‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 2 sur 27 · II · texte numérisé non relu

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vieillesse, laissant à ses disciples le soin de faire prospérer son héritage religieux.

Les disciples de saint Patrick changèrenl bientôt la face dMArtande, qui entra en relation avec les Occidentaux et se couvrit d'établissements cénobitiques. Le plus important fut edui de Bancor on Itongor dans ruitonie, qui contenait deux ou trois mitte moineé ^ , et que fonda saint Comgall , vers 559. Celui de Golm-Sill placé pat saint Columba dans Fîle dlona, Tune des Hébrides, n*eat pas moim #importance en liant Tlrlande à l'Ècosse, où le christianisme avait été porté par saint Ninian *. Dès ce moment, l'Irlande ftit appelée des saints , et ses missionnaitres se mirent les premiers à la tète des^ conversions sur le continent.

Mais l'impulsion décisive donnée à lia conquête chrétienne le fut par le pape Grégoire P' , qui en devint le principal régdtateur. 11étalt fils du sénateur Gordien ; on le foisait descendre de te riche et puissante famille Anieia et il comptait dès lors parmi ses ancêtre» des empereurs et des consuls. Il avait l'esprit haut, le caractère fort et l'âme tendre. Il est curieux d'étudier en lui les effets du christia* nisme sur cette ^goureuse race romaine qui adou^sait ses senti* ments sans perdre sa grandeur, qui conservait les nmimes de la ville éternelle et en appliquait les vieux desseins à rinvssmRpirituelle du

» « Erant autem plurinii eorum de monasterio Baocor, in quo tanius fertur fuisse numéros monachorura, ut cum in septem p©r^^ essel cum proposilis sibi reetoribus monasterium, divisum nulla harum portiol^is quam trecentos homines baberet qui omnes de labore manuum suarum vivere solebant. » Bed^ opéra ; Ecclesiaslicœ hUt. gentis Anglorum, lib. 2, c. 2, tome IH, page 46. — « Ei hoc monasterio multa millia iftenachorum prodierunt; rauita qttoque alia monasteria in Hibernfa et in attis Etirep» proviâeHs orta sunt. » Binghah, Ofiffines sive Antiquitates eecUsioiHeœ ex lingua anglicana in latmam versœ a Henrieo Gris-chovio, Halœ, 1*727, in-4o, tome III, page 35.

• Brit, eccl. Antiq,, page 3fT-3t51.

* Sanctus Gregôrius magous, Eeclesi» doctor, Gor^ani senatoris et Silfis sànctissimœ filius , Romanus ex nobilissima et antiquissima Anieiorum familia ; mo- WWîhus, sanct» roman» ecclesi», arcbidiaconus et apocrisiarius Constentinopoli ad imperatorem et Anglorum apostolus, etc. S. Grï^orii, opéra, Parisiîs, 1704, M. Vita S. Greg. magni auet. JoannB Dia/com, tome IV, et GiACOimii vtoF 6f ^wéei iwnmorum Pontifieum, Rom» 1601, fol. Vita S. Greg. magrU.

Quemcunque requins Kac de stirpe Tîrum : certum est de console naEçi. Per fasces numerantur a^i.

AU HDITIÈME BT AS NECVIËME SIÈCLE.

moiHle.. La mort de son père avait mis Grégoire en possession d'une immens^ortune. Épris de la vie monastique, qui passait alors pouf la im imÊm el qui venait d'èlr Appropriée aux besoins et au climat de FSurepe par la règle de saint Benoit, il avait fondé et doté six monastères en SicMe« It en avait établi un septième dans son palais de fiome sur le mont Aventin. Déposant la toge et quittant la prétire, il s'était revèjlo de Fhabit des moii^ et en avait embrassé la vie« La première pensée de la grande entreprise qu'il exécuta plus tard lui vint un jour que^^passant sur le Forum, il y vit mis en vente de^ei^ants étrangers qui le frappèrent par la blancheuF de leur corps , la beauté de leur visage et la couleur claire de leurs cheveux. Il demanda au marchand d'esclaves d'où ils étaient. Celui-ci lui répondit : De rtle de Bretagne, a Ces insulaires sont-ils chrétiens? ajouta Grégoire. — Ils sont encore païens, répliqua le marchand. — O douleurl ^écFλ Grégoire, de si beaux fronts contiennent une intelligence esifiore ^ivée de la grâce intérieure de Dieu ! » Et il demanda à qpidle Dation ils appartenaient. Le marchand lui ayant répondu qup t'étaient des Ângli , Grégoire dans son admiration , s'arrètant et jouant sur le nM dont la prononciation latine se co^ondait presque av«c celle d'm|^', dit : Ils sont bien nommés, car ils ont des visages angéU<|ues, el^^doivent être dans les cieux les frères des anges ^ » Dès ce moment, il eut le projet de se consacrer lui-même à la conversion de eea hisulaires et au développement de ces intelligences dont a regrettait réta^|culle. il en obtint l'autorisation du pape Benoit. Mais son dépaM&uIeva le peuple de Rome qui f dans ces temps d'invasions, de détresse et de péril, ne trouvait de défense que éem la vertu de se^éfèq^es, et avait déjà fixé sur tai ses yeux et ses espérances comme sur un soutien futur. Lepape Benott fiit obUgê de le rappeler, le fit diacre , et peu après l'envoya à Gonstantinople pour y représenter l'église romaine, en qualité d'apocrisiaire. A son retoujr de Ooostantinople , Grégoire se retira dans mi monastère , dont il devint abbé, et il y goàta toutes les douceurs de la contemplatîOQu Sfai» à la mort de Pélage, il fut élu pape , par le choix unanime du 4^1eirgé, du sénat et du peujde romain, malgré sa résistance et sa fuite. Porté sur ^ siège pontifical, il en éprouva une tristesse touchante» ^ € J'ai perdu, disait-il, les jotes^prof ondes de ma solitude, et dans cette

t6 LA .GERMAmB

x> chute intérieure que Ton prend pour une élevatioa esLléri0ui?ei(jQ ne » vois plus qu'un long exil loin de mon Créateur; car jejn^efforg^d » chaque jour de sortir de ce mondiet decettechair, etdSbnteiiipleY D incorporellement les joies d'en haut.... J'ai aimé la beauté d^^I^

vie contemplative» dont le repos n'enfante point , mais donne Tii^^ T$ tuition. J'ai voulu m'asseoir avec Marie aux pieds du Seigneui;,^^ x> recueillir les paroles de ses lèvres, et ^ci que je suis entratné^ a^vçc » Marthe dans les soins extérieurs ^ »

