort de Bard, et fit la campagne de Marengo.
« Les qualités militaires déployées par le commandant Teste dans cette mémorable campagne lui méritèrent le grade de chef de brigade et le commandement de la ô'"*^ demi-brigade de ligne, (9 août 1800), l'une de celles qui avaient fondé leur glorieuse renommée, sous les yeux du général Bonaparte dans les plaines de la Lombardie et dans les gorges du Tyrol. Il rejoignit ce corps à l'armée d'observation du Midi de l'Italie, et fit avec lui les campagnes de 1801 et 1802 en Toscane. (2) »
La campagne de i8o5, qui ouvrit la guerre de la troisième coalition, amena le colonel Teste sur les rives de l'Adige, à la tête du 5"^^ régiment d'infanterie de ligne. Il se distingua au passage de ce fleuve et à la prise des lignes de Caldiéro (29 et 3o octobre). Au combat de San-Pietro-in-Gin (4 novembre), il culbuta dans la Brenta l'arrière-garde de l'archiduc Charles, et ce brillant fait, d'armes lui valut l'honneur d'être nommé général de brigade, sur le champ de bataille même,
(1) Le général Chabran, Joseph, né à Cavaillon (Vaucluse)', le 22 juillet 1763, était capitaine en 1792.
(2) Extrait d'un article nécrologique signé H. llennet. —V la Moniteur de l'armée du 10 février 1863, n" 9.
par le maréchal Masséna. Sa nomination fut confirmée par Tempereur le 2(S juillet iSo6.
Le i*''" octobre suivant le général Teste commanda l'avantgarde de l'armée de Dalmatie. Il revint à Tarmée d'Italie au mois de juillet 1807 et le prince Eugène lui confia successivement divers commandements à Brescia, à Vérone et à Trévise.
Teste fit la campagne de i8oc) avec une brigade de la division Grenier. Blessé grièvement au pied gauche par la mitraille au combat de Sacile (16 avril) il n'attendit pas sa complète guérison pour rejoindre l'armée d'Italie sous les murs de Raab, en Hongrie, et il eut la fortune d'arriver à temps pour prendre une part glorieuse à la bataille du 14 juin qui prépara l'éclatante victoire de Wagram. Il contribua d'une manière décisive au succès de nos armes dans cette bataille en s'emparant , à la tète du 112"'"-' de ligne, du plateau de Szabadheg}^ L'empereur l'en récompensa par le titre de baron et une dotation de 4,000 francs sur les biens du domaine extraordinaire à Rome.
En 18 10, notre compatriote commanda le département de l'Orne. Le 5 avril 181 i, il était investi du commandement supérieur de Custrin, à l'armée d'Allemagne et c'est le 21 novembre de cette même année qu'il fut créé baron de l'empire ; les lettres-patentes précisent ainsi les armoiries qui lui furent octro3'ées : — Parti d'a~nr et d'or : — Vaiur à la tctc de lion d'or ; l'or en dextrochère brassardé ; mouvant du flanc senestre^ de sable rehaussé darg-ent, tenant une épée haute, en barre de gueules ; franc-quartier des barons tirés de l'armée... (i) »
Au mois de janvier 181 2, Teste eut le commandement d'une brigade de la division Compans, qui, au printemps suivant, devait faire partie du i'^'' corps de la Grande-Armée et aller combattre sur les rives de la Bérézina.
(1) Archives de la Chancellerie : communication de M. le minisire de la Justice, garde des sceaux.
LE GENERAL TESTE Soi
Le général Teste déploya une grande bravoure à Mojaïsk (5 septembre), où la division Compans s'empara de vive force de la redoute de Schwardino. Il se signala de nouveau le lendemain à la bataille de la Moskowa. Dans cette sanglante journée, il pénétra avec une poignée de braves du 57"^'-^ de ligne dans un des premiers redans de la grande redoute, vit son aide de camp tomber mort à ses côtés, eut son cheval tué sous lui, et se maintint dans la position qu'il avait conquise jusqu'au moment où un coup de feu, lui fracassant le bras droit, le mit hors de combat (i). Transporté à l'ambulance auprès du général Compans, qui avait été frappé aussi dans cette lutte acharnée, il fut dirigé sur Moscou. Il n'était pas encore guéri de sa blessure, lorsqu'il reçut l'ordre d'aller remplacer le général Baraguey-d'Hilliers dans le commandement de Viasma.
Le mouvement de retraite de l'armée ramena le général Teste à Berlin. Le 14 février i8i3 l'empereur le nomma général de division et commandant de la 4"^^^ division du 2me corps d'observatiou du Rhin, devenu G"^*^ corps de la Grande-Armée. Il délivra Cassel des incursions des cosaques de Czernicheff, parvint à forcer le blocus de Magdebourg, et prit le gouvernement de cette place en remplacement du général Haxo.
