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LE VICOMTE HIPPOLYTE VILAIN XIIII
Belgique, Hippolyte Vilain XIIII se prononça pour l'exclusion des membres de la maison d'Orange-Nassau de tout pouvoir dans le nouvel État. Mais, en cette circonstance décisive, il parla en gentilhomme. « ... La Belgique est libre, disait-il (23 novembre J830). Cette Belgique n'attend pas de nous des déclamations haineuses, mais des actes dignes d'elle: pour ses enfants , des institutions hbres et de la liberté, pour ses ennemis du dedans, de l'oubli. Soyons comme elle généreux. Excluons les Nassau, ne les insultons pas ('). »
Dans les débats relatifs à la constitution, il prononça un discours également remarquable en faveur de l'institution de deux Chambres; il aurait désiré un Sénat à vie nommé par le Roi P).
Hippolyte Vilain XIIII n'abusait point de la parole; il était modeste et circonspect. S'il ne brillait point au premier rang, il avait su toutefois se faire distinguer par un esprit sagace et un noble caractère.
En janvier 1831, le gouvernement provisoire le chargea d'une mission importante. Il l'adjoi-
{') Discussions du Congrès national, 1. 1, p. 294. (') Ibid., t. I, p. 446.
LE VICOMTE HIPPOLYTB VILAIN XIIII
gnit, en qualité de commissaire délégué, à M. Van de Weyer, président du comité diplomatique : ils devaient s'entendre, sur les intérêts de la Belgique, avec les plénipotentiaires des cinq grandes puissances réunis en conférence à Londres. On lit encore aujourd'hui avec satisfaction la note verbale que les deux commissaires délégués remirent le 4 janvier à lord Palmerston pour réclamer l'ouverture de l'Escaut et une autre note du 6 adressée par les mêmes à la conférence sur les limites de la Belgique (').
Au mois de mai, Hippolyte Vilain XIIII retourna à Londres avec le comte Félix de Mérode, l'abbé de Foere et Henri de Brouckere. Ils étaient chargés par le second ministère du régent de se mettre en rapport direct avec le prince Léopold de Saxe-Cobourg et de le pressentir sur ses dispositions pour le cas où le Congrès l'appellerait au trône vacant (').
Quelque temps après Hippolyte Vilain XIIII proposait, avec quatre-vingt-quatorze autres
{") Voir ces deux Notes dans les Discussions du Congrès national,t. Il, pp A3] et132. Voir anssiles Fondateurs de la monarchie belge, Sylvain Van deWeyer, 1. 1, p. 125 et suiv.
(*) Voir les détails de cette mission dans notre Histoire du Congrès national, t. II, p. 1 45 et suiv.
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députés, d'élire le prince Léopold de Saxe-Cobourg. Le prince fut élu à une grande majorité le 4 juin, mais il faisait dépendre son acceptation de l'acquiescement du Congrès aux préliminaires de paix proposés à la Belgique et à la Hollande par la conférence de Londres.
La discussion de ces préliminaires en dixhuit articles fut décisive ; l'indépendance de la Belgique dépendait maintenant de la résolution qui serait prise par l'assemblée. Dans un discours vraiment éloquent, prononcé le 6 juillet, Hippolyte Vilain XIIII soutint qu'il n'y avait de solution raisonnable et immédiate que par l'adoption des propositions de la conférence. Il termina par ces patriotiques paroles :
« ... Notre mandat n'est point spécial et doit embrasser la généralité. Il m'ordonne d'examiner si l'instant est venu de constituer la Belgique sur une base solide, et de peser les avantages d'une prompte solution avec les désastres que pourraient occasionner de plus longs retards. Les nations ont des moments suprêmes pour se constituer, et, l'heure expirée, une longue suite d'années et de calamités s'écoule souvent avant qu'elles puissent en revenir au même point. Déjà deux fois la Belgique a pu conquérir son indépendance, et la
LE VICOMTE HIPPOLYTE VILAIN XIIII
fatalité d'abord, sous l'archiduc Albert, plus tard, des prétentions exagérées, ont privé nos ancêtres de ses doux fruits. Sera-t-il dit qu'une troisième fois pareille catastrophe incomberait à la Belgique, et que l'expérience, aux nations comme aux hommes, n'apporterait aucune leçon ? Je ne puis le croire. Envisageant de sang-froid tous ces ferments de guerre et de discorde qui bouillonnent autour de nous, vous saurez, messieurs, par votre vote affirmatif, en prévenir l'explosion sur le sol de la patrie. Instruits par le passé, vous fonderez pour elle un avenir heureux. Vous saurez enfin donner à la Belgique une constitution, un roi et la paix. » Après la clôture du Congrès, Hippolyte Vilain XIIII fut nommé membre de la Chambre des Représentants ; il y resta jusqu'en 1839. L'année suivante, il se rendit à Turin en qualité de chargé d'affaires près de la cour de Sardaigne, et ce poste diplomatique, il l'occupa jusqu'en 1848.
Mais la période la plus brillante de l'honorable carrière que nous esquissons fut sans conteste le moment où Hippolyte Vilain XIIII, au lendemain de la révolution, défendait auprès de la conférence de Londres les droits de son pays.
52 LE VICOMTE HIPPOLYTE VILAIN XXIII
En 1848 , Hippolyte Vilain XIIII renonce définitivement aux fonctions diplomatiques. Il redevient bourgmestre de Wetteren et il le restera jusqu'à son décès.
Hippolyte Vilain XIIII atteignit l'âge de soixante-dix-huit ans; il est mort à Bruxelles, au mois de mars 1873, honoré comme un digne coopérateur des Lebeau et des Van de Weyer.
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