Malgré ses penchants et ses regrets, Grégoire se livra à ces soins extérieurs avec l'assiduité et la constance qu'exigeaient de lui les besoins de l'église occidentale qui , en retour , le nomma h la fois saint grand. Quoique la papauté fût encore dans la dépendance de&^ç^ pereurs grecs dont les exarques occupaient toujours Bavenpe et g;(|uvernaient l'Italie inférieure , il augmenta sa prépondérance O^^ cident et prépara l'émancipation qu'elle acquit un siècle et de^i plm^ tar4* Mak ce qui caractérisa surtout son pontiGcat fut l'esprijL de coQp quête chrétienne qu'il communiqua à la papauté , au service de la,^ quelle il mit l'armée des moines occidentaux pour cette importanlie^ destination. #

La conversiou del'tle de Bretagne qu'il n'avait naspu opérer luimême» il la Gt exécuter alors par Augustin » prieunPIon monastère du mont Aventin. 11 l'envoya avec quarante compagnons , à travers la Gaule » dans ce pays lointain et barbare. Il n'entre pas dans mon dessein de raconter les hésitations et l'effroLau'éprouvèrent les moines romains dès qu'ils eurent mis le pied ^*la terre des Gaules » en songeant aux périls qui les attendaient chez un peuple éloigné, inconnu, dont ils ne parlaient pas la langue ; la permission qu'ils demandèrent à Grégoire de retourner à Rome ; l'ordre qu'il leur donna (|e, poursuivre leur route et leur entreprise ; l'accueil qu'ils reçurent , des rois francs auxquels Grégoire les avait recommandés par lettres» et qui fapilitèrent leur passage dans Ttle de Bretagne: etl^urr adjoignirent des interprètes pour communiquer avec les AnglOr, Saxons ; l'appui qu'ils trouvèrent auprès du roi de Kent» sur ]e t^ii] toire duquel ils débarquèrent» et dont la femme » fille du roi méro«>j vingien Gharibert» et chrétienne» les aida puissamment auprès de son mari ; TeffetiiueproduisireQt sur les sauvages Anglo-Saxons le 2èle

I S. Gbm. o/iera; £ptM.| lib. I, Bpist.^.^ Ado.

AU HUITIÈME Ât NEUVIÈME SIÈCLE. 17

l^âf^àifliiMÉ ces éttàDgerâ pour éùx et qui lès avait fait tenir de si kfiÉj là supériorité dé leur intelligence, Taustérité de leurs mœurs , Wbea'uté de'Teurs chants, la pompe de leurs cérémonies ; en un mot, Fés moyens qu'ils employèrent, le succès qu'ils obtinrent dans leur iflisSîofn et les auxiliaires qui leur furent envoyés de Rome *. Mais cé ^é^e ne saurais passer sous silence, parce que les détails que je vais ^^ser à cet égard rentrent-dans mon sujet et font connaître les mesures qu'adopta la nouvelle Rome pour régler et affermir ses conquêtes cMétiennes, c'est le plan que Grégoire traça à Augustin et qui fut â^fpTus tard, sauf quelques modifications locales, par les successeurs èè Grégoire au pontificat, et par ceux d'Augustin dans les missions s*îe^ëferilinent.

'^'©tégolre, après avoir envoyé à Augustin le jjoîKwm, qui déléguait ràWôTÎlé apostolique , élevait au rang d'archevêque métropolitain et 4fllit)àït ïé droit d'instituer des évêques, lui ordonna d'en créer autant qUë rëxigeraient les besoins des peuples convertis*. Il prescrivit quele fjfihr^fôire anglo-saxon, à mesure qu'il serait gagné au christianisme^ ffiîf distribué en diocèses, selon la méthode romaine, afin d'y introduire les circonsériptîons occidentales.

* Il rie pourvut pas seulement à l'organisation générale et future du territoire, mais à la constitution delà famille et au perfectionnement moral des individus. Il s'étudia ^ substituer peu à peu la famille chrétienne à la famille germanique encore barbare, qui n'était pas foîîdêe sur des règles aussi sages et aussi strictes. La pluralité des ftemmes n'y était pas absolument interdite et les mariages ne s'arrêtaient pas devant certains degrés de parenté, ce qui, d'un côté, vMtiit de trop près le même sang, et, de l'autre, exposait les moeurs dtitoèstiqnes. Il s'attacha peu à peu aussi à changer l'homme barbare eiPîul donnant les idées plus avancées , en le pénétrant de sentiments

épurés, en lui communiquant les usages pkis polis delà société aïi ^grès de laquelle avaient à la fois concouru l'esprit de la Grèce, la^I^iélation de Rome ët la religion de la Palatine. Ainsi, diviser le teWîtôire, former la famille, adoucir l'individu, tds furent les trois ' btrt* indiqués par Grégoire à la conversion.

3^jiBDJS opérât tome III. EceU hist.gmt, Anglorum^ Wd. .lt{ il. ^ S. Giucff; opéra ; S. Greg. magn, vita, lib. II, 32 ad 40,— et Epist. lib. VI, ep. 58-59, lib. XI, epist. 29-64-65-66-76.

* Jbid., lib. XI. Epist. AiigtisUna, episcopo Anglorum. ' ; - ^

LA GËBMANIE

Il lés po\irsuivit avec la même prudence et la même mes«r« <pi*H avait mises dans la conversion. Afln d'agir plus facilement sur les populations païennes et de les attirer dans les lieux où elles avaient l'babi* tude devenir, il avait recommandé de ne pas détruire leurs temples et de les transformer ea églises après les avoir purifiés. Les An^>- Saxons ayant coutume d'immoler des bœufs dans les sacrifices, il ordonna que les jours de dédicace des églises, ou lorsqu'on y célébrerait les fêtes anniversaires des martyrs auxquels ces églises étaient consacrées, on élevât autour d'elles des tentes avec des branches d'arbre, pour s'y livrer à des festins religieux. Retrancher tout à la foii dans des âtnes sauvages, disait-il, est impossible ^ et celui qui veut {ttteîndre h faîte doit s* élever par gradations et non par élans * .

