‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 21 sur 27 · BB LA SUCCESSION D'ESPAGINC · texte numérisé non relu

BB LA SUCCESSION D'ESPAGINC

sation intérieure de son royaume^ que Mazarin avait négligée il rétablit les finances publiques, qui étaient dans un grand état de désordre ; il restaura et agrandit la marine qui était tombée depuis Richelieu ; il appela en France l'industrie étrangère ; il forma une armée excellente par la discipline plus encore que par le nombre, et il améliora singulièrement l'administration de la guerre. L'ordre, le secret, le travail, régnèrent partout sous Tœil attentif et la direction du mattre , et développèrent la prospérité du pays et la force de l'État.

Mais cette époque du règne de Louis XIV fut, s'il se peut, plus remarquable encore par l'habileté des négociations. Elles roulèrent presque toutes sur la succession d'Espagne ; Lionne les conduisit. Ce ministre avait été choisi par Mazarin, comme Mazarin l'avait été par fiichelieu; et il fut légué par Mazarin à Louis XIV, comme Richelieu avait légué Mazarin lui-même à Louis XIII et k Anne d'Autriche. Il avait été le second de ce grand ministre depuis 1643 jusqu'en 1661 ; il avait participé aux négociations de Westphalie, conclu la ligue du Rhin, concouru au traité des Pyrénées. Des correspondances de cette époque sont toutes écrites de sa main et portent l'empreinte de son esprit. Il était fin, vif, perçant, et d'une grande fécondité de ressources ; il avait un bon sens toujours relevé par la hauteur de sa vue, et une imagination réglée par la pratique des affaires. Il a eu, auprès de ses contemporains, une réputation plus grande que dans l'histoire'. C'est que, tour à tour au service de Mazarin et de Louis XIV, il leur a donné ses pensées, et il a accru leur grandeur par ses travaux. Mazarin et Louis XIV l'ont effacé. Ils lui ont pris sa gloire; car la gloire ne va pas à ceux qui conseillent, mais à ceux qui compiandent ou qui agissent. Les générations qui assistent au spectacle de l'histoire ne peuvent apercevoir que ceux qui sont en première ligne sur le théÀtre lointain des événements.

■ « Il est indubitable que si le eardiual Mazarin savait les affaires du dehors il » ignorait celles du dedans. » Testament poUtiqiie de Colhevt, Recueil des testaments, tome III, page 12.

' o Pas un de mes sujets, dit Louis XIY, n'avait été plus souvent employé aux 3» négociations étrangères ni avec plus de succès. Il connaissait les diverses cours de » l'Europe, parlait et écrivait facilement plusieurs langues, avait des belles-lettres, » l'esprit aisé, souple et adroit, propre à cette sorte de traités avec les étrangers. » Mémoires de Louis XIV, tome I, pages 32 et 33. — « Il avait un génie supérieur, b Mémoires de Choisy, page 214. » « Le plus grand ministre du règne de Louis XIT. » Méautireê de Sam^^monp tome iy,!page 100.

En IMi Phftîçpe IV vivait encore. Il n'avait fas t>ayé la dot (kêcordée à Bftrie^Tbéiése en èdbange de ses droits à ta snccession f»ag»e ; ia danse ^aitieUe de l'acte de renonciation n'avait donc ^àb été acoonipMe. Louis XIV, ^ui regardait un contrat particulier wmiite ne pouvant pas déroger à une loi fondamentale, routait cet acte wfil en lui-même ; mais il se fortifia encore davantage dans l'opinion )ie son invaltdtté, en voyant la cour de Madrid te vioter de son côté, tl négocia dès lors avec elle pour obtenir la révocation de c€ft acte, "A avec divers cabinets de i'Eor(^, pour les préparer à !a revendieatioÀ des droits de sa femme sur la monarchie espagnole. 1

Ces négociflfUons étaient d'autant plus opportunes, que la mt^œsh iion pouvait s'ouvrir d'un moment à Tau^. Phftippe IV, resté lot^ temps sans avoir d'héritier tnlile, nK)urut en taissant tm ^ccessé^ égé de quatre ans, maladif, infirme et toujours sur le point de ibccorner, le débile Charles H. Mais Louis XIV, impatient d'agir <* tfe s'é^^ndre, ne prépara pas seulement les autres puissances à sespr^j^ls sur la succession totale de ÎEspagne, si eHe devenmt vacMitej lMte ménagea un moyen provisoire ^agrandissement, par le drotl éè #^ fxjiutwHy qu'il pouvait invoquer après la mort de Philippe W^ '-kt sans attendre celle de Oiarles II. Ce droit résultait d'une eotïKiflffe en vigueur dans quelques provinces des Pays-Bas, coutume qui deiinait l'héritage paternel aux enfants du premier lit, préférri)}em«art% ceux: du second. Louis XIV la détourna de son application civile la transporter dans Yorépe pc^tique et lui fure régir la transmlsBièb des coaronues, ou tout au moins des provinces. Marii0'*lFhév^^8e , femme, étant du prenner lit, tandis que Charles II étcM du seeiMM» il revendiqua pour elle la partie des Pays-Bas qui adme^ait le dléit de dévolution. Il la ât demander d'abord d'une manière andsM^ mais ne l'ayant pas obtenue, il recourut à l'emploi des armes. Wikivahit la Flandre et conquit la Franche-Comté. Cette première guerrè, cpii donna te branle à tout son règne, commença ^ 1667 et finit en 1668 par la paix d'Aix-la-Chapelle. Elte eut son or^ne dmisMe question de succession partielle à la monarchie espagnole.

