S. — SUR LES MONIEZIA DES RONGEURS
Les recherches de Riehm (2) ont montré que, sous le nom de Taenia pecduala Goze, on confondait plusieurs espèces distinctes, les unes à pore sexuel simple et unilatéral, les autres à pore sexuel bilatéral et symétrique. Cet observateur a distingué dans la première catégorie deux espèces [Tu en ut rlwpalocephala Riehm, du Lièvre, et T. vhopuliocephahi Riehm, du Lapin de garenne), qui appartiennent au genre R noplocephala, auquel du reste nous les avons rattachés plus haut, en attribuant à ce dernier le nom d’Acuniculi.
De même, Riehm a distingué dans la seconde catégorie trois espèces qu’il rangeait à tort dans le genr a Dipylidiuw et qui doivent faire partie de notre genre Moniezia :
1° Moniezia Lelckarti Riehm (DipyUduun Leuckarti Riehm). — Diagnose d’après Riehm : « Tète sans crochets, très petite, large de 0 mm b environ, avec quatre ventouses plates, non séparée
(I) H. Momez, Noies sur les helminthes. Revue biol. du Nord de la France, IV, p. .25, IISOI. — La noie 5 de la page 31 est inexacte en ce qui me concerne. J'ai Bien demandé à Th. Rirrois de me communiquer un ou deux spécimens de ses Vers du Daman. A la date du 2.1 juillet me répondait: « Mes Arhynchotuenia
sont entre les mains de Meniez : je lui ai fait pari de voire désir et i! s'empressera, m'a-t il dit, d'y donner satisfaction. » Or, jusqu’à ce. jour (15 novembre), je n’en ai reçu aucun exemplaire. Je n'ai donc jamais eu eu ma possession le moindre fragment de Taenia hyracis; el si,dans mon travail sur les Custodes des Anthropoïdes, j‘ai indiqué que les œufs de cet helminthe sont dépourvus d’appareil piriforme. ce n'est pas d'après des observations personnelles, mais uniquement d’après le (exle et les dessins de l’agensleeher.
(1) O. lUiai.M, Studien un Cesloden . Zoilschrift f. d. ges. Naturwissensehaflen. (3), VI, p. 5'i5, 1881.
NOTICES 11ELM 1 NTIIOLOG10 V ES
du cou; celui-ci s’élargit eu lancette pour se continuer avec la chaîne des anneaux. Pores génitaux des deux côtés dans le quart postérieur du bord (latéral)de Panneau. Articles trapézoïdes, larges même à l’état de plus grande extension, mais ordinairement environ 3 à G fois plus larges que longs. La longueur (totale) à l'état d’extension atteint jusqu’à 80 cm , la largeur des anneaux murs jusqu’à l cm . Le corps est souvent comme strié par des replis longitudinaux du tégument. Hôte : Lepus cuniculus, »
2° Moniezia pectinata Gôze, pro parle (Dipylidium peclinatum Rielnn). — Diagnose d’après Riehm : « Tète sans crochets, extrêmement petite, large de 0 mm 25 à peine, non séparée du corps (]ui s’élargit en forme de lancette. Pores génitaux des deux côtés, presque au milieu du bord de Panneau. Anneaux courts', trapézoïdes, au moins quatre fois plus larges que longs, même à 1 état d’extension. La longueur du Ver en extension ne dépasse pas 40 cm et est le plus souvent moindre. La largeur des anneaux murs atteint jusqu’à 8 mm . Le corps est souvent strié par des replis longitudinaux. Hôte : Lepus limidus . »
3° Moniezia latisslaia Riehm (Dipylidium lalissimum Riehm). — Diagnose d’après Riehm : « Tête sans crochets, ayant plus de U mm 75 de largeur, à ventouses fortement proéminentes et par conséquent nettement distincle de la chaîne des anneaux qui s’élargit en forme de lancette. Pores génitaux des deux côtés dans l’angle postérieur de l’anneau ; cet angle fait saillie à la façon d’un mamelon et donne au bord un aspect frangé, notamment chez des animaux contractés. Anneaux toujours beaucoup plus courts que larges, très épais, notamment sur les côtés. La lougueur à l’état d’extension atteint 80' m , la largeur des anneaux mûrs est de 15 mm et plus. Hôte ; Lepus cuniculus. »
L’ancienne espèce Taenia pectinata Goze a été observée non seulement chez le Lièvre (Lepus limidus) et chez les deux races sauvage et domestique du Lapin (Lepus cuniculus ), mais encore chez trois autres Rongeurs : la Marmotte (Arcloinys nnmnola Schreber), le Lièvre sylvestre (Lepus sylmtieus Rachmann) et l’Ursou coquau (Erethizon dorsutuw Cuvier).
