‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 17 sur 27 · DE LA SUCCESSION D'BSPAGNE · texte numérisé non relu

DE LA SUCCESSION D'BSPAGNE

princes étrangers à r^er sur elle, ils y introduisirent d'abord les forces de l'Europe pour la faire triompher dans ses luttes de religion et jde race, et plus tard ses idées pour la faire sortir de Fimmobilité où elle devait retomber. C'est ce qui arriva au onzième siècle par rayénement de la dynastie navarraise, dans le douzième par celui de la dynastie bourguignonne, dans le seizième par celui de la dynastie autrichienne , dans le dix-huitième par celui de la dynastie capétienne.

La France, au contraire, en admettant les femmes à la couronne eût renoncé à sa nationalité. Elle pouvait , comme nous le verrons plus tard, entretenir son mouvement par ses communications obligées avec le reste de l'Europe et opérer sa formation à l'aide de sa force in« térieure. Aussi se réserva-t-elle des moyens particuliers de perpétuer sa dynastie : elle plaça des rejetons royaux dans plusieurs provinces à mesure qu'elle les conquit , afin que les branches pussent au besoin remplacer le tronc. La loi des apanages fut la conséquence de la loi salique. Le pays le plus remarquable par son unité le fut aussi par la durée de sa dynastie»

Les Espagnols avaient définitivement réuni la Gastille au royaume de Léon en 1217, et les royaumes de Castille et d'Aragon en 1479. C'était la successicm féminine qui avait amené cette double réunion. Le mariage de dona Berenguela avec Alphonse IX avait conduit à la première ; cdui d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon avait conduit à la seconde. Mais de ce dernier mafiage il ne restait qu'une fille, Jeanne la Folle.

La dynastie espagnole, n'ayant pas dans la péninsule les moyens de conservation qu'avait employés ou rencontrés la dynastie capétienne en France, était sur le point de périr : il ne lui restait qu'à se renouveler sur le continent. Mais à quelle partie du continent demandat-elleun prince cette fois?s'aâressa-t*elle à la France, comme dans le douzième siècle? Non. La France était sa voisine aux Pyrénées, sa rivale en Italie, et, par conséquent , son ennemie sur deux points. Elle s'adressa dès lors à une dynastie qui était elle-même la rivale de son ennemie, à TAutridie.

Cette maison, descendue des Alpes helvétiques en Allemagne pour y chercher fortune, y avait trouvé le trône impérial et de belles possessions dans la vallée du Danube. Elle s'était élevée et agrandie par un mét^oge de force et de ruse, par des victoires et des mariages.

38^ jnmommoif ▲ l'wstojrb

L'héritière dest Pays^Bas»^ Marie de Bourgogoe , avait {Aafé 16» sous la protectiM de llaiiniilien S prince de c^te maiioB» cafitre les envabisseiDeiits de la Franee. C'est à PUbppe le Beau f imn dfc> cette ualoD, que fot mariée rbéritîère des EspagMit Jeanoela FoUe^« ^ sous l'eHtoatneoieot de la même crainte » et peur fortiier ki même; . résistance. Ce9 mariagas systémi^qwes flreirf^ aba^tîr quatre fiaMes maisons à m se^ hemme et pUcèreat toos letu» l^ata sous m seul prince.

Gbtfl€s-QiMot fat cet héritier Miverset* Sons hii , aamifiea <bi plus graad éclat de VEspaf^, commença son ét^isemmt* Il ?ouliit : aocrottre une donrâation déjà trop ?a9te : tant il est mi qu'il o'f « pas de mesure dans les désirs, de bornes à l'actiofi , et qu'il fa«t que la grandeur mène à la ruine comme l'excès de vie à la mort* Cbariesr ^ Quiat s'établit sur lesedtes d'Afrique^ conquit le Milmato et ajetita. la eauronne impériale k toutes celles dont sa tète élait àb^.mp^^] chargée. Piurvenue à ce peivt, la poissanœ espagmrie était tg^t considér^Me et trop éparse* Sans parler de l' Amérique^ qui se : nisait silencieusement, comment conserver et défendreMesîtMmaiSffiF réunion d'États, que ne rifiprodmeDt ni leors istérM» ni lew pM» t tion géognqphiquie, les uns placés sur les eonâns orientaux de fAlie* » magne comme l'Autriche, les Mtres isolés a» nflieodi» cMtiMinti' eommeles Pa^s-Bas, les antres disposés ceonne le Milmiis et tos: rojaun» de Naples? Charies^}umt essaya de tes défendre m )m. étendant»