Cette période est une négociation continuelte. Négodation avec ri^agne pour obtenir d'abord qu'elle révoquât ractederenoncSaitîi^, ensuite qu'elle condescendtt au droit de dévolution; avec la HollandS,. pour lui faire admettre les prétentions générâtes de Louis XIV à la monarchie espagnole et ses projets particuU^s sur les Pays-Bas, ^ptôi-

jp'^Ue fût lapQi»giiiee le plus exposée par son agrmdSssem^ ; a¥ee i'empîre d'Allemagoe, poar proroger la ligoe du Wbâu ; «vec la âiète ûe RatidHmoe, pocHr Tempéd^r de in«iiâi««ws sa g^Mtie 4e cwde de Bourgogne ; négooiatiou et traité avec les électeurs de Mayence, de Cologne, de Brandebourg» le d«c de Neubouif; et Tévèque de Munster, pour qu'ils fumassent à Teoipereur la route des Pays-Bas, Vil voulait y marcher au feeours de l'Espagne ; avec le Portugal» pour qu'il attaquât l'Espagne dans la péninsule, lorsque Louis Xf V lui prendrût la Flandre ; négociation av^ la Suède et l'Angletarre, pour les maintenir dans son alliance ou dans l'inaction ; enfin négo^ dation et traité secret et éventuel de partage de la mo&ardiie espagoole avec l'empereur Léopold : tds furent les grands actes diplomatique qui remplirent cette époque.

Presque toutes ces oégodations réussirent. On n'en est pas suipris, lorsqu'on connaît la manière dont elles furent conduites par M* de Lionne^ La vue de ce ministre embrasse avec aisance le vaste champ îles affaires politiques de l'Europe, ^ elles lui sont si familières, qu'Ô las traite avec une facilité merveilleuse, qui plait, bien que parfois eUe ^levifonne un peu proUxe. Dans les ordres et les directions qu'il donne, il montre la connmssance la plus profonde des hommes et des ma^ tières d'État ; il prévoit toutes les difficultés probables, et il indique n\êc abondance les moyens de les vaincre. On le surprend fréqu^nment à penser, agir, diriger de luinnéme; sauf l'approbatîoQ du tm qui ne kit manque jamais; il panM ne pas douter que ses avis «eroat écai^, préférés, suivis. On feconnatt qu'il cède volonttm au sentîmeot qull a de sa force, de sa rai« prudeace et de soa ascendant sur l'esprit de son maître. Ses allures SMt lestes, dégagées et en ^pidqtte sorte présomptueuses ; elles ne deviennent jamais rudes et blessantes que par l'ofdre de Louis XIV, dont on reconnaît parfms et Cacilement rinterventton dans la marche et le langage ét son nûnistre*

La période de 1661 à 1668 fut le moment le plus beau de la po-- JBKique de ce prince. Il cultiva «vec soin ses s^iances; il maintint dans rimmôbilKé les puissances jalouses ou effrayées. Il fit, avec son compétiteur à ia succession d'Espagne, le plus utile traité de partage en éas de mort de Charles II, puisqu'il ménageait la réunion des Pay»- 9as à la Franee. Il entreprit une guerre si bien préparée, qu'il ne rencontra pas^ un ennemi en campagne, quoiqu'il rompit la paix du inonde. U s'y montra aussi surprenant par la rapiidKté de ses coupa

INTRODtCTlON A L'HISTOIRB

que par la modération de ses exigences. Il acquittes places de Giarleroi, Binche, Ath, Douai, Tournai, Audenarde, Lille, Armentières, Courtrai, Bergues, Furnes avec leur territoire, et étendit ainsi, du côté du nord, la frontière de la France, qui dans cette direction était trop faible et trop rappr/)chée de la capitale.

Mais peu de temps après disparut avec M. de Lionne , qui mourut en 1671, l'esprit qui avait jusque-là dirigé et contenu Louis XIV. Le roi habile devint un roi passionné. La guerre de dévolution conteisit à la guerre fie Hollande; une entreprise d'agrandissement à un aote exagéré de vengeance. Malgré les ménagements sbutenus^ que Louis XIV avait eus pour la république des Provinces-Unies, devait à la maison de France son existence et sa grandeur, quoiqu'il l'eût secondée lui-même dans sa dernièré lutte mèritinie contre l'Angleterre , cette république , alarmée de l'invasicm des Pa^Bas v du rapprochement de la France et de l'ambition de son jeune roi , avait voulu l'arrêter dans sa marche. Elle avait conclu avec l'Angleterre et la Suède la triple alliance^ qui eut plus le caractère de k médiation que de la guerre, mais qui fut le noyau des coalitions postérieures ourdies contre Louis XIV. C'est sous la médiation impérieuse de la triple alliance que s'était faite la paix d'Aix-la-Chapelle.