Nous avons eu l’occasion d’examiner nu grand nombre de Vers recueillis par nous dans l’intestin de la Marmotte des Alpes, et cet examen nous a convaincu que ces Vers appartiennent bien réellement à nue espèce distincte de celles étudiées par Riehm et énumérées plus haut. Nous avons également recueilli chez le Lièvre variable (Lepus variabilis) un petit nombre de Ténias, qui
H. HLANCI1AIU)
appartiennent à l’espère Moniezia pcctinuta. Enfin, nous avons pu étu'dier quelques Vers du Lièvre timide et du Lapin de garenne, ce qui nous pernod de donner quelques renseignements nouveaux sur cet intéressant groupe de Téniadés.
Quant aux Vers que les auteurs ont signalés chez deux Rongeurs de l’Ainériépie du Nord, le Lièvre sylvestre et LUrson coquau, il n’est aucunement certain qu’ils appartiennent à l’ancien Taenia peclinata.
Moniezia Goezei Baird, 1853.
Synonymie : Taenia (iœzei Baird, 1853.
Dipyliriinm latissimam Riehin, 1881.
Baird a décrit (1) sous le nom de Taenia (iœzei un Ver de provenance inconnue, (|ui faisait partie de l’anciennecollection du British Muséum. Bien (pie la tète lit défaut, il n’hésita pas à le classer parmi les espèces inermes. Il en donne d’ailleurs la description suivante :
a Tète absente, anneaux du corps très courts, nombreux. Le bord inférieur droit. Orifices génitaux opposés, situés sur le bord inférieur de chaque anneau ou près de ce bord, le pénis étant évaginé sous forme d’une'papille surélevée, qui s’iniléchit en bas. Plus grande largeur du corps, G lignes; longueur des anneaux environ une demi-ligne.
» Cette espèce diffère d ’c.rpansa et de ilenlicAilaln en ce qu’elle a le bord ou angle postérieur de chaque anneau lisse et arrondi, au lieu d’èlre crénelé ou ondulé, et en ce quelle a les orifices génitaux situés sur le bord inférieur de Panneau, au lieu d’ètre au milieu. »
Cette courte et vague description ne permet guère de reconnaître l’helminthe auquel Baird à eu alïaire : un peu plus de précision dans la description des orifices sexuels, et l’espèce devenait, au contraire, assez bien caractérisée pour être reconnaissable. 11 faut croire pourtant que son identification présentait de sérieuses difficultés, puisque OErley et Montieelli, qui ont étudié la collection helminthologique du British Muséum, n’ont pas su reconnaître la véritable nature du Taenia Gœzei,
En revoyant après eux cette meme collection, j’ai pu au contraire arrivera une détermination exacte de ce Ver. Comme le prouvent les dimensions générales, la forme du pore sexuel, la taille et la structure de Emut, ainsi (pie divers autres caractères de moindre
(I) 13a iRi), Catalogue of the species of Entozoa or intestinal Wonns contained in the collection of the British Muséum. London, in-S° de 13:i p., 1853. Voir p. 78.
NOTICES IIELM 1 NTIIOLOGIQCES
importance, cet helminthe est identiqueà celui quoRiehm a désigné sous le nom de Dipijlidiuw latissimum. Le nom proposé par Rielim, étant le plus récent, doit tomber en synonymie. D’autre part, la description donnée par Baird'doit-être complétée par l’indication de Idiote du parasite, à savoir le Lapin de garenne f Leptts atnicnlns).