Il en agit de même à l'égard des mariages. L'Église les interdisait jusqu'au septième degré de parenté. Il les permit momentanément, à partir du quatrième. Félix, évêque de Messine, lui ayant à ce sujet exprimé sa surprise, Grégoire lui répondit : « Ce que j'ai écrit à x> Augustin sur les degrés de parenté, sache que je ne l'ai écrit que » relativement et non généralement, pour la seule nation des Angles » qui vient à peine d'entrer dans la foi, et que firop d'austérité pour- » rait en éloigner. Toute la ville de Rome m'en est témoin, mon » intention n'est pas qu'ils restent hors de la règle sans être inquiétés » et puissent s'unir avant le septième degré, lorsqu'ils seront enra- » cinés dans la foi. Mais tant qu'ils sont néophytes, il faut teur ap- » prendre d'abord ce qui est illicite et les enseigner par la parole et » l'exemple. J'ai cédé sur ce point pour eux et non pour leur posté- », rité, de crainte d'arracher le bien qui n'a encore qu'une faible ra- » cine*. »

Augustin ayant adressé à Grégoire, qui suivait une politique si habile, plusieurs questions sur les règles de conduite qu'il devait observer, dans certains cas, à l'égard des Anglo-Saxons, reçut de lui djBS réponses remplies d'une sagesse bienveillante et ingénieuse. Il lui demanda s'il était permis de baptiser une femme enceinte. Combien de temps après sa délivrance elle devait entrer dans l'église. Après combien de jours l'enfant devait recevoir le baptême. A quelle époque

' s. Greg. opéra; EpisU lih. XI, epist. 7ê. Nam durts mentibus simul «nHnia ^bsctdere, imposs^ile esse non dubium est : quia is qui locutn simamum ascendere nilitur,^necesse est ut ^radibus yel passibus, non autem sallibus elevetur. 1^ * Ibid.f lib. XI Y, ep. ultim.

AU HUrriÉlUE £T AC NEUVIÈME SIÈCLE. 19

ie mariftouTmt ée now^eau s'mir à sa femme. II ajoutrit plusieurs autres questions sur Tadmissiofà des femmes dafis l'église à une cer* 4diBe ^oque de mois, et«ur la purification des hommes après qu'ils «'étaient approchés de leurs femmes, toutes choses, disait-il, qu'il im* ^»érted'exi^iqiier à la nation barbare des Angles.

(kégoire lui répondit : « Pourquoi la femme enceinte ne seraitf> ële pas be^tîsée, puisque la fécondité de la chair n'est point une ^ fa^te ^vant Dieu ? Quant à la femme qui relève de couches, si elle > entre dansTégUse pour rendre grâces à Dieu, à l'heure même où ^ ^le a accouché, elle ne commet aucun péché : car c'est la volupté et non la douleur de la chair qui est une faute. Or, c'est dans le » mélange de la chair qu'est la volupté ; mais dans l'enfantement il

if y a que la douleur et le gémissement. Si nous défendions à la » femme d'entrer dans l'église, nous lui ferions un crime de sa dou- .» leur même. On peut donc baptiser sans retard la femme qui vient

* d'accoucher et son fruit. Quant au mari, il ne doit rechercher sa

# femme que pour la génération et non pour le plaisir, et ne pas » s'approcher d'elle jusqu'à ce que l'enfant soit sevré. Il s'est élevé » une coutume dépravée dans les mœurs des époux, qui fait que les » femmes dédaignent d'allaiter leurs enfants et les donnent à nourrir » à d'autres femmes. Cette coutume a été inventé par incontinence. n C'est pourquoi celles qui auront donné leurs enfants à nourrir ne » pourront voir leurs maris qu'après le temps de purgation. »

U lui donnait sur les autres points incertains des règles conformes à l'esprit du christianisme. II autorisait le mariage de deux frères «vec deux sœurs. Il permettait que les clercs de l'église anglo* saxofHie qui n'étaient pas revêtus des ordres sacrés et qui ne pouvaient se contenir, contractassent mariage. Il recommandait aux évêques de ne point vivre à part de leur clergé, de se conformer aux règles monastiques, et de suivre le genre de vie établi à la naissance de l'Église, époque à laquelle nul n'appelait sien ce qu'il possédait^ mais oh tout était à tous. Comme les barbares étaient très-généreux, parce que donner pour être agréable à Christ ou à Ta^pôtre Pierre était plus facile que de s'améliorer, et qu'ils comprenaient encore mieux le rachat pécuniaire que le rachat moral , les églises anglo-saxonnes devinrent riches. Grégoire, interrogé par Augustin sur la distribution des offrandes faites aux autels, lui proposa l'exemple de l'église romaine. « Le siège apostolique , lui dit-il , est dans la coutume de

20 M QEmA^m? '

» diviser en quatre pprtioQS tous les tributs payés aui églftcâ^. La » première est donnée à Févèque et à sa maison poor rhospitalité (A » Taccueil; la seconde au clergé; la troisième aux pauvres et là » quatrième est destinée à la réparation des églises ^ i» " '

En voyant prospérer cette colonie lointaine de la nourelle Ronàf^i Grégoire s'écriait dans sa joie et dans son entbouâasme : a Voici qû^ )) la langue de la Bretagne» qui ne connaissait que des sons barbaréSi » a commencé à célébrer les louanges de Dieu dans des chàntè » hébreux. Voici que TOcéan , jadis soulevé i abaisse aujouré'hâi y> ses flots soumis sous les pieds des saints. Ces passions barbares^tè » les princes de la terre n'avaient pu dompter par le fer /la n des prêtres les enchaîne par des paroles simples; et celui qiîl^y » infidèle 9 ne craignait point les cohortes des eombattan^V^ll^^îi^ » infidèle, craint la langue des petit» et des faibles » ^ -

