‹ Notices biographiques du GardChapitre 7 sur 68 · COLONEL · texte numérisé non relu

COLONEL

A'é à BaL>-iioIs le 25 novembre ijya Mort à Pau le 7 décembre i86-j

,E 16 juillet 1789 U1I jeune bagnolais quittait sa ville I natale pour se rendre à Nîmes, afin de s'engager jdans le 12^^ bataillon de chasseurs de Roussillon. ■Nous le voyons bientôt à la frontière, prenant une part active aux opérations des troupes. Il se conduisait en brave. Ses anciens compagnons d'armes, qui en conservèrent le souvenir, applaudissaient à sa belle conduite : ce jeune homme se nommait Antoine Lèbre. Il était alors d'un caractère concentré, assez peu communicatif : deux ans plus tard, les volontaires, partis avec lui, le perdirent de vue, on en parla peu dans le pays, il n'}^ est jamais retourné depuis (i).

Qu'était devenu Antoine Lèbre ? — Une feuille publique, le Mémorial des Basses-Pyrénées de 1867 nous l'apprend ; et faute de relations avec la famille de ce glorieux survivant de la grande armée, c'est au moyen d'un document éphémère que nous établirons, en quelque sorte, les états de service de cet oublieux mais illustre compatriote.

(1) La famille Lèbre est aujourd'hui représentée à Bagnols par MM. Granier, Césarin et Raoux.

Antoine Lèbre naquit à Bagnols, le 25 novembre 1772, de Guillaume et de Marie Ventailla ; son père était cultivateur. Agé de dix-sept ans à peine il entrait dans la carrière des armes. Grâce à son intelligence et à sa bravoure, dans une époque de continuels combats, il franchit rapidement les grades inférieurs ([) et mérita les épaulettesde capitaine au siège d'Ancône le 12 vendémiaire an VIII.

Lèbre lit toutes les campagnes de 1792 jusqu'à Tan VI, à l'armée du Rhin : il s'y distingua par son courage et, entr'autres exploits, il fit, de sa main, cinq prisonniers à Kaiserslautern. Sachons dans quelle circonstance s'opéra le fait d'armes, le troisième complémentaire de l'an II, — 19 septembre 1792, — les mémoires du temps nous l'apprennent (2).

« On sait que dès la veille les Prussiens, voyant que l'armée de la Moselle avait dégarni le point de Kayserslautern pour rapprocher une partie de ses forces de Trêves, se déterminèrent à s'ébranler afin d'aller ruiner les boulangeries et les autres établissements français.

« D'autre part, dix mille Autrichiens couvraient le flanc de cette expédition : le prince de Hohenlohe à Goelheim et le général Blucher, au pied des Voges, attendaient.

« Les Français, s'apercevant de ces mouvements offensifs, résolurent de les prévenir en attaquant eux-mêmes les Autrichiens. Six bataillons détachés du corps d'armée, se portèrent le 18 septembre sur la brigade de Woss, campée sur le Schoerlberg. Ne s'attendant pas à être attaqués, les Autrichiens furent d'abord surpris, les Français égorgèrent les avant-postes et pénétrèrent jusque dans le camp, sans avoir éprouvé de résistance. Mais ce succès fut de courte durée. Les Autrichiens, ralliés fondirent, à leur tour, sur les assaillants qui furent obligés d'abandonner la position et de se retirer.

« Les Français de la division Desaix se retranchèrent avec

(1) Voir ci-apiès la noie A.

(2) Victoires H anniuêtes des Français, T. jll, p. 165,

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soin sur les hauteurs de Kayserslautern, où, bientôt accables par le nombre, dans un combat meurtrier livre à la baïonnette, ils évacuèrent les deux villages qu'ils occupaient. »

C'est pendant cette retraite glorieuse que notre héros, alors lieutenant, accomplit le fait d'armes mentionné dans ses états de services. Suivons notre brave compatriote à l'armée d'Italie.

Il était, avons-nous dit plus haut, en l'an VIII, à Ancône, lorsque cette capitale de la Délégation pontificale soutint pendant trois mois un siège mémorable. C'était à la fin de 1799, la ville et le port étaient en la possession du général Victor depuis deux ans, lorsqu'une escadre turco-russe, un corps nombreux d'insurgés italiens et une armée autrichienne vinrent assiéger la faible garnison française.