Mais, pour cela, il fallait s'assurer de l'obéissance sbsohie de l'Sfr pagne déjà soulevée par les grands vasiawc qi]^a^^ attaqués, la pç^, tique de Ferdinand et par les villas qn'tottgprait la doininatîon^.deii^ Flamands. Il fallait empêcher toute divmioaiirtérîeure qui sesefiijt' opposéeà l'aecoBipliasenient de cette tAdieextérieure. 11 falMtépuiser^ la péninsule en tiansportant sa population active m dehors pmtji oonquMr et y ganvamer, et éteindre le souffle qm l'avait arasée déinûsant ses libertés. Tente» les dassea qoi fomaî^t in 8oei^ #i. moyen Age avaient concouru à la délivrance deFEspagne t le clergé par ses ordres de chevalerie militaire, la nobtenepor seamMS, les vlHeap^ tem» milicea et bar sayent^EUea iraient jawi en a^iMir

* Ea iM, eOft épousa Pwcbiduc Maximilien, d'après le todu des états. •XniSSe.

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I d'une espfècecTîndépendance souveraine. Chaque classe avait ses droks, I chaque partie de TEspagne ses privilèges. Ceux de la Caslille différaient de ceux de TAragon; ceux de TAragon de ceux delà Catalogne, de Navarre, des provinces basques , lesquels ne se ressemblaient pas entre eux. C'est contre cette liberté , qui avait entretenu I lemouvement intérieur de l'Espagne et facilité la conquête de toute la péninsule sur les Arabes^ que s'éleva là nouvelle dynastie autrichienne.

Ferdinand le Catholique avait donné l'exemple. Sans détruire les ordres de chevalerie de Calatrava, d'Alcantara, de Montezat de Salnt- Jaeques, qui avaient fait leur temps depuis qu^ les Mores étaient expulsés, il leur enleva Tindépendance dont ils jouissaient , en devenant lui-même leur grand mattre. Il plaça également le clergé de l'Es* pagne sous sa main en obtenant du pape la nomination à tws les archevêchés^ à tous les évêchés, k toutes les prélatures, à toutes les abbaryes ^ Il fit du tribunal royal de l'inquisition le plus redoutable instrument de la puissance absolue. Né du besoin de ranmaer rueité de religion dans un pays qui avait longtemps appartenu à um autre croyance, ce tribunal, institué contrôles juifs et les Mores» fut rendu plus terrible encore contre les novateurs protestants. U contint les adversaires de la couronne en même temps <|u'il airêta l'esse^ de l'esprit en plaçant la péninsule en dehors dn mouvement général de l'Europe. Tandis que le continent avançait, l'Espagne demeura immobile.

Ferdinand le Catholique avait assujetti le clergé ; le cardinal l^imenés avait abaissé les grands dont il s'était vanté écraser la fierté sous ses sandales; Charles-Quint soumit les villes. L'insurrection des comunidades servit ses projets ; il ruina , en 1522 , les comuneros à Viilalar par les mains des nobles, qui furent contraints ensuite de s(^ir d'épée à la couronne. Après avoir dompté ses communes et enchaîné sa noblesse, il dépouilla la Gastille de ses privilèges. L'as* semblée des cortès, dans laquelle s'agitaient toutes les (piestions les pTùs liantes de conquête, de dynastie, de législation , et que compo-

Ha il re la noœinatioiie di tutti i Iwiiefidi di 8|»8gm et li distiâmisee a >> chi pUi li aggrada tramutando anco uao i$l«89a da m ve8e9irado a l'ito» a spo » beoeplacito. » Relat. mon. de Contarmi à la r^[nàHqu$ de Ve/me. ¥«ir aussi k. Nueva neeopikteion del6IO, Hb. U tit. ri, loi I, « par def«cli^7 astigoacostunibre» » y jusios titulos, etc. »

288 INTRODUCTION A L'HISTOIRB

saient tous les ordres de TÈtat , fut réduite aux procuradores des . villes et au vote de Timpôt.

