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lieyeime une aattoo par la dorée de sa révolte et rimpuiifiaace ok $a métropole avait été de la soumettre. Pendant tingt ans la monarchie respira an ddiors.
JHais , loin de se sépara , elle «'aSatbUt dans^ repos. Ne poavant fias perdre des provinces durant la paix, «Ne perdit «ne partie de sa population et les restes sa prospérité. Les races dissidentes et les descendants des «iiciens vtiipqueurs de la péninsule n'avaient pas cessé d'être persécutés depuis la chute du dernier royaume more. Ferdinand le CatMiqoe et IsabeU^de dastille avaient ordonné par un décret, en 1492, l'expulsion t^le des juifs , qui enridiissaient TEspagne de leurs capitaux et de leur industrie. Cette mesure Tavc^t privée de 800,000 habitatits. En 1502 , après une révolte des Mores dans les Alpixarras , ceux-ci avai^t été contraints de se convertir au christianisme ou de quitter la pénmsule. Ils avaient paru obéir; mais ^ lï'est qu'en 15^, après un nouveau décret de GharleM}uint et tine nouvelle révolte dans la sierra d'Espadan, qu'il n'avait plus existé de musulmans avoués en Espagne.
Les exigences des rois catholiques ne s'arrêtèrent point là. Après avoir renversé la domination des Mores, proscrit leur culte, ils atta* quèrent leurs habitudes. Philippe II leur commanda, en 1566 , d'oii'- })]ier leer langue, de quttter les noms et les c^stucMS de leurs .ancêtres, de renoncer aux vieiHes cérémonies de leur nation , de détruire les teins dans leurs «Misons ; «n un mot , de ehanger leurs moeurs. Us firent des remontrances, mais elles furent inutiles. Ite s'insurgèrent aloro dans les Atpuxarras. A^ant été vaineus en 1570, une partie d'entre «ux fut déportée en Afrique^ le reste se soumit et travailla»
Ayant i^u leurs mœurs ^ k le suite de leur religion et de le^ empkre , il ne leur ^restait plus qu'à être privés de leur patrie. C'est m qui arrii» eous PbHtppe Ilf . Dans la ^rîtote cMmérique qu'ite n^ap* pelassent les Berbères d'Afrique k une nouv^e invasion de l'Espagne, un édit, plus cruel et moins mérité que les précédente, les exputoi tous de la péninsule ; Philippe III ne leur donna que trois jours pour en sortir. peine de mort fut prononcée contre ceux qui refuseraient fie s'expi^ri^jT et contre les vieaii4ïhréjtiensqui leur dpnneriaient m\e^ Ces infortunés quittèrent , m nombre de plus d'an millioii , leura vieilles demeures, et partirent pour le continent d'Afrique. Les trois quarts périrent sur routes pu après la traversée, L'e^tpulslon des juifs avait affaiUI l'industrie dans la péninsule; l'expulsion des Mores
m lA SUCCESSION B'ESPÂtïNE. 295
actieva deTy rainer. Cette race proscrite et déportée ne laissa dans !é pays de ses anciennes victoires que la tradition de la plus belle agri^ culture du monde.
De Ferdinand le Cathorique à Philippe III, l'Espagne perdit plus de trois millions de juifs ou de Mores. Elle put d'autant moins supporter la perte de cetto population active et laborieuse, que la colonisation de l'Amérique luî en enleva presque autant, et qu'elle avaît à garder et à défendre ses possessions continentales.
Cet affaiblissement, survenu pen||nt la paix, se fît sentir lorsque la guerre reprit , sous Philippe IV , son cours interrompu sous Philippe m.
Ce prince fut gouverné par le duc d'(Mîvarez, comme son père Tavaît été par le duc de Lerma. Le duc d'Oïl varcz voulut rendre h l'Espagne son ancien rftle et sa grandeur. Il ne vit pas que le repos de l'Espagne était de la paralysie, et que remettre ce pays malade en mouvement c'étaît le faire tomber. Il rompit avec la Hollande et avec la France, et le renonvdlement de la guerre fut suivi des phis grands désastres. L'Espagne perdit à Rocroy, à Lens, aux Dunes, la seule chose qui lui restait, son armée. La Hollande lui enleva le nord du Brabant, de la Flandre, du Limbourg, et une partie de l'Inde portugaise. La France lui prit l'Artois , le Roussillon ainsi que là partie la plus méridionale de la Flandre et du Hainaut. L'Angleterre s'empara sur elle de Dunlœrque et de la Jamaïque. La monarchie elle-même tomba en pièces : les dix provinces des Pays-Bas voulaient s'ériger en république en i6S5 ; le Portugal se détacha m 1640 de l'Espagne pour ne plus s'y réunir ; le royaume deNapIes se révolta en 1647 ; et la Catalogne demeura en état d'insarrection jusqu'à la paix des Pyrénées. Tout cela se passa sous Pldtippe IV, avqoel le duc d'Ofivarez avaît donné le nom de (îrand, et que, par dérision, on comparait à un fossé qui devient d'autant plus grand qu'on le creoiedavanti^e.
