DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE
ET TABLEAU BBS NÉeOeUTim BEUim A (Sm SmESSiON SO^
La succession d'Espagne a changé, an commencement du dix-huitième siècle, la condition des deux principales puissances du continent et les rapports de toutes les autres. L'équilibre politique qu'on avait cherché à établir depuis près de deux cents ans en Europe fut alors rompa. La maison de Bourbon alla régner au delà des Pyrénées et dans le royaume de Naples ; et la branche allemande de la maison d'Autriche s'étendit dans les Pays-Bas et sur le Milanais. L'une se forti&i par l'accroissement de ses dynasties ; l'autre, par l'extension de son territoire.
Cette succession fit entrer l'Espagne dans le système politique de la France. Elle mit fin aux luttes anciennes et animées qui naissaient du voisinage et que n'avaient pu longtemps suspendre, ni le mariage d'Ëléonore d'Autriche avec François P% ni celui d'Elisabeth de France avec Philippe II, ni celui d'Anne d'Autriche avec Louis XIII, ni celui de Marie-Thérèse avec Louis XIY . Les intérêts avaient été plus puissants que les volontés, et tandis que la paix se concluait entre les familles, la guerre se perpétuait entre les pays.
Il fallait que l'un des deux États vainquit on s'attach&t l'autre. L'incorporation par la conquête étant impossible, l'union par les mariages étant éphémère, o%recourut à un autre moyen, qui participait tout
HfTRODUÇTION A L'HISTOIBE
ensemble de la violence et du droit, à l'établissement de la dynastie du pays le plus fort dans le pays le plus faible. Ce moyen de rétar blir^ par un assujettissement déguisé» l'accord détruit depuis le commencement du seizième siècle entre la FVance et TEspagn^, fut alter* nativement tenté par les deux maisons qui régnaient sur elle^. Philippe II essaya d'imposer 9a dynastie à la France pendant les troubles de la ligue, lorsque la branche de Valois disparut, etLouis XXY introduisit la sienne en Espagne, lorsque la postérité masculine de Çhartes^QuiDta'ételgfit.
Le droit du sang servit de prétexte. Philippe II l'invoqua, malgfé la loi fondamentale de la monarchie françailse qui ne permettait pas aux femmes, ni à leurs descendante, de nranter sur le trône : il voutat détruire cette loi par une révolution. Louis XI Y l'invoqua à son tour, malgré deiuc renonciations formelles queson p^e et avaient faî^s au bénéfice de l'hérédité espagnole : il se plaça au-dessus de ses engagements par la victoire.
Ainsi, des deux côtés il y eut poursuite du môme but, la dépendance du pays voisin ; emploi du même moyen, la substitution d^ ^ dynastie la plus puissante à la pli:^ faible;; invocation du mémdi^#t, qelui du sang provenant des mariages; rencontre degrçnds obatajQl^^fa France une loi fondamentale qui excluait lea femmes da la couroAne,, çn Espagne un açte de renonciatiojft à la cwronne méiftede la paidL^^ infantes expatriées, P'où vient que de deux; peuple^, ch^cchant Um h. tour à se vaincre par les armes,, de deux familles essayant tauc à to^ de se déposséder par le droit, de deux pays emi^ayanJt tmt à tùm k force et subtilité, U y eut échec d'un côté et de Tai^î D'où vient que Louis XIY parvint au but que Philippe II ne pot ps atteindre? Est-ce habileté? est-ce fojptune? Non,.P<Mar eiqpliqttac «ne issue si différente à des projets semblables, il faut remonta ii quelqud ehoçe de supérieur qui domine l'habileté et qui force bi fosbiine. (.a destinée des deux pays et de leurs^ entreprises,. Vm à L'égted de l'antre, était écrite en grande partie dans leur ^tnatidii respective.
Les événements qui remplissent la vie d'un peuple» l'esprit qi^'il acquiert, le caractère et les mœurs qui se développent en lui, le mouvement dan3 lequel il s'entretient on l'inertie dams laqjueUe U tembe, rinfUience extérieure qu'il exerce ou qu'il subit, dépendent beauc^p de la position géographique qu'il occupe. S'il en est ainai, l'Espagne
et tarFràoei^ êo^âl Tmeesl Tettréieitèétf osmâiïetit éerr^éen,
^ éto^âée <lè» mU'es peoptes ^ Fixatif fq^^i fiefpéttiet aTec ^lËf neéoifeiitseTessenibler nt dmsié lettrMsféîFe, ri par letir esprit.