Le royaume d'Aragon subit sous Philippe II , en 1591, le sort, que le royaume de Gastille avait éprouvé sous Charles-Quint. S'étant soulevé contre les usurpations royales de l'inquisition , dans le procès d'Antonio Ferez, il fut envahi par une armée et dépouillé de ses fueroa par le roi. La Catalogne et la Navarre perdirent une partie des leurssous Philippe IV. Ceux des provinces basques se sont maio^ tenus seuls dans toute leur intégrité jusqu'à nos jours.

La noblesse ne fut pas plus ménagée que les autres classes : elle fut écartée de Fadministration et des cortès. Les grandes familles ^ comme celles des Guzman, desMendoza, desEnriquez, des Pacheco^ des Giron , etc.« avaient d'immenses richesses , des cours constituées^ sur le modèle des cours féodales au moyen âge, des gardes, des sujeb en grand nombre et la petite noblesse sous leurs ordres ^ . Elles furen(| laissées à l'écart, et les Gis des conquérants espagnols, réduits au rôl^,. de grands propriétaires, n'aspirèrent bientôt plus qu'au privilège de se couvrir devant le roi ou dans sa chapelle. La petite noblesse té»' quitta et, suivant le proverbe du temps , passa la mer, entra dans, l'église ou se mit à la solde du roi.

Ainsi flnit la vie animée et l'indépendance universelle du moyeiir âge. Ces villes qui formaient des espèces de républiques , ces corpor' rations de chevalerie religieuse qui étaient des peuples constitués part , cette noblesse qui avait les droits et la grandeur de la souve-^ raineté, ces assemblées nationales dans lesquelles le pays entier P^vl[^\ cipait à l'œuvre de sa délivrance et de sa formation , ne parurèn^^ plus de saison lorsqu'il fallut passer de la conquête de l'Espagne |^ l'administration d'une partie du monde. Mais cette révolution naonarchique contribua à tarir dans sa source une activité que la po^es*^ sion de tant d'États avait déjà trop affaiblie en la dispersant. \ . ^

Les effets s'en montrèrent sous Charles-Quint lui-même. Malgré s^ grande supériorité, ce prince ne put pas suffire à une tâche aussi çp^i^], pliquée et aussi vaste. Il ne put pas trouver en lui de quoi suffire à Iff^^

* « Nota di tutti li titoladi di Spagna con le loro casate et rendite che ten goba» » dove banno li loro stati et habitationi, fatta Bel 1581, alli 30 di ma^io in Madrid . » Informationi polU,, tome XY, 11, manusc. Yoir L. Ranke, Furtte und Volktr van Sud'Europa im seehêxehnten und'siehzehntenJahrhundert, Berlin, 1837, 1. 1» die tpanische Monarchie, pages 215-224.

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vie de tant de peuples, pourvoir aux besoins de tant de pays, résister h tant d'adversaires. Une put pas comprimer l'Espagne, occuper les côtes de Barbarie, résister aux Turcs, conquérir et garder lltalie, coloniser le Mexique et le Pérou , combattre la France , contenir FAllemagne, satisfaire les Pays-Bas. Il ne put pas devenir roi absolu dans ses pays héréditaires, se rendre empereur tout-puissant dans une confédération libre, se poser comme une digue insurmontable à l'esprit réformateur de son temps, et rester général victorieux partout. 11 l'essaya pendant trente ans.

Posté en Flandre, la plus centrale de ses possessions, il gouverna de là toutes les autres. Il eut à courir sans cesse des Pays-Bas en Espagne, d'Espagne en Italie, d'Italie en France , de France en Âllemagne. Il alla tenir des assemblées, ravir des libertés , livrer dès baltiOes. Tout lui réussit d'abord : les Castillans insurgés furent défaits à Villaldr;les Flamands révoltés, à Gand; les Français, en Italie; lesÂllemands, sur le Danube et sur l'Elbe. Mais il fallait toujours s'agiter et toujours vaincre. Cette vie sans repos et ces victoires sans terme raffaiblirent et le lassèrent. Sa tète se couvrit de bonne heure de cheveux blancs. Là tristesse maladive qu'il tenait de sa mère et qui était restée enfermée dans les profondeurs de son Ame pendant le temps des distractions et des victoires, en sortit et le gagna ; il devint lent et sombre. Cet homme si actif, dont une partie du monde attendait les ordres, ne donnait plus sa signature qu'avec humeur. Il recherchait la solitude. Il s'enfermait des heures entières dans un appartement tendu de noir et éclairé par sept torches K II méditait déjà de sortir vivant du monde et de déposer le fardeau que luji avaient laissé ses ancêtres et qu'il avait lui-même rendu plus pesaîù. Il suffisait d'un revers pour l'y décider.