Moniezia G<pzei atteint une longueur de U) à oÛ cm . C’est un Ver
lancéolé à sa partie antérieure, celle-ci se rétrécissant assez brusquement. 11 comprend 2U anneaux, sur un individu do taille normale. La tète (fig. <21) est sensiblement de forme trapézoïde; elle est large de 0 mm 80, longue de 0 mrû 63 et un peu aplatie dans le sens dorso-ventral, ainsi qu’à son sommet; elle présente même sur celui-ci deux dépressions en croix, dont la dorso-ventrale est plus accentuée que la transversale. Les ventouses sont légèrement elliptiques, à grand axe transversal ; elles sont bien marquées, disposées en deux paires, par suite de l’aplatissement de la tète, Fis- - 1 et proéminent en avant; leur orifice est luimème transversal. La tète s’élargit et se relève progressivement en arrière; par suite de l’absence totale de cou,elle repose directement sur les premiers anneaux.
Ceux-ci sont très serrés les uns contre les autres ; ils s’élargissent et s’allongent graduellement, en sorte que les anneaux murs acquièrent au maximum une longueur de 4 mm et une largeur de lo mm . Voici d’ailleurs la longueur d’anneaux mesurés jusqu’au deuxcentième :
Tèlo de Munie zia Gœzei.
1 er anneau,
longueui
80 e anneau,
Ion
2mm {
3mm
Les
pores
génitaux
se montrent à
parti
r de
l’anneau
78 (fig
Le bord 1
latéral
des anne:
aux,
(pii
jusque-là
Fii*. 22. — Iiord latéral des anneaux, pour montrer le pore sexuel et le développement progressif delà papille piriforme, au sommet de laquelle il s’ouvre. La plupart des pénis sont en proLraelion. Les ehilires indiquent les numéros d’ordre des anneaux.
n. hlanchau n
ôtait régulier, à angle postérieur arrondi, présente alors une sorte de papille piriforine, dont la grosse extrémité regarde en dehors et en arrière et qui est entourée d’un bourrelet formé par l’anneau lui-même; toutefois, ce bourrelet est beaucoup moins accusé en avant qu’en arrière ou sur les cotés.
Cette papille sexuelle grossit rapidement : sur l’anneau 81, son sommet est déjà percé d’un orifice qui est le pore génital, conduisant dans le sinus génital, au fond duquel débouchent côte à côte le vagin et le canal déférent. Sur l’anneau 82 et sur presque tous les anneaux suivants, le pénis est en protraction et se présente sous l’aspect d’un gros bâtonnet obtus, dirigé en dehors et en arrière, à surface lisse et creusé suivant son axe d’un assez large canal.
Tout d’abord, la papille sexuelle se voit sensiblement au milieu du bord latéral de Panneau ; mais à mesure que les glandes génitales se développent dans celui-ci et que les oeufs s’y accumulent, elle se trouve progressivement reportée en arrière. Finalement, elle occupe le bord postérieur, comme cela se voit déjà sur l’anneau 100. A ce meme niveau, on constate aussi que, par suite de la turgescence de l’anneau, la manchette qui entoure la papille sexuelle s’efface progressivement, sauf dans la partie postérieure, où un pli secondaire peut même se former.
Cette forme spéciale de la papille sexuelle est caractéristique du Cestode en question. Elle est très nettement indiquée sur les deux Taenia (Uezei du British Muséum. Malgré l’absence de la tête, ce seul caractère eût suffi pour nous permettre d’identifier l’espèee de Baird avec le Dipylidinm latissimnm de Riehm. D’ailleurs, les autres caractères ne concordent pas d’une façon moins précise : le plus grand fragment que renferme la collection du British Muséum a une longueur de 20 cm envirou, pour une largeur de 1 M mm et une épaisseur de 4 mm . Enfin, les œufs ont exactement la même structure et les mêmes dimensions que chez les Vers du Lapin de garenne que j’ai eu l’occasion d’examiner à l’état frais : la seule différence, qui s’explique d’ailleurs par la rétraction des tissus et la compression réciproque des œufs sous l’influence de l’alcool, tient à ce qu’un bon nombre d’entre eux sont polyédriques chez les Vers du British Muséum, tandis que les œufs polyédriques sont rares ou absents chez les Vers à l’état frais. Et encore, même après avoir séjourné un très grand nombre d’années dans l’alcool, Fond ne tardc-til pas à perdre sa forme polyédrique et à redevenir sphérique, dès qu’il est plongé dans l’eau.
