‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 19 sur 27 · DE LA SUCCESSION D'BSFAGNB · texte numérisé non relu

DE LA SUCCESSION D'BSFAGNB

n'arrive pas toojours aux grands hommes. Sa conduite fat le résultat de ses plans. « Je promis au roi, dit-il, d'employer toute mon in- » dustrie et toute l'autorité qu'il lui plaisait me donner pour ruiner » le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands, réduire tous ses » sujets en leur devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il devait être *. »

Il réalisa ses promesses. Il désarma les protestants comme parti politique, en leur enlevant le boulevard jusque-là imprenable de la Rochelle et les places de sûreté qu'ils occupaient depuis l'édit de Nantes, et en ne les laissant subsister que comme secte religieuse. Il fit fléchir les plus hautes tètes devant la majesté royale, et il abattit celles qui ne voulurent pas plier. Il se ligua avec la Hollande, les princes d'A^ lemagne, le roide Suède et le duc de Savoie, contre la maison d'Autriche, à laquelle il porta les plus terribles coups. Il consacra quatre millions ^ à la solde de ses alliés, qui avaient des troupes, mais qui manquaient d'argent. Il entretintjusqu'à cent cinquante mille hommes d'infanterie et trente mille cavaliers, et il dépensa soixante millions par an au service de la guerre Il donna à la France, qui n'avait pas un vaisseau sous Henri IV, une marine considérable, composée de vingt galères et de vingt vaisseaux ronds dans la Méditerranée et de soixante vaisseaux dans l'Océan ^. Il opéra toutes ces grandes choses au milieu des intrigues et des dangers. Il était sans cesse obligé de disputer à la mère, au frère, aux favoris du roi, un pouvoir dont il se servait pour porter si haut la puissance de l'État. Il luttait même contre les répugnances et la lassitude de son mattre, qui ne le garda que parce qu'il ne pouvait point se passer de lui.

Le cardinal de Richelieu mourut avant d'avoir achevé son œuvre. Il en légua la continuation à son successeur, qu'il avait désigné lui-même, au cardinal Mazarin. Mazarin était dans une position moins favorable encore que Richelieu : il était étranger et il avait à gouverner pen-

■ Testament pùliUque du mrdinàl de Richelieu, Recueil des testaments politiques ; Amsterdam, 1749, in>12^ tome II, page 9.

* T&û^., pages 67 et 68.

* Ihid., page 68. — De 1600 à 1610. Sous Henri IV, la totalité des dépenses de l'armée n'avait jamais dépassé six millions (treize millions d'aujourd'hui), et le nombre des troupes ne s'élevait pas au delà de trois mille hommes de cavalerie et sept mille hommes d'infanterie. Grihoard , Recherches sur la force de Varmée française, Paris, 1806, in-8o, pages 2 à 5.

* Testament politique du cardinal de Richelieu, page 67.

me fégêm». Gependaiit tt renpKt le» yws 4e8M prédéoe^Mr^ ^ il temîM 9f9 eetreprîm et» déployant me destérité et une persé^ ▼éranee qm rentfireiit à la ftn seo pouTinr itteeatesté et qm élerèreitt FÊtal m faite de la grandeur. De« hottoiea d^ÈgUse Mlofitrèrent «imi la faMeiweé'ofi prince majettr et l'enfance d'w prince ratoeitr, remplissant la tâche qae le besoin du pays exigeait ée la eouronfte , mai» qui était au-dessus de la yoloaté de TAge du roi* L'Église formatt «lors tes grand» pditiques : eSe développait la i^ateur propre de l'homme et j «foutait la force que donnait l'éminence du rmg.

Maiarin aftît coutume de dire que « ffomé on a le cceut on a » tant S » Ils^BsanradèalorscbiecMnrdela régente. Riekeyeu s'était «dressé au bon sens de Louis XllI , qui avait reconnu son indispen^ arirfe ntMilè ; Biizarhi s'appuya sur l« pessfon d'Amiedt Autriche ^ qai mpoU jaflHM consentir è se séparer de inî Pour gotivesner^ l'un ^imposa , Fautre se Èt atner.