ÛEsfMgAe ert tme péniamrie ^toêer à la lin^ oecidentafe de FEcr^ f(»pe. Le setl c6lè p&r oè eHet^mimtniqae tfree le contIneAt o^e tui^ Bièaie, dMa toute son étenéoe, mie faste cliafeede niontagtves qui JÊl9t qtie 4e«a Mfertme» pmcipafes mt l'Euf epe. C'est par ces ékù% pertes et p8»r ses cétes qe^ TEspi^e est en tdMim atee le reste dti^ imude. Maie, ocrtre la ehatne dssFyréûées qxA U sépdre dif comtittent» elle est intérieurement traversée par d'autres chaînes^ dirigées aussi ^F^l à Fc^esti a?ec m peti pte^d^hydiMMc^n ¥er»le mè^ qui dissent m» diverses régimis en<àre eHes« eteitnes^ d^oà sortent des contre-* puissant» einoâsfftreut qui courent dans un sens opposé €t qûi èfii reçlt comme ^es le ne» de smrvj foniie!nt d^s bassins sinuait ^ s'encaissent le» emt pa^ EMes dessinentiecotnrs dte fÈbi^é, du l^re» du Tagev de la Guadêonav du Guadalquiyfr, qai coulent tou^l ^dms la même (firectlon Iransirersale et se renctent dan^» rôcé^an, U rexcèptîon du premier, qui se jette dans la Médîtetranée, Cette éisposittan tles )km a ptere^tard coneouvu à faire la division des États,
Une pesMon (mtimnlble iRissi feolée, une forme missi monta-' #Ml0e, ne sont pa» tes phs fafvorabies^ m% communications ni afu mNMP?ement. On pénètre difficilement d^Euvope en Espagne : lai 'gMttde mufiMle des Pyrénées en* ferme Faceès. On» ne passe point aisément tfuwfiaflie de l'Espagne dims Fant^ t les^^ chstnes" inté^ «teofses s'y eppeseAt. Cepays a^ d'aifleui^ ir^^pd^nMKa^es pour cef ^«cffiblLa de frimnes^ et trop peu d'eaiftx pour ee qu'H' a- d^étendtie. Ses flern^ cpil raolatit comme de» tormnts dans lliifer, se dessèchent ddUi l'été.
E!i60lemeiit e&tÀrieur Fisolement intérieur S0n4 done les carac-^ ttoesigénéraïut de-PEi^gne. Pour l'unir M reste du* monde et pour ^r ses provioocs entpe dles^ il» #fallu les invasions chi^ dehors et^ia' conquête au* dedans. Ce pays éteft plaeé trop à l'écart pour être lé grand chemin des peuples et le foyer des grandies idées; Aussi n'a-t^^ elle été aocessibUi^qu'ami& peuides et auit idées que poussaient; jusque* là'Un nioa?em^t»i^ésistibte on une force insurmontable. C'est par làr qat l'Espagtte est sortie de son isolement et de l'inaetfon à laquelle l^Mement^otiduif^
280 INTRODUCTION A L'HISTOIBB
, Elle avait été enyahie par les Carthaginois, qui s'étafattasaient sur toutes les côtes; par les Romains qui occupaieut tous lés pays; par les peuples germaniques et par les Arabes, qui débordaient en ôen» inverse sur l'occident et sur l'orient du monde ancien, et qui, dans leur marche conquérante, sont allés les uns d'Espagne en Afrique, les autres d'Afrique en Espagne. Les Carthaginois l'ont colonisée ; les Romains y ont établi, après y avoir rencontré une résistance plus prolongée que partout ailleurs, leur puissante unité et la ctviUsâtion ; les Germains y ont porté un peu de leur force régénéra^ trice; mais c'est surtout aux Arabes qu'elle a dû son Qxisteoœ moderne.
Les Arabes étaient sortis de leur péninsule pour conquérir kieme à leur croyance. Mus par le double besoin de s'étendre et de convertir, ayant l'avidité de la conquête et l'enthousiasme de la foi, l'organisation qui vient de l'armée et l'obéissance qui vient de Dieu, ils marchèrent à l'occupation du monde, l'épée à la main et la oori- ^ance dans le cœur, sous un général qui était en même temps leur pontife. Il n'y avait pas eu encore d'impulsion plus irrésistible sous une unité plus forte.