NOTICES 11 KLM 1NTH OLO GIQ U ES
IOJ
L’œuf est normalement sphérique, clair et réfringent. parfois légèrement elliptique. 11 est large de 52 à (JO u, et limité par une membrane vitelline anhiste. incolore, à double contour. Celle-ci est doublée intérieurement, mais à quelque distance, d’une seconde membrane mince, plissée irrégulièrement, qui n’est autre chose que le ehorion. En dehors du chorion se voient des débris vitellins peu abondants, légèrement granuleux; en dedans, d’autres débris vitellins plus abondants et plus granuleux, au milieu desquels est plongé l’appareil piriforme. Celui-ci est très développé, ses deux cornes s’entrecroisent, s’infléchissent en arrière, s’effilent progressivement et se perdent dans la substance granuleuse. Sur des œufs fortement colorés au carmin, on constate que chaque corne se termine par un filament long et grêle, qui se replie de diverses manières à l’intérieur du ehorion (fig. 25, r, d, e, /). Au niveau de l’oncosphère, l’appareil piriforme est large de 16 à 20 a, parfois meme de 24 u. ; sa longueur jusqu’à l’inflexion des cornes est de 37 à 45 et même à 50 p.
En outre des parties déjà décrites et qui ne diffèrent pas essentiellement de ce qu'on connaît déjà chez les Téniadés des herbivores, et notamment de ce que nous avons indiqué ciiez les Berlin, on constate que chaque œuf est entouré d’une enveloppe adventice particulière, constituée par une substance muqueuse qui adhère intimement à la membrane vitelline (qu’elle revêt extérieurement) et qui, dans l'eau ou la glycérine, passe aisément inaperçue, son indice de réfraction différant très peu de celui de ces deux liquides.
Si l’œuf frais est examiné dans l’eau, on assiste à un curieux spectacle : l’enveloppe muqueuse s’imbibe peu à peu et se gonfle au point d’acquérir une largeur de 130 à 140 g, représentant ainsi une sphère mucilagineuse, au milieu de laquelle l’omf se trouve situé (fig. 23). Chaque œuf se comporte de même et s’entoure ainsi d’une sorte d’auréole. Quand deux œufs sont assez rapprochés l’un de l’autre, leurs atmosphères muqueuses se rencontrent et s’aplatissent réciproquement, sur une surface d’autant plus large que la
Fier. 23. — OEuf frais do Moniezia Gæzei . après une demi-lionre de séjour dans Fean.
lï. Il LA N CU A111)
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distance qui les sépare est moins grande (fig. 24). Souvent aussi, l’enveloppe nuiqueuse adventice ne se laisse point gonller par
l’eau dans tous les points de son étendue : elle reste alors adhérente à la membrane vitelline par un ou plusieurs points, tandis qu’elle se gonfle partout ailleurs. L’atmo sphère muqueuse , dont la forme normale est représentée par la figure 23, peut donc présenter des aspects très va-
Fig. 24. — Deux œufs après une demi-heure de séjour dans l’eau; l'atmosphère muqueuse est restée en partie adhérente à la membrane vitelline. En raison du rapprochement dos deux œufs, leurs atmosphères muqueuses se sont rencontrées et se sont aplaties réciproquement sur une large surface.
riés : la figure 24 représente fun des plus fréquents ; les stries qui se voient sur le bord des dépressions polaires indiquent de très légers plis superficiels.
