‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 3 sur 27 · II · texte numérisé non relu

II

âO LA GERMANIE

Sous les diciples de Golomban, ces essaims pénétrèrent m nord-^eist dans la forêt des Vosges, qu'ils remplirent de leurs établissements ^ La partie intérieure de cette forêt vit s'élever dans ses plus profondes épaisseurs les quatre monastères de Senone, d'Estival, de Saipt-Dié, de Bodon-Monster, placés à quelque distance les uns des autres et formant une croix *. Outre ces abbayes, celles de Bemiremont ^, de Maurmunter *, de Stavelot de Malmedy ^, de Weissembourg ''j d'Ëber-Minster ^, furent les principales qu'on fonda dans ce pays boisé sous l'influence de LuxeuiL

Le nord-ouest de la Gaule fut couvert de colonies encore plus puissantes. Depuis la rive droite de la Seine jusqu'au Rhin, en suivant surtout les côtes de l'Océan, le pays était rempli de bois, de landes, de marécages. Il se trouvait habité, en dehors de quelques villes, par des campagnards en grande partie sauvages et idolâtres. Les moines le convertirent et le cultivèrent. Saint Vandrille fut l'apôtre de la Seine. Inférieure ^; saint Valéry, de la vallée de la Somme *^ ; saint Orner,

^lamina non solum per agros, villas, vicosque atque castella, yerum etiam per eremi vastitatem ex régula duntaxat Benedicti et Golumbanî pullulare cœperunt, mm ante illud tempus vix pauca illis reperirentur locis* — Anonymtis in Viia S» Salàbergœ. DaDs Mabillon, Acta s<mct,, sœc. II, tome II. » DOM Bastide, De propagatione gallican», page 89.

* Voir les Ann, hénédict. de Mabillon, tome I. ^ Mabillon, Ann., 1. 1, lib. 16, 14, page 506.

* IHd., lib. 2, n<« 28 et 2ï>, pages 318-316.

♦ DoM Bastide, Depropagat. galL, S. Bmed., pages 67 et suiv. — Mabiu^on^ Ann,, lib. 2, 19, page 309.

* Habillon, Ann,, lib. 13, 53, page 403.

• Jbid.

' Jbid,, lib. 13, no 16, page 384.

« lbid„ lib. 15, no 60, page 488.

• Il fut le fondateur de l'abbaye de Fontenelle. — Factura est ut Galetorum populi . qui ante Wandregisiîi adventum istuc, belluis similes ac paene religionis expertes

videbantut, ejus t)raedicatione man^uefacti atque ad meliora conversi ex prescripto Evangelii iriverent. — Mabillon, Ann,, lib. 3, n^ 50, pâge 402. — Voyez Vita S, Wandregiêilif ahhaU Fontanellmsis dans Mabillon, Acta sanct, tome II > page 524 à 546.

Saint Valaricus ou Valéry était un moine de Luxeuil, qui fut envoyé par saint Colomban dans la Neustrie maritime, vers la Somme, pour y étendre le christianisme. — Erant adhuc ibi profana delubra qu® a decurionibus colebantur. Mabill., Ann,, lib. 2, 15, page 309. — Stipes ingens cum yariis idolorum fîguris eidem impressis : ad quem rusticorum insana multitudo impia sacra faciebat. — /fcid., lib. 10, no S3, page 295. — Voyez Vita S. Wàlarici, ahh, Leuconaensis. — Dan» Mabillon, Act. sanct,, tome 11, pages 76 à 90.

■tfti jmys de Térouane * ; saint Riqaier, du Ponthieu * ; saint Éloy, du Cambrésis ^ ; saint Ouen, des côtes de la Neustrie ^ ; saint Amand, des Ardennes et de la Belgique moderne ^. Les grands monastères de Saint-Denis de Fontenelle de Jumiéges s'élevèrent sur fes Bords de la Seine ; ceux de Saint-Maur-les-Fossés ^, de Jouarre sur la Marne ceux deFécamp **, de Montvilliers de Montreuil de Sithieu, vers les côtes de TOcéan ** ; ceux de Saint-Valery de Saint-Riquier*®, deCorbie, sur les rives de la Somme celui de Saint-Vaast, dans l'Artois*^; ceux d'Hautvilliers de Montier- Ender de Saint-Basle, au nord de la Marne ; ceux de Nivelle de Gand*', de Saint-Ghislain*^, de Saint-Amand, dans les Ardennes^^.

■ Habillon, AeU $anct, tome II, pages IS60-562. » Ihid., Ann., lib. 2, no 60.

* Ipse quoque Eligius properabat ad cœnobia, maxîmeqiie LuxoTium (Luxeuil), (jttod erat eo tempore eminentius atque districtius, neque enim tam crebra erant adhuc in GalUis monasteria. — Il établit la règle de Luxeuil à Solignac près de Limoges. — Et pneter Solemniaeense plura monasteria apud Lemoyicenses, Parisienses,NoYiomenses, et Temacenses construxit. — VUa S. Eligii, auctore Oudœno (saint Ouen, qui fut son disciple). ~ Mabillon, Ann., lib. 12, n»» 22 à 25, p. 352 et 353, et lib. 13, no 4, page 377. — Si quidem postea beato EHgio episcopo Notiomagensi Tornacenses, Flandrenses, Gandenses et Gorturiacenses ideo attributi dicuntur quod incolœ ejusdem regionis magna adbuc ex parte gentilitatis errore detinerentur. — Mabillon, Ann., 1. 1, lib. 2, no 63, page 339.

* Mabulon, Act. sanct, tome II, page 540.

' Episcopus ordinatur non ad certam sedem, sed ad pr»dicandtim gentibtii variis in proYinciis evangelium. Accepto episcopatus honore, mox paganis maxime qui in Belgio restabant, Christi fîdem annuntiare cœpit. — Mabillon, Ann., lib. 2, no 63, page 339. — • Yita S. Amandi dans Mabill., AcU sanct., t. Il, p. 711 à 734.

* Le monastère existait déjà, mais il fut établi sur de plus vastes dimensions par Dagobert et reçut la réforme de Luxeuii. — Mabuxon, Ann., lib. 12, nos i, 2 et 3, pages 340 à 342.

' Mabillon, Ann., 1. 1, lib. 13, no 50, pages 401-402.

* Ibid., lib. 14, no 35, p. 432. — Voir la vie de saint Philibert..— Dans Majbillon^ Act. sancU, tome II, pages 818 à 826.

9 Ihid., lib. 13, no 48, page 338. — Ihid., lib. 12, no 44, page 364. " Jhid., lib. 14, no 61, page 447. — " Ihid., lib. 17, no 29, page 566.

Ihid., lib. 11, no 58, page 335. — Ihid., lib. 13, no 49, pa^ 40(^-401. «• Ihid., lib. 10, no 53, page 295. — Ihid., lib. 13, no 31, page 392. " Ihid., lib. 14, no 56, page 446. — •» DoM Beaunieb, tome I, page 347.

Mabillon, Ann., lib. 15, no 23, page 466.

Ihid., lib. 16, no 17, page 508. — Ibid., lib. 11, no 30, page 316. 22 Ihid., lib. 13, no 7, page 378.

» Ihid,, lib. 13, no 43, page 398.

Ihid., lib. 13, no 59, page 405.

Ihid., lib. 12, no 59, page 372. "

LA OERHAiraS

II S'en forma beaucoup d'autres autour desquels surgirent aussi peu à peu de grands bourgs etdes villes.

Les forêts de la Gaule septentrionale,' attaquées par la cognée et les troupeaux des moines, ou par le feu des défrichements, s'éclaircirent, et leur masse, auparavant compacte, offrit de vastes espace» onltivés*.

- Ce mouven^t monastique, à la suite duquel les restes du pagsh nisme disparurent à peu près en Gaule, exerça une notable influence ^les Francs mérovingiens, qu'avaient déjà modifiés la religion chréttenne et les usages romains. A l'exemple de tous les conquérants moins civilisés que les peuples qu'ils subjuguent^ les Francs avaient adopté la croyance religieuse, l'agriculture, les arts matériels, tes armes plus parfaites et une partie du mécanisme administratif des Gallo-Romains, avec lesquels ils s'étaient alliés par des mariages. Tout en conservant le fond de leurs mœurs, ils s'étaient extérieure* ment rapprochés des mœurs des vaincus, dont, un siècle après la con*quête, ils parlaient généralement la langue entre la Loire, les Ardennes et les Vosges. En 537, il y avait déjà trois évèques francs dans un concile de douze évèques, et dans le septième siècle la moitié du haut ctergé, soit épiscopal, soit monastique, était germanique au nord de la Loire ; ce qui prouve que beaucoup de Francs étaient lettrés et consentaient à vivre sous la loi romaine. Les rois des divers partages, mais surtout ceux qui siégeaient au centre de la Gaule, parlaient assez élégamment le latin dans le sixième siècle, et, dans le siècle suivant, ils avaient entièrement cessé d'être les chefs d'un peuple étranger pour devenir les chefs du pays. Leurs assemblées se compo« saient d^évêques et des comtes pris dans les deux races, et leur armée était recrutée parmi les propriétaires, les bénéflciers et la milice des villes. Mais alors l'influence croissante du christianisme, combinée avec l'action de la propriété territoriale, les amollit beaucoup, et ne

* Le résultat social de ces missions fhi considérable, comme on en jugera par la citation suivante :-*£tnunc in terra Morinorum situ orbis extrema, quam barbaris fluclibus fremens tundit oceanus, gentium populi rcmotarum qui sedebant in latebris... corda aspera Cbristo intrante posuerunt. Ubi quondam déserta sylvarum ac littorum pariter intuta adven» barbari aut latrones incol» frequentabant , nunc venerabiles et angelici sanctorum chori urbes, oppida, insulas, sylvas ecclesiis et monasteriis numerosis plèbe consona célébrant. 5. Paulmus Nolanus episcopus ad viciricium Rotomagensem episcopum episU 28. — Bans Bollandus, AcL ioncLp XVI jtnuar. Maboxon, AiA. iancU^ ssc. 11^ pr«fftt., p» \iij.

AU HUITIËHE KF AU KEOVIÈHE SIËCLB. 33

oralritbtia pas peu à les livrer aux coups des Francs aistrasiens, qui se maintinrent plus belliqueux en restant moins civilisés.

Les moines irlandais qui avaient colonisé, par eux on par leurs disciples, les Vosges, THelvétie, l'Alsace, tous les pays entre Seine et Meuse, continuèrent leurs expéditions après Golomban. Le Northun^ brien Willibrord, élevé dans le monastère de Golm-Kill, partit dtis Hébrides en 690, suivi de douze compagnons, et se rendit sur le continent ^ Il porta le christianisme entre la Meuse et la rive gauche du Rhin, pays occupé par les sauvages et idolâtres Frisons. Le pape Sergius, auprès duquel il sa rendit, Tinvestit des mêmes pouvoirs que Grégoire le Grand avait donnés au moine Augustin, lui accorda le pàllium, et substitua, selon la coutume romaine, à son nom de Wil<librord, le nom allégorique de Clemem. Willibrord, dans une prédicétion de quarante années, convertit la Frise cisrhénane. Il fonda Tarchevêché d'Utrecht dans l'ancien château romain de Trajectum. H établit dans le voisinage de Trêves le monastère d'Epternach, des^ tiûé à recevoir les étrangers qui se dévouaient à la conversion d^ Frisons; les abbayes de Susteren, près de la Meuse, dans le pays de JuKers, de Werden,^;sur la Roer, non loin dtf Rhin, et plusieurs autres. Il abattit les arbres sacrés des Frisons, enleva leurs idoles, construisit des basiliques, et pénétra, non sans de grands périls, dans la Frise transrhénane, jusqu'à l'tte de Fositeland, où se trouvait leur grande idole

Mais la conversion de la Germanie, dans laquelle s'étaient engagés^ à l'ouest, l'Irlandais Kilian et trois de ses compagnons, chargés d'une mission par le pape, et à l'est, Rutpert et Gorbinien, était réservée à d'autres moines. Ceux de l'Irlande avaient assez fait en colonisant la Gaule septentrionale jusqu'au Rhin. L'ancienne ligne delacivilisation^ perdue à la suite des invasions, était de nouveau atteinte de ce c6té* Il s'agissait maintenant de la porter plus loin, et d'incorporer la Ger* manie dans la société chrétienne et policée. Ce fut l'œuvre et la gloire des moines anglo-saxons qui succédèrent aux Irlandais dans cette grande mission, et de leur admirable chef le bénédictin Winfrid, connu sous le nom romain de saint Boniface qui lui donnèrent les papes, comme expression et récompense de son utile dévouement.

■ BEDiB., Eceh hisU, lib. 5, c. 11 et 12.— Mabillom, Act. sanet., s»c. III, pars i, IK 604 et seq.

* Vita 5. Willibrordi, dans Mabillon, Act. sancU^ sœc. III. pars 1, p. 604 etscq.

34 LA OEBMANIE

Winfrid était né^ ver3 Tau 680 ou 683, à Kirton, dans le roywme des Saxons occidentaux^ Épris de bonne heure de la vie cénobîtique» il était entré dans le monastère d'Adelcancastre ou d'Excester Ml y était entré malgré son père. Il passa du monastère d'Âdelcancastre à celui de Nutchel (monasterium Notscellense dansleSouthampton). Il devint tellement versé dans toutes les connaissances qui avaient été communiquées à Ftle de Bretagne par les moines romains, et propagées par l'archevêque Théodore, qu'il fut chargé de leur enseignement dans ce dernier monastère. Les moines des autres abbayes accoururent en foule à ses leçons. Il fut ordonné prêtre à Tàge de trente ans, et il joignit tant d'habileté à tant de prudence» qu'on lui demanda ses conseils et sa coopération dans toutes les affaires difficiles de Tile de Bretagpe. Mais^ dit Otblon, l'un de ses biographes, déjà détaché des gloires humaines, il cherchait oà il pourrait porter au loin le nom du Christ Il quitta donc son monastère avec l'autorisation de son abbé, et, en 715, il s'embarqua pour aller auprès du vieux missionnaire Willibrord, sous lequel il fit sa première campagne contre les païens. La révolte de Radbod, chef des Frisons, que Pépin de Héristal avait rendu tributaire des Francs, et qui avait repris les armes contre eux à l'avènement de leur nouveau duc Charles Martel, l'obligea de retourner dans son monastère. Sur ci^ entrefaites, Wibert, abbé du monastère de Nutchel, étant mort, on voulut élire Winfrid à sa place. Mais il refusa cet honneur ; et, toujours conduit par le goût des pèlerinages et le dessein de la prédication, il partit, en 718, pour Rome, avec des lettres de recommandation de son évêque Daniel. L'une de ces lettres, adressée au pape, était scellée ; l'autre, adressée à tous les chrétiens, était ouverte, et devait faciliter ce long et pénible voyage^.

« Il partit , dit Othlon, suivi des bénédictions de ses frères. Il tra* » versa seul des mers et des terres inconnues, jusqu'à ce qu'il eut » rassemblé sur son chemin une multitude de serviteurs de Dieu , » conduits vers le même but et animés du même esprit que lui. » Chaque jour ils s'approchaient des églises des saints , afin qu'à

* yUa s, Bonifacii, par son disciple WilUbald, et Vita S. Bonifacii, episcopi, auctore Othlono monacho henedictino , dans Kasillon, Acta sancL, sœc. III, pars secunda^p. 4 ad88.

* Othlon, lib. 1, S VI.

* I6td.,gS VI,VII.

» Pâîde ëé Dieu ib prissent traverser les défilés des Alpes et se sous- D traire h la férocité plus dangereuse des Longobards. Us gagnèrent » ainsi , et en sûreté , la ville sacrée où siégeait alors Grégoire IL Le » pape reçut Winfrid avec des yeux riants et un visage affable , et , » prenant lei^ lettres qu'il lui présentait , lui fit signe de se retirer. V n etit ensuite avec lui des entretiens journaliers jusqu'à Fépoque » de son départ ^ m

Ce fut dans ces entretiens que le sage et pénétrant Romain , issu tfune puissante famille * , devant laquelle avaient été portés les faisceaux consulaires et qui , au début de son pontificat, avait relevé les murailles de la ville éternelle, examina si f Anglo-Saxon possédait les qualités nécessaires à son grand dessein. Il l'interrogea sur ses doctrines , et, après s'être assuré qu'il avait la force d'âme et la perî»évérance de volonté réclamées par le périlleux apostat qu'il ambitionnait; que capable de commander il serait toujours disposé à <Jbéir , et demeurerait l'instrument habile , mais soumis , de l'église romaine , le pape Grégoire II lui donna ses instructions et la lettre îSUivante :

« Sachant que dès ton enfance tu as appris les lettres sacrées « » que tu es parti pour répandre chez les nations incrédules le mystère » de la foi , nous voulons t'aider dans l'accomplissement de la mis- » sion que tu demandes. Puis donc que tu en as appelé au siège apos- » tolique et te soumets humblement à sa volonté et à sa direction , )» au nom de l'indivisible Trinité , et par l'autorité inébranlable de n saint Pierre , prince des apôtres, nous ordonnons que tu portes la » parole de Dieu aux nations incrédules , et que , par Fesprit de » vérité, d'amour et de sobriété » tu verses dans ces âmes incultes la » prédication des deux Testaments. Nous voulons que tu imposes T9 Iff sacrement d'initiation d'après les rites de notre église aposto- » lique »

Investi de l'autorité nécessaire à Faccomplîssement de sa mission ^ ' Winfrid partit de Borne, dans les premiers jours de mai de l'année 71?, €t se rendit en Thuringe. Presque tous les peuples de race germanique qui habitaient au delà du Rhin étaient alors sous la dépendance plus ou

• omon, lib. 4, 8 Yin, — et Witlthald, g XTV.