C'était du reste un grand moment : l'univers ancien désorganisé âe refaisait sous l'idée de Dieu. Deux religions qui devaient se le partager et qui étaient deux formes diverses du même progrès, le christianisaie et l'islamisme, se répandaient dans toutes ses parties. Le prosélytisme, mobile nouveau, car les anciennes croyances s'étaient maintenues avec le plus grand soin dans un état d'isolement, jetait les chrétiens en Asie et ei^ Europe, les musulmans en Asie et en Afrique. L'esprit de conquête avait passé de l'ordre matériel à l'ordre mord.
Les Arabes furent, de ces conquérants nouveaux, ceux qui s'étendirent le plus loin en moins de temps. Ils joignaient la force à la croyance. Les chrétiens étaient alors réduits au prosélytisme de ia prédicaition. Aussi les Arabes, après avoir conquis les principaux Étids d*Asie, s'emparèrent de tout le nord de l'Afrique, et de là^continiiant leur marche victorieuse, ils descendirent en Espagne au coomencement du huitième siècle.
Ils trouvèrent ce pays occupé par les Goths, qui en étaient maîtres depuis deux cent cinquante ans. Les Goths n'étaient phis des Germains : n'ayant pas été ranimés, à cause de l'éioignem^ oà fls^ trouvaient du foyer de leur race, par une nouvdte intasion d'bonpiies
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du Nord, ibétaient deTenos semUables à ceux qu'ils aTaient vaincus. Le grand but que la Providence s*était proposé en faisant correspondre rétablissement du christianisme à l'invasion des barbares, pour satisfaire i deux besoins du monde en lui restituant la croyance et la force qu'il avait perdues, n'avait pas été atteint en Espagne. Le mélange de ces deux grands éléments ne s'y était pas opéré dans les proportions nécessaires pour que le christianisme civilisât la force et que l'invasion fortiCàt le christianisme. L'invasion avait cessé depuis le cinquième siècle. Ses flots vivifiants, arrêtés par la digue des Pyrénées, n'étaient pas allés couvrir assez souvent des terres épuisées. Aussi les Goths, très-vite absorbés par les chrétiens, ne purent pas défendre la péninsule contre les Arabes. Ils la perdirent en 712, dans une seule bataille.
Après avoir presque entièrement conquis l'Espagne, les Arabes se jetèrent en Gaule. Ils rêvaient la conquête de l'Europe entière et leur retour en Orient par Ck>nstantinople. Charles Martel dissipa leur rêve. Ce ne fat qu'en Gaule que les barbares de l'Orient rencontrèrent les barbares du Nord, et que se fit entre eux, par la voie des armes, le partage du monde civilisé. 11 fut décidé dans les champs de Poitiers que les races germaniques auraient l'Europe dans leur lot. Bejetésdans la péninsule espagnole, les Arabes y furent suivis par les Francs qui leur avaient fermé la Gaule et avaient arrêté leur mouvement de conquête. Les Carlovingiens descendirent jusqu'à l'Èbre, et fondèrent sur le revers méridional des Pyrénées trois établissements 4^hréUens qui concoururent plus tard à la transformation de la péninsule. Ils érigèrent le comté de Barcelone; ils jetèrent à Jacales bases du royaume d'Aragon et à Panq^elune celles du royaume de Navarre. Mais ce furent surtout les montagnes des Asturies qui servirent de berceau à l'Espagne chrétienne. C'est de ces montagnes, derrière lesqudles s'étaient retirés les restes indomptés des anciens Goths, que devait s'opter du nord au sud la lente dépossession des Arabes.