L'Espagne ne semblait pas pouvoir descendre plus bas; maïs son état fut plus d^lorable encore sous Charles II que sous Philippe lY. Elle manqua de ntarine, d'armée^ d'argent. Le pays qm avait envoyé plus de cent vaisseaux à Lépantecontre les Turcs, et qui en avait réuni cent soixante et quinze en 1588 *• contre l'Angleterre, se vit
» UsTARiz, Théorie et pratitpie du commerce et de la marine, en français. Paris, 1753,iû-4spagc233. ♦ •
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réduit à en empranter quelques-uns k des navigateurs génois pour son service du nouveau monde * . Après avoir eu des armées formidables sur tout le continent, il ne pouvait plus entretenir un effectif de vingt mille hommes. Avec les mines du nouveau monde, il était obligé de recourir à des souscriptions pour se défendre ou pour subsister. Il n'avait plus de commerce ; ses manufactures de Séville et de Ségovie étaient en grande partie tombées Cent soixante mille étrangers s'y étaient emparés de toutes les affaires. Ils affermaient les seigneuries, les évèchés, loigrevenus des emplois ; ils recevaient soixante et dix-sept millions àès quatre-vingt-cinq, qui venaient annuellement d'Amérique, et y envoyaient cinquante millions des cinquante-quatre de denrées et de marchandises qui lui étaient né» cessaires ^. L'agriculture était anéantie par la mainmorte des terres du clergé ^, par les majorats des biens de la noblesse ^, par les dé* vastations des troupeaux (la mesta) et par l'indolence nationale. La population , qui paraissait s'être élevée à vingt millions sous les Arabes, et qui depuis est montée à quatorze, était alors descendue à six
L'intelligence humaine était comprimée par l'inquisition, et l'Espagne, qui avait eu dans Cervantes l'un des génies les plus originaux, dans Lope de Vega et Galderon, les plus féconds des auteurs dramatiques, qui avait produit quelques historiens et beaucoup de casuistes, l'Espagne n'avait pris aucune part au mouvement continu
■ UsTARiz, ouvrage cité i la page préc, page 194; Ulloa, Voyage hist. de VAmé- 'rique septentrionale, Amsterdam, 1753, in-12, 2® partie, pages 103 et 104; et les dépêches des ambassadeurs français pendant la dernière moitié du dix-septième siècle.
' MoREAu DE JoNNÈs, Statistique de V Espagne, pages 144 et suiy.
' Damian de Oliyarez; Sancho de Mongada, Bestauraeion poliUea de Es^ pagna; Capmant, Memorias, etc., 1779-92, in-4o;LABORDB, Introduction àVUiné^ raire en Espagne, pages 33 et 34; PEUCHBT,J[>tct. univ. de Géographie,VBns, an Tll, in-4o, tome III, page 751.
^ En 1817, le revenu des biens-fonds du clergé était estimé à cent cinquante millions de francs.
* Le recensement de 1723 donnait 625,000 nobles, 1 sur 12 habitants. Le système des majorats, qui prit son développement dans le seizième siècle, était étendu des biens à l'argent, de la noblesse à la bourgeoisie. Ce fut Charles III qui commença à limiter le droit de constituer des majorats. Les Castilles et l'Andalousie étaient couvertes de terres substituées.
* En 1702 la population montait k 5,700,000 ftmes d'après U^tariz ; en 1726 à 6,025,000, d'après le premier cens officiel, et en 1825 à 14,000,000, d'après les registres des paroisses, dont les résultats ont été présentés par Miiiano.
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de Tesprit européen. Elle n'airait eu ni philosophes, ni savants, ni publicistes, et n'avait payé son contingent ni en grandes idées ni en grands hommes.
