BE LA SUCCESSION B'ESPAGNE
régner seul. Son édacation avait été négligée. Lorsqu'il était encore enfant , son valet de chambre s'était fait son mattre d'histoire et l'endormait au récit de là vie de ses ancêtres ^ Jeune , il n'aimait pas le cardinal Mazarin. La garde dont le cardinal était entouré , et qui contrastait avec l'abandon dans lequel il était laissé lui-même , choquait déjà son àme royale, et il l'appelait le grand Turc ^. Mais il perdit plus tard ou il contint ces sentiments de répugnance , lorsqu'il apprécia les services que ce ministre supérieur avait rendus à sa couronne, et qu'il put être subjugué par sa grande capacité. Soit reconnaissance, soit habitude, il le laissa gouverner d'une manière absolue jusqu'à sa mort. Il se tenait complètement éloigné des affaires. Livré aux amusements , il cachait sa volonté future sous une déférence prolongée pour l'autorité de son ministre ' , et sa cour était loin de croire qù'il pût devenir un grand roi. Mais Mazarin l'avait deviné : le maréchal de Gramont lui ayant dit, en voyant Louis XIV s'occuper uniquement et sans regret de ses plaisirs , qu'il garderait le pouvoir tant qu'il vivrait , Mazarin avait répondu : « Vous ne le » connaissez pas ; il y a en lui de l'étoffe pour faire quatre rois *. »
Dans les derniers temps de sa vie, Mazarin donnait à Louis XIV des leçons générales de politique. Il lui conseilla de réprimer ses passions pour agir toujours en roi , de tenir les princes du sang le plus bas qu'il pourrait, de ne pas se familiariser avec les courtisans, de garder sur les affaires le secret impénétrable qui seul les fait réussir , de cultiver son talent naturel pour la dissimulation et de ne pas avoir de premier ministre ^.
Le lendemain de la mort de Mazarin , Louis XIV prit possession du gouvernement ; il le fit en mattre. Il déclara que désormais il dirigerait tout lui-même. Il s'imposa la loi de travailler deux fois par
* Mémoires de la Porte, premier valet de chambre de Louis XIY, Genève, 17^6, in-32, pages 248 à 251.
' Ibid., page 256.
* « Le roi ne se mêlait de rien. Le cardinal n'allait jamais chez lui, mais il allait » plusieurs fois le jour chez le cardinal, auquel il faisait la cour comme un simple » courtisan... Le cardinal recevait le roi sans se contraindre. A peine il se levait I» quand il entrait et sortait, et jamais il ne le conduisait hors de sa chambre. » Mémoires de Idonglat, collect. Petilot, tome LI, page 3.
* Mémoires de Choisy, collect. Petitot» tome LXni, page 191. Le cardinal dit une autre fois en parlant de Louis XIY : « Il se mettra en chemin un peu tard, mais D il ira plus loin qu'un autre. » Ibid., page 192.
* Mémoires de Choisy, pages 189 et 190.
mt%omefim a t'nrro»K
airee m vàmeim de doDMr an Moiof riï teom m% atMf» i du rayamne* B prescrivit aox qoatra McréUâres d'Etat de neploa rien rignar sass loi e» parler » m ebanedier de ne rien sceller sans ordre ^ et aa sarintendaiit dea finaaicea de ne rien payer saes ïm amr anrerti*. H tint son eonsetl réuni pendait trois jeun desnite poizr se mettre mt eourant de l'administration de sm royaoïMf^. ^ Cette résolatron , qa*U ne prit pas sans une sorte de cndate, étonna tont le monde. Sa mère en rît ' , fe» courtisans ne emrent pcHBl * sa dnrée, et les ministre» étendirent quU s'en emuiyàt'*. Mais a y^'> fnt idMe pendant einqaante-qnatre ans. - '
Louis Xiy ayait une ambition sans bornes et un amour dér^K"^^ pour Ta gloire; ancun inrince de sa race n'a été pkts pn^tsant^ ^ Qnoîqoe Fhomme en lui eAt beaucoup de valeur, il était très-hrffr^ rieur au rei. Louis XIV avait la superstitioii de la royauté : ÎÊ^ croyait qu'ette venait de Dieu ^qu'^es recevait de lumières prtKl portionnées à ses devoirs. Il m(M pour maxime» : « foe Fon fègm^ » par le travail ; que la fonction des rois cousste à laisser agir le beli'> » sens; qu'un roi doH se décider lut-mén», parée que la déd^i^ » a besoin d'un esprit de nultre, et que dans le cas eà la raison nH » donne plus de conseiby il doit s'en fier a«£ instiiiets que I>teu a > » mis dans tous les hommes et surtout dans les rois ^» a
Cest d'après ces maximes qu'il se conduisît» Il fut appliqué ié- ^lu ; il eut à un degré rare res|nt de détail et d'^écotion vMifif une incontestable grandeur de volonté. Mais» quoique douésens droit , il était privé de ce haut discernement et de cette poirtée de vue qui avaient distingué Bfaiarin et Ridielieu. Il prit trop souu' vent la voix de ses passioi» pour celle de ma devoir, et mm eonfes^V seur pour sa conscience» Il manqua de modératîim par défaut d^ifiK telligence, et, quoique très-jaloux de son autorité, il se iatea,' diriger bien souvent par ceux qui eurent plus d'esprit que lui. Lkmnld,^ LouYois , madame de M aintenon , acquirent tour à tour un grand; empire sur ses résolutions ; mais ils déguisèrent cet empire de l'e^t sous la forme , le premier du conseil, le second de la flatterie, k dernière du dévouement. Ils donnèrent ainsi des aspects différents
> Af^mMf0»d« Lmw XlV,Twtori»06, kt-»*, tome I, pages 19 à 24. 3 j|fémotrMd6CÀ«wy, page 222. — ' Ihid.
