‹ Notices biographiques du GardChapitre 9 sur 68 · MADIER (JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

MADIER (JEAN-BAPTISTE

MÉDECIN

Né à Bagnols le 12 octobre IJ40 Mort à Bagnols le 12 août 1824

'Ussi loin que nos investigations puissent s'étendre jnous trouvons l'esprit et le tempérament bagnolais jinitiateurs et aventureux. La vie de plus d'une de nos -illustrations le prouve. Nous allons narrer une page d'histoire locale qui confirmera notre dire. Mais toutefois pour expliquer ce qui va suivre, il est bon de riippeler dans quelle situation se trouvait notre petite ville, vers 1784.

A l'emplacement de l'ancien château de Montmorcncv, on venait de construire un Collège, sur les terrains donnés depuis longtemps déjà par le prince de Conty aux Joséphites. Non loin de là, à la Citadelle, l'Hùtel-Dieu ouvrait les portes de ses vastes salles neuves, aux malades et aux infirmes du pa3^s. Les mêmes hommes qui avaient entrepris ou surveillé ces importants travaux vivaient encore, ils devaient être désireux de ne point rester étrangers à ce grand mouvement qui se faisait alors dans les esprits, lequel semblait être le précurseur d'une modification prochaine, imminente, assurée.

L'intéressante découverte d'Annonay fit grand bruit : Mont-

golfier venait de trouver disait-on, le moyen de s'élever dans les airs à l'aide d'un ballon gontié de gaz. Déjà, — en 1783, — Pilàtre des Rosiers et le marquis d'Arlanges, — languedocien,

— avaient émerveillé Paris ; déjà Madame Tible, la première femme qui ait osé s'aventurer dans les airs, préparait une ascension à L3^on, — juin 1784, — lorsque nos hardis compatriotes eurent la pensée d'expérimenter à Bagnols, les Montgolfières (i).

Il ne nous est pas possible de recueillir, ici, tout ce qui a été écrit et imprimé pour ou contre ces novateurs ruraux : leur tentative fut ridiculisée ; on les persifla, on les chansonna ; ils n'en poursuivirent pas moins jusqu'au bout leur projet : honneur à eux !

Un ballon fut construit : la légende d'une gravure du temps s'exprime ainsi — Lou Globo : — « Il était en toile fine, dite rebattue, doublée d'un papier exactement collé au dedans. On en employa 840 mètres. Son diamètre était de 14 mètres et 5o centimètres et la hauteur de 20 mètres. Deux cônes tronqués, attachés par leurs bases, à un cylindre de 8 mètres, produisaient la forme ovale. Son contenu était de 2201 mètres cubes. Son poids total était d'environ 35o kilogrammes. (23o kil. de toile, 20 kil. cordages, 100 kil. bateau, poêle, agrès, combustibles : et le poids des voyageurs en sus). «

Par qui ce navire aérien avait-il été dessiné, taillé, dirigé ?

— Par Madier, Gensoul, Blanchard, Teste, Roussel et autres hardis novateurs.

M. Jean-Baptiste Madier était un médecin habile etchercheur. C'était le temps des importantes découvertes : Lavoisier, Vicq-d'Azir et peu après Chaptal, de Montpellier, devenaient

(1) II est probable que les organisateurs de la fête étaient en correspondance avec Uivarol, (jui à Paris^ après avoir assisté aux expériences de ITiSo })ul)lia une lettre à M. le Président de *** sur le globe aérostatique... (X'tte lettre donne de longs détails scientiliques sur Tapplication de la découverte de Monlgollier, d'Annonay. — V. Œuvres complètes de Rivarol. T. II, p. 207.

les amis de notre savant compatriote, (i) Celui-ci possédait comme eux, fourneaux, cornues, gaz et acides de toutes sortes : le peuple l'accusait de chercher la pierre philosophale et de compter comme certaine la découverte de la fabrication de l'or. C'est donc Madier que l'on mit à la tète de l'entreprise, d'ailleurs, la chanson du temps le dit :

Non^ tu n'as pas^ cher Madier

Trompé notre attente

En faisant de Montgolfier^

Eépreuve étonnante :

Pour toi quel jour glorieux !

Tes trop faibles envieux

Ont vu^ de leurs propres jeux ^

Ce qui les tourmente.

Les essais de gontlement du ballon se faisaient dans un cliamp, au sud de la ville, dans la Terre des Darnes^ (2) là se réunissaient toute la population de la contrée, tous les villageois des environs et les curieux des villes voisines. Les tâtonnements, les tentatives durèrent plusieurs mois : rien ne ralenti-ssait la curiosité persévérante des étrangers. On accusait cependant Bagnols de spéculer au profit des hôUelleries du temps, de là des couplets satiriques échangés et la fameuse tirade en Langue d'oc :

Lou globo vai parti

Moiigra lou Saint-Esprit

et cette chanson provençale qui rappelle les acteurs empressés :

Moussu de La Martino N'enfasié tristo mino.

Moussu Madier^ peccaire^ Semblavo'un amoulaire !...