Mais Grégoire le Grand ne fut pas et ne put pas ètreiémoin'detltf <;onversion totale de Tlle de Bretagne. Cette conversion fut lentï^ Elle dura près d'un siècle. Bornée d'abord au royaume éè EmPtè à celui des Saxons orientaux, elle s'étendit au puissant royaum^e se^ tentrional de Northumbrie, et le christianisme posséda la ville d'Yortir, sa seconde métropole. Elle gagna successivement les royaumes de I&ercie, des Angles méditerranéens, des Saxons du sud et des Saxdnë de l'ouest. Ceux-ci devinrent chrétiens les derniers, quatre-vingt-* douze ans après l'arrivée des missionnaires romains. Dans chacun de ces pays, mais dans les premiers surtout, il y eut des retours inévi^ tables ver^ le paganisme par une réaction naturelle des anciennes idées et du vieux culte. Ces retours furent proportionnés à la force toujours décroissante du paganisme affaibli Dans la lutte qui s'é*« tablit entre une croyance grossière et une croyance supérieure, celte qui p'avait pas su empêcher l'admission et les progrès de l'autre ne pouvait pas empêcher son triomphe définitif *.

' S. Greg. opéra; Epist,, lib. XI, ep. 64. Augustino ÀDglorum episcopo; \aria dubia de quibus ab Augustino consultus fuerat, respondet.

* S. Gke6. opéra ; totne 1, Moral., lib. XXVII, num. 21.

* Par exemple, le paganisme ne fut entièrement détruit dans le royaume de Keût^ où 1c chrislianisme avait d'abord été introduit, que quarante ans après l'arrivée des missionnaires romains.

^ Bed£ Eccl, hisU, lib. II, III, lY, Y. Yoir aussi, pour ce qui conecrne la conversion de l'Angleterre, la belle histoire de Xa conquête de VAn^^erre, pQr r AuG. Thierry.

AD nUITIÉME-M AU KECVIÈME SIÈCLE. 21

Les mi^ionnaii^ romainâ n'ayaient pas seulement h convertir les populations anglo-saxonnes au christianisme , ils avaient encore à convertir à Tunité apostolique les chrétiens celtiques du pays de Galles, des montagnes d'Ecosse et d'Irlande qui ne la reconnaissaient pas. Les Bretons du pays de Galles étaient chrétiens du temps de fempire. LesGaëls de Tlrlande avaient reçu la foi nouvelle de saint Patrick' deux sièdesauparavant, et leurs missionnaires Tavaient portée chez les Pietés et chea les Scots qui occupaient le nord de Ttle de Bretagne et ses inaccessibles montagnes. A cette époque , certaines v^es secondaires qui établissaient dans le monde chrétien une utile uniformité et qjoi devaient prévenir Taltération de la croyance par l'observation ^es mêmes usages et d'une commune discipline ^ n'avaient pas été universellement admises ou exigées. Ainsi , ces populations celtiques ne célébraient pas la fête de Pâques à la même époque que l'église i^maine ^ Elles n'administraient pas le baptême par trois immersjmSé Elles ne portaient pas la tonsure en couronne, mais en croissant, lies moines des vastes établissements cénobitiques de Bangor dans le pays de GaHes, de Bangor en Irlande, d'Iona dans les Hébrides qui étaient les centres religieux et les grandes écoles des Bretons , des Gaëls, des Pietés, des Scots, avaient tous la tête rasée sur le devant et les cheveux pendants sur les côtés et sur le derrière, tandis que les moines occidentaux n'avaient qu'une légère bordure de cheveux autour de la tête. Mais ce qui , pour Bome , était plus grave que la forme différente de leur tonsure , c'était leur habitude d'indépendance. Elle s'attacha donc à leur imposer son autorité et à teur faire adopter des usages dont quelques-uns étaient sans importance apparente , mais qui , par leur ensemble , devaient lui donner plus de force pour accomplir ses grands desseins en mettant à sa disposition des peuples divers tous pénétrés de son esprit et agissant sous sa dis* cipline.

Son clergé, dans Ttle de Bretagne, poursuivit constamment ce but jusqu'à ce qu'il l'eût atteint. Après plus d'un siècle d'efforts, il commença à réussir. Le roi des Pietés, Naitan, adopta le rite romain et demanda aux Angles des prêtres pour l'instruire et des architectes

I BsDJB Eecl. hist. gentisAngl. (Edid. G. Smith, Cantabrîgiffi, 1722, fol.) appcnd. n^' ^, p. 697-698. — Lingard's Antiquities ofthe Ànglo-Saxon churck, Newcastle^ 1810, ch. I, pages 35-36.

2S Uk SERMAmE

pour orastruire une égttse en pierre dédiée k saint Pierre «t à Béni Vml, les deux patrms de B^mq ^ Ce rite s'iatrodtHstt vers le même l^nps dans l'He d'Iona pour les Scots da iiordy et un pea plus tari chez les Bretons du pays de Gdles Les noufeaux conqutonts iti^eui triomphèrent donc de la barbarie des Anglo-'SasoRS €it de la

^disâdence des Celtes.

Sous eux , rtle de Bretagne ne devhit pas seulement cbrétienne;^ €Ue devint lettrée. Ce complément de Fceun^e romaine , eette civilisation de^^esprit fut due principalement au moine IliécMiore que lé pape Vîtaiien y envoya avec le moine Adrien ^ en 668, pour être firchevéque de Gantorbery ^. Théodore était né à Tarse» ^s l'Asie mineure , et il avait longtemps demeuré en Italie. Ce Grrec da la Cilide, qui avait étudié et s'était formé à Borne, transplanté sous le €id toimenx de la colonie pontificale, fit couler sur sa terre ifictitte^ comme parient les livres du temps, le fleuve de la science* H «m sei^a les lettres grecques et latines , les doctrines de TÈglise'et let arts séculiers , dans lesquels il était très-versé. « lamais , depuis le«r D invasion en Bretagne , dit Bède , les Anglo-Saxons ne virent éeé i> temps plus heureux ; car ils avaient des rois chrétiens, terreur dès » barbares , et quiconque voulait étudier les sciences sacrées trouvait » de suite des mattres .* » Théodore organisa plus fortement l'église saxonne, dont les diocèces furent exactement limités et qui eut deux fois par an des synodes nationaux, présidés par le primat, chargés de

' choisir les évèques et de pourvoir à tous les besoins religieux Grâce à lui, les études fleurirent dans les monastères anglo-saxons, au point ^ue rtle de Bretagne devint , au huitième siècte, un centre littéraire aussi important que ritaKe même. Elle eut un grand nombre de ces {isiles spirituels ouverts aux femmes comme aux hommes , et dans lesquels s'enfermèrent volontairement des filles de rois , et huit rois taxons eux-mêmes. Elle entretint des relations assidues avec la mé-

* Yers r«n710. Bra>£ Ecél.y hisi., lib. T, c. 22. 2 /6ûi.,lib. V,c.23.