' Sansovino, DelV origine e fatti délie famiglie iUustri d'Italia; Venise, 1682, in-4<», page 313.

• TFt«i*aW, S XV, et Ot/klon, lib. 1, S IX.

36 GEBMANIE

inoins étroite des Francs, par lesquels ils avaient été vaincus. Ceui^ci^ conquérants à demi civilisés de la Gaule romaine, possédaient à pçff près tout le territoire borné par les Pyrénéesi, la Méditerranée , Iç^ Alpes , le Rhin et TOcéan, Ils occupaient toujours la vallée du Meiui. Ils avaient en Germanie , comme tributaires , du côté de Test , entra le haut Rhin et le Lech» les Alamanni, débris de Tancienne coofédér tien des Suèves ; entre le Lecb » i'Ëns et le Daiiube 9 les Bajuvdrii oui Bavarois ; au centre » les Ghatti ou Hessois , qui demeuraient sur lesi bords de la Lahn , de TEdder et de la Fulde ; les Thuringi , qui habitaient depuis la Fulde jusqu'à la Saale; du côté de Touest, le^ Frisons , placés sur les côtes de Tocéau septentrional, entre le ba* Rhin et le bas Weser ; et les Saxons, maîtres du pays entre le Rhii^ et rElbe. , En s'établissant sur les possessions romaines , les Francs avaient emprunté à Tempire sa croyance religieuse , une partie de sa civilisation et de ses maximes. Us avaient senti le besoin de subjuguer les. peuples dont nous venons de parler, qui occupaient la Germanie , où ils étaient restés , comme nous le verrons plus tard , à peu près dans leur état primitif. Afin de les empêcher de céder à la tendance et de prendre la route qui les avait entraînés et conduits eux-mêmes vers le sud , les Francs les attaquèrent chez eux. Us suivirent en cela , par. Tinstinct delà défense, la même politique qui avait poussé les Romains, à assujettir les Gaulois et à porter leur frontière sur le Rhin et le Danube , afin de préserver lltalie des invasions et d'intercepter lea chemins des Alpes. Ainsi, les rois mérovingiens avaient repoussé le$ Alamanni , soumis les Frisons , les Thuringiens , les Hessois , et assu-. jetti les Saxons eux-mêmes à un tribut de cinq cents vaches. Mais cette supériorité des Francs n'avait duré qu'autant que s'était maintenu le mouvement de conquête qui avait entretenu chez eux l'esprit militaire. Au septième siècle, ce mouvement s'étant arrêté, et cet, esprit s'étant altéré, les vaincus transrhénans avaient secoué le joug^. «t les Saxons, qui payaient le tribut de cinq cents vaches , l'avaient refusé et s'étaient rendus indépendants. Les Francs mérovingiens n'avaient pas pris le christianisme pour auxiliaire de leur victoire ; ils, avaient employé les armes qui soumettent , et ne s'étaient pas servis de la civilisation qui transforme. A peine quelques faibles lueurs de la civilisation chrétienne avaient-elles éclairé la Thuringe, qui était «n grande partie retombée dans ses primitives obscurités.

AU HUITIÈME ET AU KEtfVIÈME SIÈCLE. 37

^ Ttfèlîs -lorsque les Francs austrasiens reprirent, sous tepin de Héristal et sous Charles Martel , la marche conquérante et l'esprit guerrier qui avaient animé leurs ancêtres, ils s'étendirent à la fois au sud et au nord , et reparurent en vainqueurs au delà du Rhin comme au delà de la Loire. Ils assujettirent les Frisons, replacèrent dans leur dépendance les Bavarois et les Thuringîens , et attaquèrent avec succès les Saxons. Ils furent heureux de trouver dans les moines, qui voulaient étendre les conquêtes du christianisme, des auxiliaires capables d'affermir les leurs , et ils se montrèrent disposés à seconder leurs efforts spirituels de toute l'influence des moyens militaires. Ce fut sur ces entrefaites, et lorsque Charles Martel venait de remporter, à la tête des Francs austrasiens , les trois victoires de Stavelot, de Vinci et de Soissons * , sur les Francs neustriens , que se présenta Winfrid pour transformer l'esprit de ces peuples , qui , depuis sept siècles qu'ils étaient en communication avec l'Occident civilisé , n'avait subi presque aucun changement.

Winfrid se rendit d'abord en Thuringe, où l'avait précédé, trentequatre années auparavant (en 685), saint Kilian, dont la mission avait eu peu de succès. Pendant qu'il y prêchait le christianisme à ceux qui ne le connaissaient pas, et qu'il ramenait à l'observation de' ses règles ceux qui s'en étaient détournés , il apprit la mort de Badbod , roi des Frisons , dans le pays desquels Charles Martel affermissait sa domination. Il alla y rejoindre le vieux Willlbrord , qu'il aida pendant trois ans à les convertir *. Willibrord voulut, à cause de son grand âge, lui transmettre son épiscopat. Mais Winfrid se refusa à ses prières, et , après l'avoir suffisamment secondé, il retourna dans la Thuringe , pour continuer sa propre mission. Sa parole y prospéra assez pour qu'il pût passer dans le pays voisin occupé parles Hessois, qui confinaient avec les Saxons. Il donna le baptême à plusieurs milliers d'entre eux, et bâtit une église et un monastère à Amôneburg *.

Ses succès furent rapides et étendus. Éloigné des lieux qui l'avaient vu naître, des maîtres qui l'avaient élevé , des amis qu'il avait laissés au delà des mers, et vers lesquels se tournaient ses souvenirs et ses affections, il était souvent saisi de tristesse au milieu des pays sauvages

' Ed 716, 718 et 719.

« Othlon, lib. 1, SgXelXI.

» /6i(i.,SXlI.

LA GERMANIB

qu'il parcourait et des barbares grossiers dont il visitait les huttes de bois. Il entretenait avec sa chère Bretagne d'étroites relations. Il y demandait des encouragements et des conseils. Il s'adressait surtout à son ancien évéque Daniel. « La crainte du Christ et Tamour du » pèlerinage, lui écrivait-il, ont mis entre nous de longs et vastes » espaces de terres et de mers. C'est Thabitudedes hommes, lorsqu'il » leur arrive quelque chose de triste et de pénible, de chercher leur » consolation auprès de ceux dont l'amitié, la sagesse et l'appui » leur inspirent le plus de confiance. C'est pourquoi j'expose à votre » paternité les angoisses de mon âme fatiguée » Mais il ne déposait pas seulement les épanchements de sa tristesse dans le sein de son vieux mattre, il lui demandait aussi des instructions, et il est curieux de voir de quelle manière subtile et sensée le sage évéque Daniel l'engageait à procéder avec les barbares pour s'emparer doucement de leur esprit.

<( Ne leur oppose point , lui écrivait-il , d'arguments contraires à » la généalogie de leurs faux dieux. Admets leur opinion , selon » laquelle des dieux en ont engendré d'autres dans les embrasse- » ments du mari et de la femme, afin du moins que tu leur prouves » que des dieux et déesses » nés comme des hommes , sont plut6t M hommes que dieux , et que , n'existant pas auparavant , ils ont » donc eu un commencement Une fois forcés d'avouer que les » dieux ont eu un commencement , puisqu'ils sont engendrés les » Uns par les autres, demande4eur alors s'ils pensent que le monde » ait eu un commencement y. ou ait toujours existé sans commence- » ment. S'il a eu un commencement , qui l'a créé? En quel lieu , » avant l'établissement de ce monde , ils font subsister et habiter les » dieux qui naissent? Et s'ils prétendent que le monde a existé sans

^ Consoetudo apud homînes esse dinoscitar, eom triste et onerosum quid aceiderit, anxiatse mentis solatium vel consilium ab illis quœrere, de quorum maxima amicitia, vel sapientia et fœdere confidunt. Eodem modo et ego de patcruitatis Yestrv prebabili sapientia et amicitia confidens, vobis fessffi mentis angusiias cxpono.

— NicoL. Serrarius, Epùtolœ 5, Bonifacii martyris, primi Moguntini archie^ piKopi, etc. Mogunli», 1629, in-4o, page 5.

' Neque eniin contraria ils de ipsonim quanivis falsorum deorum genealogia astmere debes. Secundum eorum opinionem, quoslibet aliis generatos, per eomplexum mariti ac foemins concède eos asserere : ut saltem modo hominum natos ^eosac deas, potius homines non deos fuisse, et ccepisse qui ante non erant, probes.

— Dans Serrarius, page 79.

AU HUITIÈME El' At NEUVIÈME SIÈCLE.

» amme&cement , demande-Iear qui commandait au monde a?aiit » h odissaoce des dieux ; comment les dieux soumirent à leur dom^ )• nation ce monde, qui existait de toute éternité avant eux; où , paf » qui et quand fut engendré le premier dieu ou la première déesse? » S'ils croient que les dieux et les déesses continuent à en engendrer » d'autres? Sinon, quand et pourquoi ils ont cessé de s'unir et de M concevoir? S'ils engendrent encore , alors le nombre des dieux » est infini , et les mortels ignorent quel est de tous le plus puissant.

D Pensent-ils aussi qu'il faille honorer leurs dieux pour le bonheur » pèsent et temporel , ou pour le bonheur futur et étemel? S'il» ^ répondent que c'est pour le bien temporel , qu'ils disent en quoi ^ les païens sont plus heureux que les chrétiens. » Toutes ces choses et beaucoup d'autres, tu dois les leur objec-' ter , non en les insultant , mais paisiblement et avec une grande modération, et, par intervalles, comparer leurs superstitions à » nos dogmes chrétiens , et pour ainsi dire les prendre en flanc , afin .» que les païens, plus honteux qu'irrités, rougissent de telles p absurdités. 11 faut aussi leur objecter , si leurs dieux sont tout* » puissants , et non-^ulement récompensent leurs adorateurs^ mais » punissent leurs contempteurs , pourquoi alors ils ^arguent les chrétiens qui leur arrachent presque tout l'univers et renversent » leurs idoles? et pourquoi les chrétiens qui possèdent des provinces » fertiles , abondantes en vin , en huile et autres richesses, n'ont n laissé aux païens et à leurs dieux que des terres toujours attristée» » -par le froid , dans lesquelles, déjà chassés du reste de l'univers , ils » s'imaginent faussement régner encore * 7 »

Winfrid fit usage auprès des barbares des arguments que lui sug^ féra Daniel et de ceux que lui im^ira sa propre habileté. La pureté de sa vie, la vigueur persévérante de sa volonté, et une douce pru« dence, en gagnèrent aussi beaucoup au christianisme. Il acquit, dans le pays d'outre-Bhin , beaucoup de renommée et d'ascendant. Il entretenait avec Borne des commi&iications assidues et il envoya, après plusieurs années d'heureuse prédication , un de ses disciples, nommé Binna, pour remettre ses lettres et rendre compte de ses

' Et cam ipsi christiani fertiles terras, yinique et olei feraces, csterisque opibus ^bandant^s possident provincias, ipsis autem pagaoîs, frigove semper rigeotes terras ew eorum^diis reiiqueriuU, in quibos jm tantum toto orbe polsi, falao cegnar^ putantur. — Dans SearariuS; page 79.

LA GEBMANIE

cdmres au pape Grégoire. Il demandait en même temps à Grégoire des règles de discipline pour ses prêtres et pour ses néophytes *, et il lui communiquait sans doute le désir d'être investi d'une autorité supérieure qui lui permit d'exécuter plus complètement sa mission ^.

Le pape aimant mieux s'entendre de yive voix avec lui, fit repartir Binnapourla Germanie, et manda Winfrid à Rome. Il le reçut daiis la basilique de Saint-Pierre, et après l'avoir questionné et entendu tout un jour, charmé de ses suo;^, convaincu et frappé de sa suj^riorlté, il le nomma à ce second voyage, évéque régionmire^ c'est-àdire sans siège déterminé et sans autres limites dans sa juridiction que celles qui seraient marquées par ses conquêtes. Il lui donna la coasé* cration épiscopale le 30 novembre 723- En adoptant Winfrid au nom de l'église romaine, Gr^oire II changea son nom en celui dé'

Afin de l'attacher au siège pontifical par les liens d'une étroite : obéissance, le pape exigea du nouvel évêque régionnaire qu'il prêtât, dans l'église de Saint-Pierre, un serment ainsi conçu :

u Au nom du Seigneur Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ, Léon: ^ étant empereur, la septième année de son consulat et la quatri^ne )> de celui dé son fils Constantin ;

» Moi, Boniface, par la grâce de Dieu, évêque, je promets à toi » saint Pierre, prince des apôtres, et à ton vicaire Grégoire, pape, » et à ses successeurs, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, trinité » indivisible, et par son corps très-sacré, de pratiquer la sainte îfA )i catholique dans toute sa pureté, de la maintenir dans son intégrité» » de n'adhérer à rien de contraire à son unité, de soutenir toi et les » intérêts de ton Église, à qui le Seigneur Dieu a donné le pouvoir » de lier et délier, ainsi que ton vicaire et ses successeurs ; de n'avoir » ni communion ni intelligence avec des prélats hérétiques, si j'en » rencontre, de les réprimer, si j'en ai le pouvoir et tout au moins » de les dénoncer au siège apostolique. Dans le cas, ce que Dieu ne » veuille, où je ferais, soit avec intention, soit par accident, quelque^ ^ chose contre ma promesse, que je sois trouvé coupable au jour du » jugement et que j'encoure le châtiment d'Ananias et de Saphira» » qui voulurent dérober à toi-même la connaissance de leurs biensi

« OiWon, lib. 1,8 Xn. .

' Yita S, Gregorii (par Ludger, évêque de Munster), Aeta 9WMt»f xxvn aagustiv' • Othlon, Ub. 1, S8 Xlll et XIY.

» Moi, Boniface, humble évè(pie, j'ai écrit de ma propre maia » ces paroles, <ptB j'ai déposées sur le corps très-ss^ré de saint Pierre^ )» et j'ai fait, sous l'oeil et le jugement de Dieu, ce serment que je » promets de garder ^ »

Après que Bonifaee eut pris cet engagement, le pape lui donna% comme code, un livre qui contenait les règles de TÈgliserédigé^s^dans les conciles et les assemblées pontificales. Il lui enjoignit d'enseigner ce droit canonique tant au clergé qu'aux peuples nouveaux. Il f : ajouta la corre^xmdance de Grégoire le Grand avec le moine Augus^ tin, comme propre à le diriger dans son entreprise, et à résoudre d'avanoe, pour lui, quelques questions délicates. Il lui défendit (d'or^ donner j^ètrés ceux qui se seraient mariés deux fois, ou qui n'au* raient pas pris une femme vierge, ou qui seraient illettrés, ou qui auraient quelque infirmité corporelle, ou qui auraient été mutilés par châtiment, rÈgliseles regardant, parleur incontinence, ou leur ignorance ou leur faiblesse, ou leur immoralité, comme indignes ou incapables du sacerdoce. Il lui dit de diviser les offrandes en quatre parts, selon la règle déjà consacrée ^. Il l'invita à ne pas refuser de s'asseoir à table avec les chefs barbares qui lui prêteraient assistance : « Car, lui disait-il, il arrive souvent que ceux qui sont éloignés par » les rigueurs de la discipline de la pratique de la vérité, sont rame- » nés, par le charme des repas et par de douces observations, dans la » voie de la justice » Il l'assura de la protection immédiate du siège apostolique, et le renvoya en lui remettant des lettres pour le duc des Francs, auquel il recommanda de l'aider et de le défendre ^ ;

' Of/iïon, lib. 1, s XIV.

2 Othlon, lib. 1, gg XV et XVIII. — Il lui ordonnait de défendre le mariage jusqu'au septième degré ; de ne permettre à celui qui avait perdu sa femme de se remarier qu'une seconde fois; de refuser la communion pendant toute leur yia à ceux qui auraient tué leur père, leur mère, leur frère, leur sœur, et de les obliger, jusqu'à leur mort, à ne pas manger de viande et à ne pas boire de vin. — Progeniem suam untmqttemque usque ad septimam generationem obmvare dec&mimus : et Jsti valueris, devUaHdum doce, ne cui tugor ohierit, amplius quam duahus debmt ^ eopulari» De hi$ quipairem, vel matrem, vel fratrem, vel sororem oeciderint, dicimus, ut ioio vitœ mœ tempore corpus Dominicum non suscipiant, nisi in exitu pro viatico ; ahstineant etiam se a camis comessatione et potu vini donec adviœerint^ - — /6ûi.,lib.l,SXXV.

' Plerumque contingit, ut quos correctio disciplins tardos facit ad percipiendam Yeritatis normam, conviviorum sedula et admonitio blanda ad viam perducat ju^ titi». Dans Sbrrauos, page 173.