En poursuivant l’examen des œufs frais dans l’eau pure, on observe d’autres particularités non moins intéressantes : on assiste à l’éclatement des œufs, à la sortie de l’appareil piriforme et à l’éclosion de l’oncosphère. Ce dernier phénomène est actif et résulte
Fig. 2:5. — a, b , œufs vivants, observés dans l’eau distillée et muniront la sortie spontanée de Foncosplière entourée de son appareil piriforme; c, r/, c,/', dilïé renls aspects do l’appareil piriforme; g, h y éclosion spontanée de roneosphère.
évidemment des contractions violentes que l’embryon accomplit dans son étroite prison. Les deux autres phénomènes sont plulût passifs : par suite de la pénétration osmotique de l’eau à leur inté-
NOTICES U KLM I NT H OLOGIQ l ’ ES
rieur, la membrane vitelline et le chorion se dilatent et finissent par se rompre; revenant alors sur elle-même, en vertu de son élasticité propre, la membrane vitelline se vide brusquement et le courant entraîne le chorion et l’appareil piriforme (lig. 25, a, b). Ce dernier se dégage plus ou moins complètement du chorion qui, vide et affaissé sur lui-même, retient souvent dans ses replis les longs filaments de l’appareil piriforme. Quand celui-ci se dégage sans difficulté, ou bien il est entraîné par le courant hors de l’atmosphère muqueuse de l’œuf, ou bien il reste dans cette atmosphère, à coté de bœuf vide.
Cependant l’embryon hexacanthe se tourne, se retourne et s’agite vivement à l’intérieur de son enveloppe protectrice ; sa substance se contracte et se distend tour à tour, avec une brusquerie et une violence remarquables, que le déplacement incessant des crochets met en évidence. Ses efforts portent manifestement sur le pôle opposé aux cornes : c’est là d’ailleurs que la paroi offre sa moindre épaisseur. Cette paroi huit par se rompre, l’embryon s’étire à la façon d’une Amibe pour passer par la déchirure, et voilà que l’éclosion est achevée (lig. 25, g , h). L’animalcule se ramasse alors en boule, puis reste immobile, comme pour réparer ses forces. Au bout de quelque temps, il recommence à se contracter sur place ou même pousse des pseudopodes et accomplit de légers déplacements. Mais ces contractions ne durent guère : au bout d’une heure ou deux, l’embryon se laisse aisément pénétrer par le carmin, signe d’une mort certaine.
Nos observations sur l’œuf vivant nous rendent compte de la valeur de l’appareil piriforme. Avec ses longs prolongements filamenteux, cet appareil joue un rôle analogue à celui des cornes de l’œuf des Plagiostomes : il permet à l’œuf de s’accrocher aux objets sur lesquels il est porté par le vent. Aussi voyons-nous là une indication manifeste de la direction dans laquelleil couvientdechereher l’hôte intermédiaire des Moniezâa. Cet hôte n’est pas un animal vivant sur le sol ou dans l’eau, mais bien plutôt, semble-t-il, un être (Insecte ou Mollusque) grimpant sur l’herbe et broutant la verdure.
Moniezia pectinatà Gôze, 1782.
Synonymie : Taenia pectinata Gôze, 1782 (pro parte).
Dîpylidium peetinatum Rielun, 1881.
Divers auteurs, entre autres Diesing, à l’article Taenia pectinata, donnent comme synonyme : Taenia lepnrina Limbourg. Ce dernier nom devrait donc figurer eu télé de ce -chapitre, puisque de Lim-
R. BLANCHARD
bourg est le premier auteur qui ait signalé le Ver qui nous occupe. Mais l'examen (le son mémoire démontre bientôt qu’il n’a employé l'expression de Taenia leparinn que dans le titre (1), évidemment sans aucune intention défaire usage d’une appellation binomiuale, conforme aux règles de la nomenclature.