La mort avait pénétré partout : dans la nation par la ruine de ses libertés ; dans le gouvernement, par la destruction de sa marine, de ses armées, de ses finances; dans la propriété, par la cessation du travail, les substitutions et la mainmorte ; dans la population, par Finaction et la pauvreté. Elle atteignit aussi la dynastie par Fimpuissdnce. Ce qui finit les nations perd les rois : les princes qui éteignent un pays travaillent donc à Fépuisement de leur race. Jamais la dé* cadence d'une famille n'a été plus marquée qu'en Espagne. A mesure que l'action diminue pour la royauté , les facultés royales s'amoindrissent. Charles-Quint avait été général et roi, Philippe II n'avait été que roi ; Philippe III et Philippe lY avaient à peine été rois ; Charles II ne fut pas même homme. Sorti infirme d'un sang appauvri et d'une race dégénérée, ne pouvant point se passer du sein de sa nourrice, ni marcher ni parler avant l'âge de cinq ans, non-seulement il ne sut pas régner, mais il ne put pas même se reproduire. La dynastie passa de Fincapacité à Fimpuissance, et il ne resta plus à FEspagne que sa loi de succession pour la tirer de son anéantissement. Il fallait que le continent vint de nouveau à son aide et que Fesprit européen, s'y introduisant à la suite d'une dynastie nouvelle, l'animât et la ftt sortir de l'immobilité péninsulaire où elle était retombée.
C'est la France qui lui donna sa dynastie et qui opéra sa régénération. La France n'avait pas suivi les mêmes voies que FEspagne. Comme elle était en contact avec le nord de l'Europe, ses conquérants, au moment des invasions, n'avaient pas été les Arabes, mais les Germains. Elle avait reçu les flots fécondants de cette inondation tant qu'ils s'étaient écoulés de leur source. Couverte par eux à plusieurs grandes reprises pendant trois siècles, elle en avait été vivifiée.
La décomposition territoriale du neuvième et du dixième siècle, suite et fin de la conquête germanique, avait servi à former FEurope moderne. La société urbaine laissée par l'antiquité, la société religieuse laissée par le christianisme, la société militaire laissée par la conquête, se constituèrent mieux et se rapprochèrent davantage sur des territoires circonscrits. Mais lorsque fut terminée cette seconde opération, à l'aide de laquelle devaient s'organiser à part les divers éléments que la première avait apportés ou trouvés, il en fallut une
troisième poor de tous ce& terxitoices va seul* f^pi» 4e tante» ces sociétés uM Sfiuie natMB.
Gette^roisième opération, qui compléta la formatioD âetoséciété modarDe/lM. exécutée par le pouvoir rojal^ <iifii devait ètte le pou* voir cbargé d'assimiler twtes ses parties^ puisqu'il était le peuMok le plus géoéral. Elle se fit eu France avec plus de suite qu'ailleurs. EUe fut l'œuvre de la dynastie capétienne, qui travaîUa pendants^ siècles à l'étabUssemeat de cette précieuse umté de territoire, d'esprit* de langue, de gouvernement. Cette dynastie dura autant que sa mtky et eut autant de princes supérieurs qu'elle avait de choses imr portantes à Caire. L'action entretient les familles, et les diSeultés format les grands honuDea.
C'est du centre même du pays que partit la dynastie eapétieme pour cette conquête de réunion. Paris sur la Seine, Orléans sur Loire furent sea p«dnt&de départ ; rOcéan, les Pyrénées, laSiéditerf canée, lesÂlpes et le Bhin, se& points d'arrivée. £Ue ne se mi. m marche qu'après s^'étre affermie dans ses possession» partieuJièy^Si,. ofc avoir donné aux diverses classes destinées à, être le rudiment de bih sadété moderne le temps de se former.
Dans le douzième siècle, Louis le Gros rendit la royauté supérieure à ses vassaux pcràculiers, dans se& domaines héréditaires, pu: 1» prise de leucs châteaux et la confiscation de leurs fiefs. Au commeacernent du treizième siècle» PbiUppe-Auguste la rendit supérieure aux grands vassaux eux-mêmes par l'acquisition de la Normandie^ de la Touraine, de l'Anlou, du Maine. L'im de ce& princes éleva le pouvoir royal au-dessus du pouvoir féodal sur le territoire de la dynastie ; l'autre éleva la dynastie centrale au-dessus de toutes les dynasties provinciales sur le territoire de la France.