♦ Domino glorioso filio Karolo duci, Gregorius papa ; Othlon, lib. 1, g XVI.

pour les évèfities qu'il exbOrta à fowDir à ses besoin», et à le seeooder tlans la conversion des peuples idolâtres ^ ; pour tout le peuple ckté^ tien, qu'il instruisait de k mission de Bonifs^^; enfin pour les barbares eux-mêmes auxquels il écrivit :

€c Désircfint que vous vous réjouissiez avec nous dans l'éternité où » il n'y a ni fin t ni tribulation , ni amertume (mais une glaire per-* n pétuelle), nous vous avons envoyé Bontface, qui vous bapl^ra et » vous instruira dans la foi de Dieu. Obéissez-lui én toute chose, » hdnorez-le comme votre père, et inclinez vos cœurs à ses leçons, » parce que nous l'avons envoyé vers vous, non point pour acquérir » un gain temporel, mais pour te gain de \os âmes. Aimez donc Dieu, » et, en son nom, recevez le baptême : car ce que l'œil deThomme » n'a jamais vu, ce que le cœur de l'homme n'a jamais conçu, le ^ Seigneur Dieu l'a préparé à ceiixqui l'aiment. Èloignez-vous du, i> mal et faites le bien. N'adorez point les idoles, ne sacrifiez point ^. de chairs, ear Dieu ne les reçoit point ; mais agissez en toute » chose selon que notre frère Boniface l'enseignera , et vous serez » sauvés, vous et vos fils. Faites une maison où doive habiter votre » père, des églises où vous deviez prier, afin que Dieu vous remette » vos péchés, et vous donne la vie éternelle ^. }>

Muni de ces lettres, Boniface partit Ae Rome, et se rendit d'abord Mprès du duc des Francs, Charles Martel , dont le patronage lui ^tait indispensable, et qui le lui accorda par la célèbre sauvegarde vivante :

« Aux saints et apostoliques évéques, nos pères en Jésus-Girist, x> aux ducs, aux comtes, à leurs vicaires, à nos palatins, à tous

^ othUm, Kb. 1, g xvn.

« Z^td.,SXVIII.

'3 Populo ThuriDgorum. Othlon, Hb. ±, g XX. — U lui donna une leUre adressée universo populo provincia Altsaxonum, qui commençait par ces belles {Miroles : SapitnUbm e$ insipimiihut deèitor sum, fr aires earissimi. U leur disait^ ce qui était le but sublime de la mission de Boniface, mais ce que le temps seul pouvait leur faire comprendre et surtout admettre : Eapoliate vos ergo veterem hominem et induite ehristum mmm, déponentes iram , indignationem, mdliiiaim, 4}la8phemiafn. Ihid., lib. i, g XXI.

Grégoire III, successeur de Grégoire II,' pour faire abandonner à ces populations leurs moeurs barbares et les attira aux habitudes des pays civilisés » défendit à Boniface de tolécer qu'elles mangeassent de la chair de cheval : Inter cmtmH <igre8tem çàballum aliquantos comedere a^unxistif plerosque ei domesUcum^ Othlon^ lib. i, g XXVI* — Et dans Serrarids, page 329.

» agents, à nos envoyés, à nos amis, Charles, homme Ukistre, mcdr^ » du palais, qui désire votre bien,

x> SaeheiÈ que l'homme apoi^oliqne , notre père en Jésus-Christ^ » révéque Boniface est venu vers nous, et nous a demandé de le » placer sous notre sauvegarde et notre protection. Nous le lui » avons accordé volontiers. C'est pourquoi nous avoi» ensuite jugé » à propos de le lui confirmer de notre propre main, afin qu'en » quelque lieu qu'il passe, avec notre affection et sous notre sauve^ » garde, il soit en paix et en sécurité, et qu'il pelisse rendre, faire » et recevoir justice. S'il vient à se trouver dans quelque lencontre » ou néces^é qui ne puisse être définie par la loi, qu'il r^te en

paix et en sécurité jusqu'à ce qu'il soit en notre présence , lui» » comme ceux qui se réclameront de lui et qui espéreront en lui. » Que nul n'ose lui être contraire, ou lui porter dommage, et qu'il 9 demeure en tout temps tranqiûUe sous notre sauvegarde et pro^ » tection. Pou&que cela paraisse plus certain, nous avons, aux yeux )» de tous, souscrit ces lettres de notre propre main et les avons » scellées de notre anneau ^ »

Ayant obtenu cette puissante assistance , Boniface s'avança dans le pays des Hessois et des Thuringiens. Il y renversa les arbres sacrés, et du bois du plus grand de tous, il construisit un oratoire à saint Pierre ^. Il ramena les chrétiens grossiers de ces pays aux principes que leur ignorance avait dénaturés, aux règles de conduite que leur barbarie avait entièrement violées. Grâce au patronage du prince des Fraudé, sans les ordres et la crainte duquel^ dit Winfrid, je ne pourrais ni diriger le peuples, ni défendre les prêtres^ les diacres^ les moines et les servantes de Dieu, ni interdire les superstitions des païens et le culte sacrilège des idoles ^, ses progrès, au milieu des popula^ lions transrhémnes , furent rapides et étendus. Il fonda, en Tbu* rioge, la première église chrétienne près à'AUenberga (village entre Oeorgenthal et Friedrichroda). Il la oonsacra à saint Jean. Il bâtit

* BoM Bouquet, Âeeueil des hisL dê France, tome X, page 92, et J. SiRBiONi> Concilia galliœ, Paris, 1629, fol., tome I, page 517.

• Othlon, lib. 1, § XXII.

•' Sine patrocinio principis Francorum nec populam regere, nec presbyteros ve! difitOQos y monacbos vel ancilks Dei defen4ere posswm , nec ipsos paganorum rîttis et «aerilegia idolorum in Germania sine illlus mandato ac timoré prohibera vaico^ Ep. S. Bonifacii, XII.

44 LA GBRSIAIflI '

ensuite une église à Saint-Michel, sur la rivière d'Obre» d& se trouve maintenant la ville d'Ohrdruf

Quoiqu'il eût avec lui des disciples, il pensa qu'il devait s'adjoindre un plus grand nombre de coopérateurs. S'adressant à ses compa- ' triotes de File de Bretagne, il leur demanda une colonie de nmineé' qui pussent se charger de l'enseignement des barbares, et une colonie * de religieuses auxquelles il confiât [l'éducation de leurs femmes. C'est vers ce temps, en effet, que vinrent le joindre Lui, Willibalt, son frère Wunnibalt, Yitta, et plusieurs autres qu'avaient précédés' auprès de luil'Anglo-Saxon Wigbert, le Franc Grégoire, et auxquels s'unit plus tard le Bavarois Sturm, après Lui, le plus chéri de sës disciples Il vit arriver aussi, pour s'associer à ses travaux, la nière^ de Lui nommée Ghunihilt, sa fille Berathgit, Waltpurgh, sœur Aé* Willibalt, Thécla, Ghunidrat, et surtout Lioba, qui devint en Gér-'^ manie la principale institutrice des femmes

Ces auxiliaires de Boniface prirent une part notable à la couver-' sion de la Germanie et jouèrent un rôle important sous les règnes de Pépin et de Gharlemagne. Lui était Anglo-Saxon et professait la vié monastique. Son esprit de conduite , l'action qu'il exerça sur les peuples, l'influence qu'il eut l'art de prendre sur les chefs barbares, le désignèrent bientôt au prévoyant Boniface comme son successeur futur dans l'épiscopat, pour les pays de la Francoiîîe et de la Thuringe*. Les mêmes raisons disposèrent Boniface à adopter pour un' autre de ses successeurs Grégoire, auquel il destina le gouvernement spirituel de l'église et de l'abbaye d'Utrecht et du pays des Frisons. Ce Grégoire le suivait depuis l'âge de quinze ans. Il était petit-^Is d'Addula, abbesse du monastère de Palatiôlum, sur les bords de là Moselle, près de Trêves. Dans son premier passage de la Frise en Thuringe, Boniface s'étant arrêté à ce monastère, le jeune Grégoire ne voulut pas le laisser partir sans l'accompagner, et depuis il ne le quitta plus ^. Quant à Sturm, dont Boniface fit plus tard la rencontre dans le pays des Bavarois, il avait un esprit contemplatif, un carac-

» Olhlon, Mb. 1, g XXÏII,

» md.y 8 XXV.

• Ibid.

^ Mabuxon, Acia sanct,, ssc. lil, pars 2, p. 392 et seq. VUa S. Lulli, epise.

• Ibid,, p. 319 et seq. Tita 5. Gregorii, abb, iraj.

AU HDITIÈMB BT AU NKUTIÈIIB SIÈCLE. 45

tè|e doux, m détournent sans bornes» et Boniface loi réserva k fondation et la conduite du plus grand centre cénobitique de YA\\t< nuigne, du fameux monastère de Fulde Il construisit auparavant le monastère de Fritdar en Hesse, et il en confia la direction à son afipien compagnon Wigbert. Le monastère de Fritziar contint une colpnie anglo-saxonne ou bretonne, comme on le disait sur le continent^.

Placent et emjdoyant <^cun de ses disciples selon ses aptitudes , BûBîface eut à se féliciter de leur liabile coopération. Il destina la douce et savante Lioba à préparer par ses enseignements une autre cwdition aux femmes de la Germanie Lioba avait été élevée dans ui^Jle de Bretagne» au monastère de Winbrunn» alors gouverné par sœur d'un roi anglo-saxon. Elle s'y était appliquée» dit son biQgfaphe , bien plus à la lecture des saintes écritures qu'au travail des mains. Outre les deux Testaments » elle possédait les paroles des Pàres^ les décrets des conciles et le droit ecclésiastique. Elle usait de toiit avec discrétion. Elle avait» ajoute-t-il » un aspect serein » unlangage agréaUe » un esprit élevé ; elle était très-patiente dans son errance ; jamais nul n'entendit une malédiction sortir de sa bouche» et jamais le soleil ne se coucha sur sa colère *. Sa réputation de pureté et de science avait pénétré jusqu'à Boniface » qui la demanda à l'abbesse Tetta. Il fonda pour elle le monastère de Bischofheim » qui devint l'école des femmes germaniques et qui fournit des supérieures à toutes les abbayes d'outre-Rhin. Boniface l'aima d'une affection chaste et tendre » et il demanda qu'à sa mort leurs os reposassent dans le même sépulcre» afin qu après avoir servi le Christ fendant leur vie » ils pmsent aussi attendre ensemble le jour de la résurrwHon

^ Ei^ilii Vita saneti Sturmi, dans Perts, monumenia Germaniœ hUtorica, tome II, page 366.

» Ibid.

* Mabillon, Âcta sanct,, sœc. III, pars 2, p. 245 et seq. Vita S. Liobœ, virginis 6< ahbatissœ BischofheimensiSf auctore Rudolfo, monaeho fuldensû

* Erat adspectu angelica, sermone jucunda, ingenio clara, spe patientissima, carîtate diffusa. Maledictionem ex ore ejus nullus unquam audivit ; iracundiœ illius sol testis Dunquam occubuit. — Vita S. Liobœ, p. 251.

* Ui post obitum ejus corpus illius ad ossa sua in eodem sépulcre poneretur s quatenus pariter diem resurrectionis expectarent, qui pari voto ac studio in yita sua Ghristo servierant. — Ibid., p. 256.

Ce fut à Faide de ces nouveaux coUaborateun que Bonif^ étendit ^et consolida le christianisme dans la Francome, la Tburinge et la He8^« Il poursuivit sans relâche pendant quatorzeans, qHrèssonseeond voyage > À Rome 9 cette œuvre à laquelle il avait déjà, aupmvanly^ consacré quatre ann^. Ses succès furentconsidérables. A quoi tinrent«'ils surtout ? A l'infériorité de la croyance qu'il avait à combattre^ à Fabsence d'une vraie classe sacerdotale chez les peuples auxquels il en précbtit fine nouvelle, de tons points supérieure à la leur ^ et très-fortement organisée ; enfin, à l'état de dépendance où ces peuj^es se trouvaient placés à l'égard des Francs austrasiens. Examinons rapidement ee» divers pointe , sans rechercher encore quelles furent pour l'homme , pour la famille , pour la société , pour le territoire, les eonséquenee^ de la conquête chrétienne que nous apprécierons , som tous ces rapports , avant de terminer ce mémoire.

La religion des peuples transrbénans était le mélange de plusieurs cultes , qui ne consistaient eux-mêmes que dans une adoration gros^ tière des forces de la nature \ Le culte du feu et d'Er^ ou dd la terre mère, cdui des foréte profondes dont la solitude les rempUmit de terreur et leur paraissait être l'habitation de la Divinité , étaient leur croyance originelle. Les dogmes Scandinaves de l'Edda, qui for<^ niaient une théologie naturelle un peu plus complexe, avaient pénétré parmi eux. Beaucoup de peuplades germaniques adoraient les trois grandes divinités d'Upsal , Thor , Odin et Freya *. Thor , représenté «vec un sceptre ou avec un marteau, était le plus puissant des trois,

* Deorum numéro eos solos ducunt, quos cernunt, et quorum aperte opibus juvantur, Solem, Yulcanum et Lunam : reliquos ne fama quidem acceperunt. C^sAR , de Bello Gallieo, hh. 6, c. 21. — Deorum maxime Mercurium colunt bumanis quoque hostiis litare fas habent. Herculem ac Martem concessis aomiaUbus-

plaçant Cœterum nec cohibere parietibus deos... lucos et nemora consecrant,

<3eorumque nominibus appellant secretum illud quod sola reverentia vident. Tacite, iiermania, c. IX, Reudigni, «t Ationes, et Angli, et Yarini, et Eudoses, et Stiariïones, et Nuithones... in commune Hertham, id est terram matrem, colunt. ibid,,c,XL.

César ne mentionne que le culte du feu, qui était le plus ancien et qui, d'après Menzel {Histoire des AUemandSf Breslau, 1815, in-^, tome I, Ut. 1, ch. 38), fut «elui qui dura le plus. — Le bois sacré des Suèves était chez les Semnones^ qui se regardaient comme le plus anden et le plus noble des peuples suèves. Toutes le& peuplades s'y réunissaient annuellement. Les sept peuples de la Baltique forniaient une autre ligue ; leur bols sacré était dims l'île de Riigen. — Ibid.

' Dans la formule Allemande d'abjuration, on faisait renoncer lesnoaveauK chté-^ tiens à Thor, à Odin et à Freya. — Gangiani, Leges Barbarorum, tome III, p. 71*

AU HUITIÈME BT AtT KfiDVIÉME SIÈCLE. 4T

et poQtait être coiâparé , sous beaucoup de rapports » au Jupiter des andeos ^ Aussi , dans les capitulaires , est-îl désigné sous le nom de Joj^er. Wodan ou Odin , qui , daps le temple d'Upsal, était placé à droite de Thor , était adoré comme Fauteur de la destruction et le mattre de la guerre » et Freya , placé à sa gauche , était inro^ué comme le principe de la fécondité Odin , qui était quelquefois désigné par les Occidentaux sous le nom de Mars , recevait d'eux plus ordinairement le nom de Mercure Le culte d'Odîn convenait beaaeoupaux mœurs guerrières et à l'esprit entreprenant des peuples germains. Aussi avait-il fait parmi eux une plus grande fortune que celui de Thor et de Freya , et s'étendait*il depuis l'extrémité de la Scandinavie jusqu'aux sources du Bhin.

C'était dans son palais qu'ils aspiraient à se rendre après leur mort« Ceux qui ne sortaient pas de la vie en combattant allaient dans « le » Miflbeim , où , dit l'Edda , Hela , qui exerce son empire sur neuf » mondes , distribue les âmes de ceux qui sont morts de maladie ou » de vieillesse. Son palais s'appelle le nuage ; sa table, la faim ; son » couteau » le besoin ; son serviteur , le retardataire, sa servante, la » lenteur ; sa porte, le précipice A ce séjour de privations et de tristesse était opposé le Walhalla comme un lieu de délices et de joie. Là, compagnons d'Odin, ceux qui avaient péri par le fer passaient leurs

* Thor, dit Adam de Brème, d'après les prêtres, prœsidet in aere, qui ionitrua et fulmina, ventos, imhresque serencU, et fruges guhemat, Thor cum iceptro Jovem simtUare videiur.— Adamus Brbmensis, Hist. eeclesiasticœ Brememis, Hafn. 1789> iD-40, c. 233.

* Aller Wodan, idem furor, bella gerit hominique minîstrat virtutem contra inimicos... Wodanum sculpunt armatum sicut nostri Martem soient. Adamus BMMBNSiâ, ihid, — C'est le Thuisto ou Theut des Germains, appelé aussi Woden Tertius est Fricco (Freya), pacem voluptatemque largiens mortalibus : cujus eliani simulacrum fingunt ingenti priapo. — Adamus bbemensis, ihid,

* Deorum maximè, Mercurlum colunt, cui certis diebns humanis quoque bostiis litare fas est. Tacite, German., c. IX.

Wodan, dit Paul Diacre, sept siècles après, ipse est qui apud Jfomanos MercuHus dicitur, et ah universis Germaniœ gentihus ut Deus adoratur, — Paulus Diaconus, de geitis Longohardorum, lib. 6. Hanov. 1611, fol., lib. 1, c. 9.