Ce revers ne se Gtpds attendre. Surpris et mis en fuite à Inspruck ^ par rélecteur Maurice de Saxe, qui l'attaqua à la tète de l'Allemagne protestante, battu dans les trois évèchésparleroi de France Henri II, 4jharles-Quint sentit que le moment d'en finir était arrivé. Il ne pouvait plus administrer au dedans, ni vaincre au dehors. Le revenu de ses royaumes était aliéné ; il devait plus de trente millions de ducats Ses ennemis étaient coalisés ; ils disposaient des ressources

* G ALUZzi» Sioria del granducato di Toscana, tome I, page 208 ; Yoyez L. B anee, tome I, pages 112 et 113. — * En 1551.

* JL'ambassadeuT vénitien Tiepolo , dans une relation manuscrite à la seigneurie

de la France et de fenthocniasine de rAllemagae. Réduit k renverser hii-mèmeseg plans, en parla transaction de Passau, à référer les Allemands qu'il avait abattus, à subir Tagrandissement des^ Français quil avait dépouillés, il abdiqua.

Son abdication fut pour l'Espagne le signal de la retraite. Les Étet^ héréditaires d'Autriche et l'empire d'Allemagne avaient été séparééde la monarchie espagnole sous Charles-Quint, qui les avait donnés à son frère Ferdinand. C'est contre l'Allemagne qu'il s*était brisé, et c'est par elle qu'il àvait été contraint de se démettre de sa trop vaste souveraineté. Il semblait que son fils Philippe II étant <i^livré de cette partie de la tâche, cela sufiirait. Mais la décadence de l'E^agne ne devait plus s'arrêter. Charles-Quint avait à^faooé en Alternée, Philippe II devait échouer dans les Pays-Bas.

En succédant à son père, Philippe II se retira en Espagne, d'oè il ne sortit jamais. Il devint roi tout à fait péninsulaire. ChariesH^iiilit avait été le souverain réel de tous ses États ; il les avait toùr à tour habités et souvent parcourus. Il tenait à tous ses peuples par tieelqiie côté : son origine le rendait Flamand , sa gravité Espagnol , son bbn sens Italien, sa prudence Allemand. Il était propre k tout régir, paixe qu'il allait tout voir et qu'il savait tout comprendre. II n'en fui pas de même de son fils. Ce qu'il y avait d'universel dans GharlesHI^àfnt disparut dans Philippe II.

Non-seulement ce prince se transporta au delà des Pyrénées, mars il s'enferma à l'Escurial comme dans un monastère. Etranger aOK Flamands et aux Italiens, il devint invisible aux Espagnols mn-attales. Bes deux choses que son père avait dirigées avec une égale sopéifiorité, ta guerre et la politique, il ne se réserva que la dernière^ ..H ne parut qu'une fois en armes sous les murs de Saint-Queutin comme il ne se plut pas au bruit des balles, ^1 ne se montra defrais lors ^r aucun champ de bataille, et ne combattit que par ses gé»é-

de Yentse, évalue ainsi les dettes de la moBarchie espagnole versks commenements du règne de Philippe II : « È solecito quanto ogQ'altco al acéteseimeslo MdeBaro» » e certo ha grandissima ragione di farlo, essenda impegoate le eirtraée sorper » 35 millioni d'oro. »

^ En 1507. « Lerata la nécessité di andarvi, so ehe pub K oeeorrere^ ftir guerre ^ » egli estima et approva più il procéder del re catolico, suo avo» che le fiioeva fore » tutte per mano dei suoi capitani, senza andanri lui in persona, che i procéder » deir imperatore, suo padre, che ha voluto farfe lui : et a questo lo consigliano ii » Spagnuoli, li suoi intimi. » MlcheH, Relat. manusc.