Depuis lors les acquisitions territoriales au moyen delà conquête, des donations, des successions ou des mariages, coniinuèrentsans pouvoir être arrêtées. Le Languedoc et le Poitou sous saint Louia; la Champagne et le Lyonnais sous Philippe le Bel ; le Daupbiné sous Philippe de Yalois ; la Saintx)nge et le Limousm sous Charles V ^ la Guiennesoiffi Charles Vil ; la Provence, la Bourgogne, et la plus grande partie de ia Gascogne sous Louis XI ; la Bretagnesous Charles YllI ; le Bourbonnais, la Marche et l'Auvergne sous François V ;^ les tceisévèehés de Metz, Toul et Verdun sous Henri U ; la Navari^ le Béarn, les eomtés de Foix, de Cominges et presque toutes les vaU^ du reveis
septootrkHMdi èts Pyrénées, te Bresse, som Henri IV ; i^Atsiœe, im RoossiUoB, F Artois, la Fraac^Gomté, une partie chi Ln^mbt^tf,. âe la Flwdre, du Brabant, du HMsaot, sws Louis XIV ; la Lornéne^ 50US Louis XY, for^ «iceessîveaient rattachés aa noyau agraoidt^ 4e la France.
En pareoitfaiit la route de ses cou<{uétes, la djmisftie n'eut «euleniei^ des territoires à réunir et des fannUe» régoautes à déposr4 ^éder ; elle eut des ctesse» à souufêttre, de» l^fistelioi» à UMid^Fif des langues à Fen^hicer, des races à fondte dans la masse nnlidmdeu. ' Elle porta à sa saîte les mœurs, la langue, TorganisatiM ininiarefai<|w 4u centre de la France. EHe enleva à la noUesse sa sonWain^ féodale, au dergé son indépendance poIilk|ii#, à In bourgeoise lai €onstiCafton républicaine de ses ¥iUes^ A^ant ^attdn&re ce» divers btttSy ^ rencontra des résistantes trèsHnorabreuses et trte46rlesu Tous ceux aux droits de qui elle attentai se sooléfèrait contre eUe^ Ns cbotstrent les moments de fmU^se ou de revers de la royauté |k>ur lui reprendre ce qu'eUe leur avait eidevè dans les moments de sa force.
Les andeones dynasties provindales secooHsèire^ contre elle sou» la minortté de saint Louis. Les dynasties^ apanagées^ qui les rempta* «èrent, renouvelèrent la même lutte pendant la folie de Charles Yi et sous le règne de Louis XL Les vilks profitèrent,, poia slnaur^r^ de la captivité du roi Jean et de la jeunesse de Gharle» YI. La no- Idesse saisit l'occasion de la réforme prote^ante pour i^nqn^r son indépendance par la guerre dvile durant la minorité de Charles IX ; et le clergé ,^ s'appuyant sur le catbc^cismey voukit reprendre sa suprématie par la Ugue sous le règne caprideux de Henri lU. La cour se souleva pendant la minorité de Louis XIII^ et^eparlemeflA sous la mittorité de Louis XIY.
Ces tentatives des provinces coirtre le centre, des pouvoirs partie •entiers contre le pouvoir général, furent impuissantes. La royauté l'emporta sur feudatûres des campagnes ^ les républicsÂns des villes, les ultramontains du clergé, les légistes des pariemeuts; die puisa danscès diverses épreuves la force qui lui manquait «ipara\ant# Elle sortit de chacune d'elles par un grand prince et avec une (»rga^ nisation {dus solide«
Le brigandage des petits feudataires de VIle-de-Fraoçe forma Louis le Gros, qui fit prévaloir la supériorité royale ; la lutte avea
INTRODUCTION A L'HISTOIRB
les Anglais de la Normandie, de l'Anjou et de la Guienne forma Philippe- Auguste, qui, par ses agrandissements, fonda la monarchie territoriale ; la guerre des barons forma saint Louis, qui institua un nouveau système judiciaire par l'érection des parlements ; l'anarchie municipale des villes forma Charles Y, qui créa un nouveau système financier par rétablissement de l'impôt indirect, objet des efforts contraires de la couronne et du pays pendant tout le quatorzième siècle ; la guerre des Armagnacs et des Bourguignons forma Charles YII, qui organisa un nouveau système militaire par la création des troupes permanentes; la lutte des dynasties apanagées forma Louis XI, qui les dompta toutes et reprit sur elles le territoire aliéné ; la ligue forma Henri lY , qui domina les partis religieux ; la révolte des grands forma Richelieu, qui soumit la cour ; la fronde forma Louis XIY, qui assujettit les parlements. La royauté l'emporta toujours. Elle valait mieux que ce qu'elle vainquit, parce que la réunion de la France opérée par elle valait mieux que l'isolement de ses provinces, un pouvoir général et dès lors pacificateur que des pouvoirs particuliers et désordonnés, et une nation que des classes. Ce long travail préparatoire auquel la dynastie, cédant à des nécessités plus qu'à des desseins, se livra sans en calculer la portée et sans en prévoir l'issue, conduisit au grand changement de 1789 : c'est alors que l'oeuvre de la dynastie fut complétée par l'œuvre de la nation.