Mnatin ai«it Fesprit grand, prévoyant, inventif ^ te sena sfanple «t droit, lecanetèreptus souple foe fiable et nmnafèrme que peM#^ vérant. Sa daviae était : m Letanps et moi » It se conduisait oert d^pr ès se9 affeclioBs on ses répugnances ^ ma» dTaprè» se» colcnla^ L'aori)! tion Favatt mis «u-dessu» de Famew-propre ^ et M était d'«v«i de laisser dite ponnru qaToa le iûssAt faire. Anssi était*tt insenaiUi «nx injnre» et n'èvitait-ilqae les échecs* Ses adversaires nfétaieM pas même d^ ennenfîs peur lui : s'it se croyait faiMe,. leur cédait sans lK>nte ; s^it était paissant, itlss emprisonnait ssns haine. Riefaetien «lait tué eenx qui »'oppa0aieHt èhii ; Maaarin se ca n tcuto de les en? fermer. Sous lui, l'écfaafand fart rempfocé par 1« Basfille. H jugeait las beonne» avec une rare pénétration , mai» il aidritsmi propre jvl^ gement du jugement que k vie mit défà proaNMwé sweux. Avant d'accorder sa cenftanre k qndqu'nn, il dtenrandait ? m Esfrfl fcen^

' Letm de earAmil Hfaxarin à Louis XIV, du 28 ao^t 1050; MéCttrei^de^ Maxarin, Amsterdam, 1745, in-12, page 308.

^ Ce qui n'avait été qu'une conjecture des historiens ou qu'une attaque des partis est détenu certain par la découverte des lettres qu'écrivait le cardinal à la retne pendant qu'H était hors dé France. Voir, entre autres, la tectre éeHf» de BmM, le 11 mai 1051 : Lettres du ectrdinal de Mazarin à la reine; Paris, Renouard, 183(V, in-8o, pages 30 et suiv.

• Petitot, Collection de mémoires relatifs à VEH^oire de Frmwe; Vori», 182vV- 1836, in-8o. Introduction aux mémoires relatifs à la Frondt, t. XXXT, p.* 41.

im% ^ ?i> GeD'étaitpetntdesapaF^iiittea^eu^aoumismBW du sort ; pour lui, éire heureuûs signifiait 9mw Vesj^it qui p^i^e It fortuite et le carcière qui la maîtrise. Uétait incapable d'abâtterae&t^ il aidait ime constauce inoiiue, B^dgré s€^ miatKnisappaseBAea.*ftfe«< aister dans certains cas et à eertaina ho^au&es ne lui paraissait pascte Ift force , mais de la maladresse. Aussi ce qu'il cédait c'était pimr le le^ prendre^ et lorsqu'il parlait c'était pour revmir. Uu de s^ ph» Sfk'p' tutels antagonistes, la Rochefoucauld» a dit de lui « qu'il avait phs ^ » hardiesse dans le cœur que dans l'esprit, au contraire du cardisidi » de RicbeUeu , qoi mût Tesprii hardî et le cœur ttamâe ^* » ^ le cardinal de Richelieu , qui était sujet à des Micè&de déGQuragaii^t« était tombé du pouvoir ^ H n'y s^ait pa» reni^iité ; tandis que Ma^ zarin ^ deux fois fe^ttf » ne se laissa jimaîs «èattte^ gouverna àa Ueft de son exil, et ifiiit momir dans* le soweram eofflBMffidemeiil et daM Vextr^e grandeur.