* Mémoires de Louis XIV, tome I, pages 36-37. ' *
« IhiéU, pages 19, 21, 43-44.
Oùf fWil éa» que ki sneeewioft d'EspagM fol le, pi?rt sur Iet|»d tooma presque tout le lègue de Loois XIY» Elle occupa sa polUiqae e^^rieuceet ses ftrméeftpeBdaiE^ I^a» de cinquaate mv; «Ue fit la grafideiu de ses eoauneBcemeBts et lesi misèrea de safin*
Depuis UAsiàele etdemi <iue les deux maisous cpû gauYeriifiieiilla Fspufie et I!EspagDe se trou^aieni en pt&ence» ueus avou iru qu'H y avait eu entre elles une lutte acharnée, suspendue par des œomeats de repoa. Uamée 1659 avait étèrune de ces époquea d'interadt* tcDce : le traité des Pyrénées et le mariage de Marie-Thérèse avec Louis XIY avaient pacifié le»deox pa^ et rapproché lesdeux familles ; mais cette paix ne pouvait pas être plus conchiante qpe^ ne Tavaient é|^ celle de Yervins et celle de Cateau-Caoïbrésis. Le mariage de Ltm^ XIV avec Tiafaote Marie*Tbérèse devait servir même à renoa^ vel^ promptement la guerre : il devait fournir nsatière au dernier acl^du drMoe qui se joiiait depiûssi longjtenps entre k& Fiançoisr^ aiait péniblement k^té contre la maison d'Autriche; Henri lY avait triomphé de ses^ attaques; Bichelieià et Uazarin l'avaient abaissée; il ne restait plus qà*k la dépossède!. C'est ce que fit Louis XIY.
Dans la crainte de cette issue,, le mariage de Loui» XIY avec Marie-Thérèse avait été soumis en 1659 à des conditions déjà acceptées en 1612 par Louis XIII, lorsqu'il avait épousé Anned'Ao* tpkhe. De sages idées d'équilibre^ provoquées par les agrandissements immodérés du seizième siècle^ et par les guerres qui avalait été entreprises pour obtenir eu empêcher ces agram&sanents , siétaient emparées des esprits dans le siècle suivant. Ces idées^s'op- I8»aient à la réunion de deux^ monarchies aussi vastes que la Fraaee et l'Espagne sur la même tête. Aussi la loi espagnole permettant aux femmes de posséder la couronna, oa avait dépouillé de ee droit les infantes mariées en France. Un acte formel de renonciation à l'béritagede la monarchie espagnole avait été imposé à Anne dT Au triche et à Marie-Thérèse par leur contrat de mariage, qui avait modifié à leur égard la loi fondamentale de l'Èlat Louis XIII et Louis XIV avaient accédé à cette renoneiattett, mm le dernier avait la pensée de ^y soustraire si la succession d'Espagne devenait vacante.
Au moment où il prit la direction suprême des affaires, l'Euri^
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entière était en paix. Toutes les grandes questions qui rayaient agitée^ pendant près de cinquante ans étaient résolues. Le congrès de Westphalie avait terminé la guerre de suprématie entre l'empereur et Tempire, en consacrant l'indépendance de TAUemagne contre les empiétements de l'Autriche : il avait calmé le centre du continent. Le traité des Pyrénées avait mis fin aux guerres de territoire entre l'Espagne et la France, et fixé leurs frontières plus nettement qu'elles ne l'avaient été jusqu'alors : il avaitdonné le repos au midi de l'Europe. Les traités des Copenhague et d'Oliva avaient réglé les rapports de la Suède, du Danemarck et de la Pologne : ils avaient rétabli la paix dans le Nord.
Le monde était dans un de ces rares moments de calme dont la France paraissait devoir d'autant moins le tirer, que sa politique avait prévalu dans l'arrangement européen. La Hollande agrandie au3t dépens des Pays-Bas espagnols et gouvernée par le parti français dei^ frères de Witt, l'Allemagne constituée aux dépens de l'Autriche, la Suède élevée au-dessus du Danemarck et de la Pologne, l'Espagne rejetée derrière les Pyrénées, l'Angleterre devenue étrangère aux afi'aires du continent par ses agitations intérieures et retombée depuis deux ans sous des princes plus disposés à porter le joug de la France que celui de leur propre pays, ne laissaient à Louis XIV rien à craindre et rien à tenter. Mais tout cela était l'œuvre et la gloire de Mazarin. Le jeune roi était impatient d'agir pour son compte et de s'illustrer lui-même.
Il avait au service de ses projets des instruments admirables. Ler uns, formés pour la guerre à l'école de Gustave-Adolphe, étaient cou^ ronnés des lauriers de Rocroy et des Dunes ; les autres, élevés pourttf politique ou pour l'administration, sortaient de l'école de Mazarin. Ils avaient la séve que donnent les guerres civiles et avaient reçu l'é^ ducation des batailles difiQciles ou des grandes affaires. Tels étaient Condé et Turenne, Lionne, Golbert et le Tellier. restes d'un grand mouvement, ou succession d'un grand homme.
Louis XIV sentit promptement, avec l'instinct supérieur de l'ambition, que le moyen de sa grandeur et le nœud de son règne étaient en Espagne. Dès l'année 1661 il s'occupa sans relâche de l'héritage de cette monarchie et travailla à faire révoquer l'acte par lequel il y avait renoncé. Il se ménagea en même temps les ressources de la force pour seconder l'emploi des négociations. Il travailla à l'organi*