Mais, tout en marchant vers son but, l'unité de territoire et l'unité de pouvoir, la dynastie montra une habile modération. Elle n'eut rien d'exclusif ; elle ne poussa à bout aucune de ses victoires. Elle incorpora les provinces sans les détruire , leur laissant les coutumes civiles sur lesquelles reposaient leur existence et une partie des privilèges politiques dont elles jouissaient. Elle organisa le pays, mais De l'opprima point. Elle fit entrer chacune des classes qui le composaient dans l'unité nationale en lui ôtant la portion d'indépendance ^ui était du désordre et qui s'opposait à son assimilation. Mais elle ne craignit ni le courage de la noblesse , ni l'habileté du clergé , ni J'esprit de la bourgeoisie. Loin de là : entretenant sous la monarchie une sorte d'action démocratique, seule propre à fournir des hommes en abondance , elle demanda à la noblesse des généraux , au clergé -des politiques, à la bourgeoisie des juges et des administrateurs. La monarchie fut dès lors tempérée par Tesprit individuel , le pouvoir modéré par les mœurs, l'ordre animé par le mouvement. Il y eut
DE LA SnCGBSSIOK D*ESPA6NB. 301
même des moments d'anarchie pour entretenir et retremper le caractère national, afin qu'il exécutât ensuite, à Taide d'une vigueur plus grande et d'une organisation plus forte , les choses plus difiBciles qui restaient à faire.
La France, placée au centre du continent, a été pour l'Europe ce que la royauté , placée au centre de la France , a été pour celle-ci même. En rapport avec tous les peuples i elle s'est maintenue dans un mouvement perpétuel d'action et d'esprit. Sous Gharlemagne , elle a été en communication avec les Italiens, et elle a relevé l'empire; avec les populations germaniques, et elle a constitué l'Allemagne; avec les Arabes , et apré» les avoir arrêtés en Gaule , elle est allée déposer au delà des Pyrénées quelques germes de la délivrance et de la grandeur future de TEspagne. Conservatrice de l'esprit religieux comme de la force militaire , elle a principalement contribué par ses moines de Gluny à l'établissement de la monarchie pontificale de Grégoire YII. Depuis le onzième jusqu'au treizième siècle, elle s'est mise en relation avec l'Orient , où des chefs français , Godefroi de Bouillon , Raimond de Saint-Gilles, Baudouin de Flandre, Louis VU , Philippe-Auguste, saint Louis, ont successivement conduit les croisés d'Europe. De 1066 à 1452, elle a été en contact presque continuel , par la guerre, avec les Anglais; de 1302 à 1477 avec les Flamands; de 1496 à 1700 avec les Italiens, les Espagnols et les Autrichiens. Il n'y a donc pas eu d'interruption dans le mouvement qu'elle a reçu du dehors, et ce mouvement a été très-varié.
Outre les idées qu'elle a produites , la France a reçu par là toutes celles qui ont pris naissance chez les autres peuples. Au douzième et au. treizième siècle elle "à été le siège de la grandeur intellectuelle , due à la double influence de l'esprit chrétien et de la science arabe. Elle a formé la scolastique et le système universitaire. Au quinzième siècle la renaissance des lettres et des arts lui est venue d'Italie ; au seizième , la réformation religieuse y a pénétré d'Allemagne. Depuis cette époque , l'intelligence , ouverte à toutes les communications, ne s'y est plus reposée , et la France a été le seul pays peut-être qui ait eu quatre grands siècles littéraires de suite et des générations d'érudits , de poètes , d'écrivains , de philosophes , de savants , qui se succèdent sans se ressembler et qui ont de l'originalité jusque dans l'imitation.