^ Hi yero sunt mordis et senio mortui. Ingentia ibi babitacula possidet (Hela) sepimentaque illius prœalta sunt , caneellîqne grandes. Ejus palatium nimbus TOeatur; mensa, famés; cultcr, esurigo; servus, tardigradus ; ancilla, tardigrada; limen, prœcipitium. — Edda, Mythol, XXVIII. — Voir sur le Niflheim et le WalhaU*, T. Bartholinus, Antiquitutes danieœ, Hafnœ, 1669, in-4o, lib. 2, c. 13, Ih eaumeontemptœ aDaniimortis.

iS^- . LA GERMANIÈ

jours dans des combats et des festins continuels. Chaque matin ils se revêtaient de leur armure , descendaient dans la lice et combattaient ensemble jusqu'à ce que l'un eût .terrassé l'autre, et ils montaient ensuite à cheval pour se rendre à la salle du festin où il leur était servi du sanglier , et où ils buvaient de la bière ^ C'est sans doute afin qu'ils y arrivassent comme des guerriers, qu'on ensevelissait avec eux le cheval qu'ils avaient monté et les armes dont ils s'étaient servis.

Ce culte, qui ordonnait d'être brave, qui recommandait et récompensait la mort guerrière * , qui punissait la mort naturelle , avait , comme toutes les religions du même ordre, des sacrifices pour se con* cilier la faveur des dieux, et des augures pour connaître leurs desseins. C'était la partie pratique de la croyance qui complétait sa partie théologique et qui mettait les dieux en rapport avec les hommes. Chez des peuples aussi peu avancés, les sacrifices étaient encore sanglants, et aux immolations d'animaux se joignaient des immolations humaines. Quant aux augures , ils se tiraient des entrailles des victimes, du vol des oiseaux, des courses et des hennissements des chevaux sacrés qu'on nourrissait dans les bois et qu'on ne manquait jamais de

* Quotldie postquam vestes induti suDt, armaturam assumunt, deinde in aream exeuQtes dimicant, unusque alterum prosternit; hoc eorum excercitium est. Instante vero prandii tempore, domum ad aulam equitant, ac ad potandum consident. — Edda, myihol. XXXIII, XXXV.

* Aussi mouraient-ils avec une intrépidité rare. Voici le chant de mort de Renier Lddbrog, condamné à périr par la morsure des vipères. Il chantait avant d'expirer :

Secuirous ense.

Illud me semper gaudere facit.

Quod Balderi patris scamna

Parata sciam ad convivium.

Bibemus cervisiam brevi

Ex concavis craniorum poculis

(Non exhorret mortem animosus)

In prsstantis Odini domicilie.

Non venio cum tiinoris

Verbis ad Odini aulam.

Vits elapsse sunt hors, Ridens moriar.

Canticum Megneri Lodhrog, stropha XXV, latine versa apud Bartholinum';' lib. 2, c. 4, 12.

copsttiter avant de commencer une entreprise importante et périlleuse.

, II n'y avait point parmi les Germains de caste sacerdotale. Les cb^fs étaient les prêtres de la peuplade, comme les pères de famille étaient les prêtres de la maison. Les uns et les autres faisaient les sacrifices et consultaient les augures pour les entreprises publiques ou pour les actions particulières ^ De ce que la classe militaire était en même temps la classe sacerdotale , et de ce qu'il n'y avait pas une corporation religieuse spécialement chargée de la pratique et de la défense du culte, il résulta que les chefs germains dont la principale fonction était la guerre, conservaient ou abandonnaient leur croyance suivant qu'elle servait ou qu'elle contrariait leurs intérêts et leurs desseins. Pour cette classe militaire , la résistance en delà du Rhin, la conquête en deçà, importaient avant tout. En général, elle restait donc païenne pour se défendre en Germanie, ou bien elle cessait de l'être pour s'établir sur le territoire de l'empire. C'est ce qui explique la persévérance religieuse des populations transrhénanes, l'opiniâtreté avec laquelle la confédération saxonne maintint son culte contre Gbarlemagne, et la facilité que montrèrent tous les peuples qui envahirent l'empire romain, à renoncer au leur.

Ceux-cif outre la disposition qu'ils avaient à admettre la croyance d'«n peuple qui l'emportait sur eux par l'esprit et la civilisation , obéi^nt à un intérêt politique. Arrivés en petit nombre dans les pays qu'ils occupaient, n'ayant que la supériorité momentanée des armes, ils avaient vaguement compris qu'il était nécessaire de donner à leur domination militaire l'appui d'une adhésion morale. Ils avaient partout changé de culte. Leur organisation était tellement guerrière et si peu religieuse , que dès que le chef s'était prononcé , tout le peuple imitait son exemple. Les Germains le suivaient aussi fldèlement au baptême qu'à la guerre. Ainsi en Gaule, Glovis avait entraîné la plus grande partie des guerriers francs avec lui dans la cathédrale de Reims ; Sigismond avait fait passer les Bourguignons de l'arianisme au catholicisme aussi aisément qu'ils avaient abandonné le paganisme pour l'arianisme. En Espagne et en Italie, Théo-

' Si publice consulatur, saccrdos civitatis, sin privatim ipse paierfamilias prccalur deo»... Tacitb, De german., e. X. —Voyez Justus Mosbr, Histoire d'Osnahrikk, troisième édition, tome I, introduction, SS VIII, XXVII et XXVIII.

50 Ul ^RHAItlB i

ûinnSf Recarède et Addwald avaieat rendu orthodoxes les Saères» les Goths et les Longobards» que leurs prédécesseurs avaient rendus ariens à une époque où cetteneete dominait dans la presque totalité de Teroinre. Cette influence des chefs germains sur les guerriers était si déciûve» que dansTEptarchie «^glo-saxonne les peuples adoptèrei^t en masse le christianisme, le quittèrent et le reprirent k Fexemple de leurs rois* Nous aurons occasion de vmr bientôt les mêmes changements se produire dans la Saxe c<mtinentale, suivant que les diefs se soumettaient à Gharlemagne ou se révoltaient contre lui..

Boniface fut donc favorisé dans sa mission en Germanie :

Par rinfériorité morale de la croyance qu'il avait à combattre et qu'avait déjà ébranlée en partie le christianisme placé depuis longtemps dans son voisinage ;

Par la faible organisation du sacerdoce païen, auquel étaient confiées la garde et la défense de cette croyance ;

Par Tappui des princes francs qui exerçaient indirectement sur les populations transrhénanes soumises à leur domination , prescpie alitant d'influence qu'en avaient eu les chefs des invasions germaniques sur les guerriers composant leur armée ;

EnQn, par la communauté de race des missionnaires chrétiens et des populations païennes qui avaient la même origine , qui parlaient la même langue, et que rapprochaient les mêmes mœurs.

Pour récompenser ses efforts et ses succès, le pape Grégoire III, qui avait succédé en 731 à Grégoire II, lui avait envoyé le pallium *• Ên 738, Boniface, dont les établissements dans la Germanie centrale avaient acquis assez de solidité et prospéraient sufiisamment pour lui permettre de s'éloigner quelque temps, se rendit une troisième fois k Rome. Grégoire III, avec lequel il s'entretint à fond des intérêts de l'église germanique, lui conféra le pouvoir de créer des évêqoes, et de plus, le chargea de rétablir la croyance chrétienne dans le pays des Bavarois, qu'il avait déjà visités cinq années auparavant (en 733), et de le diviser en diocèses*. Boniface exécuta cette nouvelle mission et fut l'organisateur religieux de l'Allemagne méridionale. Le christianisme avait été anciennement prêché dans cette contrée lorsque les Romains l'occupaient encore. Mais les incursions dévastatrices des

* Othlon,\\h.i,§XXyï.

• nid., s XXVIII.

AU HurnÈMB w M mxYiÈm siècle. 51

))iirt)ares» rétabHssencnt suecas»! des Gépâdes et des Bavarois, les iib- ^asioas fréquentes des Huns, des Ames, des Slaves, qui s'y précipitaient en reoiwtant le Daopbe, y avaient altéré le christianisme là m elles ne l'avaient pas entièrement détruit. L'église métropolitaine 4& J[A$uriQCtm^ située à l'embouchure de l'Ens dans le Danube, avait wuvi^t été saccagée et privée d'évèques pendant de longs intervalles ^ Dans le cours du sei^ème siècle, saint Rutpert, saint Àmand 4'Utfecht et saint Emmeran , avaient travaillé à la conversion de ce pays, et vers les commencements du huitième les papes avaient fait de grands efiEorts pour l'introduire entièrement dans la société chrétienne Mais ils n'avaient pas réussi, et cette gloire était réservée à Booiface. En y arrivant, il trouva peu de chrétiens réels , assez de chrétiens idolâtres, des manichéens en quantité qui y étaient venus. d'Afdque après avoir débarqué en Illyrie, et beaucoup de païens.

Boniface, secondé par Odilo, duc des Bavarois, expulsa les mani^ ekéens, réforma le clergé chrétien, convertit les populations restées m devenues idolâtres, et divisa le pays en quatre diocèses, dont il ét»^ but les sièges à Passau et à Batisbonne, sur le Danube ; à Freising surl'Isar et à Salzbourg, sur la Salza ^. Il donna ces quatre sièges à qiHitf&hoœmes d'un christianisme éprouvé , nommés Ytvilon , Gobi-^ wolt, Erimbertet Jean ^. De cette manière , l'ancienne ligne de la civilisation fut eu partie recouvrée du cÀté du Danube, sur les bords, duqud Boniface tint un concile, comme elle l'avait été du côté du Rhin ; elle fut bientôt dépassée sur ce point, comme elle l'avait été d^à sur l'autre.

Pendant que Boniface qpérait ces grands changements (fains le pays des Bavarois, le pape Grégoire III, attaqué et pressé par les Longo-* bards, dans l'Ëmiltenne et dans la Pentapôle, s'adressait au plus puisxmt des chefs barbares avec lesquels il était en communication par sea missionnaires. Il demanda à Charles Martel de descendre en Italie

^ Hansizii, Germania sacra, 1727, fol., c. 101 à 117.

* Ihià., c. 18, 19 et seq.

' * El quia cum adsensu Otilonis ducis eorumdem Bagoariorum seu optimatum p«<KViû)OÛB illius très alios ordinasses episcopos et in quatuor partes illam divisisti» i^e^ in quatuor parochias, ut unusquisque episcopus suam habeat parochiam, bene

et satis prudenter peregisti frater de concilio vero ut juxtam ripam Danubii

debeas celebrare nostra vice, prœcipimus fraternitati tu» apostolica auctoritate te ibidem prœsentari;... Gregorlus Bonifacio coepiscopo. OtMon, lib. 1, § XXXII.

♦ OtMon, lib. 1, S XXXI, — Willibald, § XXVIII.

52 LA GBRAIANIB

avec ses Francs pour y porter secours à l'église de Saint-Pierre , contre Liutprand , roi des Longobards. Usant du langage le plus propre à agir sur le chef barbare , il lui écrivit : < Le prince des » apôtres, mon très-cher fils, peut bien lui^-mème défendre son hé- » ritage et son peuple, mais il veut éprouver les cœurs des fidèles. 1» Au nom de Dieu et de son jugement terrible, ne rejette point ma D prière, ne ferme point Foreille à ma demande, et le prince des D apôtres ne te fermera point les royaumes célestes ^ » Mais, ni cette lettre, ni une autre tout aussi pressante que Grégoire III lui écrivit encore*, ne purent décider à ' entreprendre cette lointaine expédition, le duc des Francs dont la fin approchait, et qui termina, cette année même, sa glorieuse carrière.

L'alliance étroite des chefs francs et des papes, qui devait produire avant la fin de ce siècle l'union nouvelle de la Gaule et de l'Italie, ét le rétablissement de l'empire d'Occident , fut, en grande partie, l'œuvre de Boniface. Après la mort de Charles Martel , il se rendit avec des lettres de Grégoire III auprès de ses fils Garloman et Pépin, qui s'étaient partagé, d'après la loi franque, son vaste héritage. Carloman l'atné avait eu la partie orientale, ou l'Austrasie, tandis que la partie occidentale, ou la Neustrie, était échue à Pépin , qui était le plus jeune.

Garloman, dans les possessions duquel Boniface exerçait son apostolat, le reçut avec affection, et le chargea de constituer ecclésiastiqùement la Franconie transrhénane, qu'il divisa en trois évéchés, celui de Wurzbourg, sur le Mein, celui d'Eichstadt, sur l'Altmiihl , petit confluent du Danube, et celui de Buraburg. Il confia le premier à Burchard, le second à Willibald, qui l'un et l'autre étaient ses disciples. Il établit aussi l'évèché d'Erfurt, en Thuringe '. Il opéra ensuite dans le clergé et chez les populations chrétiennes du territoire de Garloman , et d'accord avec lui , une réforme aussi nécessaire et plus complète que celle qu'il venait d'exécuter dans le pays des Bavarois. La longue domination des Francs, leurs mœurs violentes, leurs habitudes barbares et les restes jusque-là indélébiles des superstitions païennes, avdent dénaturé le christianisme et le sacerdoce en Aus-

« DoM Bouquet, t. IV, p. 92. — Et dans Sirmond, ConcU. GalL, 1. 1, p. m. \Ibid. - /6td., page 527.

• Othlon, lib. 2, S I.

trmfîe. Tandis que, sous le clergé gallo-romain » il avait été tenu en Gaule trente-neuf conciles dans le premier siècle après la conquête, quinze dans le second» on n'en avait pas réuni un seul depuis quatrevingts ans ^ Rien ne peut mieux montrer l'altération que l'esprit et \es mœurs des barbares avaient fait subir au christianisme et peindre plus exactement l'état dans lequel vivaient ces chrétiens du Nord» que la lettre écrite par Boniface lui-même au pape Zacharie, qui venait de remplacer Grégoire III sur le trône pontifical.

« Carloman, duc des Francs, lui disait-il, m'a fait appeler auprès . de lui, afin que j'assemble un synode dans la partie du royaume des » Francs qui est sous sa domination. C'est pourquoi j'ai besoin des i> conseils de votre autorité. Car les Francs , disent les vieillards , ^ n'ont pas tenu de synode depuis quatre-vingts ans. En beaucoup

de lieux, les sièges épiscopaux sont livrés à des laïques cupides, ou » à des clercs corrompus. Il y a parmi eux de ces diacres, comme ils » se font appeler^ qui, depuis leur enfance, vivent dans les adultères D et dans toutes les débauches, et qui ont chaque nuit, dans leur lit, x> quatre, cinq concubines, ou plus. Ils osent néanmoins lire l'Èvan- » gile, et ne rougissent ni ne craignent de se nommer diacres ; c'est » avec de pareils titres qu'ils arrivent à l'ordre de la prêtrise , et » croient pouvoir intercéder pour le peuple et offrir les saints sacrii> fices ; enfin, ce qui est pis, ils parviennent ainsi de grade en grade » jusqu'à l'épiscopat Je réclame contre eux les décisions de votre y> autorité.

' » Il est aussi parmi eux des évêques qui, bien qu'ils prétendent » n'être ni fornicateurs ni adultères, s'adonnent néanmoins à l'ivro- D gnerie et à la chasse, combattent armés et répandent de leurs » propres mains le sang des hommes, soit païens, soit chrétiens. Si » je les dépose conformément aux canons^ il n'est pas bon qu'ils

' Ari de vérifier les dates, in-fi»]., tome I, art. Conciles.

* Inler illos diaconos quos Dominant qui a pueritia sua semper in stupris, sempeir in adulteriis, et in omnibus semper spurcitiis vitam ducentes, sub tali testimonio Tenerunt ad diaconatum : et modo in diaconatu concubinas quatuor Yel quinque^ V€l plurcs Doctu in lecto habentes, Eyangilium tamen légère et diaconos se nominare non erubescunt nec metuunt ; et sic in talibus incestis ad ordinem presbyteratus irenientes, et iisdem peccatis perdurant; et peccata peccalis adjicienles dicuntse pro populo posseintercedere et sacras oblationcs offérre; novissime fquod pejus est) sub talibus tesliraoniis pcr gradus singulos ascendentes , ordinantur episcopi. — OtMon, lib. 2,SI--

n jrevieBaent ensuite de Borne» en ge disant autorisés à repreo^fe 9 l^urs ^iégei. Étant connu comme serviteur et délégué du «iége ^ apostolique, il importa qu^ Qipi ici» et you^ là-ba9, nous donnions ^ le même jugement, afin qu'i} u'en survienne aucun «caud^e parmi ^ honam^ de m^itîàrei ce3 gros»iwii AiamiBins« Bavarois et » Fran<^ \ ^

. Il se plaignait @n même temps de ce quQ le pape tolérait à Borne ce qu'il lui défendait eu Germanie. Il disait à Zacbarie que des bftr^ Jl^ares y avai^ut été témoins de cérémonie^ païennes*.