Encore que Riehm ait peu nettement caractérisé cette espèce, son aspect est tellement particulier, qu’il est impossible de la confondre avec aucune autre. D’après Riehm, elle est très commune chez les Lièvres (Lepm limidits) des régions basses, notamment
chez ceux qui ont été tués aux environs du Rôblinger See (2); en revanche, elle est très rare chez les Lièvres des hauts plateaux de la Saxe. Pour expliquer ce fait, Riehm admet que l’hôte intermédiaire du parasite doit être un Gastéropode nu, (pie le Lièvre avalerait en broutant l’herbe : le parasite est commun là où les Mollusques cux-inèmes sont communs, il est rare là où les Mollusques sont rares.
J’ai trouvé ce parasite dans plusieurs Lièvres achetés au marché et de provenance incounue Je ne l’ai jamais rencontré chez des Lièvres du centre de la France ou des environs de Paris, mais il est vrai de dire que le nombre des animaux examinés par moi n’a pas
(I) .1 Pli. «le. LiMisorno, Obser ration en de Axatridibns rl nieurbitini.* , cl potissinnim de Taenia , laui humana t/uam leparina. IMiilos. Transactions, LVI, I». 120, 17(i(). — PL VI, lit;. I, il représente deux Ténias du Lièvre, longs de MO et li(l ,fHn , larges (le S mm .
(£) Lac salé à I!) kilomètres à l'ouest de. Halle an der Sanie,
NOTICES 1IKLMINTHOLOG1QUES
été très grand. Enfin j’en ai trouvé quatre exemplaires à Briançon, chez un Lièvre variable (Lcpus raviabilis),\uë à une altitude d’environ 1300 mètres, observation qui contredit dans une certaine mesure l’opinion exprimée par Rielim.
Suivant cet auteur, le Ver en extension n’a pas plus de 40 cm de long et a d’ordinaire une longueur moindre. Le plus long des exemplaires observés par moi ne mesurait que 18 cra ; la largeur maximum est de 7 à 10 mm (1).
Cette espèce est aisément reconnaissable à ce que l’extrémité antérieure du corps, lancéolée comme dans les autres Moniezia des Lapins et des Lièvres, est surmontée d’un cou grêle, qui a l’aspect d’un filament.
La tèteffig. 26), plus ou moins arrondie en avant, parfois presque aplatie à l’extrémité, est à peine plus large que le cou, avec lequel elle se continue sans la moindre ligne de démarcation. Elle mesure 340 g dans sa plus grande largeur, le cou n’ayant que 323 g au minimum ; sur un autre exemplaire, la tète est large de 313 g, le cou de 283 g.. Chez les individus très contractés, la largeur du cou augmente rapidement en arrière, à tel point qu’il peut mesurer jusqu’à J mm de largeur à sa terminaison, c’est-à-dire au niveau du premier anneau.
La tête ne présente aucune trace de rostre ni d’iufundibulum. Les ventouses sont reportées en avant, elliptiques, longues de 142 g, larges de 133 g; leur orifice est irrégulier, long de 80 g et large de 33 g à l’état de demi-contraction.
En raison de la forme lancéolée de l’extrémité antérieure du corps, les anneaux augmentent rapidement de largeur ; il restent toujours beaucoup plus larges que longs. Les anneaux murs sont larges de 7 à 10 mm et longs seulement de l mm 1 ; leur longueur atteint pourtant près de 2 mm sur des individus peu contractés.Nous avons observé, ^ chez un meme individu, deux anneaux intercalaires (fig. 27), situés à quelque distance l’un de l’autre et occupant environ la moi-
Fi", il. — Anneau intercalaire.
tié de la largeur du corps ; aucun pore sexuel n’était Fi<r — Bord percé sur leur bord latéral. îaiêrai des an-
Le peins est lisse, large de 40 a 4o p. et tait hors i rer le porc du pore sexuel une saillie de 173 à 200 »/.. Il est ^xuei. Les poms
1 1 . sont en protrac-
cylindrique, arrondi et non effilé à son extrémité tion.
(I) Notre description sc rapporte uniquement aux Vers du Lièvre variable.
H. BLANCHARD
libre. Il débouche vers le milieu du bord latéral, ou légèrement eu arrière; à sou niveau (lig. 28), on remarque tout au plus une légère dépression de ce bord, qui ne se prolonge point autour de lui en une sorte de gaine.