Le peuple français devait être dès lors l'opposé du peuple espagnol.
302 IKCOÛI^IICTION A iJjUSTOlRK
Tant de chom à faire» de résistances à vaiacre^ de tenâtoires à réunir , de provinces à assimiler , de nations à rencontrée ^ d'aspecte " divers à pger ^ d'idées à recevoir , devaient le tenir sans cesse en éveil et en action. Il ne devait avoir ni préjugé ni repos. Constamment jeté d'une route dans une autre , il fallait qu'il fût toujours prêt et qu'il achevât toujours vite. La rapidité du coup d'œil » l'espât de conséquence plus que celui de réflexion , un caractère plus sociable qu'babile» plus inipétueux que persévérant, beaucoup^ de bon sens pour rectifier les excès de la logique , l'unité dans Le tercitoire « Yes^ semUe dans la nation » la régularité dans la langue^ un o^rixe systématique dans les institutions, une intelligence ou^rte^ propre à tout , accessible aux idées de toutes les nations et ren^^teant qvu^ siècles de grandes idées et de grands bornai , l'activité qui vient âe l'individu et la force qui vient de la société : voilà ce qui est de^oé à la France par la longue influence de sa podlioii^
Il est facile de comprendre qu'un pareil peuple devait &mr pir l'emporter sur le peuple espagnol. Dai» une lutte qui dore d^ siècles, la supériorité reste à celui qui ne se lasse ni ne s'épuiseJMi^ les Espagnols campèrent un nooaient dans Paris à la in do seizîèflie siècle, et les Françaisi allèrent s'établir à Madrid au comn^icefflent du dix-buitième.
Pendant que l'Espagne tondïait dans un état graduel de décadencet et que les rois catholiques devenaient inférieurs les uns aux autres» le tempérament de la France se fortifiait de plus en plus , et eUe était gouvernée par de grands prmces ou de grands hommes. U» mteie système fut suivi avec des vicissitudes diverses par la France à l'égi^ de FEspagAe^ depuis le début de la lutte entre ks deux pa^ îm/^k sa fin.
L'ag^ndissemeut subit de la France sous Charles YII et Lmiîs et son mouvenaent de conquête sous Charles YIII» Louis XII e^ {"rancis I'''' ^ ayant alarmé les autr€|s puissances, avaient pcevoqi^ une coalition européenne. L'Espagne s'était mise à la tète de oeUe coalition. François I*'' avait alors îeté, pour se défendre, les bases du système politique qui devait être opposé ai ec persévérance et av^ succès à la puissance croissante de la maison d'Autriche. Son adversaire était empereur d'Allemagne, chef du parti cathcdique en Eun^ roi des Espagnes , il avait recherché contre lui l'alliance des princes allemands et du parti réformé. Ce sy^me ne réussit pas d'abord.
lies rois ât France s'étafeat enflés mal à ft^pm én Italie^. Il faUall avant tout que Févacuatton ite ce payss*(^ât* EH« se fit eu Errais temps et sou» trois règoes : LooiS'XII abatedoima le royamne ée^ Naj^ qtf avait conquis Charles VIII ; François I". perdit te Milanais qu'avait conquis Louis XII; Henri II céda le PiéBH>nt qa'avait conquia Fraflço^P^ Cette dernière relrmte^ qi» compléta le retour en Frmee, s'effectua à la paix de CateaohCambrésis^ en 1558*
la paix de Cateau-Cambrésîs, conekie après la déiéite ée^ Saiii(o^ t^ientîn, a^ît été précédée d'unù effort heureusi eonlre la^ maison é'Autridie» Bemi II avait fait un pas de plus que so& père ëms tâ système des aUiaftces protestantes. François l" était entréen relatto» «vee lesprtnces' eoitfédérésà Smalkalde ; Henrt II se Mguaet com-^ balltt avec e»x. La prise do Tool, do Metz, de Yerduii, la ruine des pitfis de Chttrles-Qttiiit^ son abdication-, la divisio» en deux brandis de la maisott d'Autviebe^ 911 avait jusque-là comprimÀ rSurc^ sous m reîdoaiabie unité» fuient les suites fécondes de cette union. Mais *m 1569, il y rat une des grandes toéves qui marquèrent les inter-* «llteQces do la l«tte entre TEspagne et la France. Les deux peuples Arent unebatopour serq^oser^ et les deux dynasties s'aUièrent par des mariages.