(1) Chaptal acceptait ses communications scientifiques, il en parlait dans ses ouvrages^ mais ne citait jamais le nom de l'auteur. Madier était en correspondance suivie avec Vicq-d'Azir, il recevait des lettres flatteuses de ce secrétaire perpétuel de la société royale de médecine.

(2) De l'abbaye de Valsauve de Bagnols et des dames Ursulines. Ces deux couvents possédaient des terres dans ce quartier.

Enfin, le i8 avril lySS (i), devant plus de dix mille spectateurs, tout est terminé. Darroussin est prêt à monter dans la nacelle, avec Ballet (2i dont le fils, de dix ans, battait la caisse par la ville et appelait le public au champ, où l'ascension devait avoir lieu. — Sonné li clas de moiin paire^ disait le jeune gamin en tapant plus fort. La foule s'empresse, se rue vers l'enceinte. Alexis Gensoul tenait la clavctto, c'est-à-dire, avait la direction des cordages et commandait, mais sous les ordres de Madier, le grand chef. Enfin on lâche tout : le ballon s'élève majestueusement, il monte, il monte sans secousses et plane dans les airs aux applaudissemeats frénétiques de la foule émue... peu à peu un vent léger le pousse vers le nord, et on le perd sur les hauteurs de Roquebrune, il allait échouer vers St-Alexandre. Les intrépides navigateurs tinrent bon jusqu'au dernier moment, mais, à quelques mètres du sol, Darroussin voulut sauter de la nacelle, il se cassa la jambe.

Les épaves furent ramassées: le Globo fui transporté avec pompe à Bagnols ; là, les débris restèrent comme un trophée à l'Hôtel-de-Ville, mais on songea à en utiliser la toile pour servir, en 17Q2, à l'habillement des volontaires de la République : avec l'étoffe, on leur fit des sarreaux, espèce de blouse, ample et commode (3).

Après cette fête mémorable Bagnols, reprit bientôt sa vie calme et monotone, seulement il avait inscrit dans ses annales une page relatant la réussite d'une tentative périlleuse qui affirmait une fois de plus l'esprit enthousiaste de ses enfants.

Quant à Madier et à ses amis, leur souvenir vivait dans le

(1) Les consuls étaient MM. Pugiiières, Henri Briiguier, Malignon et Martin: dans la commission on comptait : de Sibert, Charmasson, Couderc, Blanchard, Massonnet, Dumazer, Baylesse, Auzières.

(2) Compagnon, dit la Tranquillité; il avait fait le tour de France, menant une vie aventureuse, il était venu s'établir et se marier à Bagnols.

(3) V. Annales historiques de Bagnols de 1788 à 1805.

récit que nos grands pères faisaient de la fcsto d'où globo. Nous devions rappeler ici cette audacieuse fantaisie.

Les chroniqueurs ou les savants qui ont écrit l'histoire de la navigation aérienne ne citent point Bagnols ; il nous semble bon de rendre à notre pays Thonneur qui lui revient, et pour renouveler la mémoire de ce que firent nos devanciers, nous voudrions voir organiser /'o//r /c^ nS avril i885 une grande fcte aérostatique. Nous proposons dores et déjà d'appeler ici le Duruof ou la Poitevin de l'époque et d'avoir aussi un Centenaire à la mémoire de Darroussin, de Ballet, de Madier et autres. Il se trouvera assez de descendants de ces familles anciennes et honorables pour aider et encourager la municipalité à prendre l'initiative d'une fête qui fera honneur et profit à notre chère ville de Bagnols.

La famille Madier habitait en 1740 la maison n" 12, rue de la Pâtisserie.

Notre savant compatriote, filsdeRoch Hyacinthe et d'Elisabeth Bruguier avait fait ses études — rhétorique et philosophie, — au collège Louis-le-Grand, à Paris. Comnie son père, il tint à prendre ses grades à l'école de médecine de Montpellier, où il fut reçu docteur en 1762 (i).

(I) Madame veuve Rocli Hyacinthe Madier avait acheté en 1760 hi helle maison (lui a été hahitée par sa famille et ses descendants jusqu'en 1807, époque où elle a été vendue pour y établir rHôlel-deVille. Ce fut messire Paul- Antoine Magnin de Gaste, chevalier, seigneur de la Ramière qui la céda à M" Madier. L'immeuble confrontait alors du levant les dames de St-Bernard, du midi les maisons de M. Charrier de Moissard et celle de M. Marmier (aujourd'hui maison Sartre, orfèvre).

L'hôtel appartenait en 1605 à Simon Fabre (dont la tille unique épousa Magnin de Gaste). En 15i3 à x\ntoine Servier, et avant lui à Jean Pelet.

La construction actuelle date de 1675, ce serait donc M. de Gaste seigneur de la Ramière, qui fit bâtir l'hôtel dans le style Louis XIV. On y remar(iue outre un escalier monumental et grandiose,, — eu égard aux habitations de notre petite ville de Bagnols^ — une pièce au premier étage, ornée d'une boiserie sculptée et dorée, mais d'un goût moins pur que l'alcôve artistique de l'hôtel de lord Melford (maison Astier, rue l'oulagière).

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