‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 15 sur 27 · SENTENCE · texte numérisé non relu

SENTENCE

et Nous sindiques, juges des causes criminelles de cette cité, ayant va le procès fait et formé pardevant nous, à l'instance de notre MeU^ tenant, ès dites causes instant, contre toi Michel Servet, de Yillè» neuve au royaume d'Arragon en Espagne, par lequel et les volontaires confessions en nos mains faites et par plusieurs fois réitérées, et tés livres devant nous produits, nous conste et appert toi Servet, avoir dès kmg^emps mis en avant doctrine fausse et pleinement héréticale et icelle, mettant arrière toutes remontrances et corrections, avoir d'une malicieuse et perverse obstination persévéremment semée et divulguée jusques à l'impression délivres publics contre Dieu le père, le fils et le saint-esprit ; bref, contre les vrais fondements de la reli» gion chrétienne, et pour cela tâché de faire chisme et trouble en FÉglise de Dieu, dont maintes ames ont pu être ruinées et perdues (chose horrible et épouvantable, scandaleuse et infectante), et n'avcm* m honte ni horreur de te dresser totalement contre la majesté divine et sainte trinité ; ains avoir mis peine et t'ètre employé obstinément à infecter le monde de tes hérésies et puante poison héréticale: cm et crime d'hérésie grief et détestable, et méritant griève punition corporelle.

» A ces causes çt autres justes à ce nous mouvantes, désirant de purger l'Ëgltee de Dieu de tel infectement, de retrancher d'icelle tel membre pourri, a^nt eu bonne participation de conseil avec nos concitoyens et aiant invoqué le nom de Dieu pour faire droit jugement, séans pour tribunal au lieu de nos majeurs, aiant Dieu et ses saintes écritures devant nos yeux, disant, m nom du père^ du fils et du saint'esprit^ par cette notre définitive sentence laquelle donnons ici par écrit, — toi Michel Servet condamnons à devoir être lié et mené au

ÉTABLISSElIEirr IHIC LA RÉFORME

cbmf de Cbm^lf et là devoir être à m pflotis attaché et brâté tout vif avec ton livre, tant écrit de ta main qu'Imprimé, josqu^ ce ' qae ton (xaps soit réduit en cendres; et ainsi finiras tes jours pour donner exemple aux antres qui tel cas vondroient commettre. Et h vous, notre lieutenant, commimdong notre présente sentence faites metb^ en exécution *. »

Cet arrêt cruel fut lu le 27 octobre à Swet par le tribunal. Le malheureux, frappé de stupeur icette nouvelle, tomba dans un abat* tement prc^ond, et demanda grâce. Il supplia ses juges de lui faire trancher la tète, afin que Ténormité des souffrances ne le jetât pas (tans le désespoir et ne perdit point sou âme. Il ajouta que s'il avait péebé c'était par ignorance, et qu'il n'avi^t pas eu d'autre intention ni é'iutre volonté que â*augme^er la gloire de Dieu. Mais il trouva ses juges fmi^toysèles, et il ftit reconduit en prison Espérant sans doute qu'il obtiendrait la vie en touchant son persécuteur, Servet dé^ sfra le vohr deux heures avant sa mort. Deux conseillers aMèrent prendre Calvin qui se rendit auprès de lui. Yoici comment Catv(n raconte lul-mâ0)e cette conférence : « L'aymit questionné sur ce qui! » me voulait, il me dit qu'il voulait me demander pardon. Je M » répondis avec sincérité que je n'avais jamais poursuivi mes iujures^ » privées; que je l'avais averti avec tonte I9 donceur possible; que » seiEC années auparavant, je lui avais déjà offert mes soins pour ter » guérir au péril même de ma vie, et qu'il n'avsdt pas dépendu de )» moi que les gens pieux ne tendissent la main à son repentir; » qu'ensuite j'avais doucement et sans éclat cbercl^ h le ramener par » les lettres que je lui avais écrites; qu'enfin je n'avab oublié aucun » office de bienveillance jusqu'à ce que, exaspéré par mes libresobseN » vations, il avait répandu contre moi sa rage plutêt que sa biie. M » m'abstenant de parler de ce qui me oon<^mait, je le priai d^im^ » plorer plutôt le pardon du Dieu éternel qu'il avait trop atrocement » injurié en tentant de détruire les trois hypostases de son essence, en » l'app^nt un cerbère à trois tètes, si Ton établissait «me distiâë^ » tion réelle entre le père, le fils et le saint-esprit; de chercher i a apaise? le fils d^ Dtou» ampel il avait honteusemenA enlevé sa mtore

* Cette sentence se trouve dans de U Roche, pa^eis 480 à i9î ; d(DS Allwoerden, ptges Sf à lOi, et dans J. L. Moshelm, pages 444 à 440.

* jklbrœrden^ pages 101 et lûSI.