Les omfs sont pour la plupart de forme polygonale dans l’anneau mûr, par suite de leur pression réciproque (tig. 29). Mis en liberté
Fis. 31). — OKufs sphériques, fondés par l’eau.— a, membrane vileliino; h. détritus vilellins formant une courbe continue au dedans de la membrane vitelline; c, cliorion.
par dilacération de l’anneau, ils peuvent conserver cette forme, mais la plupart s’arrondissent bientôt et se montrent alors elliptiques ou subsphériques.
Leur longueur est de 80 à 90 u, leur largeur de 75 g environ. Comme chez Mompzia Gœzei , ils sont entourés d’une mince couche de substance gélatineuse, qui se gonfle dans l’eau, mais sans atteindre d’aussi grandes dimensions que chez cette espèce.
La membrane vitelline fflg. 30, //) est lisse et anhiste, cà double contour, épaisse de 1 à 2 a. Elle est tapissée intérieurement d’une substance réfringente, b, jaunâtre, faiblement granuleuse, disposée en une couche continue, mais d’épaisseur inégale; cette couche de substance résulte du dépôt de débris vitellins ayant subi une sorte de dégénérescence cireuse. Le cliorion, r, est généralement distendu ; il remplit I’mnf plus ou moins complètement et renferme également des débris vitellius, moins abondants et moins granuleux que dans les autres espèces de ce groupe.
L’oncosphère est entourée d’un appareil piriformebien développé. La largeur au niveau de l’oncosphére est de 25 à 30 u. ; la longueur est de 40 à 50 a, mesurée jusqu’à l’inflexion des cornes entrecroisées : celles-ci vont en s’effilant et se terminent chacune par un long filament. Les crochets de Loncosphére sont longs de 8 a; ils sont, nettement groupés par paires.
NOTICES HELMINTUOLOGIQUES
Moniezia mahmotae Frolich, 1802.
Synonymie : Taenia marmotae Frolich, 1802.
Cette espèce a été trouvée « eu quantité extraordinaire » par Frolich dans une vieille Marmotte (Arctomys marmota Schrebcr), qui en hébergeait plus de 50 exemplaires; on en voyait 5 à 7 ensemble, ils distendaient l’intestin d’une façon considérable.
Voici la très exacte description qu’en donne Frolich (1) :
« La longueur de ces Vers est très variable. Les plus grands individus ont de G à 7 pouces de longueur, environ 11 lignes de largeur à la partie postérieure et à peu près 1 ligne d’épaisseur. Leur forme est en général lancéolée, allongée, elFilée peu à peu, mais très considérablement à sa partie antérieure, en sorte que l’extrémité antérieure a une largeur à peine supérieure a 1 ligne à la base du cou. De vieux Vers, dont plusieurs anneaux se sont déjà séparés, sont le plus larges à leur extrémité postérieure, tronquée ou échancrée en croissant; de jeunes Vers, qui n’ont pas encore « engendré » (gebohren), sont un peu rétrécis à l’extrémité postérieure, et leur dernier anneau est arrondi.
« La tète est relativement très petite, arrondie, sans rostre, inerme, d’un blanc clair, avec quatre ventouses, bien apparentes, disposées par paires: à l’extrémité, un nodule indistinct, au lieu d’un rostre.
«... Les anneaux sont bien nettement enfoncés les uns dans les autres, au moins 20 fois plus larges que longs, d’égale largeur, assez épais, d’un blanc de perle, se prolongeant de chaque coté en une dent aiguë et saillante; leur surface est marquée d’une ligne longitudinale déprimée. Chaque anneau présente au milieu de son bord latéral un nodule saillant, turgide, perforé en son milieu et d’où sort une soie fine comme un cheveu, rectiligne, blanche comme neige et ayant plus d’une ligne de longueur. Les soies latérales ne sont pas toujours visibles, mais sont souvent rétractées dans le bord des anneaux, où elles forment de chaque coté de l’anneau une ligne transversale claire. Les anneaux postérieurs augmentent un peu de largeur et de longueur. »
Frolich représente (2) un Ver de grandeur naturelle, qui aurait mesuré, d’après la figure, une longueur de 130 mm et une largeur de 20 mm ; une tète grossie, cinq anneaux avec le pénis en protrac-
(1) ,T. A. FnôLicH, Beylvàqe zuv Xaturgeschichte der Eingeiceideœ'ùnuer. Der Naturforscher, XXIX, p. 5, 1S02. Voir page 77.