SB «Jk MH^CGKSSIOM D^SArjKOUB. 291

il gonmrfiA seul H par écrit. Bien même de petit ne^ pamtt sans qo'il te sât. Il tisiit toi» les rapports de son ocBseil, il prononçait im toQtes les affitires doses ministres^ il annotait tentes les dépêches de ses ambassadeurs ^ Gomme il était lent quoique infatigable, et peu résolu quoique très-'Obstinéy les décisions ne se prenaient pas assez vite et les affaires ne s'expédiaient point. La monarchte s'affaissait comme le pays.

Loin de comprendre renseignement qui résultat de l'abdication de fiOB pàre, Philippe II chercha à agrandir encore les possessions esfAtgnoles. L'eitinction de la dynastie portugaise lui fit enrahir le Portugal. Les dirisions religieuses de l'Europe lui inspirèrent la pensée de s'emparer de l'Angleterre et de friacer sa fille snr le trône de France. L'un de ces projets causa la destmctim de la marine espagnole, qui périt dans le désastre de Yarmuda ^; l'autre atoutit à la ruine financière de J'Espagne.

Pendant qu'il poursuivait ces chimériques entreprises, il perdait les Pays-Bas* Les habitudes conquérantes et les sentiments exadtés des Eispegnols en furent égalment cause. Le ^ractère de cette nation s'était formé pendant sa longue lutte avec les Arabes. Ayant nonseulement à reconquérir son territoire envahi , mais à y trioai|Jiier d'ue autre race et à y détruire une autre religion, die avait pris quelque chose d'exclusif et d'inexorable. EUe avait acquis une pensévérance proportionnée à la longue tâche qu'elle avait eu à remplir. Sa croyance rdîgieuse s'ét«t confondue avec sa nationalité et l'avait destinée à être frius tard l'expression la plus obstinée du système catholique en Eor<^. EUe avait contracté dans ses vietoires répétées une fierté tranquille et une noblesse d'àme naturelle. Les ennemis de sa grandeur étant en même temps les ennemis de son culte ^ elle n*itvait pas transigé avec eux comme avec des vaincus : elle ks^avait expttbés comme des infidèles. Différant; en cela des antres peufdes de l'Europe qui, dans leur ntôrcfae vers^l'uhité, avaient rencontré des

' Yeir les documents des archWes de Simancas, qui sont aux archîTes du XOfdxxmt, — Toiei ce que dit un ambassadeur Ténitien : « Ë diligentissinK) ne) » governo ddlo siato, et tuote cbe tutte le cose di qualche importantia passino per » le sue mani, perche tutte le dciiberationi di momei^ ifii sono mandate da i con« » siglieri» scritte sopra un foglio di carta lasciandone la metà per margine, nella » quale poi S. M. ne scrive il suo parère, aggiungendo, scemendo, et^ corregendo » il tutte a suo placere. » Contartni, Relaté manusc,

> En 158a.

INTRODUCTION A l'UISTOISB

provinces séparées, mais non des nations différentes; une autre sou- Teraineté, mais non une autre religion, le peuple espagnol avaitappris à vaincre sans savoir gourerner, à réunir des territoires sans pouvoir 'assimiler des populations.

C'est avec cet esprit rendu entreprenant par l'habitude de la conquête, opiniâtre par la longueur de la lutte, altier par la continuité de la victoire , implacable par la nature particulière de la résistance, manquant, en un mot, de modération dans la force et d'habileté dans le commandement, que le peuple espagnol agit en Europe et en Amérique. Il ne se servit que de l'épée. Il pactisa peu ; il détruisit ou comprima. En Amérique, tandis que d'autres s'établissaient en colons, il se répandit en conquérant et même en exterminateur. H ne domina dans les Pays-Bas, en Sicile, à Naples, dans le Milanais, qcfe par des forteresses et des garnisons.

