CHAPITRE IV
par raison de santé et pour accroître votre famille, sans en conlracler ni lourdeur de tête, ni faiblesse de corps ; sans risquer de commettre votre paix, votre réputation ou celle des autres.
« XIIl», Humilité. Imitez Jésus et Socrate. » Cette classification des règles d'une morale véritablement usuelle, ne recommandant point de sacrifier les penchants de la nature, mais de les bien diriger; ne conduisant point au dévouement , mais à l'honnêteté ; préparant à être utile aux autres en se servant soi-même; propre de tous points à former un homme, et à le faire marcher avec droiture et succès dans les voies ardues et laborieuses de la vie; cette classification n'avait rien d'arbitraire pour Franklin. « Je plaçai, dit-il, la tempérance la première, parce qu'elle tend à maintenir la tête froide et les idées nettes ; ce qui est si nécessaire quand il faut toujours veiller, toujours êire en garde, pour combattre l'attrait des anciennes habitudes et la force des tentations qui se succèdent sans cesse. Une fois affermi dans cette vertu, le silence deviendrait plus facile; et mon désir étant d'acquérir des connaissances autant que de me fortifier dans la pratique des vertus; considérant que, dans la conversation, on s'instruit davantage par le secours de l'oreille que par celui de la langue; désirant rompre l'habiiude que j'avais contractée de parler sur des riens, de faire à tout propos des jeux de mots et des plaisanteries, ce qui ne rendait ma compagnie agréable qu'aux gens superficiels, j'assignai le second rang au silence. J'espérai que, joint à Vordre, qui venait après, il me donnerait plus de temps pour suivre mon plan et mes éludes. La résolulion , devenant habituelle en moi , me communiquerait la persévérance nécessaire pour acquérir les autres vertus; la frugalité et Vinduslrie, en me soulageant de la dette dont j'étais encore chargé, et en faisant naître chez moi l'aisance et l'indépendance, nie rendraient plus facile l'exercice de la sincérité, de la justice, etc. » Sentant donc qu'il ne parviendrait point à se donner toutes ces vertus à la fois, il s'exerça à les pratiquer les unes après les autres. II dressa un petit livret où elles étaient toutes inscrites à leur rang, mais où chacune d'elles devait tour à tour être
Tobjet principal dé son observation scrupuleuse iturani une semaine. A la fin du jour, il marquait par des croix les infructions qu'il pouvait y avoir faites, et il avait à se condamner ou à s'applaudir, selon qu'il avait noté plus ou moins de manquements à la vertu qu'il se proposait d'acquérir. Il parcourait ainsi en treize semaines les treize vertus dans lesquelles il avait dessein de se fortifier successivement, et répétait quatre fois par an ce salutaire exercice. Vordre et le tileiice furent plus difficiles à pratiquer pour lui que les vertus plus hautes, lesquelles exigeaient une surveillance moins minutieuse. Voici le livret (i) qui était comme la confession journalière de ses fautes et l'incitation à s'en corriger :
Dimanche
Lundi.
Mardi.
Mercredi.
Jeudi.
Vendredi.
Samedi
Tempérance.
Silence. . .
Ordre . . .
Résolution. .
Fnigiilité. .
Induytrie. .
iSincérilé . .
Ijuolice. . .
JModéralion .
Proprelé .
Tranquillilé.
Cliaslelé . .
Humilité . .
Ce jeune sage, qui disait avec Cicéron que la philosophie était le guide de la vie, la maîtresse des vertus, l'ennemie des vices, élevait jusqu'à Dieu celte philo.sopliie, à l'aide de laquelle il agrandissait son intelligence, il épurait son âme, il réglait sa conduile, il se confessait et se corrigeait de ses imperfections. H rapportait tout au cré.itcur des êtres, à l'ordonnateur des choses, comme à la source du bien et delà vérité, et il invoquait son assistance par la prière suivante :
« 0 bonté toute-puissante ! père miséricordieux ! guide in-
(i) il eal daté (lu dimauchelrr Juillet 1733.