« Ihid., lib. IV, c. 1.

* Neque unquâm prorsus ex quo Brilanniam, petîerunt Angli, felicîora fuere tcmpora, dum et fortissimos christianosque babentes reges, barbaris essent omnibus terrori.... et quicumque lectionibus sacris cuperent erudiri, baberent in promptu «nagistros qui docerent. Bed^, EccL hist,, lib. IV, c. 2. — Mabillon, Acta sanctorum ordinis S, Benedicti, Parisiis, IGOS-nifâ, in-fol., sœcul. III; pars I, p. 534.

* luiNGARn's, Antiq. ofthe Anglo^Saxon church, c. II, p. 54-57.

AIT HUrnÈSIE OT AU HEUVIÈME SIÈCLE.

iMlMte du idmstitnknie, et qaoiqH'il faH&t passer la mer et traverser te oontiii^ dans sa largeur pour se rendre à R<mie, les deux routes ée BonlogDe et de la basse Loire furent couvertes de pèlerius angkH aSKom et de reltgirax qui y allaient et qui n'en revenaient pas tâfqoors. De cette grande école sertirent à la fote les hommes les plus célèbres du siècle par leurs ouvrages , tels que Bède et Âtcuin 1 1^"^ Qpètres de lai Germanie et les régénérateurs littéraires de la Oaulç. >:fifest te râle împortant^oe jouèrent à cet égard les deux tles d'Ir« bnde et de Bretagne qui m'a fait insister sur leur a(Muisttion au dttl^ntsme. Elles se partagèrent en effet les temps et les pays pour Faœomidfssement de cette ceuvre importante.

il Las iojrasions gennaniques avaient rempli d'une pqmlation nouvelle deaestfémités septentrionales de l'ancien empire romain. Les nom* laiénsas tribus qm s'étaient établis en masse dans le nord de la Gaule^ IftJâiétie, teNorique» la Pannonie (Suisse ^ Souabe , Bavière» Au^ Iricbe» Hongrie), aprè» les avoir ravagées à plusieurs reprises et pen* dijoA tongtemps, y avaient ramené une sorte de barbarie. Le christia** nisme n'avait jamais qu'imparfaitement pénétré dans ces contrées, et la culture romaine^qui s'y était étendue davantage, y avait été singulièrement troublée. Avant donc de commencer de nouvelles conquêtes pour te compte du christianisme et de la civilisation, il fallait rentrer dans ces anciennes possessions du monde policé. Il fallait d'abord relirendre la ligne du Rhin et du Danube, et, après avoir atteint de nouveau cette forte position des Romains, s'avancer de l'intérieur d» continent pour le transformer, afin de n'être plus exposé à la perdre. m\e fut aussi l'œuvre successive des missionnaires irlandais et des missionnaires anglo-saxons. Les colonies irlandaises se répandirent peu- 4wat te septième siècle sur la partie païenne du continent située en dççà du Rhin, et les colonies anglo-saxons, passèrent ce fleuve dans le huitième siècle et convertirent la Germanie elle-même.

Le christianisme, qui était destiné à civiliser le reste du continent européen , était remonté du sud au nord c<mime l'avait fait précédemment la conquête romaine. Il né faut pas perdre de vue que l'iny mon des peuples avait lieu du nord au sud, tandis que celle des idées ^opérait dans un sens contraire* Ces deux grands mouvements, d'un <$fdre entièrement opposé, dont le premter poussa successivement les Gaulois sur l'Italie et la Grèce, les Germains sur là Gaule et le monde , romain, les Slaves sur la Germanie, et les Tartares sur la Russie et la

24, , m mmAvm h

Pologne ; dont le secQQd poU^ peu h peu tous ces barbi^es m fra^* formant la civilisation des Grecs aux Romains, des Romainsiiux Gm< lois, des Gaulois aux Germains et des Ga'mainsaux Slaves , s'accom^ pUrent avec intermittence. Ilsproduisirent les révolutions idtematives de . barbarie et de développement social dont les unes ont peupl& 11|;urope/ et dont les autres Tont civilisée.

, Le moment était alors arrivé pour la civilisation de se Remettre en nstarctiQ à Taidedu christianisme. La Gaule avait été la station la friu^ avancée de c^ui-ci. Conquise tard et placée [Hrès des peuples restés in* dépendants et barbares, elle avait reçu lentement la religion nouvelle, qui avait même peu pénétré dans sa partie septentrionale. C'est ver» le milieu du second siècle que deux Grecs de TAsie mineure , i^t^ Photin et saint Irénée, étaient venus prêcher fÈvangite dans la vallée du Rhône ^ Ils s'étaient établis à Lyon et à Vienne, les deux villes plus importantes du pays, et leurs disciples avaient répandu le culte chrétien dans les provinces lyonnaise et viennoise ^. Cette colonisation, originairement grecque, ne s'était pas étendue au delà des montagnes^ qui encadrent le Rhône et les rivières qui se jettent dans son lit.

Un siècle après, les missionnaires latins s'étaient répandus dans la partie méridionale et occidentale de la Gaule. A en croire les traditions et quelques fragments d'histoire, ils étaient au nombre de sept , et ils avaient pris les principaux points du territoire pour chefs-lieux de leurs établissements. Saint Trophime s'était arrêté à Arles, saint Paul à Narbonne, saint Saturnin à Toulouse, saint Autremoine à Glermont, saint Martial à Limoges , saint Catien è Tours, et saint Dônis, qui s'était le plus avancé vers le nord, à Paris Ils avaient eu

' Gregor. turron., Hiàt, Frane,^ lib. I, c. 2f7y dans Dou Bouquet, recneii des historieûs de France, Paris, 1738, fol., tome II.