« 11^ afOimi^nti çontinuait^iU avoir vu» les années passées, <kns la 9 cité romaine et près' de l'église de Saint-Pierre, aux calendes de D janvier, 4^ çtours parcourir le$ places put)liques» à la manière 1^ des païens» et entonner des chants sacrilèges. Ils disent aussi ^voir )| vu des femm^t selon les coutume des païennes, y vaudra de$ ^ amulettes, ou y rendre des augures, » Il le conjurait dci mettre un l^erme à ces usages, dont ^e prévalaient contre lui les hommes matériels et ignorants auxquels il prêchait la doctrine purement spirituelle du Christ, et de lui adresser une réponse, sans équivoque, qu'il pût PQntrer et qui pût l'aider

Zacharie lui donna satisfaction sur ces divers points. It approuva la fondation des évêchés qu'il avait établis en Franconie. Il l'autorisa à interdire les fonctions sacerdotales à tous ceux qui vivaient dans l'adultère, qui avaient plusieurs femmes, qui avaient répandu le sang. U lui annonça qu'il avait défendu la célébration païenne des calendes de janvier, l'usage des augures, des chants^ des cérémonies des gentils, qui étaient encore en vigueur lors de son avènement au pontificat, et qu'il jugeait détestables pour lui , et pernicieuses aux chrétiens* Il l'autorisait à assembler des synodes

Boniface, assisté de six évêques : Burchard , Beginfrid , Wittan , Willibald, Dadan, Addan, et de leurs prêtres , réunit deux conciles en delà et en deçà du Bhin, dans les années 742, 743. Le premier se tint en Germanie, le second à Leptines, dans les Ârdennes. Le duc Çarloman y assista a^ec les prinçipaux des Francs, et consacra de $ou ^(orité les décisions qui y furent prises. Il fut décrété : c Que les

* Carnales honûnes et idiot» ÂUemaDni, Bajuvarti, Tel Franc!. — Othlon,

lib.2,SI.

' * Ibid.

• (Hhlon, lib. 2, g U.

AU HUITIË9IS' W Atr NEtJVlËMB SIÈCLE. 55

' ^èHifèc^ ne pourraient ni porter l'armure, ni combattre, ni

iBar(^r contre l^ennemi , k Texception de ceux qui étaient désignés font y e^ébrer hk messe et confesser les combattants ; qrfHs ne potrri^imt pas cfovamfage alter à la chasse, parcourir les forêts avec êss ineotes, étefer des éperriers et des faucons ; que, conformément atîx s»ttts cancHis, les prèles seraient soumis à réfëque danis lé di6câ^ dtacpel ils étaient ptecés, qu'ils seraient toujours prêts à le recevoir dans les tcramées épîscopetes, et à raider à confirmer le peuple ; que chaque évêque veilleraif sur la chasteté ef la doctrhie de ses prêtres, qu'il écMtcrail de sa paroisse, avec l'aide du protecteur de son église, les évêques et les prêtres fuconnus qui s'y présenteraient ; et que les ' lÉfoines et les religieuses seraient forcés de vivre selon la règle dfe *'fcBtftit Benott et ne sortiraient point de leurs cfottrcs. » '^'^^ En même temps, pour régulariser la société domestique, lesadul- *^fères et les incestes, que rendaient fréquents les passions désordonnées èes barbares au milieu de la corruption galfo-romaine , furent sévèrement prohibés ; l'évêque fut le juge des meeurs, et il eut ordre de eassser les mariages iltégitimes. Il ne fut pas permis de porter dies vivres aux homicides et aux condamnés qui se réfugiatent dans tes églises, et il fut défendu de livrer dès esclaves chrétiens à dses maîtres païens. Tous les restes des pratiques païennes furent condamné! , et Ton prononça une amende de quinze soKdi contre la célébration des spurccttesâe février, le culte des forêts, celui des pierres sacréeir, les sacrifices fait aux fontaines, fadoration de Mercure o» de Jtrpiteir , les amulettes , les enchamtements , les sortilèges , les augures* pris sur le vol des oiseaux, te hennissement des chevaux, et une fou#e d'autres superstitions qui tiraient encore leur origine du culte druicHque, ou * qui survivaient à h religion païenne, ou qui ava^t été introduites par les barbare, ou qui provenaient ée certaines pratiques d'un christianisme dégénéré

Après avoir opéré cette réforme sur le territoh'e' du cftic Carlbman, Boniface f opéra sur celui du duc Pephi. It tint en 744, ît Soissons, un concile qui eut le même but et les mêmes résultats et dont Pépin transforma les disions eu cai»tulaires ^. Les conciles de Genoai^ie,

• Voir, pour ces deux conciles et les décisions qui y forent prises, BALxrzn Capitttlaria regum iVanccrum, P&risiis, 1670, fol. Karlomanni piincipis eapxtulare primum (ann. 743) et capifulare secundum (ann. 743), tome J, pages 145 et 149.

' Pippini principis capitulare suessionenn (ann. 741); Dans Bazvz,, t. f, p. 157.

56 LA 6ER1IANIE

de Leptines et de Soissoiis adoptèrent l'ère latioe de l'incarnation, qui devint le mode uniforme de compter pour TOccident chrétien, et donnèrent à tons les moines la règle de saint Benoit. Boniface fît nommer les trois archevêques de Reims, de Rouen et de Sens , pour lesquels il obtint du pape le pallium. Zacharie ne cessait de recom- 4Ki9nder,aux princes francs Boniface, dont il étendit alors les pouvoirs, 4^omme son vicaire, sur toute la Gaule ^ Boniface fit restituer à Tégli^e gauloise une partie des biens qui lui avaient été enlevés sous Charles Martel, et il changea la face de cette église en y rétablissant les mœurs chrétiennes et en y ranimant l'esprit du sacerdoce.

Ayant ainsi assuré les derrières du christianisme, il tourna de nouveau ses regards vers la Germanie, pour y étendre au loin ses conquêtes spirituelles. Il voulut opérer celles-ci au moyen d'un grand monastère central , purement germanique , celui de Fritziar, confié à Wigbert, étantune colonie proprement anglo-saxonne, ou bretonne, comme on le disait alors. U avait déjà projeté ^ d'établir ce nouveau monastère dans la forêt Bochonia^ placée entre les quatre pays des Bavarois, des Franconiens, des Thuringiens et des Hessois, qu'il avait rendus chrétiens, afin de s'en servir comme d'un avant-poste pour pénétrer chez les barbares qui restaient à convertir, et comme d'une garnison religieuse, pour maintenir ceux qui étaient déjà convertis.

Boniface avait confié cette tâche à Sturm, celui de ses disciples qui était le plus propre à la bien remplir, Sturm, né de parents nobles et chrétiens, avait suivi Boniface depuis l'arrivée de celui-ci chez les Bavarois. Placé d'abord dans le monastère de Fritziar , près de Wigbert, il avait été ordonné prêtre, et avait ensuite prêché pendant trois ans le christianisme aux peuples d'outre-Rhin. Boniface l'avait fait venir auprès de lui, et l'avait chargé d'aller chercher dans la vaste et solitaire forêt J^ocAoma un lieu propreà une fondation monastique Cette forêt ressemblait beaucoup alors aux forêts primitives du DOUToau monde. Sturm, après avoir reçu la bénédiction de Boniface, était parti avec deux compagnons pour exécuter ses ordres. « Ils

^ * DoM Bouquet, t. IV, p. 95. — Dans Siruond, 1. 1, Concil. GaîU, p. 547. , * En 736, Yoy. Vita S. Sturmi, dans Pertz, Monumenta Germaniœ, t. II, p. 367.

*Pergite, ait episcopus, in hanc solitudinem qu» Bochonia nuncupatur, aptumque servis Dei ad inhabîtandura exquirite locum. Potens enim est Bous parare servis suis locum in deserto. — EigUis Vita saneti Sturmi, § lY. Dans Pertz , Monumenta Germamw, tome II, page 367.

AU flVITIËllIB ET AU NEUYIÉBIB SIÈCLE. 57

» s*acheminèrent tous trois vers le désert , » dit le moine de Fulcte Eigi! qui était le disciple et qui s*est fait le biographe de Sturm, a ét » étant entrés dans des lieux sauvages et solitaires, où ils ne voyaient » que le ciel, la terre et de grands arbres, ils demandaient au Ghrht » de diriger leurs pas dans la voie de la paix. Le troisième jour, il§ » parvinrent à un lieu nommé Hersfeld, à la place où se trouve » maintenant un monastère. Ils y construisirent de petites cabanes » couvertes d'écorces d'arbres , et y demeurèrent longtemps jeûnant » et priant *. »

Sturm était venu rendre compte de sa découverte à Boniface» auquel ce lieu n'avait pas convenu , parce qu'il était situé sur la gauche de la forêt vers l'ouest et qu'il était trop près des Saxons. « Retourne dans le désert, avait-il dit à Sturm, et cherches-y une ha- » bitation plus reculée où vous puissiez résider sans péril *• » Sturm avait obéi, et remontant avec ses deux frères le cours de la Fulde sur une barque , ii avait exploré ses bords dans les parties surtout où des torrents et des sources d'eau se jetaient dans le fleuve.

-Ce second voyage de découvertes avait encore été infructueux. Sturm était retourné à Hersfeld. En 744, Boniface l'appela auprès de lui à Fritzlar où il se trouvait alors. Il s'entretint longtemps avec lui, et, sans être découragé par les tentatives vaines qui avaient été faites jusque-là , il dit à Sturm : « Le lieu que tu as cherché a été » préparé par Dieu , et, quand il le voudra, il le montrera à ses ser- » viteurs. C'est pourquoi ne cesse pas de le chercher , en sachant et » en croyant que tu le trouveras ^. » Sturm, pénétré de la conflauce que lui avait donnée son mattre, alla rejoindre ses compagnons à Hersfeld , et ne tarda point à se mettre en course, pour la troisième fois, dans la forêt.

« Sturm ayant un peu respiré dans sa cellule, dit le moine Eigil, » monta sur son âne , et , prenant le viatique , il partit seul, recom- » mandant son voyage au Christ, qui est la voie, la vérité et la vie. Il

* Eigilts Vita sancti Siurmi, § IV, tome II, page 367.

' Locum quidem quem repertum habetis, habitare yos propter viciniam barbaries gentis pertimesco; sunt enîm,ut nostri, illic in proximo féroces Saxones ; quapropter vobis remotîorem et inferiorem in solitudine requirite habitationem quam sine periculo veslri colère queatis. — Eigilts, § V.

' Ibid., SS y, VI. — Locus quidem in illa solitudine a Deo paratus; quem» quando vultCbristus, senris suis ostendet; quopropter noli de inquirendo cessare, sciens et crcdcns, quod eum absque dubio reperies.

ju WBiiAira

» 4Hminefisa à parcoorUr leg vastes €S[»ee» d« désert* Eiptoatear » Atteotif 9 il allait examioact les monts, les i^àaiaes, les eoUm», les » vidlées, tesloi^ioes, les tiHrraits, les rivières. Toujaurs les psattmes x> sur les )hireB, il ^vait à Dira les gémissemeato de son âne, ne » se rci^esaot que là où k ouit le forçait de s'arrêter. Qttaod fl s'ar* » rètait la suit, avec ia serpe * qu'il pcNrtait à la raaia, il ew^t du )i Ms et dressait m abri fovac i^roté^r soq âne eoid;re les bètes fimves » qai id>oadaieBt émm ces lieux. Maislui^ s'étaot s^paé le fesiat au » nom de Dieu , darmait tranquille.

» Ua )cmr il parvint à une route qui mène de Thurtoge à Mayeace » cttiix qui fmt le commerce. Il y trouva une grwde multttoia de » Slaves nageantdaa&la Fulde» et l'un d'eux qui servait d'inteq^^ lui » ayant demaadérà il allait^ il répoodit qu'il dUt dans la partie supé- » rieure éa désert. Uenotinua seule sa course, n'apereevant qttôdes » bètes fauvest desoiseaux et de grands arbres, kirsque le soir, étant » parvenu» «pràs tecoocherdus(4eil y>au lien appelé OfieêÈvecOf oàH » établitson camp pour lui et son Âne, il entendit touti couple i)ruit » d'un hcmme. Tous deux se voyas^ sesaluèrent. L'hommedit qu'il

vmait de Wedâmiu^ ( Wetterau ) et conduisait en laisse le cfaeval de » son noattre Orti$* Us passèrent la nuit en cet endroit, et cet homme, » qui coimwsait beaucoup le désert , indy^[ua à Sturm le nom des » lieux^ le cours des torrents et sources. Le matin ils se béniient 1^ mutuellement, et l'homme séculier prit le chenus de GropfdL

» Le serviteur IHeu se remit seul en marche, selon sa eoutme, ¥ it travers le désert, et il parvint en&i au lieu où se trouve maiate- » nant le monastère. Au6sit6t l'homme saint, r^pli d'une joie inno* » cente, courait transporté et ravi, et plus il allait en long et en » large, plus il rendait grâce à Dieu. Enchanté de la beauté éa lieu, » «t après avoir passé une gran^ partie du jour h l'exptorer , il le x> bénit, le signa et partit joyeux ^ . »

Sturm retourna d'abord à Hersfeld, où ses frères et lui avaient construit des cabanes provisoires, et leur annonça cette heureuse découverte. Il rejoignit ensuite Boni&ce qui se rendit aussitôt auprès de Garloman, et lui dit : «J'ai dessein , avec Taide de Dieu et la vôtre,

' Dont les moines bénédictins ne devaient jamais se séparer, et qu'ils ne quittaient que la nuit, d'après la règle de leur ordre. — Régula 5. Bemdicti, cap. 22. , • YitaS. Sturmi, Ib., § VII, VIII, IX.

AU HUITIÈME » kV NStttlÈME SIÈCLE. ^

j> &iÈÊÊÊÊfm mnmèf^ Aam te pktm me^\e mutAi^ f&smmë. » No«Ki éVOM trouvé dm te fléserl trppélé B(^hmia, àut \eà riv^ dè 1» la Futde^ uti tteu propre à éti^ hftMté pair tes s^vileun de Bim ët

qui^t 06ttttito à votre dontlnatioifi Noti^ 6iip]^li6ët v&tre fiiéti^ » nous Paeoordei", afin que^ i^us votfO pHyteciion » noad ptiiis&iODs^ ^ » sefvirte Ghrfet**iB>

Cartotnan M fépmmi «Surtoût eeqtfitfi'âj^paftieât^'dè^je T> doiiie mon dmit ati Seig^eitr en entier et «a^ (Sicd^toà i ^ » rétends à quatre milte pas de circuit, au nord et au isridl, à rdrient

et è réecident ^« y» 11 il p\m i «ptè» atotr èo^nfié et scellé de sa 1^ *ptQfte main cette vaste donation ^ il ent^oya raK^mbter totlê lés iKïiÉrittts nobles du pays de Grapfelt^ afti qil'ils rttàitttssint eto èoû« céiffiA M firtur monastèro ce qu'ife pocivalrât poSfirédef âéfns son voi^ ^6g0;tiéiit'^i déférèrent m désir de lenr i^f ^.

âinrm' se rendit sur les bords de la Fuldé^ m mois dé inars7i4> lAree^sqpi^ de se# frères, pour y prendre posMssion ûià Ym^ Il y fdt gMvi dent mofe aprte par Boiflfaee^ qui s'y ti^nsporta af ee une t¥oupe fiomèrein^d'oavrtera poâr Jeter tes fondements du moÉiiièfé ^ qu'il iq)pc^a Fnlde du nom du fienve y et pour eâ éèfMét^ te sél. H idi domia kl règte bénédtettne^ En ftxatif la diidtpHfleâês moines, il dè- ^ de lair eonsenimfeiit même, ^ils ne i^ateilt f»i^e ni é& vin ni de viandes, et qu'ils ne poi«rraienl boire qu'ikie bière légère incflh pabtetfenivrer*^

Botrifaee voulant placer son nonvet étabtiisefiient 1h)i^ de toute jiirtât«ticm épiscopale et le soumettre nniquetnent au itége dé Borne ; écrivit à Zacharie ponr obtenir son autorisation t « il y â, lui disait-i^

un lieu sauvage dans l'intérieur de la plus profonde solitude , au

* Ad pérpetusm» itHivit^ remoaenrtioiieR vostrann cogito, si Bms omu^Mem \oluerit et vestrum adfuerit auxilium, in orientali regDo vestro moBdcborum viiam instruere, et moiiasteriuiif ftmûwte, quod prœteritis temporibus ante nos nemo inchoayit... habemus enim in solitudine qu» Bocbonia nuncupatai^^ jtuxta fhrrîuÉL qui diciturFulda» locum aptum sertis Dei inhabit«ldai»rip0rttfni^ f^-flâ Téfetram pertinet ditionem. Nuoc vestram pietatem poscimus, iit Mhi» leeus j^t dofietuf, quatenus in éo per vestf am defensionens Cbristo sefYire qaeanlus. — g XII. .

* Locus quidemquem petis... quidquid in bac dieproprium ibi Tideor liabere» t<ytaA et integnim de jnre tùéo in jus Domini trado^ ita at ab illo loco iindique in ^ireaffu ab etiente sdlicet et oecide&te» a septentriomf et mer idie marcha per qna-* itiormnMa padsaam teadtfKir. tMd,, $ lah

* Ibid., § XIII-XIV.

