CHAPITRE X. m
soutenir celte déclaration, mettant toute noire espérance et toule notre foi dans la protection de la divine Providence, nous nous engageons mulueliement, les uns envers les autres, à y employer nos vies, nos biens et notre honneur. »
Ce grand acte d'affranchissement, cette flère revendication de la pleine souveraineté, furent accueillis avec transport dans les treize colonies, qui se disposèrent à les maintenir avec une énergique persévérance. Le congrès devint le gouvernement général de VUnion. La guerre, la paix, les alliances, les emprunts, l'émission du papier monnaie, la formation des années, la nomination des généraux, l'envoi des ambassadeurs, toutes les mesures d'intérêt commun furent dans ses attributions, tandis que les États particuliers conservèrent, en l'étendant, leur libre administration et leur souveraineté législative. Il fallut toutefois dégager les gouvernements de ces treize États des liens qui les rattachaient encore au gouvernement mélropolitain, et leur donner une organisation séparée et complète. Ils furent donc invités par le congrès à se constituer euxmêmes; ils le firent dans des assemblées appelées conventions.
La convention de Pensylvanie élut pour son président Franklin, dont les idées prévalurent d^ns la constitution qu'elle se donna. Ce législateur original, portant dans l'organisation politique le besoin de simpliciié et la hardiesse de conception qu'il avait montrés dans la pratique de la vie et dans l'étude de la science, sortit entièrement des doctrines comme des habitudes anglaises. Il changeia même la forme des deux principaux ressorts du gouvernement. Ayant confiance dans la pensée humaine et se mettant en garde contre l'ambilion politique, il se prononça pour l'unité du pouvoir législatif et pour la division du pouvoir exécutif. Il ne fit admettre en Pensylvanie qu'une seule assemblée délibérante et déléguer qu'une autorité partagée.
L'organisation du gouvernement pensylvânîen était en complet désaccord avec la constitution du gouvernement britannique, où le pouvoir législatif était divisé et le pouvoir exécutif concentré, ce qui rendait la délibération plus lente et plus sage, l'action plus prompte et plus sûre. La théorie de Franklin
n'était que séduifianlc. L'histoire ne lui était pas favorable, et rexpérience la fit bientôt abandonner. Ce()cndani la théorie pensylvauienne, qui cessa de convenir à l'Amérique douze années après, fil fortune en Europe. Franklin y devint chef d'école. Il inspira, en 1789, les organisateurs nouveaux de la France ; et Tun des principaui et des plus sages d'entre eux, le vertueux duc de la Rochefoucauld, membre du comité de constitution avec Sicyès, Mirabeau, Chapelier, etc., disait alors de lui : « Franklin seul, dégageant la machine politique de ces mouvements multipliés et de ces contre-poids tant admirés qui la rendaient si compliquée, proposa de la réduire à la simplicité d'un seul corps législatif. Celle graude idée étonna les législateurs de la Pensylvanie; mais le philosophe calma les craintes d'un grand nombre d'entre eux, et les détermina enfin tous à adopter un principe dont rassemblée nationale a fait la base de la constitution française, n Hélas ! la France ne put pas supporter plus longtemps que l'Amérique celte organisation trop simple et trop faible, qui ne préservait point la loi des décisions précipitées et irréOéchies, qui ne couvrait point. l'État contre la fougue des passions subversives. Les machines les plus complexes ne sont pas les moins sûres; et lorsque les ressorts en sont bien adaptés entre eux, elles donnent la plus grande force dans la plus grande harmonie. Image de la société si compliquée dans ses besoins, la machine politique réclame des ressorts multiples et savamment combinés, qui concourent par leur action diverse à Futilité commune.
Quoi qu'il en soit, peu de temps après la déclaration générale d'indépendance et la constitution particulière des treize Étals, lord Howe, investi du commandement de la flotte anglaise, arriva en Amérique pour faire des propositions aux colonies avanl de les attaquer à fond. Son frère, le général Howe^ successeur du général Gage comme chef des troupes de terre, devait avoir sous ses ordres une forte armée, composée surtout d'Allemands. Lord Howe n'était chargé que d'inviter les colonies à l'obéissance, en leur offrant le pardon métropolitain. Il écrivit du bord du vaisseau amiral, à son ami Franklin, avec lequel il avait déjà négocié secrètement ù Londres, et qu'il priait de