A i^BuAym* ils

» en niant ^u'iletl^t r^v^ une ehaif semblable à la uèb^ en brisant » ainsi le lien de ruoioa fraternelle^ en repcMuMnt Tun^ne rédeBif*^ » teur« Maïs je n'obtiip rien de lui par mes avertissemntd et M» » exhortatâens, et je ne voulus pas me montrer {^ut sage (pe ne te D commande la règle du mattre. C'est pourquoi^ selon le préœirte de » saint Paul, je m'éloignai de cet homme hérétkfue qm^ en pécbmtf ^ était condamné par son propre yêgemmi S »

Servet fut conduit au supplice par Farel, qui se troUfirit m M moment à Genève. En y marchant» le nsalh^titfenx ne ceasir des!écrier : O Dieu, Muve mon âme I 6 J49u$f fik du Dim éterml, oit ffifU de moi^ ! Lors(pi'il fut arrivé en vue du bûcher qu'on afait élevé hùts la viUe» à Chaœpelt lieu des exécutions, il tosdMi à genoux^ et il prie Dieu pendant quelque temps* Tandis qu'il priait^ Farel^ a'adcen^tit à I91 foule du peuple qui était accourue peur assister à ses derniers me^ ments, disait : YQjfeii quelle force aSûtm pumd il jMêède qmlqu'tm^ Lorsqne Servet eut achevé de prm et se fut nâevé» Farei, dans Tespoir sans doute qu'il rétracterait ses opiniont^ l'engafpaa à perler m peuple; mais l'infortuné, troublé jusqu'au fond de fàm, ne té^ pondit que par des gémissements, et il s'écriait : O Dim/ ù Diem! Sur les instances de Farel, qui lui demandait s'il n'etaii rien entre k dire : Que puis-^ parler ^ répondit-il^ dreuêre chaeé qme de Dieu ? Farel l'exhorta à invoquer le fils éternel de Dieu^ maii il le refusa constamment. Il s'avan(^ ainsi en silence vers le bûcher.^ 11 fut j^ecé au B^ieu de fagots de chêne encore verts et de towches d'arbres encore garnies (te leurs feuilles* Un pieu s'élev»t ail centré du bà« chert il y fut attaché par une chi^ de fer» et son eou y fut ^ par une corde épaisse qui faisait cpiatre ocicinq toind.^ On tvail f^aeé wr sa tète une couronne de chau^me, couverte de souffe^ et son livre de la RestiMéan du christianisme avait été 114 à sa cuissei. U pria kii« même le bourreau de ne pas le faire souirir longt^wps» Celui^ iml d'abord le feu en face et ensuite tout autour de lui. En voyant s'allu* dKFlv bêcher, l'infortuné poussa un crf si horrible, qu'if glaça de tierreor tout te peuple. II souffrit longtemps» et il criait d'une voix lamentable : Jésus fils du Dieu étemel , efes piêié is moi l Few abré*

* Allwoerdeo, page 108. — GaMni opascula, page 697. s O Deus, serva animam meam! O Jesa, fill Bei steroi, miserere mei! AllwoerdeDy page 109.

ger ses souffrances, quelques gens du peuple allèrent chercher du bois, et le jetèrent dans le bûcher. Après une demi-heure de cet affreux tourment, il expira ^ Telle fut la fin de Servet, que des hommes qui auraient été brûlés dans leur pays, parce qu'ils ne pensaient pas ce qu'y pensait tout le monde, firent brûler parce qu'il ne pensait pas comme eux.

Yoici comment Théodore de Bèze raconte cet événement dans la Yie de Calvin :

« £n ce temps-là, Michel Servet (dont il a esté parlé ci-dessus). Espagnol, de maudite mémoire , survint , non pas homme , mais plustost un monstre horrible composé de toutes les hérésies anciennes et nouvelles, condamnant le baptesme des petits enfants , et surtout exécrable blasphémateur contre la sainte trinité : et nommément contre l'éternité du fils de Dieu. Cestuy-cy estant arrivé dans cette ville, et recognu par aucuns qui l'avoient veu ailleurs, fut saisi par le magistrat le 13' jour d'aoust, à cause de ses blasphèmes. Et là dessus fut tellement et vivement combattu par Calvin en la vertu de Dieu et de sa parole , que pour toute défense il ne lui resta qu'une opiniastreté indomtable : à raison de laquelle par juste jugement de Dies et des hommes, le 2T jour d'octobre il fut condamné au supplice éeffeu : et ainsi finit sa malheureuse vie et ses blasphèmes qu'il avait desgorgez de bouche et par escrit, l'espace de trente ans et plus. Or il n'est pas besoin d'en parler davantage, veu qu'il y a un fort beau livre, que Calvin en composa expressément un peu après, assavoir l'an 1554, où il montre que la vraye et droite foi porte de croira trois personnes en une seule essence divine, réfute les erreurs dét^* tables de ce mal-heureux Servet : et prouve que l'office du magfetrat s'estend jusques à réprimer les hérétiques, et que pourtant à bon droict ce meschant-là a esté puni de mort à Genève : brief, qu'il portoit^e»* marques bien certaines de réprobation »

■ Toir tous ces détails dans AUwoerden, pages 108 à 184, et dans rHisUnria morte Mîcb. Serveti, publiée sous le nom de Yaticanus, misemblablement pat Seb. Castallio ; J. L. Mosbeim, pages 448 à 451.

* Fte <2e Calvin, pages 62-03-64.

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