» milieu des peuples de ma prédication, dans lequel j'ai élevé un mo" » nastère où j'ai établi des moines vivant sous la règle du saint père » Benoit, hommes, d'une aubère abstinence, ne mangeant pas de » chair , ne buvant pas de vin, se passant de serviteurs, et se eon- » tentant du propre travail de leurs mains ^ Je l'ai acquis par ces )> (hommes religieux , et surtout par Garloman.. C'est dans ce lieu ifc qu'avec le consentement de votre piété, je me propose de reposer » : mon corps fatigué p«ff la vieiUesse, et d'être enseveli après ma » mort*. » . , . ' . ,

Le pape lui répondit : « Tu nous as demandé d'accorder un privilège » du saiat-fiié^, en ton nom, à un monastère situé au sein d'une » immense solitude, au milieu des nations que tu évangélises, ou tu asi » établi des moines sous la règle de saint Benott : nous accédons à tes » yoèux^.n Quelque temps après, sur une nouvelle demande de Bomface(en 751) , il ajouta : « Gratifiant ton monastère d'un privilège » du siège apostolique , nous le plaçons sous la juridiction de notre » sainte Église deRonfb que nous desservons, afin qu'il ne soit soumis » à la puissance d'aucune autre. Nous défendons , en conséquence , » qu'aucun prêtre d'aucune église ait aucune autorité sur le susdit » monastère, sauf le siège apostolique. Nous ordonnons aussi, par ce » décret, que si quelque évéque , quelle que soit sa dignité , ose en- » freindre ce privilège, il soit anathème^.» ^

Le monastère deFuldefut placé sur le penchant de la colline qui bordait la rivière dont les eaux devaient fertiliser son territoire Il réunissait tous les avantages du climat , de la salubrité, de la position. Ses commencements furent humbles ^, mais ses progrès

^ Honachos cènstilaimus, sub régula S. Patris Benedicti viventes, yiros striciœ abs^inienli», absqUe carne et yino et servis, proprio manuum suarum labore contCDlos. — Othlon, lib II, g XII.

' Proposui fessum senectute corpus requiescendo recuperare et post morlem jacere. — Ihid.

' Dans Sbrrarius, page 2i5.

* OfWon, lib. II, S XVII.

* Christophori Fuld9ns9s Antiquitaies, Anwerpiœ; 1612, fol.» lib I, chap. 6, page 22.

^ bonifocius ita monasterium inter initia instruxit, ut in modicis textis yîctuque srumnoso, cœnobitis ad votivae paupertatis experimentum esset abunde. Primum purgando ad culluram solo et succidendo nemore plurimum laboris exbaustum. Yietum inde factitarunt domestica contentione, pastu pecorum, agrorum cultu^ manuum labore, monacbi. Ibid,, lib. I, c. 5, page 19.

AU HUiriÈME ET AU NEUVIÈME SIÈCLE. 61

forent constants. Peu h peu ses constructions s'augmentèrent, le Donibre de ses religieux s'accrut, le sol qui l'entourait se défricha, et la fôret inculte, dont les vastes profondeurs n'avaiént jamais retenti des coups de la hache, fut sillonnée par la charrue, et se changea en riches campagnes couvertes de fermes et de villages. Du temps de Sturm, le cours du fleuve fut détourné par ses soins, afin qu'il passât à travers le monastère même et facilitât l'exercice des divers métiers que la règle de saint Benoit prescrivait aux moines. La communauté de Fulde prit successivement possession de la plaine du monastère, des champs, des bois, des eaux, des pâturages environnants. Elle y transporta des succursales de moines et de cultivateurs. Elle fonda plus tard des colonies dans toute la Thuringe, la Bavière, sur les deux rives du Rhin et du Mein ^ . Elle éleva des forteresses sur les hauteurs, et entoura de fossés et de remparts les bourgs et les villes qui lui appartinrent ^. Elle posséda trois mille métairies en Thuringe, trois mille en Hesse, trois mille en Franconie, trois mille eu Bavière, trois mille en Saxe ^. Ses revenus furent si considérables, que les hôtes et les étrangers purent être accueillis, nourris, vêtus, non^seulement dans le monastère où, selon l'usage, un vaste local leur était destiné, mais dans les cellules répandues partout au milieu des campagnes *.

Telle fut la fondation de l'abbaye de Fulde, dans laquelle Boniface fit fleurir les lettres au même degré que le christianisme, dont ell^ étaient l'appui. Il y déposa les écrits de Bède qu'il avait demandés dans nie de Bretagne et qui contenaient à peu près toute la science de l'époque ^. Il mit à sa tête Sturm, auquel il confia l'éducation des hommes de race germanique qui voulaient se consacrer à la vie reli« gieuse et à la conversion des païens du nord-ouest de l'Allemagne, comme il avait donné à Wigbert la direction des étrangers entrés dans le monastère de Fritzlarpour y convertir les païens du centre. Fulde devint l'école la plus célèbre delà Germanie, et servit de ca-

* Fuîdenses AntiquU», lib. II, chap. 10, pages 137 et suivantes. ^

* 2hid„ lib. III, chap. XVIII, pages 264 et suivantes. ' Jbid,, lib. III, chap. 11, pages 205 et suivantes.

* Quœquidem cellae a frugi patribus familias, juxtaque religiosis viris habitatœ, altrices et nutrices qusedam erant cœtus monastici. — Fuld, Antiq, lib I, chap. 7, pages 2tf et suivantes.

* Prslerea ut mibi de opusculis Bedœ lectoris aliquot tractatus conscribere et dirigere digneris... ut et candela quam vobis Dominus surgi tus est, nos quoque fniamur. — Bonif, Epist, ad epUcop. Echbert, ^ Dans Serrabius, page 11.

lA GERMANIE

serne aux conquérants religieux qui envakirent, un peuplas tard, la Saxe païenne sous la conduite de Gharlemagne*

L'établissement de Fulde ne fut point le dernier genre d'as^staoce <iue Bonlface donna à la partie civilisée du monde, et le dernier bienfait qu'il destina à sa partie encore barbare. Il avait fait entrer la Gaule franque et les deux fib de Charles Afortel dans le mouvement chrétien dont il était le propagateur. L'atné, Garlomant avait si bien profité de ses leçons et s'était pénétré de son esprit à tel point, qu'il renonça, en 746, à sa part de territoire et de puissance pour embrasser la vie céttobitique et se retirer dans le fameux monastère du Mont-Gassin. [Pépin devint chef unique des Francs austrasiens et neustriens. Il réunit la Gaule entière sous sa domination, y compris toute la partie située au sud de la Loire qui n'avait jamais obéi à son père Gharles Martd, et dont il ne mit pas moins de dixans à opérer fat conquête. Pépin avait la ferme intelligence, l'ambitîop et la grandeur^que cette fomslle extraordinaire posséda à un degré si éminent durant quatre générations,^ qui offrirent une succe^ion non interrompue de grands hommes. Dès lors il sentit toute l'utilité de son air ttance avec le pape de Rome et son vicaire Boniface. Il comprit qu'il pouvait se donner l'appui de toute la race gallo-romaine, incomparablement plus nombreuse que la race germanique, celui de tout leparti religieux qui était fort puissant, et devenir avec leur aide, de chef des Francs, leur roi ; ^ maire du palais des Mérovingiens, le possesseur de leurtirône.

Il fallait pour cela se mettre à la tète de la société occidentale. Il resserra donc les liens qui l'unissaient à Boniface. Le siège de Mayence avait été occupé jusqu'à la réforme austrastenne par un Franc nommé Gewillieb dont le père l'avait possédé avant lui, et avmt péri en combattant contre les Saxons. Gewillieb, pour venger sm père, avait tué, dans un combat corpsÀ corps, son meurtrier qu'il avait fait défieir par son propre fils. Boniface avait exigé sa déposition à cause du sang qu'il avait versé, en violation des canons ^ Désigné lui-même, en 745, comme évêque de Mayence par Garloman et Pépin, il avait vu ce siège érigé en métropole de la Germanie. Quelques, années après, ^charie confirma la suprématie du siège de Mayence en ces termes :

« Par l'autorité de saint Pierre, apôtre, nous décrétons queFéglise

! Othlon, lib. I, g XXXYII.

AU HUrriÈMS^ ET Jm HBCyiËME SIÈCLE. $8

y> a;aDt90ii»eileTofif^^ €k)Iogiie^WonD»i Spfte^ Utreebt ettoutea » teft.viUesâe la nalioa gernmkîqueà qui paternité a doimè par sa ï> prédkatH>& la lumière do Ctoist ^ )i

L'étroite imion de Pépia ei de Boaiface a»ena^u«e gsmi& révolu^ Hou dm le» Fraûcs. Pepki bo vetilaRt pa» rester simple conquérant» «t dé^rant dianger la souferaineté réelle qui était dans sa famille depuis saizaBte et douze ai^ en Austrasie^ et depui^soixante-quatrie ana en Neost^i^yen souveraineté légale> ^'adressa, d'après les comeils deB(MiifaGeyau«iégedeRome eommeà lasource du droitr II envoya^ IHi 749^ Burehard, évèque de Warzbourg et disciple de Bonifaee, et ïulrady abbé de Sûnt-Denis et arebichapetain du palais» auprès du Zaebarîe^ pour lui deniander srceki^i qui remptissait les fonctions d^ roi ne méritait pas^ mieux d'être roi que celui qui n'en portait que le tHre. Zacharie r^ofidit (pe celui-là devait être roi ^i exerçait la fuissance rojale^.

. Dès que ses enyo^^» fure&t de retour, et qa'il apprît d'eux cette réponse, Peptn^n^bésita plu». Il se flt élever sur un bouclier par les Francs» et Booiface lui donna l'onction royale, selou le vieux usag# juif ^ dans la cathédrale de Soissons^ Ge fut^ chez les Francs et en Gaule, le premier sacre ecdésiastiqueà Le dernier roi mérovingieitt Childéric^ futtoi^uréet mis dan» m monastère ^. Trois an» aj^è»^ le pape Ètiennell^ qui avait succédé k Zacharie^

' DoM Bouquet, tome IV, page T7. — Dans Siruond., Corne î, pâfge 581.

* Burchardus, Wirziburgensis episcopus, ef rblradus, presBytef capèîlâîiûfe, mîssî snntlRoinam ad Zachariam papam, ut consuTéreîitfïODtitièeiA dé caUsii règtmi ^(11 illo tempore fuerunt iiï Francia, qui nomén tàntuih r^s, sed âullam potestateta vegiam babuerunt ; pef quos prsedictus pontifet nfiaudavit, meliûis e^èe ilïum vocail Tegem, apud quem summa potéstatis; dataque auctoritate suëf, jussîl l^ppfûuiû regeiti constitui. — Emhardi Annales, anu. 749. — Zacttarias papa mairdavit ^Ipt plùo ut melîus esset ilIum r^em Yoeafî (|ui potéstsftèta Kabei^t, ^&tt illam qui siae regali potestate manebat , ût non cotftttrbaretût ordo. Anhûtes Laurissense»^ anno 749. Dans Pertz, Monum. German. 1 , pages 136-137. — Vohf auàsi l)on BorQUET, V, page 33.

* Fîppinuâ secunduAi tàôfm fm€é)tm étStlUS mMifSgèÉL étixotlus ^ manum sanct» meiboriœ Boniracii shrchîepiscopi et elevatùé a ÏYâfielâ iîf i^no su6 in Suessionis civitate. flildericus yero, qm false rex vocabatur, tonsoYIifus est et in monasterium missus. Annales rer. Franc, Dans Doâ Bouquet, toftieT, page 32t. — Toir aussi Annales taurissenses et Annales Éinhardi àà ànnûm 7â0| dansl^EiiT:^^ tome I, pages 13à-139,

LA GER9IAMIE

se rendit lui-même auprès de Pépia ^ Le roi des Longobards» Astolf, ayant envahi l'exarchat et la pentapole, Étienne écrivit au nouveau roi des Francs pour demander son assistance au nom même de Tapôtre Pierre : « Moi, Pierre, apôtre de Dieu, lui dit-il, qui vous ai pour » fils adoptif, je vous adjure pai" votre affection de défendre de ses » ennemis cette église romaine et le peuple que Dieu m'a confié, et » la demeure où je repose selon la chair, parce que vous tous, a peuples francs, vous êtes notre peuple élu parmi les nations ^.»

Ètienne II, s'étant abouché à Pavie avec Astolf, sans obtenir qu'il renonçât à ses prétentions, partit pour la Gaule. Pépin, qui avait exigé du roi des Longobards qu'il laissât passer Ètienne, envoya l'abbé Fulrad et le duc Rothard à sa rencontre jusqu'au monastère de Saint-Maurice, dans les Alpes du Valais. Il alla lui-même au-devant de lui et l'attendit dans son palais de Pontyon ^. A la vue du pape, il descendit de cheval et se prosterna devant lui. Ètienne lui ayant demandé de le secourir contre les Longobards, Pépin le lui promit par serment, et s'engagea à lui rendre l'exarchat de Bavenne,les droits et les patrimoines de la république romaine. S'étant acheminés ensemble vers Paris, le pape Etienne occupa le monastère de Saint-Denis, où il renouvela le sacre de Pépin, qu'il étendit à ses deux fils Cette cérémonie eut surtout pour objet d'établir Thérédité royale dans la famille nouvelle. Aussi, le pape enjoignit aux nobles Francs qui y assistaient, de ne jamais choisir, sous peine d'excommunication, que des rois issus de la race de Pépin ^. Ètienne nomma de plus patrices de Rome

* Pertz, tome I, pages 138-139.

' EpisU S. Stephani II papas, — Dans Dom Bouquet, tome V , pages 49ft-49^. Ideoque ego apostolus Dei Petrus qui vos adoptivos habeo filîos, ad defendendum de manibus adTersàriorum hanc romanam civitatem et populum mihi a Deo commissum, seu et domum, ubi secundam carnem requîesco... Quippeest quod super omnes gentes, qu« sub cœlo sunt, vestra Francorum gens prona mibi apostolo Deî Pelro extitit.

* yUa Stephani Ilpapœ, collectore Anastasio Bibliothecario, — Dom Bouquet, V, page 43ë. — Muratori, tome III, partie 1, pages 168 et suivantes.

* Ibid., pages 43S-436.

* Atque Francorum proceres apostolica benedictîone sanctificans auctoritate beati Pétri sibi a Domino J. C. Tero Deo tradita obligayit et obtestatus est, ut nun- ^uam de altéra stirpe per succedentium temporum curricula, ipsi yel quique ex eorum progenie orti, regem super se présumant aliquo modo constîtuere, nisi de eorum propagine quos et divina proyidentia ad sanctissimam sedem apostolicam tuendam eiigere et per eum, videlicet yicarium S. Pétri, immo Domini nostri J. C. In potestatem regiam dignata est sublimare, et unctione sacratissima consecrare. — Dom Bouquet, tome Y, page 436, noie a.

Pe{>ifi et ses deux fib * , disposant ainsi d'une dignité qui n'avait jamais été conférée que par les empereurs.

Pépin y fidèle à sa promesse, passa deux fois les Alpes avec une armée, et força les Longobards à abandonner l'exarchat de Bavenne, la pentapole et le duché de Rome, dont il fit donation au siège apostolique. Fulrad, abbé de Saint-Denis, fut chargé d'opérer cette investiture, et il déposa dans le confessionnal de Saint-Pierre l'acte de donation de Pépin avec les clefs des villes *.

C'est ainsi qu'à la suite des relations établies par Boniface entre les Romains et les Francs, s'accomplit le grand changement qui rendit le pape prince territorial en Italie, et fit plus tard de lui le chef suprême de la monarchie chrétienne en Europe. Le christianisme commença à passer de la domination morale à la domination temporelle, et l'Èglisé à devenir la source du droit et de l'autorité.

L'instrument de cette révolution chrétienne, Boniface, touchait au terme de sa carrière. Il éprouvait depuis quelque temps les fatigues de l'âge et les ennuis de la vie.

Ses rappiorts avec les quatre papes, sous le pontificat desquels il avait exércé sa longue mission, avaient été pleins de déférence de sa part et de confiance de la leur. Il s'était toujours adressé à eux dans les cas incertains ou difficiles, et il avait exécuté fidèlement leurs décisions. Non moins courageux que soumis, il les avait repris des désordres qu'ils toléraient ou des abus qu'ils commettaient à Rome, et qui étaient des obstacles à ses progrès en Germanie. Il avait eu quelques dissidences de cette nature avec Zacharie, qui s'était justifié soigneusement du reproche de souffrir sous ses yeax les superstitions du paganisme et de permettre l'achat des dignités ecclésiastiques. Mais leur intime union n'en avait pas été pour cela altérée. JBoniface avait même envoyé auprès de lui son disciple chéri Lul^ « dépositaire, lui

' Liber diumus romanonmporUificum, chap. % tit. 3 et 4.— Le Blanc. Voir la Dissertation à la suite du Traité sur les monruiies de France,

' Vita Stephani II, ann. et 756, dans Dom Bouquet, page 439, et dans Mura- TORi, tome III, partiel, page 171. Voir dans Anastase ces villes qui sont Ravenne, Rimini, Pesaro, Fano, Ceseoa, Sinigaglia, Jesi, Forlimpopoli, Forli avec le château de Sussubio, Montefeltro, Acerragio, Monte di Lucaro, Serra, le château de San- Itfariano ou Marino, Bobbio, Urbino, Cagli, Luceolo, Gubbio, Comacchio, Nami.

Cette donation n'est pas seulement certifiée par Anastase le hibliothéeqire et par les divers annalistes du temps» mais par les lettres d'Étienne II. Cenni Monumenia dominationis pontificiœ. Romœ, 1760, in-4'>, tome I, pages 85-91-124.