« A la bataille de Dresde (27 août 181 3), le général Teste attaqua avec sa vigueur accoutumée le faubourg de Plauen et fit mettre bas les armes à i,5oo Autrichiens. Par un retour de fortune, il subit bientôt le même destin. Le 11 novembre, il était prisonnier de guerre, par suite de la violation de la capitulation de Dresde, et conduit en Hongrie. Il ne rentra en France qu'après la conclusion de la paix. Chevalier de Saint- Louis le 8 juillet 1814 il reçut le commandement du département du Pas-de-Calais le Si août suivant (2). »
(1) Victoires et conquêtes des Français, T. XXI, p. 208 — V. la note rectificative, T. 25; appendices et en-ata, p. 81.
(2) \ . Moniteur de l'armée. Loc. cit.
Pendant les Gent-Jours, l'empereur appela le général Teste à Paris (i5 avril i8[5), et lui donna le commandement de la 2 1"^^^ division d'infanterie (22 avril), faisant partie du 6"^*= corps d'observation devenu 6"^^ corps de l'armée du Nord, et que le général comte de Lobau conduisit, au mois de juin, dans les champs de la Belgique.
Dans cette campagne, où les derniers soldats de la Grande- Armée succombèrent, le général Teste , par un admirable exploit, inscrivit son nom dans les fastes militaires de la France. Le lendemain de la victoire de Ligny, sa division fut détachée du 6"''-^ corps et placée sous les ordres du maréchal de Grouchy (ij. Le 19 juin, au moment oia ayant emporté les hauteurs et le moulin de la Bierge, il voyait fuir devant lui les avant-postes prussiens, il apprit la fatale nouvelle du désastre de Waterloo et reçut l'ordre de battre en retraite. Il exécuta ce mouvement avec la plus grande habileté, manœuvrant devant un ennemi fort supérieur en nombre, et regagna Namur. C'est là que les 2,3oo braves qu'il commandait arrêtèrent durant une journée entière un corps de 20,000 Prussiens, et, d'après le témoignage du maréchal de Grouchy, « donnèrent à l'armée, par cette héroïque résistance, le temps nécessaire pour diriger sur Givet son matériel, ses équiqages, ses blessés et l'artillerie enlevée la veille à l'ennemi. » Glorieux fait d'armes que Napoléon plaçait au même rang que « l'extraordinaire défense de Huningue par l'intrépide Barbanègre, et l'expédition brillante du brave Exelmans devant Versailles, » et duquel il a dit que « dans la foule des hauts faits et des traits historiques qui ont été se perdre dans la confusion de nos désastres et le gouflre de nos malheurs, il faut citer... la belle résistance du général Teste à Namur, où, dans une ville ouverte, avec une poignée de braves, il arrêta court l'élan des Prussiens et favorisa la rentrée de Grouchy sans être entamé (2). «
(1) Vid. etconq., T. XXIV, p. 192, 197, 233, 23-i, 235.
(2) Vict. et conq., T. XXIV, p. 3G5 et note 2. — Même vol., p. 373-974-375.
LE GÉNÉRAL TESTE 3o3
La division Teste continua de former l'arrière -garde du corps de Grouchy dans sa marche surLaon, puis sur Paris et la Loire. Elle fut licenciée le ['-''" septembre, et son commandant après avoir concouru, sous les ordres du maréchal Macdonald, duc de Tarente, au licenciement de l'infanterie de l'armée de la Loire, se retira dans ses foyers avec le traitement de non activité (i^"" Janvier i8i(3).
Nos compatriotes accueillirent avec enthousiasme le brave général qui avait défendu vaillamment le drapeau de la France et s'était attiré l'estime de tous, chefs et soldats.
Lorsque la Restauration organisa le cadre de l'état-major (3o décembre 1818). Teste fut compris dans ce groupe d'officiers supérieurs : cependant ce ne fut qu'qn 1828 qu'il devint inspecteur général dans la iS"^*-' division militaire.
Teste ne répudiait point son origine et ses convictions de vieille date ; aussi en i83o le voyons-nous accueillir avec enthousiasme le rétablissement du drapeau tricolore. Dès le 3 août il était envoyé à Rouen pour prendre le commandement de la 14™*^ division. Un an plus tard (4 août i83i), il recevait le commandement de la 2"^"^ division d'infanterie de l'armée du Nord. Rappelé à Rouen le 3 janvier i832, il y commanda pendant douze années consécutives.