Encouragés par leur digne chef, l'intrépide Monnier, les 2,000 hommes ne consentirent à ouvrir leurs portes que lorsqu'il ne fut plus humainement possible de résister. La capitulation la plus honorable leur fut accordée.

Lorsque le commandant de l'artillerie autrichienne vint constater l'état des forts et des magasins, les brèches, les décombres, le restant de la poudre avariée, les pièces démontées, il ne put s'empêcher de témoigner son admiration, et dit en se retirant, aux officiers français : « Il n'y a pas de reçu à vous donner. Messieurs, vous n'avez conservé que la gloire, nos reçus n'y ajouteraient rien. »

Lèbre fut, un des premiers, créé chevalier de la Légion d'honneur, le 27 frimaire an XII.

Le 5 pluviôse an XIII, nous le trouvons aide-de-camp du général Espagne. Il passe capitaine dans l'ex-garde de Naples le 26 septembre i8o(3, et il est promu au grade de chef de bataillon dans le régiment des voltigeurs de l'ex-garde royale d'Espagne le 14 mars 1809. En 1812, il était major dans ce même régiment ; il prend part à toutes les opérations de la guerre de la Péninsule. Rentré au service de la France et admis avec son grade de major, Lèbre reçoit le grade de co-

loncl dans le 14*^ régiment de voltigeurs de la garde impériale, le 17 mars 1814.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le 29 octobre de la même année. Du 14^ régiment de voltigeurs, Antoine Lèbre passa colonel, à la suite, de l'ex-yi'"'-^ de ligne et le 17 mars 181 5 le roi lui remit la croix d'officier de la Légion d'honneur.

Après trente ans de service, notre compatriote fut mis à la retraite en 1820-, mais Theure du repos n'avait pas sonné définitivement pour lui, et onze ans plus tard le Gouvernement de Juillet, appréciant ses mérites, le rappelait en activité et lui confiait le poste de Commandant de place à St-Jean-Pied-de- Port, poste qu'il occupa jusqu'en iN35. Ce brave, un des héros de la grande épopée de la République et du premier Empire, méritait une haute récompense : elle vint le trouver dans sa vieillesse. Un décret impérial du 3 octobre i858, lui accorda la croix de commandeur de la Légion d'honneur et couronna ainsi une carrière toute consacrée au paN's.

Oui, et nous ajouterons, nous : « consacrée à la France « c'est le devoir de tout bon cito3'en et le colonel Lèbre l'avait accompli ! ! ! Mais sa patrie réelle, mais la ville qui l'a vu naître, pourquoi n'a-t-elle jamais pu jouir du triomphe d'un de ses plus glorieux enfants : Lèbre n'était-il pas un bel exemple à donner à la génération d'aujourd'hui, si peu entraînée vers les nobles élans patriotiques ! Cette réflexion pleine d'amertume et de regrets nous a toujours profondément contristé... Bagnols, qui ne fut jamais ingrat, ne méritait pas ce semblant d'iujure et, nous le disons en patriote convaincu : le souvenir des hommes tels que l'honorable colonel Lèbre ne doit point être oublié. Si de nouveaux liens de famille semblent condamner tels de nos concitoyens à vivre éloignés de nous, comme en une sorte d'exil, rappelons leur mémoire et léguons à la postérité l'exemple de leur bravoure militaire et de leurs vertus civiques.

Le colonel Lèbre est mort dans sa qô'"*^ année: nous savons

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qu'il a laissé des fils et des petits-fils, avocats ou militaires, qui vivent encore et ont fait souche à Pau, où ils continueront les traditions d'honneur qu'il leur a léguées.

NOTE

(A, p. 24.) — Lèbre s'engagea le 16 juillet 1789 au 12«ba(aillon de chasseurs de Roussillon. Incorporé dans la 12c demi-brigade d'infanterie légère, devenue le 16e régiment d'infanterie légère, il devint caporal-fourrier le 1er avril 1791, sergent le 1er juin de l'année suivante, et fit la campagne de 1792 à l'armée du Rhin. Le 15 mars 1793, promu au grade de sergent-major, il continua à servir à l'armée du Rhin pendant les camiiagnes de 1793 à Tan II. Sous-lieutenant le 8 brumaire an II, il fut nommé lieutenant le 28 fructidor suivant... (Extrait du Panthéon de la Léijiua dlioaneur, T. IV).

LEVI BEN GERSON

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