Avant de perdre l^pagne, les Arabes en changèrent l'aspect. Us y mtroduisirent leur civilisation, qui fut, comme leur croyance, le résultat d'un emprunt. Mis en rapport par le commerce avec les faits de h Palestine et les chrétiens de la Syrie, ils avaient enfanté l'islamisme; mis en communication par la conquête avec les Grecs, les IndouSr les <3Unois, ils créèrent cette civilisation mélangée, sans orîgûiatîté et sans profondeur, mais non sans éclat ni sans utilité, qui
Isolées^ et ttitabift le moqvement su g p wfe ég l'esprit dam te moyen âg«. Us prif«nt aux Crrec» lem: MtroMime, leiir géonétriev lettr mi^ eaaiiiMt teur]Ay8N(ae, lenr ]^iilo9opbie, leur médéciaet knr ardiîteetore; mx indiima, tour arUlmiéMqQe el fe«r alg^e^; mx CUnoto, trar papier prarécrirtt laBirbonasotorpoinr ntrigaer, \em poedre pour «enilMltFer;^€t fls placèrent à Bagdad et à Cordow les dei» grôttds eentres deoelte eh Hfaatfon fntemiécKBkre*
Les Arabes d'Espagmr se dâtadièreat, dès letwftièiiie sièeie; ém «este de renqriv». Ns fémièrent, soos^im membre de tedfHa^ reR« nef9èb des Omnîades, le criMM de Gordooe, qui deviat kidéfeiidBffit -én caKfiat dlB Bâgdad., occupé par la dynastie des Ab a s si d es ^ €je fût pendaDt la durée du califat de Gordoue, de 755 à 1044, que I^dottri*eation arabe acqnii tontesftspteiidettr ^
Bfa» ce qw s^arrét», reeide. Le caliM éà Cknrdom^s^étftit détaebé de ed«i de B^[A(d r ks'dfvane» p^ties^de l'EspagMsedétodiàreBt éo caKftit deGordeoe. Lorsque lë Men de ta eonquèté se brisa , la puissance derUesi? reparut, et nature dtf Isa ce que la force avait un momentréunr. Le cslibt fut aboli, en t044, par les^Àiârs,.qul éri^ gèrent leurs provinces en^roysnmes. Cle^ décomposition? territorialfe fet précédéedé quarante^-trois^aiis dTanarcMe et d'usm^tioas^pendaiil lesquek qunton» cattfefrarafent été portés sur letrAne et eù anraîeiHi été précipHés", t&ndis que les èm% cent vingt années prtcédentesf avaient été remplies par tes règnes de neuf eaUfes seulement. EUe donna naissenceauic royaumes deGordoue, de Tolède, de Séviilev ék Jaen , ds Grenade, de Talence, de Sar^gone.
Les cftrétienr en profitèrent poors^étendre. Ilt^ avaient commencé, le lendemain de Fétablissement des Arabes dana la péniesole , one luttequi dtira bmtsièclesi Pendant ce(to lutte, qui forma leur eamtère opiniâtre* et atentureuv , ife forent arrêtés qnelqoefo^, mais^^îte s'avancèrent toujours^ A la fin dn dixième siècle , liss Arabes de h»
^ Voir CASiai, Bihlioth. Arahieo-hispana. Médrid, 1760-70, fol., tome H, p. ^2" h 252; — J. CoNDB, Bittofia de la dominacion de los Ar<ibeten Espagna, $aoe^ta^ mHe$ manu9cnU>9 f memoria$ arabigaê, Sfodrid» 1820;.iii(-4^ ;<8urtinti les cfa« 94 et 98. GuiikON, Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, trûd, de M. Guizol, Paris, 1812, lome X, ch. 2. Viardot,^ Essai sur l'histoire des Arabes et dès JÏÏores en Espagne, Paris, 1833, tome T, ch. 2, éX loWe lî, 2« partie, clr. 2.
m u mxxssm 199 l»:eQuière ^ooqaèf e se tro^fèr^t hon dt^iA de leor féwkt^ dftr faite de Calai Anozor, eii998» BiarqpMk lafin de leor dMMmtion^ U$ allèrent akirs le» Mores d'Abiqiie» %ift4 aivabiffeBi k pteinsiile^ dai^le onzième siècle sou» le nom dAlioûrayîdfl», dw» todonz^m sous celui d'AlmohadeSy deux seetea qui ranimèr^t Ves/ftii de pro* ^lytisme et de conquête parmi les musulmans. Ils forent dfaboFd vainqueurs^ les premiers à Zalaca en 108&, les seconds à Alwon en 1195 ; mais les chrétiens, appuyés sur les croisés d'Europe « wamm
musulmans Fêtaient sur lessei^taices dAfricpie» txiûsif^ent des Almoravîdes et des Almohades ainsi qu'ilsavaienttrioBipbédesArab^Sb Les invasions africaines ne servirent qu'à dtmaer phis de ressort et d*impétuositèà la conquête chrétienne. Après k victniie décisive de l49s]N[9yas deTolosa, en 1212 1 le» Espagnol acqutieiit toute Ifi péninsulet à l'exception du roj^unoe de Gfc&ade.