L'heure du repos sonna pour lui le 20 novembre 1843. Ses services exceptionnels lui avaient mérité d'être élu à la dignité de pair de France (7 novembre 1839) ; ils lui avaient mérité aussi d'être maintenu en activité jusqu'à l'âge de soixante-huit ans (i5 novembre 1840), par application de la loi du 4 août 1839. Les habitants de Rouen, de leur côté, voulurent lui donner, avant son départ, un éclatant témoignage de reconnaissance pour les services qu'il leur avait rendus : ils lui offrirent une épée d'honneur, qu'une ordonnance du 23 octobre 1843 l'autorisa à accepter. Il avait déjà reçu une semblable preuve d'estime de la part des habitants d'Arras en i8i5.
Dans la notice biographique de M. Cotton , maire de
Bagnols, (i), nous avons parlé plus longuement de cette distinction lionorifique offerte par les rouennais. Nous avons dit avec quel enthousiasme la nouvelle fut accueillie à Bagnols puisque le Conseil municipal d'alors tint à honneur d'adresser à l'illustre général l'expression de sa plus vive sympathie.
Après la Révolution du 24 février, legouvernement provisoire ayant supprimé la section de réserve, l'honorable général fut admis à la retraite le 12 avril 1848 \ mais il se trouva replacé dans cette section le i"' janvier i853, lorsque l'empereur l'eut rétablie.
En i852 le général baron Teste se trouvait sur les rangs pour la députation. C'était l'époque des candidatures officielles, le Prince-président par l'organe du préfet du Gard présentait aux électeurs un honorable candidat qui se recommandait d'ailleurs de lui-même à leurs confiance et à leurs suffrages. .
La proclamation du maire de Bagnols portait textuellement ces mots : «: A ses longs et glorieux services militaires, le général Teste, notre illustre compatriote, réunit les plus hautes qualités morales. Aucun des enfants du pa3'S voués à sa noble carrière ne s'est en vain recommandé à son bienveillant patronage. Une immense dette de reconnaissance est pour nous depuis longtemps contractée. Partout se retrouvent les traces du bien qu'il fut donné à sa famille de faire dans toute la contrée. Il y aurait donc ingratitude et défaut de patriotisme à repousser un honorable concit03^en, qui, après avoir versé son sang pour la France sur le champ de bataille, met encore à son service cet esprit distingué, apanage commun des siens, ces talents administratifs qu'il a déployés comme gouverneur de diverses places importantes, cette expérience consommée et ce caractère à la fois énergique et conciliant qui lui valurent les plus précieux témoignage d'estime et les plus hautes distinctions dans toutes les divisions militaires soumises à son commande-
Ci) T. I, p. 195.
LE GÉNÉRAL TESTE 3o5
ment... » Ce noble langage, expression de la vérité, résumait r opinion de tous ses concitoyens.
Le général Teste avait été nommé membre de la Légion d'honneur à la création de l'ordre le 19 mai 1802; officier le 14 juin 1804 ; commandeur le 8 octobre 18 12, en considération de sa bravoure à la bataille de la Moscowa; grand-officier le 21 mars i83i. Enfin la dignité de grand-croix (14 décembre 1849), ^^^^^ venu couronner cette carrière bien remplie et qui, après avoir été entourée d'un certain éclat, s'est terminée modestement au foyer de la famille.
En effet, notre compatriote s'éteignit à Angoulême dans la nuit du 7 au 8 décembre 1862 à l'âge de 87 ans, entre les bras de Madame Vallier sa fille. A ses funérailles ses trois gendres conduisaient le deuil : la foule était immense, mais elle eut été inombrable si tous les obligés reconnaissants que le général avait accueilli eussent été là pour témoigner par l'expression de leur gratitude les regrets d'avoir perdu un ami, un patron, un bienfaiteur.
Dans ses dispositions testamentaires le général n'a point oublié sa ville natale : il a légué mille francs aux pauvres de Bagnols et mille francs pour contribuer à la fondation de la bibliothèque communale qu'il a enrichie, depuis, par Tenvoi d'environ cent beaux et bons volumes de statistique, de voyages et d'histoire.
Lorsque M. Saurin, alors maire, lui annonça le projet de cette fondation, le général adressa une lettre fiattause et son portrait à celui de ses compatriotes qui en avait pris l'initiative. Le général Teste avait un grand cœur, il comprenait noblement l'usage de la fortune : « donner, à ceux qui en manquent, et du pain et de \ instruction. »
Le général baron Teste n'a point laissé de fils ; ses trois filles ont épousés M. le baron Thiry, receveur particulier des finances, M. Fraissynaud, conseiller à la cour d'appel, T. II ' 20
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M. le chef d'escadrons d'artillerie, Vallier, inspecteur de la poudrerie d'Angoulême.
Sigalon peignit le portrait du général Teste, une copie en a été offerte au Musée de Bagnols par le fondateur de l'établissement.
VERNET (JOSÉPHINE) Sœur MARIE-ALEXIS