La mort d'Henti II, la minorité ou la faiblesse de> ses enfants^ les gimres civiles qui troublèrent leur règne el que i»roiioquèrent les idées religieuse» doul le siècle était agité, firent cesser cette suspens sîon d'artnes. L'Espagne avait été ioaccesâble au ptotestantisme ;
était très^^toignée du foyer do cette févtrfutioB el elle éti^l unfiakéeau pkAbant degré de l'esprit contraire. L^ancienne myance ufvidél jeté des raanesprofobdessur le sol dres deux péninsules d'Italio et d'Espagne. La promise devait au catholicisme la direction morale êa monde,, la seconde lui devait sa propre ^istencenati<mte« Il était done impossible qi» le germe d'une autre croyance yfàt introduit ou 1^ fèi pas bouffé. U i^en était pas de méoiepour la France. Le prhicipe qui présidait à sa fornuition ^anfr l'unité, et Pesprit qui entretenait Faction (te son principe étant la contradiction, te protesta»tSsmte devait s*y introduire^ m«»nou y dominer. Il devait s'y introduire poury aKmenter le mouvement et agrandir FiéteUtgeucet et ne pas y dominer^ parce qu'il fallait que tout ce qui pénétrait en France se subof domiât à son principe organisateuf .
La longue et sanglante contestation qui s'ètabHt entre \i» deex
nmoDUcnoN a l'histoire
croyances encouragea les Espagnols à rompre la paix de 1559. L'appui qu'ils trouvèrent dans le parti catholique français, qui ne voulait pa9 permettre à la royauté de tolérer le protestantisme, et à plus forte ra ison de le professer elle-même, leur redonna pendant quelque temps^ une supériorité marquée.
Philippe II gouverna la France : il tint garnison dans Paris, dans Rouen et dans plusieurs grandes villes du royaume. Il essaya même de faire monter sa fille Isabelle sur le trône de France. A son instigation, les états généraux convoqués par les ligueurs en 1593 mirent en délibération le changement de la loi salique et l'élévation d'une dynastie nouvelle. Mais l'esprit du pays fut assez national et la vertu de la loi fondamentale fut assez forte pour que. le parti catholique n'osât point aller jusqu'à cette extrémité de sa passion. Du reste, l'idée catholique eût-elle fait régner un moment en France la maison d'Espagne, comme l'idée féodale y avait fait régner un siècle et demi auparavant la maison d'Angleterre, Henri lY aurait précipité du trône l'Infante Isabelle, plus facilement encore que Charles VII n'en avait fait tomber Henri YI. C'était une des crises dont la monarchie sortait toujours triomphante et qui lui donnaient un prince supérieur et une constitution plus robuste.
Vainqueur de la ligue, Henri lY obligea les partis religieux à vivre en paix l'un à côté de l'autre. Il reprit vis-à-vis des Espagnols lesys^ tème d'Henri II et de François P% en l'étendant toutefois. Il s'allia avec la Hollande, avec l'Angleterre, avec la Suisse, avec les princes protestants d'Allemagne, et sous son règne le parti espagnol tomba dans un état de faiblesse dont il ne se releva plus. La paix de Yervins en 1597, le double mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche et d'Èlisabeth de France avec l'héritier delà monarchie espagnole, l'infant don Philippe, en 1612, marquèrent une nouvelle intermittence dans la lutte. Le faible Philippe III et le mineur Louis XIII ne pouvaient pas reprendre ce vieux débat entre les deux pays. Mais, après la majorité de Louis XIII, le cardinal de Richelieu rentra dans les voies d'Henri lY et de François P',et s'y avança plus loin qu'eux. François P' avait lutté avec constance, mais sans succès, contre la maison d'Autriche ; Henri IV lui avait glorieusement résisté ; le cardinal de Richelieu l'abaissa.
Ce ministre exécuta ce que son mattre devait et ne pouvait pas accomplir tout seul. Il était doué d'un ferme génie et du caractère le plus résolu. Il eut les intentions de toutes les choses qu'il fit, ce qui