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ANTOINE BARTHELEMY
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Né à Namur, le 3 février 1764, Antoine Bar-
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thélémy, après avoir fréquenté l'université de
Louvain, fut reçu, en 1787, avocat au conseil
souverain de Brabant. En 1794, il devint échevin
de la ville de Bruxelles.
C'était après la bataille de Fleurus, alors que
la Belgique était traitée en pays conquis par la
Convention nationale et ses commissaires. Dès
leur arrivée à Bruxelles, le 14 juillet, les repré-
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sentants du peuple frappèrent « sur les nobles,
les ecclésiastiques, les maisons religieuses et les
privilégiés de cette ville et de sa banlieue, »
une contribution de cinq millions de livres en
numéraire ; elle devait être payée dans les vingt-
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ANTOINE BAKTHÉLEMY.
quatre heures, à la diligence des magistrats chargés d'en faire la répartition. Gomme on ne put réunir plus de 500,000 livres, cent cinquante-deux notables furent arrêtés et transférés à Maubeuge, d'où ils ne revinrent que dans le mois d'octobre, après le payement intégral des cinq miUions ('). Non contents de cette énorme rançon, les représentants du peuple exigèrent une seconde contribution de cinq miUions encore. Le magistrat résista et refusa même de publier et d'exécuter l'arrêté. Barthélémy était à la tête de la députation qui devait notifier et motiver ce refus. La discussion fut violente. « Savez-vous, s'écrie enfin un des représentants du peuple, savez-vous qu'il y va de votre tête? — H en jaillira du sang et non de l'or, » répondit froidement Barthélémy. La nouvelle contribution ne fut pas
exigée.
L'année suivante, Barthélémy, devenu suspect, fut exclu par le gouvernement du conseil municipal de Bruxelles, et il n'y rentra
qu'en 1807.
Lorsque s'écroula le premier empire français,
(') Voir A. BoRGNET, Histoire des Belges à la fin du dixhuitième siècle, t. Il, p. 315.
ANTOINE BARTHÉLÉMY
et tandis que les alliés victorieux délibéraient sur le sort futur de la Belgique, Barthélémy publia un écrit qui fit sensation; c'était un Exposé succinct de l'état des Pays-Bas, depuis le xy^ siècle jusqu'autraité de Paris, le30 ma*1814. « ... On ressuscite, disait-il, la Belgique telle qu'elle se trouvait il y a trois siècles, sous le gouvernement de la maison de Bourgogne, à l'exception toutefois de ce que la France en a arraché depuis lors, savoir : l'Artois et toute notre ancienne frontière jusqu'à Thionville;à l'exception de ce qui vient d'en être arraché par le dernier traité; à l'exception de ce qui a été et sera peut-être cédé au- roi de Prusse, en récompense des services qu'il a rendus à la cause des alliés; avec cette différence que la maison de Bourgogne était assez puissante pour lutter seule contre la France, qui a aujourd'hui vingt-cinq millions d'habitants, tandis que la nouvelle Belgique (avec les anciennes Provinces-Unies) n'en aura que cinq
ou six. »
En 1815, Barthélémy publia, comme suite à ['Exposé, une seconde brochure ayant pour titre : Des gouvernements passés et des gouvernements à créer. En outre, il avait fondé, avec MM. Van Meenen et Doncker, l'Observateur
ANTOINE BARTHÉLÉMY
belge, recueil périodique, très-bien fait, trèssavant et très-national. Barthélémy y inséra un assez grand nombre d'articles.
Ces travaux ne lui faisaient point négliger les devoirs de sa profession. Il était au barreau de Bruxelles l'émule des Beyens, des Doncker, des Defresnes, des Stevens et des Tarte. En 1820, il signa avec eux une consultation donnée en faveur de Ferdinand Yanderstraeten, qui était traduit devant la cour d'assises du Brabant méridional pour avoir écrit un ouvrage intitulé : De l'état actuel du royaume des Pays- Bas et des moyens de l'améliorer. Cette consultation ayant été invoquée par l'accusé, les signataires furent eux-mêmes arrêtés et emprisonnés ; ils furent ensuite suspendus après une détention préventive de quelques semaines.
Barthélémy était membre de la régence de Bruxelles et des étals provinciaux. En 1821 ceux-ci l'élurent membre de la seconde chambre des états-généraux, où, malgré sa modestie, il acquit bientôt une influence réelle. Il s'y lia avec Surlet de Chokier, dont il partageait les opinions. En 1822, Barthélémy avait été nommé receveur des hospices de Bruxelles, et une dispense lui avait été accordée pour pouvoir rester en même temps membre de la régence; c'était
ANTOINE BARTHELEMY
le conseil de régence lui-même qui avait sollicité cette dispense (').
Quand la révolution de 4830 détruisit le royaume-uni des Pays-Bas, Barthélémy fut élu député au Congrès national par le district de Bruxelles. Il vota pour l'indépendance du peuple belge, pour la monarchie constitutionnelle représentative sous un chef héréditaire et pour l'exclusion des Nassau de tout pouvoir en Belgique. Dans les débats relatifs à la Constitution, auxquels il prit une grande part, il incUna plutôt vers le groupe qui suivait M. Defacqz que pour le parti unioniste proprement dit.