» mit-H ditr de qtidqpMii^fecvete deoMi eo^^il MéifNéf^léi* D qa'à votre piété. 11 vous exposera fodqttefrdMnei 4e ne» ifêffieaités^ » et nfpertera la réponse que YO«t loi donoarese par l'aat<H*ité

<te^^silQtPterre^fKmrlaeoiHiotet»otié6ffi^

fouscaQtieDâra je m'appUfse à te fair»*. »

Lemqoe Èli^e étaii mcM^ sw le pcmtificai ^ Bonifaee répmîltesdésaiti^qiie Ie»i&€:»ttiOf»^^Sai(onfta¥«»6iitc^8és^9iir]e^ frontières des pays chrétiens. Itn^^avdilpatpuen^ar^ffîédiatement tm d&se» éisc^pdï» à Rome p&m le «ecMnattre. «t Si fei tant tardé ,

Iu¥ ^imtnd, à TOUS adiaessar le porteur de mas lettres f c'est que » j'ai été tfès^Féoceupé delà restauration das églises brâlées par tes Vf pdenSt qfl e» ont saccagér et incendié plut de ti^nte dans notre » juridielioB^ » Lui rappelant les^ secours cpifil ayait trouvés auprès des deux Grégoire et de Zacbs^e,^ ajoutai , en lui deaiandml son appui et ses offAra» t n Si> dwmt trente^ année» pendant lesquelles 1»^ j'ai été légatda Berne, j'as fait que^ue chose d'otite à l^Égliae f je » désire encore le faire et faire plus ^ . »

Il songea amaffetdefepfandiete coorrade seamisûons^ à se transporter <^eE las peuptea panens de FAHestagne occidentate , chez las FrMorates ]^ élotgpaé» et chez les Saxon»* C'était le seul OH); en éa pm^téger te» établissemai^ qu'il avait fondés y^eik civili^tio& q«'ii av sét intaodutte^dana la GenBànîa eistfala^ R prépara donc ^ut pour ce grand projeta Mai^coiœne il ne- s'au^^ttiuteiipas te péritt-etqafil s'attendait ky saao^nbar, il vavinl^auparafatt^ assurer le^Et de saaan&at éa^sea disaii^ie»^ U afaa^haî ponit au&Bn pro^ teotaiv puisBffirt,. et il écrtfvil^ Fulrad ^abbé di^^fo^Bads: et me^iî» ^pelain dai?api»raiï Vasj^t diifuel' il> esM^çait ona^jianâBf mioeii®^ j»i^eq«îusuiti:

u ^^te^ei^ur&autiioiKdiiiCteâst démener à ftn^^ te » que tu as commencée , c'est-à-dire de saluer en mon nom notre m glarteux etaimabterol Vepia»» de liû rendre grâces de toutes les » choses pieuses qu'il- a^alta» pow mar^ et de tai cKre qu'il pavatt à » moi comme à me» amis qw je suis sur te point de^ finir , par mea » infirmités ma vie temporeUe et le cours de mes jours. Cest pour*

AU HUITIÈUE ET AS NEUTIÈME SIÈCLE. 6T

n quoi je sappKe notre roi » m nom da Christ , âls de Dieu , fa'il » daigne m'iodiquer , pendant qv^ je mi» encore vivant, quelle ré-^ » compense U e&mpbe aasnrer ei»mite à mes discipl» : car ils sont » presque tous étrangers , et beaucoup exercent le sacardoce en » beaucoup de Ueux. D'autres sont dans les monastères , dès leur » enfance ont été ordonnés lecteurs. D'autres sont des vieillards qui » ont longtemps travaillé avec moi. Aussi, ai-je à comr qu'après ma » mort ils reçoivent tes conseils et tes secours, et soient dous le pa* ^ tronage de ta bautesse » afin qu'ils ne soient pas dispersés comme » des brebis qui nTont point de pasteur » et que les peuples qui louchât aux frontièresdes païens ne perdent point la loi du Christ. » Ge&i pourquoi que je te ||;ie vivement de faire instituer , dans ce ministère des peuples et des élises r et conmie prédicateur et docteur des prêtres et des peuples , mon cher fils est coévéque LuL Et j'erre , si Dieu te veut , que les prêtres auront en lui ua maitre, les moines ua docteur réguli^, et les peuples chrétiens un » fidèle prédicateur et pasteur. Je te demande d'autant plus que mes » prêtres sur la frontière des païensmènei^ une vie bten pauvre * . Ils )», ne peuvent y trouva desvétements s'ils n'en sontpourvus d'ailteura y> comme je l'ai fait moi-même, pour les soutenir et les fortifier dans » leur ministère. Si la piété du Chrfet t'inspire de consentir à ma » prière , vemile me te mander par mes envoyés ou par tes lettres , )^ afin que je vive ou meure plusjoyeui:^. i»

Ayant obtenu de Fuhrad et de Pépin ce qu'il désirait , Boniface fit vttir Lui auprès de lui , et, usant do privilège unique que lui avait accordé Zacharie de désigner son successeur , à l'heure ou il se sen^ tkaît prêt à sortir de ce monde, il te nomma archevêque de Mayence. Ulni dit en nrême temps : « Je vais actever la route que j'ai com^ » mencée. Voici bientôt le jour de ma liberté et le temps de ma » mort. Toi , très-cher fils, termine la conrtruction des églises que x> j'ai commencées en Thuringe et la basique que j'ai élevée à » Fulde, et conduis là mon corps usé par te coursde tant d'années Luit ne pouvait retenir ses larmes , et Bonifece fut oMigé de te con^

^ Proptenra, hoc maiime fier! peto, quia presbyteri mei prope marcam, paganomm ptuperottlam ¥Uam habent.

* B<m4faeU Epiu, datt& Dom Bouquet, tome Y, page — fltftMOWP Conc^ QM., terne ll^page a^;.SsaEAALUs, page iSSU

• TTtWtftaW.chap. 11, gXXXIU,

LA GBRMÂNIB

soler ^ Il régla les affaires de son vaste diocèse » installa Lui avec le consentement du roi Pépin, en présence des évèques , des abbés , des principaux chefs du pays Après avoir fait ses suprêmes dispositions, il partit par sa dernière campagne chrétienne. Il prit avec lui les prêtres Eoban» Wintrung, Walther, Aethelher, les diacres Hamund, Scirbald et Bêsa , les moines Waccar , Gundaecker , Illeher , Hathowulfy et une suite assez considérable de serviteurs qui portaient tout ce qui était nécessaire à cette expédition

Il se dirigea vers la partie de la Frise demeurée encore païenne. Il y commença ses prédications. Parvenu à la rivière de Bordau ou Burde ^, qui séparait la Frise occidentale de la Frise orientale , il y établit son camp et il célébra la fête #s néophytes. Mais une troupe de païens vint l'y attaquer, et , comme ses serviteurs et les néophytes prenaient les armes pour se défendre, Boniface sortit de sa tente , entouré de ses prêtres, ayant dans ses mains les reliques des saints, qu'il portait habituellement avec lui. Pénétré d'une joie intérieure en voyant si près de lui la mort qu'il ne pouvait pas se donner , mais qu'il aspirait à recevoir , il dit avec calme et avec autorité à ses serviteurs : « Cessez le combat, car l'Écriture nous ordonne de ne point rendre » le mal pour le mal , mais le bien même pour le mal. Voici le jour » si longtemps désiré, le jour de la délivrance. » Se tournant ensuite > vers ses prêtres, ses diacres et les autres serviteurs de Dieu, il ajouta : « Hommes, frères, soyez fermes^de cœur, et ne vaus effrayez point » devant ceux qui tuent le corps, parce qu'ils ne peuvent point tuer n ràmeimpérissable. Mais réjouissez-vous dans le Seigneur^ et mettez » en lui votre espérance »

Boniface et ses compagnons restèrent ainsi sans défense contre les coups des païens qui fondaient sur eux et qui les massacrèrent. Geux-

* Willtbald, chap. 11, g XXXlV.

« Othlon, lib. II, § XX.

• Willibald, chap. 11, S XXXV.

* Dont Bouquet, tome Y, page 424, note c.

• Cessate, pueri, a confliclu.., quontam Scnpturœ iestiriMnio veradter er^imur, et ne malum pro malo, sed etium honunipro malis reddamus, Jam enim diu opiatus adest dies, et spontaneum resolutionU nostrœ iempus imminet, — Sed et adstantes tam presbyleros qaam eliam diacones inferiorisque ordinis Yiros Dei sobditos ser- Yiiio patria admonens voce, ait : — Viri, fratres, forti estote animo, et ne terreamini àb his qui occidunt corpus, quoniam animam sine fine manentem necare non pos~ sunt; sed gaudete in Domino et spei vestrœ anchoram in D$um d^figite. WUlibald, chap. 10, S XXXVI.

AU HUITIÈME ET AU NEUVIÈME SlÈ<fLE. 69

clj après tes avoir tués, mangèrent les vivres qu'ils trouvèrent dans leur camp, se partagèrent leurs dépouilles» et dispèrsèrent leurs livres, qui furent trouvés plus tard ^. Ainsi périt, le 5 ou le 9 juin de l'année 755, après trente-huit ans d'apostolat ce généreux chrétien, qui avait conquis, par ses périlleux travaux et par son infatigable

' dévouement, toute une grande contrée à la sociabilité. Il périt comme

un soldat sur le champ de bataille. L'Allemagne le regarda comme son bienfaiteur, et l'Église le compta au nombre de ses grands hommes, de ses saints et de ses martyrs. Ses restes , que l'évéque d'Utrecht alla recueillir sur les rives de la Burde, furent transportés d'abord à Utrecht et ensuite à Fulde, conformément à sbn dernier vœu .

Les missions, qu'il avait reprises, furent poursuivies après lui avec un caractère nouveau. Elles devinrent des missions armées. L'état des peuples contre lesquels on les dirigea semblait exiger l'emploi de ces moyens extraordinaires. Ces peuples étaient les Frisons septentrionaux et les Saxons. Ils habitaient l'Allemagne occidentale entre le bas Rhin et l'embouchure de l'Elbe. Cette vaste étendue de pays

> qui comprend la Frise , la Westphalie , l'Oldenbourg, la Saxe, le

Brunswick, le Hanovre actuels, devait être à son tour rendue chrétienne, comme venait de l'être le reste de l'Allemagne depuis les Alpes du Tyrol jusqu'à l'extrémité de la Hesse. L'entreprise fut exécutée par Gharlemagne, fils et successeur de Pépin, à l'aide des disciples de Boniface.

Gharlemagne comprit encore mieux que son père et que son aïeul combien il importait à la sécurité de son empire de dompter les peuples demeurés barbares sur ses limites et de faire entrer ces peuples dans la communauté européenne. Aussi ne se contenta-t-il pas d'envoyer au milieu d'eux des missionnaires , il s'y rendit lui-même à la tête de ses armées. L'entreprise, ainsi conduite, dut avoir un succès certain ; mais ce succès fut lent, à cause de la résistance prolongée et ^ désespérée qui lui opposèrent ces populations longtemps indomp-

tables, toujours battues, jamais soumises.

Les Saxons occupaient primitivement les trois petites ties de Nortstrandt, de Busen, et d'Helgoland (tle sacrée], dans l'océan Germanique. Leur territoire continental bordait la côte entre l'Elbe et

" ITtZKftaW, chap. 10, g XXXVJ.

* Willibaîd, chap. 12, § XXXVIII.

LA GEAMA^rm

r£]r<kr (KordaibiAgie) ; il se composait ttes UtAéÛi^ritik «|)pitérDll» ^ marsia , Stoniiaria y Holsatia * (DithmarBdietH ISton^afiH Hotetetff)v Ils liireât longtemps d'intrépides et de redoutante» pir«tea< Ii§ iûk»' taiest kB eôte» de l'empire romain^f qa'on atail été obligé de foitlièr contre e«x, en remontant avec lenr» barque» légères toi Ikmm josqtità qnstre^i^ngts et cent mille» de leur embocRâture Yer» te dédiîi de la poinance romsAne, h mesure que 1^ Ftmm^ fMm^ieat s&r 4e im* fitotoe de l'empire, le» Saxon» pénétrèrent »nr cètai qoe k^Franes abandonnment en Germante. Ib s'étendit done en eoi»|Qérants de FËIbe au Weser , dn Wes^ à l'Em» , et eérmitte Jusque près 4ti Rhin. Le pea^ entier des Saxof» étoR répandu sur ktris gfiMds districts territoriaux, celui d'Ostp^lieàFe^^ de Westphalte^à l'ouest,^ et d'Engem* Ces trois di^ricts étaient eux-méÉM» distribués par <fmi' ^ germaniques, qui correspondaient aux pagi romain»' ott cmtonf«

Les Saxons avaient le» mceurs gên^les et la bratoure d^ pMpMé'^ germains. Ils formaient une espèce de eonfédérati<m anj^gné ^Anç celles qu'avaieftt fermées avant eux les Gtaéroaques, les Suève»^ tes^ Franc» K Ils étaient divisés en trois ordres , eetni des Mdéif^ m nobtes, celui des Frilinge m hommes libres^ cel# Lmm m psf^ ^ isàns colons *. Ils avaient, en outre, des serflSr Leur eons^ntion fn<lérieure rejKKait principalemetit, comn^ ed)e des autres Germains ^t des peuples tout aussi peu mncé» éons Féchelle sodaie, sur les liens de la parenté et le pouvoir dome^ique. Les familles étaient preehées dans les gau ou cantons. La eonstitotion polltiipie était «ristoeratf que et sac^doMe. Les nobte» ne se mœttte^ qu'entre eiK; <^ avaient sur les autres classes l'empire de la supériorité et de )a re^ligîon^ Bsctesserv^ntle tem{4e d'irnrifisalt ^rle Weser. Irmi!^

^ DuBos, Histoire critique de l'établissemer^t d$ la monarchie française dans les iiaules, Paris, 1742, ia-4o, tome I, page 149. — Gibbon, histoire de la décadence e^ de ta thuie èe Vampire romain, tome II, pag« 1(24.

^ Menzel, Hist. des Allemandêf to»e 1^ <^ap.^ 36.

^ TcRMBR, Hist. of the Anglo-Sax,, tome I, app^dix au liv. 2, cb. 2» — F^a S, Lehuini ( saint Liafwin) dans Pertz, Monum,, tome II, page 361.

* Generis <nioqtie ae neWRtatts sn« protfdîaifmanr ctiraifir tfarbentes, fiée ftctfe ullis slknim geniiom, vet siM MttiOTvan emm^ MfiOi^ prqpriwet sif^enitaf tantumque Sibi similem gentem faeere conati sunt... et legibus firmatur ut nulla péfs't in copulandts conjugiis propriœ sortis termines transférât, sed nobilis nobileiK^ ducat uxorem» et liber liberam, libertus coi^ugaftifr libef t^, et sefTiis an^ilia. -^i Adahus Bremsnsis, Hist, ecch lib. I.

AU HUITIËAIE KJ AU USUVIÈAIE SIÈCLE. 7t

sul, iofiinoipd dieii des SaxoBS, ^lât rei^'ésenté sow la for Dore cPsa gueirier sadné » et son aaile était saos dmie cefaii d'Odm il avait Vla»pr4teesses qui étaieot prophétesses, et des prêtres qui étaieat sa« ériScatenrs. Ces prêtres nommaient annuellement les grafm m chefs p^itique» descaotoBS » et les qmize freyricktr ou joges libres, qui d^raieRtas^er chaque ^féf avaient jaridictîoii siv 9aiiatite«t doôze faalîHes ^. Les grafoi yenaieat tous les ans, en octobre et m «fril» pfésrater lews offrandes h Irminsnl, ancpid tes Saxons sacrifiaient des-vietîmes humaines. Pendant la ^lenre, un <Àef habile et rannumé éMht ciïW9i parmi les familles des Eddinge^ et les {«'êtres d'Irminsul P90r^ent son image sur le champ du combat Chaque année , il j av«ît dans un lieu appdé MariLlo, sur le bord du Weser, une assan^ biàegéoéfale des doutés savons. Chaque gtm en éliswt douze > pris dans les traîs classes On mettait en délibération^ dans cette assem^ ce qui intéressait la communauté saxoime. Régie par les familles nobles» soumise à un pouvoir sacerdotal, cdle-ci recevait une sorte dâsnpi^ien démocratique de ses assemUées générâtes ammeiles.

ïeUe était la condition sociate des Saxons depuis nombre de siècles. Déjà quetqi^ misaionfiaires s'étaient présentés au milieu d'eux, wms làm vainement. Deux moines anglo-saxons , nommés Ewald, avaient qwtté, en 690 ^ Ttle de Bretagne, pour se rendre dans la vietite patrie de teurs ancêtres et y prêdier te ctvtstianisme. iks avatent été tués l'nn ^ l'autre. Quelque temps après la mort de Boniftœe, FAnglo* Saxon Liifvpin, disdpte de Grégoire , abbé d'Utreeht, ^ arrière** dÂtifte de Bontface, avait eu le même {mfet et presque te méoae sort. Pkcé pmr Grégoire aux avant-postes cbrétieM du tété des Saaiona, il s'était lié d'amitié avec l'un d'entre eux , de race noble et puissant , nommé Fotebert ^. Secondé par kii , il pénétra un jour jusqu'à leur assemblée générale de Markio sur le Weser , qroique

' Jrnwnffita Saxonka, hot est nominùiMi^ Hc, Â^mrota dekripHû. Dans H. M EiBoauus , tome III. Mêrum gêrwumiearwn Scr^pUtreê. Helmstadii, 1680, fol.

« nid. - • Ibid.

* St^tuto quoque tempore anni semel ex singalis pagis atque ex iisdem ordinibus tripartîlis (Edlingi, FrilHigt, Lassi) singallMim yiri duodeeka electi et in xsmxm col- Ificti média Saxonia secus flamen Wiserm ad loomi nuDeupatam Markio exerce* Im^i générale Goncilium..";-^ VU, S. Muini dans Pbrtx, Jfofittm., tome II » pages 361-362.