^ Saint Yalérien à Tournus ; saint Marcel à Chftions; saint Félix, saint Fortanat/ saint Achillée à Valence. Ceux qui pénétrèrent plus loin furent saint Andoche, saint Thyrse et saint Félii qui prêchèrent le christianisme à Autun, saint Bénigne qui l'a^onça à Langres et à Dijon » saint Ferréol et saint Ferrucien qui Fintroduisirent * à Besançon. — > ToLLsaiOMT, Mémowes pour servir à Vhistoire eccUsiastique, PariS> ladS, in-40^ tome lU, pages 35 à 42.

lua plupart d*entre eux forent martyrisés. SuIpice*Sévère, disciple de saint Martin d&Xours et qui vécut dès lors quelque temps après eux, dit, dans son histoire sacrée, lib. II : Sub Aurelio ei Antonini fiiîo persecutio quinta agitata, ac tum primum in Gallias martyria visa, serlus trans Alpes religione Dei suscepta.

*:De Tan 2tf9 à 269. — • Sub Decio et Grato consulibus'sicut fldeli recordationè retâietur, pamuro âc sunbimQm Xolosana ei^itas S. Satuminum babere ceeperat

AIT HinTIÈlIE W AV mimÈME SIÈCLE. 23

des^diseiples qni avaient porté j^cis loin lé christianisme S dont laprô^ pq[atioo , à partir du quatrième siècle , avait trouTé dans les moines d'actifs, de persévérants et d'heureux auxiliaires. ^ L'institut monastique était le dernier degré de concentration du dirbtianisme , et devait être le plus merveilleux instrument de sc^ conquêtes. Établi d'abord en Orient, répandu ensuite dans l'Asie mfumre et en Italie, il avait été introduit de ce dernier pays en Gaule veçs la Gn du quatrtème siècle par le Datmate saint Martin, qui aViait élevé dans le virinnagede Tours ce fameux Majuamanastertum (Haf^ motiti^, resté si longtemps l'un des eénobitiques de la Gaule septesitriofiale il y avait fait de rapides pn^rès dans le siècle suivant Sf^le3 auspices du célèbre Gassien et de saint Honorât , qui , à leur r^nr d'Ègypte, avaient fondé , sur les bords de la Méditerran^ , l'dri^bayede Saiot^Victor et celle de Lérins'. Les grands cloîtres dé Blformoetier de Saint-Yictor, de Lérins , avaient servi de modèles it

sàêetdûtem. Hi ergo missi sunt, Turonîcis Gatianus episcopus, Àrelatensibus Trophimus episeopuSy Narfoonœ Paulus episcopus, Anrernîs Strimonius episcopus, LemoYicinis Martialis destinatus episcopus. — Gregor. tcrkon.^ Hûf. Franc., lib. I, c. 28.

' Gallia christiana in provincias eeelesiasticas distributa, par les frères Sainte- Harthe. Parisiis» 1715, fol. — Aux titres des dirers évéché^ ci-dessus indiqués. — Il D'a>'ait été fondé en Gaule qu'on seul évécbé dans le ii« siècle, celui de Lyon. Il en fut établi Tingt-neuf dans le ui«, durant lequel les cbrétiens jouirent d'à peu près soixante et dix ans de tolérance; trente-huit dans le iy«, qui fut celui où les clirétiens dominèrent; vingt-cinq dans le y et dans le yi*.

^ Saint Martin étaitwena yers 360 auprès de son ami saint Hilaire de Poitiers, et ayait fondé sur le Clain le monastère de Ligugé (monast. Locociagense} ; appelé ensuite sur le siège épiscopal de Tours, il avait construit le Maju$ monasterium en 372. — • SuLP. Set., VUa S, Mariinû — Greg. turron.» De Miracul. 5. Mari,, lib» ly , e. 30. — Mabuxon, Annales OrdinU 5. BenedieH. Lntetiœ Parisîofum, 1703, fol. 1, lib. I, no 22, p. 10 et sq. — Son disciple saint Maxime alla fonder un monastère dans File Barbelsur la Saône près de Lyon. — Grbg* turron. De Gloria eanf^si., .22.

' JoANNi» €assiani CoUatio. Atrebati, 1628, in-fol. — Mabillon, Ann, Ben,, t.^1, no* 30 à 39, p. 14 à 17. — Cassien dit de Lérins : ingent fratrum emnoHtmj L^ins fat fondé de 400 à 410. Saint Honorât peupla de moines les lies Stoecades (Iles d'Hières), qui devinrent la Tbébaïde de l'Occident. Eucher. Hilar^, p. 66. '^ -T^€Aaa., Coll., 11-18, pr«f., p* 093^721. — Quant à Casaien, il fonda Saint-Tictor dç 401 à 410, et eut bientôt cinq mille moines sous sa direction. — Presque tons les évôqaes de la vallée dm Rhône sortirent de Lérins, de Saint^'YIctor ou de leurs succursales. Mabillon, Ann», tome I, no* 32 à 39, pages 14 à 17.

4 Les disciples de saint Martin propagèrent le cénoUtisme dans l'oUest et le centre de la Gaule* Ils se répandirent sur les bords de la Loire« Ib fondèrent dans la ville

hX GBmSfANlE

une fûttle d'abbayes^ parmi tesqodles les plus importantes avaient été Grigny S dai» le veirint^de Vienne; Gondat (Sahit-Glaude^, Leauconne Labeaume ^ , et Boman-M<mtier ^ , sur les deux revers dut Jura; Mont-Major, près d'Arles; Tarnat^, sur larivedroiteduRhène; Agmine ou Saint-Maurice, dans la solitude du Vala» ^ ; Moissac sur le Tarn*; Saint-Mesmin de Micy, sur le Loiret^; Glanfeuil , ou Fleury-sur-Loire*®; Vertou, près de Nantes" ; Saînt-Vinccnt, depuis Saint-Germain-des*Pfés, à peu de distance de te Seine**; Saint-Pierre de Sens*^; Saint-Médard de Soissons*^; Ferrtère sur le Loing, dans le Gatinois^^; Saint-Besogne de Dijon