Après avoir fait les plus grands efforts en faveur du duc de Nemours, il fut nommé membre de la députation chargée d'annoncer à Louis-Philippe l'élection de son fils comme roi des Belges. Le 14 février 1831, il écrivait de Paris à son gendre, Alexandre Gendebien :
« ... Vous n'avez pas été mystifiés. La cour pensait pouvoir accepter, mais j'ai lu les dépêches de Londres : le ministère tomberait s'il ne s'opposait pas avec menaces. Cela n'est encore
(') Voir Notice biographique sur Antoine-Joseph Barthélémy, par Jules Gendebien.
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rien. On accepterait la guerre; mais les Cham-
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' bres se sont prononcées contre et refuseraient
le budget. Voilà deux choses qu'on ne prévoyait
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pas et deux obstacles qu'on ne peut pas
vaincre (')... »
Surlet de Chokier fut nommé régent de la
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Belgique. Dans la crise qui coïncida avec la
dissolution de son premier ministère, le régent
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fit, le 23 mars, appel au dévouement de son
vieil ami; il lui offrit le portefeuille de la justice.
La réponse de Barthélémy vaut un portrait.
« Mon cher Régent, écrivit-il, c'est un sacrifice.
Aussi, si vous me demandiez mon petit doigt,
je vous le sacrifierais volontiers. Mais le travail pour un ministère, je ne saurais vous le pro-
mettre; c'est au delà de mes forces. Depuis dix ans, je ne travaille plus qu'à bâtons rompus
et quand la besogne m'est agréable; sinon,
impossible. Après cela voici une objection que
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je vous soumets encore. J'ai trois mille florins
en petites places qu'on ne peut m'ôter, mais
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auxquelles je devrais renoncer. Dans le minis-
tère et le gouvernement tout est temporaire;
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quand il faudra quitter l'un, comment retrouver
(') Voir les Fondateurs de la monarchie belge, Alexandre
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Gendebien, p. 65.
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l'autre? Ce n'est pas comme une terre dans laquelle on rentre à volonté. Avec ces petites places et mes économies je vis, et dans six semaines peut-être je ne saurais plus que devenir. Eh bien! mon cher Régent, j'exposerais encore cela pour vous obliger, tant je vous aime; mais le travail forcé, c'est trop; j'en laisserais la moitié. Pardon de vous refuser. » Surlet ayant redoublé ses instances, son vieil ami finit par se laisser toucher, et le lendemain il fut nommé ministre de la justice.
Barthélémy fit donc partie du second ministère de la régence, et il y tint sa place avec beaucoup de dignité et de fermeté. Il seconda loyalement M. Lebeau dans ses efforts patriotiques pour amener l'élection du prince Léopold de Saxe-Cobourg et pour affermir l'indépendance de la Belgique par l'adoption des préliminaires de paix proposés par la conférence de Londres. « Messieurs, disait-il au Congrès le 6 juillet, vous avez entendu tour à tour les orateurs les plus distingués de cette assemblée ; tous les effets de la tribune sont épuisés; il ne me reste plus que le langage delà froide raison, de celle qui parle à l'aide de calculs. » Il exposa ces calculs; il prononça un discours plein de détails et de faits qui devaient porter la
ANTOINE BARTHELEMY
conviction dans les esprits encore irrésolus (').
Lors de la première formation des Chambres législatives qui devaient, après l'avènement de Léopold ler, succéder au Congrès, Barthélémy fut élu pour le district de Bruxelles membre de la Chambre des Représentants. Il prit en cette qualité une part notable aux débats qui suivirent la désastreuse campagne du mois d'août.
Nul ne prévoyait que ce sage patriote était au terme de sa carrière. La mort l'enleva soudainement : le 10 novembre 1832, au château de Franc-Waret (province de Namur), il succombait, frappé d'apoplexie foudroyante. Il mourait, « entouré, dit un de ses biographes, des soins d'une noble famille dont le chef (le marquis de Croix), proscrit émigré, condamné à mort aux jours néfastes de la révolution française, avait trouvé un asile sûr et dévoué dans la demeure des Barthélémy. »
(•) Voir Discussions du Congrès national, t. III, p. 488.
JEAN-FRANCOIS HEMEQUIN
Jean-François Hennequin vit le jour, le 19 octobre 1772, à Wasigny, arrondissement de Rethel, dans le département des Ardennes, (France). Il achevait l'étude du droit à Paris, lorsque, le 17 août 1792, suivant l'impulsion qui entraînait l'élite de la jeunesse à la frontière, il s'enrôla comme simple dragon au régiment ci-devant Condé. Il débuta sous les ordres du général Jardon, qui était originaire de Verviers. Le 29 novembre 1793, il était nommé secrétaire d'état-major de la première division de l'armée de l'Ouest et, le 13 décembre suivant, commissaire des guerres. Mais il dut résigner ces fonc-