(2) Pi. II, lig. 17-20.
R. BLANCHARD
lion de chaque colé et un anneau perforé en sonmilieu.il remarque enlin que ce Ver est très analogue au Tamia lanceolatu Goze, qui a aussi un double pénis à chaque anneau, et au Taenia pectinata.
Nous avons tenu à reproduire intégralement la description donnée par Frolich, parce qu'il s’agit ici d’une espèce critique que tous les auteurs, Rudolphi (1), Dujardin, Diesing, von Liuslow, etc., confondent avec le Moniezia pectinata Gbze (sensu latiore), mais qui en est très distincte et dont Frolich a établi une diagnose très précise.
Le 25 septembre 18S7, nous avons trouvé en abondance le Moniezia marmotae dans l’intestin grêle de quatre Marmottes tuées aux environs de Briançon :
Tune d’elles nous en adonné 39 exemplaires, une autre 45, la troisième 58, la dernière 72; en tout, 214 Vers. Depuis Frolich, aucun helminthologiste n’avait observé ce parasite.
La plupart des Vers, mesurés après avoir subi l’action de l’alcool, ont une longueur qui ne dépasse pas 70 mm ; un seul, remarquable par sa grande taille, était long de 112 mm (lîg. 31,13). La largeur atteint ll mm au plus. Les dimensions relevées sur les ligures de Frolich sont donc notablement exagérées, aussi bien pour la longueur que pour la largeur.
Parmi les 214 Vers que j’ai examinés, il s’en trouvait un que sa forme et ses dimensions particulières signalaient à l’attention (Fig. 31, A). C'était un individu long de56 mm , large de 5 à G mm au plus : au lieu de conserver en arrière la même largeur que dans sa partie moyenne, il se rétrécissait progressivement et se terminait par un très petit anneau arrondi, à tel point qu’il fallait une certaine attention pour distinguer Fune de l’autre les deux extrémités. La tète et les organes génitaux sont d’ailleurs constitués n . .. normalement ; les pénis proéminent de cha-
moine, de grandeur natu- que coté des anneaux postérieurs, sauf lclle * pourtant sur les dix derniers.
(1) « Col. Fiior.Lir.il Taeniani MarmoUtc sil»i diclam a leporina dislinclam visnin ita descripsil, ut eamlein esse patent. « Rudolphi, Synopsis, p. 488.
NOTICES IIELM1NTIIOLOG1Q l’ES
La tète de Monirzia marmot ne (fig. 32) a un contour elliptique, à grand diamètre transversal. Elle est très volumineuse et mesure, chez deux individus distincts, 0 mm 55 de long sur 0 mm 84 de large et 0 mm 63 de long sur 0 mm 80 de large. Les ventouses sont globuleuses, très puissantes, creusées dans la tète et dirigées d’avant en arrière : elles sont larges de 120 g. et s’ouvrent eu avant par une fente elliptique dirigée transversalement.
Le cou est nul. Les anneaux prennent naissance immédiatement en arrière de la tète : ils s’élargissent progressivement, à la Fig. :î2. — T<H edo Moniezia façon d’une lancette, puis atteignent assez f»^rmotae. vite une largeur déterminée : cette largeur se conserve sur toute la série des anneaux, quel que soit leur nombre et quelle que soit la longueur du corps. Leur largeur maximum est ordinairement de 10 mm , mais il n’est point rare de la voir s’élever à 13 mm ou s’abaisser à 6 et même à 5 mm . Leur longueur peut atteindre jusqu’à 0 mm 75. Voici d’ailleurs les dimensions longitudinales des anneaux, rele-
vées sur un Ver
(lui en comprenait 147.
jer
anneau
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