Mazarin poursuivit l'affaibUssemeat de la vmam d'A^rkhe» mdgiè les difiScultés iatériewes egà'il rencontra. La minotitè dt h&m XIY fut troublée ainsi que l'aTsôenl été jusqu'alors toutes les «HUiarités. La France, (^urbéesou9 ta laaÎB deBichelieu» se d^encBt comme un ressort longtemps comprimé. La fronde éclata; elle m fotpasUfcU essai de réforme, mats un miouyenient de caractère. Les anciens intérêts de^diverses classes n'étaient plus assez forts, etl'intéh r^t; général du pays n'était pas devenu enccMre assez di^in^pour qu^â y eût une véritsMe guerre civile ou une révolution sérieuse. Lecoadf jiteur ne pouvait pas refaire la ligue , le prince de Gondé lecom-t mencerle duc de Guise, et le parlement remplacer la royauté. Aussi vit-on des factieux sans projet se dosser l'amus^n^i de la guerre civile^ former des partis^ qui n'avait foe Ift durée d'uoe intr^ue « et entrer dans des tiaisonâ qu'ils rompsâeni selm l'inéomtanee de kur tumeur ou la mobilité âe leurs intérêt». Au anUeu de ces agi^ tations déraisonnables qui troublèrent un. mcMnent la prudence du sage Turenne, qui tournèrent dans la mm du. grand Gondë l'épée de Rocroy contrôla France,, et qui pcHrtèrent le eardîiml de Retz à faire de son esprit un si pauvre usage, il n'y eut qu'uM volonté staUe, celle d'AAne d'Autriche; qu'un homme de boa sens, Maiarin.

' Mémoires de la Rochefoucauld; collect, Petitot, tome LI, page 374>«

308 iNTRODDcrioif A l'histoirb

La fronde dura quatre ans. Avant qu'elle commençât 9 Mazarîn était parvenu à abaisser la branche allemande de la maison d'Autriche. II avait conclu la paix de Westphalie à la suite de longues et habiles négociations, facilitées par les victoires combinées de la Suède et de la France. Ces glorieux traités de Munster et d'Osnabnîck constituaient fortement l'Allemagne contre l'Autriche et subordonnaient l'empereur à Tempire. Ils confirmèrent la France dans la possession des trois évéchés de Toul, de Metz, de Verdun, et lui accordèrent celle de l'Alsace.

L'abaissement de la branche espagnole, commencé à Rocroy et à Lens , fut interrompu par la guerre civile. Mazarin ne perdit cependant jamais ce dessein de vue , même lorsqu'il paraissait devoir en être le plus détourné par le désir de sa propre conservation. Mais, après 1652, rentré définitivement en France, il reprit avec une ar* deur heureuse cette seconde partie de sa tâche. Les Espagnols, battus aux Dunes, forcés dans Dunkerque , privés de la Catalogne , menacés dans les Pays-Bas, furent réduits à demander la paix. Le traité des Pyrénées fut , en 1659 , pour l'Espagne , ce que la paix de Westphalie avait été , en 1648 , pour l'Autriche : il mit en évidence toute sa faiblesse.

L'habile Mazarin avait porté la frontière de la France^ jusqu'au Rhin par l'acquisition de l'Alsace ; il la fit avancer jusqu'à la crête des Pyrénées en y adjoignant le Roussillon et le versant septentrional de la Gerdagne ; et il ouvrit les Pays-Bas à ses armées en lui faisant céder l'Artois, une partie du duché de Luxembourg et du. Hainaut. Non content de ces grands résultats, qui assuraient la prépondérance de la France en Europe , il lui prépara un avenir plus glorieux encore : il forma, en 1658 , la ligue du Rhin contre l'Autriche , et il ménâgea la succession même d'Espagne à Louis XIV en le mariant avec l'infante Marie-Thérèse. Après l'achèvement de ces magnifiques choses, qui lui permettaient de dire « que si son langage n'était pas français, son cœur l'était \ )» il mourut.

Au grand' ministre succéda le grand roi. Mazarin avait opéré l'abaissement de la maison d'Autriche en Espagne ; Louis XIV consomma sa ruine. Ce prince avait vingt-deux ans quand il commençai

' Lettre du cardinal Mazarin au comte SerYien. Corresp, d'Angleterre, aux archives des affaires étrangères, toL LIX.

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