* VUa 5. Lehuini, ibid. page 362.

Folcbert Feût averti qu'il y perdrait la vie. Mais le hardi Liafwin , inaccessible à la crainte , ne s'y présenta pas moins ; et au moment où les Saxons allaient commencer leurs sacrifices, il éleva la voix pour les en détourner.

<( Les idoles que vous croyez des dieux , leur dit-il , ne vivent ni ne » sentent, car elles sont l'œuvre des hommes. Elles ne peuvent s'aider » elles-mêmes , ni aider les autres. C'est pourquoi le Dieu seul bon , » seul juste , ayant pitié de vos erreurs , m'a envoyé vers vous. Mais x> si vous ne voulez point renoncer à vos iniquités , je vous annonce x) qu'il fondra sur vous une tribulation inattendue. Car le roi du ciel » et des siècles a décrété qu'un roi fort , vaillant et prudent , allait D venir, non de loin, mais de près, tomber comme un torrent rapide » pour amollir la dureté de vos cœurs féroces et réprimer la pré- » somption de vos esprits indociles. D'un élan , il envahira votr^ » contrée, qu'il dévastera avec le fer et le feu, et il dispersera dan» » l'esclavage vos femmes et vos enfants *. »

La prédication de Liafwin était plus propre à faire de lui un martyr qu'à gagner au christianisme des prosélytes parmi les Saxons. Ceux-ci , d'abord surpris , ensuite furieux , le saisirent en criant : « Périsse l'ennemi de nos sacrifices et de notre patrie! » Comme ils allaient le massacrer, l'un d'eux, plus calme et plus hospitalier , leur dit : « Souvent il nous est venu , de la part des Normands ou des » Slaves , des ambassadeurs que nous avons reçus en paix , et voici » l'ambassadeur d'un Dieu que nous mettrions â mort * ! » Ces paroles le sauvèrent. Les Saxons le laissèrent partir, et le conquérant que Liafwin leur avait annoncé , et qui seul pouvait les convertir , parut bientôt sur leur territoire à la téte de ses guerriers francs.

Ce fut en 772 , dix-sept ans après la mort de Boni face, que Charlemagne commença ses expéditions contre les Saxons. En 768 , au moment même où il avait remplacé son père Pépin , il avait appelé auprès de lui Sturm pour le consulter. « Dès 770, dit le biographe de Sturm, le roi avait cherché comment il pourrait acquérir au Christ ce peuple des Saxons qui était si cruel , si dangereux et si adonné au

■ PrsordinaYit namque rex cœlorum omniumque seculorum, regem fortem, prudentem, et accrimum, non de longinquo sed de proxîmo instar torrentis rapidissimi properantem ad emolliendam duri cordis yestri ferocitatem et comprimendam rigid» cenricis contumaciam. — VUa S, Lébuini, ibid., page 363. VUaS.Lehuini, ibid. page 363.

paganisme ^ » Il ajoute : «Ayant pris conseil des serviteurs de Dieu, rassemblé une grande armée , invoqué le nom du Christ , il partit pour la Saxe, accompagné de tous les prêtres, abbés, docteurs et cultivateurs de la foi qui pouvaient imposer à ce peuple le doux et léger joug du Christ »

L'entreprise de Charlemagne fut à la fois militaire et ecclésiastique, elle eut le double but de vaincre et de civiliser. Elle sembla d'abord ne rencontrer aucun obstacle sérieux. Charlemagne prit le castrum d'Eresburg , pénétra au milieu du pays saxon , renversa le temple dlrminsul, dont Fidole fut enterrée sur les bords du Weser ; et , par ses armes , ses présents , ses persuasions , avec Faide de Sturm et des moines de Fulde , il amena les Saxons à une obéissance et à une conversion apparentes ^, Il quitta leur pays , après avoir reçu d'eux douze otages. Mais, les deux années suivantes, pendant qu'il était occupé en Italie de la guerre contre les Longobards , dont il renversa là domination déjà ébranlée par son père, les^ Saxons s'insurgèrent en Germanie et poursuivirent les missionnaires jusqu'au monastère de Fritzlar *•

A son retour , Charlemagne tint une assemblée générale des guerriers francs à Diiren , passa le Rhin , prit le castrum de Sigeburg , situé un peu au delà du Rhin sur un rocher au confluent de la Roer et de la Lenne , mit une garnison à Eresburg ; et , après avoir battu dans deux combats les Saxons qui cherchaient à défendre les passages du Weser , il replaça sous son autorité et les Saxons de l'Est qui s'appelaient Ostphaliens , et ceux de l'Ouest qui s'àppelaient Westpbaliens Mais cette seconde soumission ne fut ni plus sincère ni plus durable que la première. A peine les Saxons surent-ils que Charlemagne était redescendu en Italie , où l'appelaient la défense et l'or-

' * Rex cogîtare ccepit qualîter gentem hanc (Saxonum geas sœva et infestissîma cunctis fuit e( paganis ritibus nimis dedita) Chrislo adquirere quivisset. — Fil. S. Sturm. dans Pertz, Monum, Germ,^ tome II, page 376.

' Inito serYorum Bei consilio... congregato tam grandi exercitu, inyocato Cbristi Domine, Saxoniam profectus est, adjunctis universis sacerdotibus, abbatibus, prèsbyteriSy et omnibus ortbodoxis atque fideicultorlbus ut gentem qus ab ittitio mundi demonum vinculis fuerat obligata doctrinis sacris mite et suave Cbristi jugum credendo subire fecissent. — Vita S. Sturm, ibid.^ page 376.

' Einhardi Ann. ad ann. 772, dans Pertz, Monum,, tome I, page Ittl. — Vita. S. Sturm. ibid., tome II, page 376.

^ Einhardi Ann. ad ann. 774. — Bans Pertz, ibid., page 153.

* Einhardi Ann, ad ann. 775. — Bans Pertz^ pages 153-155.

LA GERMÂlim

ganisattoQ du nouveau reyaume franc, qrfHs reprirent les- armeà , s^emparèrent d'Ei^sburg et assiégèrent Sigebui^.

Chat lemagne ettvaUt une troisième fois leur pays, rétablit Ere^rg qa*^ avaient éétruit , et les reçut encore en grâce sur les bordsr de la Lippe, ou ils vinrent en foule se faire baptiser, luidomier des otages, et où it construisit une fortere^ (Lippstadt) , dans laquelle il laissa garnison S Afin de les maintenir dans la Sdéltté qu'ils lui avaient promise , il partit Tanute suivante (777) de Nimègue pow aller tenir un champ de mai au milieu d'eux, il convoqua à Paderbom Tordre des Eddinge et la masse du penple safxon. Tous y vinrent , à Texception de Witikind , Tun des chefs westpbaies , qui s'était réfugié cfi^z le roi des Danois, Sigifrid \ Gbarlemagne it baptiser une grande multitude de SaiLons, qui consarttrent à perdre leur liberté et ïcur propriété s'ils renonçaient désormais au christianisme et à la fiiièlfté qu'ils promirent à k»i et à ses fils. II partit ensuite pour le nord de 4'Espagne , où l'appelaient les Arabes de Saragosse, dont les députés, Mbln^-Arabi, Alaroés; etc., étaient venus lui offrir à Paderbornie pays situé entre les Pyrénées et FÈbre

Les Saxons profitèrent de son éloignement pour s'insurger encore. Ib se portèrent jusqu'au Rhin , qu'ils ne purent franchir, mais dont ils ravagèrent les bords entre Duitz et Goblentz. Gharlemagne marcha nne quatrième fois contre eux. Il les battit à plusieurs reprises , envahit et occupa leur territoire pendant trots années de suite. Il soumît tout le pays jusqu'à lUbe *. H avait confié la partie orientale de la Saxe aux missions de Sturm et des moines de Fulde " ; 3 charma FAnglo^Saxon WIHehad, qui ïuî avait été désigné par Lnf , de convertir les païens entre l*Kms et FElbe ^ , et il préposa le Frispon Ludger , arrière-discipte de Bonifaee à la prédication du christfa-

' Einhe^diÀnn., adaoo. 776^ page 157. — Aerei^urgo Castro quod difutum erat, restaurato, alîoque castello super Lippiam construeto, et in lUroque Bon medico prsBsidio relicto.

* Ihid.f ad ann. T7T, pages Nam cuncti ad eum yencrunt, prœter Widiehkidam nattoi ex principibtis WestMaoruiDy qui... ad SigffHdum Banorum rege», profugerat.

• Ibid,, ad ann. 7T7, page iS9. — Venit in eodem Icco ac temporead régis praesentiam de Hispania Sarracenus quidam nomfne Ibin al AraM, cum aRîs Sarracenis socHs suis, dépens se ac eititates, qmbus eum rex Sartacenorum prœfècerat.

♦ Einhardi Ann. ibid., ann. 778-779-780.

• Vita S, Siurmi, dmAVuKtt, tome II, page 386.

* Vita S. Willehad. Dans FmTH, Momm», tome H, pages aTB'^SI.

AU HUmËMB m AM NBÏÏVIÈME SIÈCLE. 75

pmm entre et Ffissel ^ Le «à%e de celui-ei fut établi ^ le SuthergoWf ou (^n{m du Sud» à Mi^isemfmd (Muoster ) sur TEfns. |:^udger ayait déjà été Tapôtre ou le docteur des Frisous orieutaux dans les cinq cantons qu'ils babitaient dans le voisioage deGroningue^.

Four arracher le pays à sa barbarie et à ses habitudes d'insurrection » Gbarlemagne le divisa en dkicèi(^ ; il y fonda des églises et des IQonastères ; il y construisit des châteaux. Il y établit huit évèdiés ^gix Curent : Brème, Halberstadt» HUdesheim, Yerdeo, Paderborn ^ Itfinden , Osnabruck et Munster , dont il fiia luinnème la cireonfcrîption » et à la tète desquels il plaça des hommes habiles ^. Il leur assura des terres et des revenus. Il agit d'une manière systématique. 0^ en jugera par ce qu'il en dît hû-mème dans l'édit d'institution des ^|{)|iscopats, donné un peu plus tard : cSi avee l'aide du Dieu des \^\ ^mées , nous avons remporté la victoire , nous nous en glorifions lui » non en nous, et nous avons voulu acquérir en ce siècle la » paix et dans l'aj^tre la récompense éternelle. Que tous les fidèles ^ chrétiens sachent que les Saxons qui n'avaient pu être domptés » par nos pères, qui s'étaient montrés longtemps rebelles à notre Il pouvoir , ^ que nous avons enfin vaincus et baptisés par la puis- ^ sance de Dieu plus que par la nôtre, ont été par nous rendus à leur 9 liberté et affranchis de tout tribut à notre personne, pour devenir Il tributaires et sujets de celui qui nous a donné la victoire. Tous % ceux que mm avons vaincus , devront ^ riches et pauvres ^ payer à » J« Cl et à ses prêtres, \^ dime de leurs troupeausL et de leurs fruits, 4^ de leurs obaœps et de leurs vivres.

« C'est lourquoi , réduisant leut pays e% promntâ $elm la coutume », rm<^nûf êt lu partt^nt wir$ Um évé^pm ^ , nous avons pieu- ;P sèment offert au Christ et à saint Pierre la partie septentrionale n qui est trèsrfertUe en poissons et en pâturages, et nous avons établi » un év^ue dans ta Wispmdie, au lieu appelé Brème sur le Weser. 1^ A cette paroisse » nous avons soumis dix fxtgi (cantons) , auxquels

page 411.

. ' Jhid., page 410.

. , ' Eodem anno m ia Saxoiilam ve&âsse tradUttr» etn^ divisisse in ecta i^^m* palus Bremeosem, elc... quibus termines et ipse coostituit, dein episcopos. — Wabixx. Jln». ordtf^. S. i9«ftél.« toSMllu» p8ga.

* Proinde omnem terram eorum antique Romanorum more in pro\incîam redk^ gentes et inter efisco{»aft c^<3^ HfiM^t ^yi^fti^^

B nous avons 6té leurs anciens noms et divisions , pour les réduire » en deux provinces que nous avons appelées Wigmodie et Lorgoë.^ » De plus, nous avons consacré à la construction de cette église 31 soixante et dix mansi (ou métairies) , avec leurs colons , et, con- » firmant cette donation , nous ordonnons que tous les habitants de » cette paroisse payent fidèlement la dime à cette église et à son » pasteur. En outre , d'après la décision du pape Adrien et Tavis de » Lui, archevêque de Mayence, nous avons donné l'église de Brème » et toutes ses dépendances à Willehad. Et comme Willehad nous a » fait observer que cette paroisse , à cause des barbares et des autres » événements qui y arrivent ordinairement, ne suffisait point à Venx> tretien des serviteurs de Dieu qui combattent pour lui, nous avons » donné à perpétuité à l'église de Brème , à son évéque Willehad et » à ses successeurs , la partie de la Frise qui est voisine de cette pa- Tf> roisse. Le passé nous obligeant à nous mettre en garde contre^ » l'avenir , de crainte que quelqu'un n'usurpe quelque bien dans ce » diocèse, nous en avons fait exactement fixer les limites *i »

Mais cette habile mesure n'amena pas immédiatement l'occupation [ ecclésiastique de la Saxe et la résignation définitive des Saxons à la croyance et aux habitudes de la société occidentale. En 782, pendant que Gharlemagne s'était rendu à Rome pour faire sacrer par le pape Adrien ses deux fils Pépin et Louis, l'un comme roi de Lombardie, l'autre comme roi d'Aquitaine, ils se soulevèrent une cinquième fois à l'instigation de Witikind, qui avait également décidé les Slaves sorabes, habitant entre l'Elbe et la Saale, à envahir les frontières des Thuringiens. Les Saxons détruisirent même la moitié de l'armée des Francs orientaux que Gharlemagne avait envoyés contre eux, en attendant d'y marcher lui-même.

Jusque-là, Gharlemagne avait été assez modéré par politique ; cette fois il fut cruel par vengeance ou par système. N'ayant pas pu gagner les Saxons avec des mesures de douceur , il ne songea plus qu'à les dompter par la terreur. Il parut au milieu d'eux en ennemi irrité et inflexible. Witikind lui échappa. Mais ayant convoqué les nobles du pays, il en saisit quatre mille cinq cents, qui s'étaient révoltés et il les fit décapiter dans un seul jour à Yerden sur l'Aller ^.

» Prtec^ptum de institutione epimpatuvm Saœioniam. — Baluzb, tome I, page 245.

« Einhmrdi Ann. td ano. 7€fe. — Haas Pbrtz, tome II, page 163.

Après cet acte d'une politique vindicative et féroce , la guerre fut pendant trois années sans quartier entre les Saxons et les Francs. Charlemagne les battit successivement sur l'Hase, sur le Weser, sur TEIbei et ravagea tout leur pays, sans qu'il déposassent cette fois les armes. Lorsqu'il les vit à la fin épuisés par tant de défaites et de dévastations, il offrit à eux la paix, et à Witikind , qui les soulevait sans cesse et qui était au delà de l'Elbe, sa grâce. Witikind l'accepta, et vint avec Âbboin, l'un de ses compagnons , se faire baptister à la villa royale d'Attigny sur l'Aisne ^ En se soumettant à la croyance et au pouvoir du vainqueur, les chefs du paganisme et de l'insurrection parmi les Saxons donnèrent à tous les leurs le signal d'une dépendance durable et d'une conversion réelle.

L'état de paix se maintint à peu près dix ans. Ce fut pendant cette période que l'action du christianisme se fit le plus profondément sen* tir ; que les établissements religieux dont les pieux habitants avaient été si souvent tués ou dispersés, se consolidèrent; que les divisions territoriales, tracées en 779 et 780, s'effectuèrent, et que le pays des Saxons, distribué en diocèses sous le rapport religieux, en comt^ sous le rapport politique, participa à la culture morale et matérielle des pays occidentaux. Gharlemagne y établit des comtes avec des guerriers francs , auxquels il donna une partie des terres saxonnes , et qu'il chargea d'y maintenir la paix publique et d'y rendre la justice à la manière des Francs. Il exigea de plus, que dans chaque paroisse on donnât à l'Église une cour, deux métairies, et qu'on lui accordât un serf et une servante sur 120 hommes ; qu'on lui payât la dtme de tout ce que recevait le fisc, et que chaque homme noble, libre ou colon, lui payât également la dtme de ses biens et de son travail. Les serments durent être prêtés dans les églises. Afin de maintenir les Saxons dans la croyance et la fidélité qu'il leur avait imposées, Gharlemagne porta des lois terribles. Voulant donner aux églises des privilèges qui les rendissent utiles et qui les fissent respecter, il prescrivit d'y laisser en paix ceux qui y chercheraient un asile jusqu'à ce qu'ils pussent se présenter en justice. Il défendit, sous peine de mort, de violer la paix

■ Einhardi, ad ann. 783, ad ann. 785.— Widokindas ac Abbio... Tandem accepta ab eo quam optabant, impunitatis sponsioDe; atque impetratis, quos sibi dari precabantur su» saluiis obsidibus... ad ejus prœsentiam in Attiniaco villa vénérant atqiie ibi baptizati sunt. — Voir aussi, pour la même année. Annales Lawriumies, qui sont en tout conformes à celles d'Eginhard.

Page 1