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CHAPITRE IV

ger, soumis aux lois malérielles des corps et aux lois vivantes des êtres, l'homme, la plus élevée et la plus compliquée des créatures, a reçu le magnifique don de l'intelligence, le beau privilège de la liberté, le divin sentiment de la justice. C'est pourquoi, intelligent, il est tenu de savoir les lois de l'univers; juste, il est tenu de s'y soumettre ; libre , s'il s'en écarte, il en est puni : car on ne saurait les enfreindre, soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral, sans subir le châtiment de son ignorance ou de sa faute. La santé ou la maladie, la félicité ou le malheur, dépendent pour lui du soin habile avec lequel il les observe, ou de la dangereuse persévérance avec laquelle il y manque. C'est ce que comprit Franklin.

De la contemplation de l'ordre du monde , remontent à son auteur, il affirma Dieu, et l'établit d'une manière inébranlable dans son intelligence et dans sa conscience. De la nature différente de l'esprit et de la matière, de l'esprit indivisible et de la matière périssable, il conclut, avec le bon sens de tous les peuples et les dogmes des religions les plus grossières comme les plus épurées, la permanence du principe spirituel, ou l'immortalité de l'âme. De la nécessité de l'ordre dans l'univers, du sentiment de la justice dans l'homme, il fit résulter la récompense du bien et la punition du mal, ou en cette vie ou en une autre. L'existence de Dieu, la survivance de l'âme, la rémunération ou le châtiment des actions, suivant qu'elles étaient conformes ou contraires à la règle morale, acquirent à ses yeux l'autorité de dogmes véritables. Sa croyance naturelle prit la certitude d'une croyance révélée, et il composa, pour son usage personnel, une petite liturgie ou forme de prières, intitulée Articles de foi et actes de religion.

A cette religion philosophique il fallait des préceptes de conduite. Franklin se les imposa. Il aspira à une sorte de perfection humaine. « Je désirais, dit-il, vivre sans commettre aucune faute dans aucun temps, et me corriger de toutes celles dans lesquelles un penchant naturel , l'habitude ou la société pouvaient m'entraîner. » Mais les résolutions les plus fortes ne prévalent pas tout de suite contre les inclinations et les habitudes. Franklin sentit qu'il faut se vaincre peu à peu, et se per-

fectioDDcr avec art. Il lui parut que la méthode morale était aussi nécessaire à In vertu que la méthode iiilelUclucile à la science, il l'appela donc ù son secours.

Il fit un dénombrement exact des qualités qui lui étaient nécessaires, et auxquelles il voulait se former. Afin de s'en donner la facilité par la pratique, il les distribua entre elles de façon qu'elles se prêtassent une force mutuelle en se succédant dans un ordre opportun. Il ne se borna point à les classer, il les définit avec précision, pour bien savoir et ce qu'il devait faire et ce qu'il devait éviter. En plaçant sous ireize noms les treize préceptes qu'il se proposa de suivre , voici le curieux tableau qu'il en composa :

( I''. Tempérance. Ne mangez pas jusqu'à vous abrutir ; ne buvez pas jusqu'à vous échauffer la tête.

« 11*=. SaEMcE. Ne parlez que de ce qui peut être utile à vous ou aux autres.

tt IIK Ordre. Que chaque chose ait sa place fixe. Assignez à chacune de vos affaires uue partie de votre temps.

« lY'. Résolution. Formez la résolution d'exécuter ce que vous devez faire, et exécutez ce que vous aurez résolu.

a V. Frugalité. Ne faites que des dépenses utiles pour vous ou pour les autres, c'est-à-dire ne prodiguez rien.

c \'l\ Industrie. Ne perdez pas le temps; occupez -vous toujours de quelque objet utile. Ne faites rien qui ne soit nécessaire.

« VII«. Sincérité. N'employez aucun détour : que l'innocence et la justice président à vos pensées et dictent vos discours.

« VIII'*. Justice. Ne faites tort à personne, et rendez aux autres les services qu'ils ont droit d'attendre de vous.

« IX'. MouÉRATiON. Évitez les extrêmes; n'ayez pas, pour les injures, le ressentiment que vous croyez qu'elles méritent.

« X". Propreté. Ne souffrez aucune malpropreté sur vous, sur vos vêtements ni dans votre demeure.

« XI*. Tranquillité. Ne vous laissez pas émouvoir par des bagatelles ou par des accidents ordinaires et inévitable^.

tt Xll*. CuASTBTÉ. Sacrifiez rarement à Vénus; seulement

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