‹ Notices biographiques [microforme]Chapitre 29 sur 33 · CRE · texte numérisé non relu

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ceux qui ont le courage de surmonter leur ennui. goûter P”

Et ce disant, mon consolateur m’entraîna, parla main, vers la principale porte d'entrée donnant sur la cour, et, trois minutes après, j'étais installé dans sa chambre, en face d’un pot de confitures que je vidai à moitié, pendant que mon amphytrion me posait, sur mes goûts et mes projets d'avenir, une foule de questions auxquelles je répondais entre deux bouchées. Quand je sortis de la table, mon ennui reculé dans le fin fond de mon estomac, par les confitures, ne donnait plus signe de vie.

Et voilà comment je liai connaissance, pour la première fois, avec le vénérable prêtre que le clergé canadien et le séminaire de Québec viennent de perdre en la personne du regretté Messire J. F. X. Baillairgé.

Que de fois, depuis cette aventure, j'ai rencontré cette bonne et franche figure dans le chemin de ma vie d’écolier, et que de fois aussi, j'ai eu occasion de voir le fond de son cœur d’or! Entre autres jouissances dont je lui suis redevable, quels heureux moments n'avons-nous pas, à tour de rôle, passé, mes jeunes camarades et moi, dans cette chambre si connue du deuxième étage, croquant à belles dents, avelines et biscuits, tout en agaçant les espiègles petits quadrupèdes qui composaient l'intéressante ménagerie installée en permanence !

A cette époque, feu messire Baïllairgé cumulait les fonctions d'économe et d'infirmier. L'économe, exigeant comme on l’est à cet âge, nous ne savions guère l’apprécier ; mais l’infirmier, comme nous l’aimions et comme il nous gâtait par son excessive condescendance ! A l'apparence de la plus légère indisposition, à l’occasion de la plus insignifiante égratignure, nous grimpions à sa chambre, le plus souvent dans l’unique but d’attrapper quelques sucreries ou d’escamoter un quart d'heure d'étude. Et quand il survenait, chez un de nous, une maladie assez sérieuse, pour justifier l'application du supplice si désiré de l'infirmerie, de quels tendres soins n'entourait-il pas son petit patient |

Je me rappelle d’avoir fait, une année, à l'infirmerie, une quarantaine déterminée, cette fois et par exception, par une écorchure de bi loi. Par exception encore, j'étais seul confiné là, monsieur le de. ir ayant mis, depuis peu, pour cause d'abus, l’embargo sur

les malades de contrebande. Un long mois durant, notre digne

Veux-tu y

infirmier, non seulement se mit en quatre pour me pansér et me médicamenter, mais se condamna, pour me distraire, à sacrifier tous les jours, une heure et plus à entendre mon babillage.

Cette complaisance, cette bonté d'âme, il l’étendait à tous les petits, et ils sont nombreux les élèves pensionnaires de mon temps qui peuvent dire aujourd’hui que, s'ils ont eu le courage de franchir les années d'épreuves d’un cours d’études, ils le doivent au regretté Messire Baillairgé, qui savait si bien, dans l'occasion, par sa sollicitude et ses petits soins, leur rendre moins sensible l’éloignement de cet ange du foyer qu'on appelle la mère, et qui avait, à un si haut degré, l’art de guérir, par ses paternels encouragements, les élèves de première et de seconde année, atteints du #47 de la maison.

Les circonstances ont voulu que, depuis ma sortie du séminaire, je n’aie pas été à même de continuer à suivre, de près, Messire Baillairgé dans son humble et méritoire carrière, mais je suis sûr qu’il a dû continuer longtemps encore à être la providence des pauvres petits écoliers en détresse ; et ils doivent se compter par centaines ceux à qui la nouvelle de sa mort à arraché ce cri du cœur :—

“Vénérable octogénaire, qui fus, dans mes jeunes années, mon ange protecteur, puisse le bon Dieu te solder généreusement, en jouissances célestes, le compte de reconnaissance que je te dois.”

(Signé) À LAURENT Ancien élève du

Séminaire de Québec.

11 Octobre 1880.

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