Les Mores gardèrent encore cette pesse^ioB php de deus i^des; ils ; étaient piotégés par leur nembre^ qju'avati acem rémigratioe des musulmans chassés des autres parties de l'Espagne., lis jétaiettt aussi défendus par la nature montagneuse du pays qui leur servait de dernier retranchement* Enfin^ ils restèrent longtemps en sécurité parce que les Aragonais se jetèrent en Italie et qjuelc» Gastilianfrse divisèrent. Eux-mêmes ne provoquèrent qu'à de rares mtoE:vaUes les armes de leurs ennemis. Ceux-ci se contentèrent de leur raleveir» dans le quatorzième siècle, le rocher de Gibraltar et l'Ile d'AlgésiraSit qui leur avaient autrefois servi de point de débarcpienient et. par ou ils auraient pu recevoir de l'Afrique de nouveaux secours, pour en^^ahir FEspagne.
Lorsque » vers la fin du quinzième siècle » les deux royaumes qui avaient rétabli la puissance chrétienne dans la péninsule furoit réunis par: le mariage de Ferdioaud d'Aragon' et d'babelie de Gastîllev le mouvenoent de conquête rec(Hnmença. Le royaume de Grenade, dernier reste de l'invasion arabe, succomba à son tour en ti92. Alors se termina une lutte qui durait depuis 712, dans laquelle les deux ceygions slétaient combattues par des hordes de sectaires ou des troupes de croisés, et les deux peuples avaient employé toutes leuirs ressources en s'appuyant l'un sur l'Afrique pour gard^ la péninsule, l'autre sur l'Europe pour la conquérir. Celui des deux qui était sur son propre continent,, qui avait derrière lui la masse la plus forte et qu'animait l'esprit européen, plus puissant que l'esprit asiatique»
284 niTEODUCTION A l'histoieb
remporta sur Tautre et lui enleva la totalité de la péotimle, ckmt il n'occupait d'abord que la lisière septentrionale.
La lenteur de cette conquête avait fait sa solidité. Pendant les intervalles de temps où elle avait été suspendue, les Espagnols s'étaient ' affermis dans les possessions qu'ils avaient envahies et avaient acquis ' la force nécessaire pour aller plus loin. L'impulsion intérieure qui les avait conduits jusqu'aux extrémités de la péninsule ne cessa point lorsqu'ils les eurent atteintes. Elle les poussa toujours en avant, et le besoin de s'étendre fut la suite du besoin de reconquérir. Mais com* ment, où, aux dépens de qui le satisfaire? '
Les peuples sont comme les eaux: ils suivent leurs pentes, tes i Aragonais, arrivés sur les bords de la Méditerranée avaient en face'^^^ l'Italie : ils s'y jetèrent. Les Castillans et les Portugais, parvenus ' dans leur marche du nord au sud sur les côtes de l'Océan, le travei^ sèrent : les premiers, pour découvrir l'Amérique ; les seconds, pcfûftourner l'Afrique et conquérir l'Inde. C'est au delà <te ces va*ëf '"^ espaces qu'allèrent s'éteindre leurs ardeurs et expirer leur nioûvë^^'^^ ment. *
Mais ils parvinrent également jusqu'à la ligne des Pyrénées, m dinand le Catholique avait conquis, en 1512, le royaume de Navarrè sur une dynastie attachée à la France. Dès lors il arriva par suïte^ = soit de leur contact géographique avec cette puissance, soit'de leôr ^ descente en Italie, où ils la rencontrèrent aussi, qu'ils entrèrent itim ' "'l les affaires générales du continent. L'élan qu'ils avaient pris les fît'' ^ sortir de leur péninsule par toutes ses issues, par la Méditerranée, - ^ par rOcéan, parles Pyrénées; et ils allèrent rapidement épuiser en Italie, en Amérique, dans l'Inde, en France, en Allemagne, des fôrcëà'"^' ^' accumulées pendant des siècles. - *
Ce qui contribua, outre l'impulsion qu'ils avaient reçue de teur " lutte avec les Arabes, à ce débordement de leur puissance dans fâttt ' ' de sens et sur tant de pays , ce fut un accident de dynastie. Les Sy-^ '^^^ nasties , et les lois de succession qui président à leur maifftien ou à " leur remplacement , sont d'ordinaire appropriées aux besoins* dés divers pays. La loi espagnole différait de la loi françaii^, comme ' l'intérêt de l'Espagne différait de l'intérêt de la France; elle a^|^ lait à la couronne les femmes, qui portaient celle-ci dans d'ai^eè maisons en se mariant. Ces mariages amenèrent la réunion des diverses parties de la péninsule, et, en appelant plusieurs fois 4te