Louis XIV fut indigné de la conduite des H(dlandai6« Ib avaient préféré leur intérêt à son amitié; ils avaient rompu, 'par un sentiment de crainte qui avait peut-être été . trop prompt, une vieille alliance à laquelle ils devaient tout], pour s'unir à l'Angleterre, leur rivale. Ils avalent enlevé la Suède à la France. Louis XIV voulut les punir de cette ingratitude précipitée. M« de Lionne l'aida à préparer leurçhÂti* ment , qu'il aurait probablement empêché de pousser jua^^ l^r ruine s'il avait vécu davantage. La Suède fut de nouveau prise à la solde de la France, et le roi d'Angleterre détaché de la Hollande pour de l'argent. La triple alliance ainsi rompue , Louis XIV fondit en 1672 sur les Provinces-Unies.

Rien ne résfst^ d'abord à la puissance de ses armées, conduitcis par Turenne et Condé. Les Hollandais tremblants s'humilièrent : ib^ hii offrirent les plus éclatantes réparations et toutes les conquêtes qu'ib avaient faites depuis 1621 sur l'Espagne. Ils lui aurdent cédé tous les pays de la Généralité, qui comprenaient vingt-cinq villes, au nombre desquelles étaient Maestricht, Bois-le-Duc, Breda, Ravenstein, Bergen-op-Zoom| etc.; mais Louvois lui fit refuser ces offres. Un mi^

DE LA SUCCESSION d'eSPAiNE,

nîstre * violent avait succédé dans sa faveur à un habile politique : avait pris Louis XIV par son amour pour la gloire et pour les conquêtes. Il lui vantait le mérite ô^éire seul contre tous* et le poussait i l'isolement en Europe comme preuve de puissance. Intervenant même dans toutes les opérations militaires avec aussi peu de mesure que dans les résolutions politiques, il empêcha, par envie, Turenneet Condé de ruiner la Hollande, dont il avait détourné son mattre d'accepter rabaissement. Sa grossière politique et son absurde jalousie n'aboutirent qu'à renverser le grand pensionnaire Jean de Witt sans abattre là Hollande, à élever le parti du prince d'Orange sur les cadavres des frères de Witt et les débris du parti français. On commençait à tomber dans le mépris de la modération et de l'habileté.

C'est en Hollande qu'eut lieu le naufrage de la politique ancienne suivie sans interruption sous Henri IV, Richelieu, Mazarjnet Lionne. L'entrée de Louis XIV dans les Pays-Bas espagnols avait alarmé les Provinces-Unies ; l'invasion des Provinces-Unies alarma l'Allemagne. L'une avait amené la triple alliance, l'autre provoqua la grande alliance de l'empereur Léopold, du roi de Danemarck, de l'électeur de Brandebourg , de la plupart des Étals de l'empire, à laquelle s'adjoignit le roi d'Espagne. La Suède fut vaincue dans cette guerre, qui fut le dernier acte de son assistance ; l'Angleterre se détacha de la France, comme le firent l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster. Mais Louis XIV sut se tirer de cette position avec une rare vigueur. Secondé par l'activité prévoyante de Louvois, le génie de ses capitaines et sa propre habileté, il se ménagea cinq années de succès militaires et parvint à dicter la paix de Nimègue , qui mit fin à la guerre de Hollande en 1678 et agrandit la France aux dépens de l'Espagne , en lui donnant la Franche-Comté çt quatorze villes ^ des Pays-Bas^

> L'abbé Siri l'appelait <x le plus grand et le plus brutal de tous les commis. » louvoîs poussait si loin la violence, que le pensionnaire Heinsius ayant été envoyé en mission auprès de Louis XIT par le prince d'Orange, il Tavait menacé un jour de le faire mettre k la Bastille. Mémoires de Torc}^, collect. Petitot, t. LXVII, p. 210.

' « Si jamais devise a été juste à tous égards, c'est celle qui a été faite pour votre majesté, seul contre tous. » Testament politique de Louvois, Recueil des testaments politiques, tome IV, page 237.

• Louis XIV rendit Charleroi, Binche, Atb, Audenarde et Tournai, qui avaient élé cédésà la France par le traité d'Aix-la-Chapelle, et il obtint Valenciennes, Bouchain , Çondé, Cambrai, Aire, Saint-Omer, Ypres, Werwick et Warncton, Poperinguc, Bailleul, Cassel, Bavay, Maubeuge et leurs territoires.

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