Non content de la compression matérielle de ces pays, il voulut leur imposer un assujettissement moral plus dur encore. Il y transporta l'inquisition . Les Siciliens la supportèrent ; mais ils chassèrent les agents espagnols. Les Napolitains et les Lombards s'insurgèrent contre cette redoutable importation, à laquelle Philippe II se vit contraint dè renoncer. Malgré cette infructueuse tentative, il établit en Flandre le tribunal dont l'Italie avait repoussé le joug. Les Flamands se soulevèrent aussi. Le moyen usité de l'extermination fut employé pour les ramener à l'obéissance S mais il ne réussit point. Sept provinces des Pays-Bas furent perdues par un Espagnol, le duc d'Albe; les dix autres furent sauvées par un Italien, le prince Alexandre Farnèse.

Ainsi le mouvement de retraite qui avait commencé sous Gharles- Quint continua sous Philippe II. L'évacuation de l'Allemagne fut suivie de celle de la Hollande. Philippe II , qui avait gouverné par les Espagnols, selon leurs idées, avec leurs moyens ; qui avait obtenu sans peine leur obéissance et leur affection par ses manières graves, son commandement silencieux, son inébranlable fermeté , laissa la monarchie obérée et impuissante. Il avait ruiné sa marine dans ses expéditions contre l'Angleterre , anéanti ses finances pour vaincre la révolte des Pays-Bas et solder les troubles de France, détruit partout le prestige de sa puissance.

* Par le fameux conseil du troubles, que les Flamands appelèrent le conseil de sang.

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Mais il fit plus.que d'épuiser les ressources matérielles d'un pays dont Charles-Quint avait brisé les ressorts moraux : il éteignit la royauté comme son père avait éteint la nation. Il la séquestra dans une solitude abrutissante ; il la rendit invisible , sombre , hébétée ; il ne lui fit connaître les événements que par des rapports » les hommes qu^ par des défiances. Il porta si loin le soupçon^ qu'il éleya son fils dans la crainte et dans l'isolement ; il ne lui permettait pas de s'entretenir avec sa fille * , à laquelle seule il se confiait et qui seule soulageait sa vieillesse accablée d'infirn^jés et de revers. Au moment où il fallut quitter la puissance qu'il avÎBtit voulu étendre et qu'il avait craint de perdre , il rejeta sur la Providence son propre ouvrage , l'incapacité de son fils. Ce prince, qui avait appris la victoire de Lépante sans que son visage exprimât un mouvement de joie , et à qui la ruine' entière de son armada n'avait pas arraché un regret , pleura ^ur l'avenir de la monarchie espagnole : <x Dieu , dit-il , qui m'a fait » la grâce de me donner tant d'États , ne m'a pas fait celle de me » donner un héritier capable de les gouverner L'héritier qui reçut de ses mains mourantes ce dépôt déjà altéré était l'œuvre de son système et le descendant d'unç raçe qui av^it dégénéré dans l'inaction.

A l'habile Charles-Quint avait succédé le systématique Philippe II; au systématique Philippe II succéda l'incapable Philippe III. Ce dernier prince abandonna entièrement les aflTaires à son favori le duc de Lerma, qui régna pour lui dès son avènement.

Sous l'empire de ce favori , le système de Philippe II fut délaissé. Une paix générale calma les commencements du nouveau siècle, et ajourna la ruine de la monarchie espagnole. Deux mariages , celui de l'infante Anne d'Autriche avec Louis XIII , et celui d'Elisabeth de France avec l'infant Philippe , resserrèrent l'union si fragile alors de la France et de l'Espagne. Une trêve de douze ans suspendit la guerre qui se poursuivait depuis un demi-siècle contre la Hollande ,

I L. Rankb, tome I, page 129.

' « Gli disse che egli ben sapeva gran valore et le qualilà àeW infanta, che m eraiio tali che in essa et in sno marito haveva poste le sue speranze; gia che Dio 9 per li suoi peccati, ancorche gli havesse fatto gratia di tanti regni et dominti, non j» gli hayeva per reggerli e governarli dato figlinoli : perche il priacipe non era che » ombra di principe, non havendo talento per comandare, di maniera che dubitava » che non dovesse esaere occasione di molti gran danni alla sua casa. » Relat. délia vUa del re di Spagna, manusc. cité par Rankb, tome I, page 130.

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