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CHAPITRE VIII

résistaient pas. Elles l'appelèrent la folie de l'Angleterre et la ruine de l'Amérique. Dans leur indignation unanime el tumultueuse, qui éclata en mouvements populaires et en délibérations légales, elles défendirent de se servir du papier marqué, contraignirent les employés chargés de le vendre à se démettre de leur office, pillèrent les caisses dans lesquelles il était transporté, et le brûlèrent. Les Journaux américains, alors nombreux et hardis, soutinrent qu'il fallait s'unir ou mourir. Un congrès, composé des députés de toutes les colonies, s'assembla (7 octobre 1 765; à New- York, et, dans une pétition énergique, se déclara résolu, tout en restant fidèle à la couronne, à défendre sans fléchir ses libertés. Faisant usage des armes redoutables qu'ils pouvaient employer contre l'Angleterre, les Anglo-Américains s'engagèrent mutuellement à se passer de ses marchandises, opposant ainsi l'intérêt de son commerce à l'ambition de son gouvernement. Une ligue de non-:mportation fut conclue, et, qui mieux est, observée. L'Amérique rompit commercialement avec la Grande Bretagne.

Devant ces fortes manifestations et ces habiles mesures, la métropole céda. Un ministère nouveau, formé par le marquis de Rockingham, remplaça le cabinet que Grenville dirigeait avec une témérité si entreprenante. Franklin, entendu par la Chambre des communes, mit tant de clarté dans ses renseignements, tant d'esprit dans ses observations, tant de justesse dans ses conseils, qu'il contribua puissamment à ruiner l'acle du timbre, dont il fit sentir tout le poids pour l'Amérique et tout le péril pour l'Angleterre. Cet acte fut révoqué le 22 février 1766, mais avec une sagesse incomplète.

En effet, le gouvernement anglais renonça à une imprudente mesure, mais il ne se désista point du droit exorbitant qu'il s'était arrogé de la prendre. Il prétendait que le pouvoir législatif du parlement s'étendait sur toutes les parties du territoire britannique. La révocation de l'acte du timbre fut donc accompagnée d'un bill établissant que le roi, les lords et les communes de la Grande-Bretagne avaient le droit de faire des lois et des statuts obligatoires pour les colonies. Cette dangereuse théorie ne tarda point à recevoir une nouvelle application. Dans

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Télé (le 1769, le gouvernement anglais, croyant que les colonies supporlcraiont plus facilemenl une taxe indirecte ajoutée au prix dos objets de consunnnalion qu'elles tiraient de la métropole, mit un droit sur le verre, le papier, le cuir, les couleurs et le thé. II recommença ainsi la luitc, qui devait aboutir cette fuis à un entier assujettissement ou à une indépendance absolue des colonies.

L'Amérique résista à Timpôt des marchandises avec la même énergie et la même unanimité qu'à la (axe du timbre. La province de Massachusetts, qui était la plus populeuse et la plus puissante, donna le signal de l'opposition. Elle avait provoqué la réunion du congrès de New York en 1765, elle provoqua alors le renouvellement de la ligue coloniale contre rimportalion des produits anglais. Son assemblée ordinaire ayant été dissoute, elle convoqua hardiment une assemblée extraordinaire sous le nom de convention. Elle s'iniposa ces généreux sacrifices qui annoncent chez Us peuples le profond sentiment du droit, et les préparent, par les rudes efforts de la vertu, au diflicile usage (le la liberté. Des troupes furent envoyées dans Boston, capitale de cette province, où le sang coula, mais où la résistance ne faiblit point. La ligue fut signée dans les treize colo> nies. Partout on s'imposa des privations : on renonça à prendre du thé, on se vêtit grossièrement, on rejeta les matières pre» mières et les objets manufacturés venant d'Angleterre; on ne consomma que les produits de l'Amérique, dont les fabriques naissantes furent protégées par des souscriptions. Unanimes et persévérantes dans leur système de non-importation, les colonies annulèrent ainsi le droit que s'arrogeait la métropole, en repoussant ses marchandises.

La perte imminente de ce vaste débouché, l'inutile et sanglant emploi des troupes envoyées de New-York dans le Massachusetts, la crainte de détacher rAroérique do l'Angleterre en l'habituant à lui désobéir et en l'obligeant à In détester, semblèrent ramener un moment le gouvernement britannique à do meilleurs conseils. Lord North, chef d'un nouveau ministère, supprima, le 6 mars 1770, toutes les taxes établies sur les marchandises, excepté celle sur le thé. Ce n'était point assez. La

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