La colon^ation monifitique, dans sa marche continue, s'était toujours de plus en plus avancée vers le nord. Pendant te quatriêâl^ etTe cinquième siède , elle s'était étendue dam les vallées du Rhôneet de la Saône , et depuis les Pyrénées jusqu'à ta Loire. Au dilà éé cette ligne elle n'avait eu des établissement» que dans Auxerre et

même de Tours Tabbaye de Saint-Martin, qui devint si puissante soos les Fraaes^ celies de Ctiinon, de Loches, de Saiut^-'Satur dans le voisinage de Saneene; de Sai&ttf Hilaire^ à Poitiers; de Laadvenecb et de Saiat-JTacut sur les edtes de TArmorique. DoM Beaunier, Recueil historique, chronologique et topographique des archevêchés^ évêchés, abbayes de France, faris, 1726, 2 vol. in-4o, tome I, page 253; tome II, pages et passim. — Mabillon, Ann., lib. I, patsim; lib. IV, n»» 17-ta

^ Grigny eut 400 moines. — Bollanhus, Aeta sanct. i januarii. *- Mabuxon, Ann., tome I, lib. XIII, 21, page 386.

* BoLLANDUs, xxYiii februarii. — Mabillon, Ann., tome l, lib. I, 26, p. 23.

* Mabillon, Ann., tome I, lib. I, 20, page 23.

* Ibid., no 28, page 24. »

* S. Cœs. vit., lib. I, c. n» 7. — Doaf Beaunkii, tome I, pages 63-^ ' Mabillon, Ann., tome I, lib. I, &<> 73, page 30.

' Jhid., no 69, page 27. Gé«m. toraon., Mb. UI, e. tf. . ' MABIU.ON, Ami., l^K XII, no 33, pag«3IS8.

' ibid., lib. I, no page 33.

Fondé par saint Maur, disciple de saint Benoit, qui apporta en Gaule la lègle bénédictine en 543. — Mabillon, Ann., lib. IV, no 50, page 110; — ftb* V» n? page 116. — DoM Bàstide de la congrégation de Saiot-Maur,> ct^ ofdiniê BemÈUcti gallicana Propagatione»

Ex hujus ergo loci sancto eontubernio tanta eruperunt exanaîiift ut mlrum ift modum tota ex eorum condunatis floribus flagraret Neustria.... VUa S, Mm'Uni, obbat. Vertavensis, dans Mabillon, Acta sanct., s$c. I, p. 685« M Mabillon, Ann., lib. V, no» 40 à 45, pages 133 à 135.

Jbid., Ub. II, no 29, page 48.

«• Ibid., lib. V, no 28, page 127.

« tbid,, lib. II, no 32, page 49.

no 21, page 45« . „ - ■ . . . ^

AU HDITIÉBIE AU NEUVIBME SIÈCLE.

dam Tr^ea ^ EU6 avmt été renforcée, aa sixième siècle , par les^ disciplines de saint Benott » qm, ayant fondé une nouvelle règle plu& coiifome aux besoins et plus apprepriéeaa dinMt de TOccident, s'était en qudque sorte rendu le légtdateur futur des moines d'Europe. Elle avait ators vu s'accroître avec le nombre de ses étaUissemenIs les pr^rès de la société chrétienne. Quoique la plus grande partie de ces établissements eût été concentrée entre la Loire , la Seiœ et la I^oe f cependant beaucoup d'entre eux avaient déjà été portés aa d^ de ce dernier cours d'eau ^. Enfin , au septième et au huitième siècle , les moines des deux récentes colonies de Borne religieuse « animés par la ferveur de la foi et le zèle da prosélytisme » se readii^t de l'Irlande et de l'Angleterre sur le Tontiaent » pour y c^^lltoiieE cette grande oeuvre de la conquête et de la civUisatioti chifétleimes.

Xe plus célèbre des colons irlandais fut saint Golomban , disciple de Gomgall. Il quitta le couvent de Bangor » fondé par son maître et où il avait été élevé » et il s'embarqua pour la Gaule avec douze compagnons^ au nombre desquels étaient saint Gall , saint Magimld et saii# Sigebert. Il aborda sur les côtes de l'Armorique , et s'avança vers l'est jusque dans les Vosges , dont les solitudes boisées et montagneuses lui plurent. Il s'arrêta avec ses con^pagnons près des restes ' d'un ancien camp romain , nommé Anegray , et il y eonstruiât des coules. Pénétrant ensuite à huit mille pas plus loin , il trouva dans un lie» appelé Luœ&vium des débris d'un autre camp romain , et il y construisit le fameux monastère deLuxeuil qui devint l'éc(de de

' Bans le quatrième siècle, elle n'avait eu que deux établissements sur la Loire et sur le QiÉn, ceux de %mouUer et de Ligugé, et deux sur la Saône et le Rhéne» ceux de rite Barbe et d'Ainay. Ban* le cin^è^ie, elle av^t eempté bvit^étaMis* sements dans la vallée de la Saône et du Rhône et leurs dépendances , douze des Pyrénées à la Loire (voir Mabillon, passim, dans les premiers livres de ses Annales béoédietinea), et elle n'avait porté au delà de cette ligne que les deux monastères de Saint-Germain à Auxerre et de Saint-Marian près d'Auxerre, et les deux monastères dft Saint-Matbias et de Saint^Maximin à Trêves. Mabillon» Ânn., W^y, li, 2f7» page 47. — Lib. VI, n© 2f7, page 153.

^ Voir les Annales bénédictines de IIàbillon, d'ott^'ai tiré les chiffres suivants : pendant le yi« siècle, quatre-vingts établissements monastiques dans les vallées de^ la Saône et du Rhône ; quatre-vingt-quatotze des Pyrénées à la Loire; cinquante-< quatre de la Loire aux Vosges, et dix des Vosges au Rhin.

' Vita 5. Colunibani ahhatis, attciore Jona, monacho hohiinsifere œquaU. g 16; dans TâABUA.&s,Acta sanct., siec. II, tome II, pages 5 à 12. — • Voir aussi MABU.|t Ainn,, tome I, lib. VIIT, n^» 9 et 10, pages 210 et %iu

28 LA GEBMAKIB

toute Iq Gaule du nord. vie austère de Golotnban et de ses compagnons, et leur réputation de sainteté, attirèrent auprès d*eux beaucoup de Francs , de Gaiio-Bomains , de Bourguignons du voisinage , et ensuite des contrées lointaines.

Les disciples de Golomban exercèrent leur religieuse influence Èvtr la {mrtie de l'ancienne Gaule et de THelvétie , qui , étant la plus rapprochée de la Germanie, avait été longtemps exposée aux courses des barbares , et dans laquelle ils s'étaient établis en force. Ainsi , lorsque Golomban , expulsé de Luxeuil par la haine de Brunehaut et de son petit-fils Théodoric , roi d'Austrasie , dont il avait courageusement attaqué les désordres, alla fonder en Lombardie le monastère de Bob^ , deux de ses compagnons, saint Gall et saint Sigebert, devinrent les instituteurs de THelvétie allemande. « A cette » époque , dit Vhistorien Jean de Muller , le pays habité par les » Suisses, aujourd'hui orné de beaucoup de villes et de milliers 4e » villages , était un désert aride , hérissé de bois ; l'on ne ^trouvait » que peu d'habitations dans le voisinage d'une tour , ou près d'une » métairie ; d'épais buissons avaient couvert les ruines des anciennes

villes et des camps romains à la suite des invasions des Alamanfi * . » Gependant , l'Helvétie méridionale ou romane avait déjà repris un aspect plus florissant par les établissements monastiques de Lausanne, sur les bords du lac Léman ^ , de Boman-Moutier ^ , sur le même revers du Jura , de Saint-Ursicin * , dans les rochers peu éloignés de la source du Doubs, de Peterlingen (Payeme], dans les environs dès ruines d'Aventicum et d'Agaune ou de Saint-Maurice , dans les Alpes du Yalais ®.

Quant à l'Helvétie septentrionale, ou germanique, elle était encore idolâtre en grande partie. La loi du Ghristavaitétédéjà répandue parmi les peuples qui l'habitaient, mais les anciennes croyances païennes s'étaient maintenues à côté de la nouvelle doctrine. Dans le siècle ^é-

' J. MuLLBB^ BUtQtre de la Suisse, Lausanne, 1795-1803, in-8, lîv. I» tome I, cb. 9, pages 338-339.

' Chron. épiscop. de Lausanne, dans le manusc. de Ruchat. Voyez Mullbb, lîv. 1, ch. 8, page 245.

* Gregor. turrom., Vita Patr., c. 1.

^ McLLER, liv. 1, ch. 9, page 303.

* /frfcf., page 305.

* Mabillqn, Ann,f 1. 1, lib. I, 09> page 97. Gregor. turron., lib. 3, c. 5. -<-lliiLLBR,liv.l,eh.8»page253. ^ '

.éédent^ FridoIiD avait fondé le mocastère de Seckiogen, dans nite tle iia Rbîn, et peu de temps après deux, chefs des hautes Alpes, Urso M Landulph, lui ayant donné une vallée dans la Rhétie, près des sources de la Limmat, il y construisit le monastère de Saint-Hilaire^ ^i donna naissance à Claris ^.

f €e fut dans ces pays sauvages qu'arrivèrent les compagnons de ;jÇelomban« Ils remontèrent le cours du Rhin à travers les forêts et Jfis montagnes, éternellement couvertes de neige. Gall réunît sous cabanes quelques disciples qu'il fit dans le comté d^Arbon, et à i'aide desquels il défricha le pays que lui donna le comte ou le graf ^JcdtOy et où il posa les fondements de la célèbre abbaye de Saint- ^liaU De son côté, Sigebert se retira dans un désert, près des sources H^ià Rhin. H annonça le christianisme aux pfttres et aux chasseurs de

moutfi^es, au milieu desquelles il éleva je monastère de Disentis ^. ^ fin assez court intervalle, Ruprecht et son frère Wikard, obéissant «fi la même impulsion, fondèrent, Fun, près du lac Tigurin, sur un dcoteau boisé, Tautre, à l'extrémité du lac le plus central des Alpes, jdeux abbayes auxquelles remonte l'origine des deux villes de Zurich fit déLucerne**

Le mouvement religieux imprimé par Golomban et entretenu par Tabbaye de Luxeuil conduisit à des résultats non moins décisifs en 6attle. De grands propriétaires, des comtes, des officiers du palais «hez les Mérovingiens, embrassèrent la vie cénobitique et donnèrent, ^insi que les rois francs, de vastes terrains incultes pour y fonder des monastères. « Des essaims de moines, dit tin auteur contemporain, » se répandirent alors non-seulement dans les champs, dans les villœ,

dans les castella, dans les bourgs, mais dans le fond des déserts ^. »

' MuLLEB, liv. 1, cb. 9, page 333.

* Yita S, Gain, auctore Walafrido Straho, dbhaU augiensi; dans Mabillon, Aet, sancf,, ssc. II, tome II, pages 230 à 218, et Vita 5. Galli inedita àajis Pertz Monumenta Germaniœ historica; Hanoveranœ, 1828, fol., tome II; page^ ^ à 21. — Mabillon, Ann., i. î, lib. 2, no 8, p. 302-303 ; — lib. 13, n^ à2, p. 892.

* Ad Rbeni caput, in planitiem quamdam vastœ solitudinis, quœ ad boc Disertina' dicla est, ad radieem mentis cellulam constraxit. Erant ad id usque tempus in 'proximis locis incolœ plerlque paganicis superslitionibus addicti. — 91 abillon, Ânn., lib. 2, n° 20, page 310.

* MuLLER, liv. i, cb. 9, pages 33K-337.

* Walbcrti tempère (de 614 à 605, 3«» abbé de Luxeuil et successeur d'Eustasius fvi pater feme,if$xeentorum extitU tnonackorum. (Mabillon, Ann , lib. 2, n» 46^ page 32C.) Per Galliarum provinclas agmina monacbofum et sacrarum virginum

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